15.C. Les R.C. en Europe

15.C. Implications pour les régions conviviales en Europe :

Ce chapitre opère un rapprochement par l’auteur entre les travaux de l’Union Européenne (avec les NUTS 1, 2 & 3) et les travaux de William Twitchett présentés sous forme d’une « Carte prospective de l’Europe des régions » dans le cadre des ateliers de l’association Terre & Cité depuis 1998 (5 versions successives de schémas en fonction des évolutions politiques, sociale, économiques et géographiques). Analysons les matériaux de base de la réflexion.

La carte des régions membres de l’Assemblée des Régions d’Europe [1]  (ARE) montre l’extrême diversité des régions européennes, une grande diversité de régions, dans les tailles, les populations, les statuts juridiques, avec une grande confusion des échelles. Cela vient de la définition: la région est le niveau juste en dessous de celui d’un État. Avec cette définition, le canton Suisse est au même niveau qu’une région française ou espagnole. Ces régions ne doivent pas être confondues avec les NUTS1 : ces derniers sont le plus souvent des groupements d’entités existantes, classées en NUTS2, suivant l’explication donnée ci-dessous. L’approche qui suit est faite sur les NUTS1 de l’Union Européenne à 27 membres. Un certain nombre de pays ont déjà la taille de la région conviviale, à savoir : Belgique, Danemark, Pays-Bas, Chypre, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Slovaquie, Slovénie (Il est possible de rajouter la Suisse dans l’UE à 31 membres et la Croatie, candidate à l’UE). Ils sont indiqués en bleu dans le tableau accompagnant le plan. La source du fond de carte au format Adobe Illustrator est d’Eurostat[2] L’Union Européenne a élaboré un système de statistiques nommé NUTS (Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques) [3]. Le répertoire utilisé est le catalogue KS-RA-07-020-FR-N, édition 2007, donnant les NUTS 2006 dans l’U.E.27 (Union Européenne à 27 États).

Le but est le regroupement d’Unités comparables, avec des seuils minimum et maximum de population suivant la règle du tableau qui suit. Ces règles ne sont pas liées à un territoire ou une taille de territoire. En outre, nous observerons qu’elles sont peu suivies : elles sont un objectif pour les nouveaux entrants, avec de nombreuses exceptions pour les membres existants. Elles témoignent malgré les paradoxes (P.Le Galès & C. Lequesne, 1997 ; Keating, 1985, 1995, 1997), d’un gigantesque effort de dépasser les particularismes pour avancer vers la réalisation de la vision de l’« Europe des régions ». Cet effort n’a pas de précédent au niveau mondial : il est source d’enseignement pour d’autre régions sous-continentales comme la Chine et l’Afrique dans leur recherche d’une harmonisation et d’un équilibre des territoires (Calame, 2006, bip 2998 ; 2006 ; bip 3056 ; 2006, bip 3473, p.9).

Niveau Minimum Maximum
NUTS 1   (97) 3 millions 7 millions
NUTS 2   (271) 800 000 3 millions
NUTS 3     (1303) 150 000 800 000

Figure 15‑7 : Seuils de population des NUTS 1, 2 & 3 de l’U.E. (Source: Eurostat)

L’étude des régions conviviales de l’Union Européenne s’est appuyée sur le fichier des 271 NUTS 2 (surface, population, densité) et la cartographie liée. En regroupant sur un seul fichier Excel quatre fichiers donnés séparément dans le site d’Eurostat (Codes, Nom, Densité, Surface) [4], il est possible de constater que cet objectif de comparaison d’entités territoriales analogues n’est pas rempli. La prise en compte du seul critère de la population et non du territoire occulte les réalités de terrain (les déplacements des hommes, les activités animales et végétales, …). Une difficulté d’élaboration du fichier de base a été le calcul de la population à partir des densités de 2005 (à deux décimales) données par Eurostat sur la base des superficies de terres hors fleuves et lacs : la population en 2006 est le résultat de la multiplication de la densité sur les surfaces correspondantes. La cohérence du chiffre de population a été vérifiée d’une part avec le fichier des 249 entités politiques élaboré dans la présente thèse et présentée dans le sous-chapitre suivant, et d’autre part le fichier de l’INSEE pour les régions de France. L’intérêt de l’ensemble de cette démarche est de vérifier qualitativement la pertinence des territoires, et d’associer chaque territoire aux NUTS 1, 2 ou 3 : il devient alors possible de bénéficier de toutes les statistiques d’Eurostat pour l’analyse approfondie de ces territoires. Le travail esquissé ici pourra faire l’objet de travaux approfondis dans un laboratoire universitaire existant ou à créer.

15.C.1. Analyse critique des NUTS 1 suivant leur population et leur taille :

On observe sur la carte européenne des NUTS1 une contradiction entre la définition des NUTS en 3 classes de population et les 3 constats suivants :

  • Un certain nombre de villes (Bruxelles, Bremen, Hamburg) sont isolées, alors que les solidarités locales dépassent dans la réalité largement les territoires de ces villes. La récente démarche d’unification progressive de Berlin avec la région du Brandebourg est à ce titre exemplaire [5].
  • D’énormes territoires sont découpés autour de Paris et de Madrid ; Cela ressemble à un projet politique pour donner de l’importance à ces deux villes et leur préparer un territoire de la taille de l’importance que les élus souhaitent leur donner. Cette hypothèse semble confirmée par le souhait de la DATAR de créer un bassin parisien sur le territoire de la NUTS1 (sorte de « justification par l’Europe »…). Cela n’est-il pas en en contradiction avec un développement régional équilibré ? Ne serait-il pas possible de trouver un contraste entre les deux politiques sans arriver à cette forme de caricature ? La ville de Londres, qui est la référence en matière de ville internationale ne présente pas cette proposition centralisée : les régions de NUTS1 périphériques sont équilibrées.
  • La faible taille entre les régions de NUTS1 de Hollande, Belgique, et même l’Angleterre est en contraste avec la taille moyenne ou grande des autres régions de NUTS1.

15.C.2. Proposition de perspective d’évolution des NUTS 1 et NUT2 dans la direction de régions conviviales :

Une réflexion en termes de régions conviviales suivant l’exemple de la région « Vosges-Ardennes » permet de dégager une perspective d’évolution des NUTS 1 et des NUTS 2 vers un développement équilibré des établissements humains et des sociétés naturelles. Les NUTS 2 ont été conçues pour correspondre aux réalités géographiques et économiques, alors que la NUTS1 est plus politique  [6].

La proposition qui est faite respecte les découpages administratifs existants, le plus souvent au niveau des NUTS2, avec ponctuellement des découpages au niveau des NUTS3 (région « Entre Vosges et Ardennes »). La méthode de recherche a été la suivante :

  • Établissement d’une légende suivant la méthodologie d’analyse proposée au chapitre 13.B.1. Page 374. Six cas se présentent suivant que le centre de référence est existant ou modifié, et que la frontière est existante, composée ou recomposée.
  • 1/ Analyse pays par pays, avec un regard simultané sur :
    • la carte officielle des découpages NUTS 1, 2 et 3, et les statistiques des 273 NUTS2.
    • la carte de l’Europe au 1/3 000 000 ème (Michelin, 705) et 1/6 000 000 ème (IGN POLO3).
    • L’Atlas Beautier, et les sites Populationdata complété de Wikipedia –qui ajoute la dimension territoriale- (voir la bibliographie des sites internet utilisés).
    • Le projet de proposition globale de l’Atelier « Terre & Cité » pour en tester une nouvelle fois la pertinence, et contribuer à une réflexion globale en cours au niveau de la société civile, des administrations locales et de l’Union Européenne.
  • 2/ Mise au point du fichier de synthèse des régions conviviales de l’Europe (en annexe informatique et à la suite du texte de la thèse)
  • 3/ Mise au point de la carte de synthèse suivant la légende des régions potentielles.

La volonté est d’apporter un élan et de provoquer des études dans une tentative d’harmonisation globale des démarches, sachant que ce qui est déjà fait par l’Union Européenne est remarquable pour mettre en perspectives les données si différentes de tous les États impliqués. La démarche en région conviviale poursuit cette harmonisation européenne à partir des NUTS 2 et 3. Seule la maturité de la démarche permettra progressivement à des régions proposées assez grandes (Transylvanie, Danube, env. 90 000 km2 ; République Tchèque, 77 269 km 2) de créer des pôles plus puissants pour faire émerger une nouvelle région.

La figure 15-13 page 492 représente une nouvelle organisation possible à partir de la notion de région conviviale. Ce n’est pas l’objet de la présente thèse d’entrer dans le détail des explications point par point : ce serait l’objet d’une nouvelle thèse. Le but ici est de donner à sentir l’intérêt d’une telle démarche, en application de celle déjà détaillée pour la région « Entre Vosges et Ardennes ». Il s’agit en quelque sorte d’une première généralisation possible de la démarche, qui est souhaitée par les élus de la Grande Région à travers leur document Vision d’avenir 2020. 7ème sommet de la Grande Région, Juin 2003 (page 26a). Cette analyse repose sur une tentative de travail sur les populations, surfaces, densités et attractivité au niveau des 271 NUTS 2 de l’UE 27, qui sont les régions de base (avec une réalité géographique et administrative forte) utilisées par les États.

Le résultat de cette analyse est riche d’observations, bien loin de l’image de la « banane bleue ». L’image est plutôt celle de la « grappe de raisin » (K.Kunzmann, 1998 [7]), comme métaphore d’une Europe à construire (Baudelle, 2001). L’Europe des régions conviviales est une proposition de « grappe » basée sur les critères au niveau de l’homme, la société et les territoires décrits au chapitre 13. Comme le précise Klaus R. Kunzmann, les raisins de la grappe peuvent avoir des tailles différentes : 32  000 km2 est la taille indicative moyenne pour des régions conviviales allant de 16 000 km2 à 64 000 km2 hors exceptions (voir le tableau 15-12 ci-dessous). Cette taille pourrait être la mesure indicative de la région telle qu’elle est définie par Max Sorres (1952, p.424-425) par cinq éléments : une zone centrale, une zone périphérique de proche banlieue, une zone externe caractérisée par la participation aux rythmes quotidiens de l’activité urbaine, une zone interne de la région urbaine où le contact à la ville n’est ni immédiat, ni journalier et une zone externe « qui trouve sa limite dans la rencontre avec une zone d’influence d’une métropole du même ordre ». On retrouve 5 des 8 processus intra-régionaux décrits dans la figure 13-20 du chapitre 13.H.1.2. (p.422). La « zone externe » souligne l’importance des interactions autour de la « médiatrice » entre deux régions suivant le « diagramme de poids régional » sur l’exemple proposé au chapitre 14.C.1. pour la région « Entre Vosges et Ardennes ».

La proposition des « régions conviviales de l’Union Européenne » répond donc de façon étonnante à l’intuition de Klaus R. Kunzmann et l’esquisse finale de son article « La « banane bleue » est morte ! Vive la « grappe européenne » ! » précité. Les « raisins » peuvent être « petits » (16 000 km2) ou être « grands » (64 000 km2). Dans tous les cas, il existe un seuil bas et un seuil haut de pertinence de l’intuition.

Le seuil bas proposé dans la présente thèse est de 16 000 km2. En effet, sur les 18 régions en dessous de ce seuil, 13 sont des îles. Les cinq restantes sont Hadrian-Lakelands/Hexham [8], Northern Ireland/Belfast, Sydsverige-Sjaelland (Oresund)/Malmö-Copenhague, Région de Murcia/Murcia, Asturias/Oviedo. Leurs surfaces vont de 10 600 à 15 400 km2. Des caractéristiques géographiques et une histoire très forte expliquent ces petites tailles. Toutes ces régions sont en lien avec la mer, qui est une sorte d’agrandissement naturel de ces régions : la mer est un espace économique régional déterminant. L’Alsace, avec ses 8 280 km2 et ses 1,8 millions d’habitants pourrait-elle justifier d’être également une région indépendante ? L’intensité des échanges transfrontaliers semble indiquer un positionnement de région « médiatrice », soit pour être rattachée au Baden-Wurttemberg (ce que l’histoire a actuellement exclu), soit pour être intégré dans l’ensemble « Vosges-Ardennes » (ce qui serait un choix difficile, mais pertinent). Strasbourg a une vocation interrégionale et européenne, non en tant que centre de référence d’une région conviviale, mais en tant qu’agglomération en position « médiane » privilégiée suivant la figure 13-20. Le positionnement privilégié d’agglomérations comme Genève, Bâle, Strasbourg, Charleville-Mézières et même Lille-Roubaix-Tourcoing caractérise un type d’agglomération très différent de celles qui constituent un centre de référence ou participent à un centre de référence polycentrique (Luxembourg, Trèves, Saarbrucken, Epinal). L’exemple réussi du choix de Berne comme centre de référence de la Suisse considérée comme une seule région conviviale éclaire bien ce propos. Le choix de Bern en 1848 est le fruit de plusieurs siècles de négociations. La difficulté est que la conscience politique du peuple suisse (ou des peuples suisses ?) ne va pas encore jusqu’à la conscience d’appartenir à une seule région : la référence reste toujours l’un des 26 cantons.

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Figure 15‑8 : Analyse des surfaces des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

Le seuil haut proposé est de 64 000 km2. Certaines régions peuvent être plus grandes lorsqu’elles sont peu peuplées, ou parce qu’elle forment un seul ensemble politique centralisé. Certaines sont comme « un œuf à deux jaunes » (Andalousie, République Tchèque, Irlande, Övre Norrland, Pohjois-Suomi). Aucune ne dépasse 100 000 km2 (Vistule/Warszawa, 99 092 km2 pour 11 130 000 hab). Au-dessus, se trouvent l’échelle « D » indicative de 512 000 km2 des nations et l’échelle « E » indicative de 8,2 millions de km2 des « régions sous-continentales ». Ces deux échelles correspondent respectivement à « la région spontanée » (Mer du Japon, « triangles » de la mer de Chine du sud, Zone Économique Spéciale de la Chine du Sud, Guangdong) et « la région délibérée » (Mercosur /Alena ; Ansea / Apec ; Viregrad / UE) de Marie-Claude Smout dans son article « La région comme nouvelle communauté imaginaire ? » de 1997 [9]. L’intérêt du chapitre 13 de la présente thèse est de proposer une clarification de la notion de région, et de permettre systématiquement des références à des exemples de territoires comparables, dans un but d’analyse, de comparaison, et d’évaluation des potentialités.

L’approche en région conviviale fait paradoxalement apparaître que plus de 40% des régions sont de « potentialité réelle ». Cela signifie qu’une fois l’échelle indicative adoptée (32 000 km2) chaque « grain » apparaît en interrelation avec tous les autres, avec une cohérence plus forte que lorsque l’attention est portée sur la seule population. Le changement de regard, et l’adoption d’une échelle indicative simplifie les données, permet les comparaisons, introduit les analyses, et révèle des potentialités. La difficulté de ce regard est d’obliger à prendre en compte simultanément la géographie, l’histoire, les territoires, la population. C’est en définitive le corps de l’homme qui est la référence commune : le corps dans ses déplacements quotidiens, hebdomadaires, mensuels. Max Sorre, cité ci-dessus, y fait référence. Alain Motte n’est pas loin de cette définition avec la notion de région urbaine, à partir de celle de Healey [10]. La référence à l’homme et à sa vie quotidienne, qui ne tient généralement pas compte des limites administratives, permettra de découvrir de nouvelles identités à partir du vécu et de l’expérience. La réalité est là, mais les mentalités ne sont pas encore ajustées au vécu. Seulement 20% des régions conviviales auraient à la fois leur contour et leur centre de référence à repenser (potentialité pure). Près d’un tiers des régions proposées sont une addition de frontières existantes. Cette approche de la région est élargie par la notion de « région choisie » définie par Marie-Claude Smouts dans l’article cité ci-dessus : « La région choisie est par définition un espace subjectif. Elle est construite à partir des représentations symboliques opérant la synthèse entre des données immédiates, un passé réinventé, et un futur désiré. Elle dessine un nouvel espace de mobilisation pour l’action : elle offre des ressources, elle légitime des politiques, elle structure des stratégies. Elle constitue un enjeu, d’autant plus fort que la construction symbolique est stimulée par les ambitions bien réelles de quelques-uns pour la capitalisation de ses ressources matérielles et immatérielles » (p.43-44). Cette approche semble être celle que Pierre Calame appelle de ses vœux, loi des définitions administratives ou figées par une tradition révolue.

La réflexion en région conviviale est la prise au sérieux des croquis d’analyses des territoires pertinents, comme par exemple le document du MIIAT commenté au chapitre 14. De tels documents existent pour chaque pays. Les prendre au sérieux conduit à la seule démarche géographique ouverte sur l’avenir, et apte à saisir les potentialités des territoires, briques de base de la gouvernance au XXIème siècle (Calame). Les tableaux d’analyse font apparaître la richesse et la fécondité de la démarche :

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Figure 15‑9 : Analyse des potentialités de régions conviviales de l’Union Européenne

Les régions conviviales se répartissent sur toute l’échelle des densités, révélant celles qui ne sont pas saturées (comme par exemple les 6 régions de plus de 10 millions d’habitants en dessous de 200 habitants par km2 : Cracovie, Pô-Adriatique, Prague, Budapest, Bucarest, Varsovie). La région « Vosges-Ardennes » avec 137 hab/km2 est également loin de la saturation. Par contre, 5 des 14 régions conviviales de plus de 10 million d’habitants en Union Européenne atteignent un seuil de saturation (Londres, Sheffield, Düsseldorf, Amsterdam, Bruxelles).

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Figure 15‑10 : Analyse des densités des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

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Figure 15‑11 : Analyse de la population des régions conviviales potentielles de l’UE

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Figure 15‑12 : Carte des région de niveau NUTS 1 de l’Union Européenne (Source: Eurostat, Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, 2007)

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Figure 15‑13 : Carte des régions conviviales d’Europe de potentialités pures, hybrides et réelles. Morphogénèse des régions basées sur l’appartenance (sur fond Eurostat).

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Figure 15‑14 : Tableau du nombre de régions NUTS 1, 2 et 3 d’Europe ; Superficies (compris les eaux) et surfaces par Pays. Statistiques Eurostat 2006. En bleu : les régions conviviales

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Notes :

[1] Site internet : www.aer.eu. Pour la cartographie, voir www.geoatlas.com. La carte des région de l’ARE figure en annexe 00a, dans le fichier intitulé : 03-PartieIII_ReorganisationRegions Europe.doc
[2] Site internet d’Eurostat (Conception et cartographie : Violette Brustlein (CNRS/CREDAL). Ils précisent : « Ce fond de carte est destiné à représenter des données statistiques et uniquement à cela. Aucune garantie n’est donnée concernant la précision des contours des entités statistiques et administratives, la localisation des chefs-lieux, l’échelle, les frontières internationales, etc ». Ce fichier a été vérifié suivant la brochure KS-RA-07-020-FR (voir la note suivante).
[3] Régions dans l’Union Européenne, Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques, NUTS2006/UE 27 ; Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, Thème: Statistiques générales et régionales, Collection: Methodologies and working papers, Communautés européennes, 2007, 156 pages. Ce document figure en annexe 14, avec le chemin d’accès suivant : Annexe\Annexe11-Region-Sous-Continent\D2-Europe\Europe-NUTS\NUTS1-NUTS2-NUTS3-CARTES_KS-RA-07-020-FR.pdf. Toutes les cartes en ont été extraites au format TIFF pour permettre un travail cartographique au niveau des NUT2 et NUTS3.
[4] Le fichier est placé en annexe informatique (DVD-ROM) n° 11-Région-Sous-Continent, sous le nom « 00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls » avec le chemin d’accès suivant : 00_Annexes\Annexe11-Region-Sous-continent\D2-Europe\Europe-Statistiques\00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls. Il est également placé à la suite du texte en annexe ci-après.
[5] Voir l’ensemble des documents et cartes accessibles sur http://gl.berlin-brandenburg.de.
[6] http://ec.europa.eu/comm/eurostat/ramon/nuts/application_regions_fr.html. Il est expliqué : « la NUTS, qui établit une correspondance entre les régions en termes de dimensions, fournit en même temps plusieurs niveaux d’analyse. Ainsi a-t-on considéré, dès 1961, lors de la conférence sur les économies régionales organisée à Bruxelles à l’initiative de la Commission, que le niveau NUTS 2 (régions de base) constituait le cadre généralement utilisé par les États membres pour la mise en œuvre de leurs politiques régionales et que c’était donc à ce niveau que devaient être appréhendés les problèmes régionaux/nationaux, tandis que c’était au niveau NUTS 1 (grandes régions socio-économiques regroupant les régions de base) que devaient être étudiés les problèmes régionaux/communautaires comme « les conséquences de l’union douanière et de l’intégration économique sur des espaces immédiatement inférieurs aux espaces nationaux ». Le niveau NUTS 3, qui définit généralement les régions de dimensions trop restreintes pour permettre des analyses économiques complexes, peut être utilisé pour établir des diagnostics ponctuels ou pour choisir le lieu d’application privilégié d’actions régionales ».
[7] Voir aussi l’article fourni en annexe00b de Klaus R. Kunzmann intitulé « La « banane bleue » est morte ! Vive la « Grappe européenne » ! Cet article de 4 p. reproduit le dessin de l’intuition d’une « europe des régions » avec un ensemble d’une quarantaine de cercles de la taille indicative de 32 000 km2, parfois plus petis, parfois plus grands, mais toujours dans cette échelle de cohérence.
« Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
[8] Les régions sont indiquées par leur nom général et leur centre de référence. Un nom ou un centre de référence proposé est en italique, un nom ou un centre de référence existant est en caractères droits.
[9] Patrick La Galès, Christian Lequesne, Les paradoxes des régions en Europe, Éd. La Découverte & Syros, Paris, 1997, 302 p. L’article de Marie-Claude Smouts « La région comme nouvelle communauté imaginaire » est aux pages 37-46.
[10] Alain Motte, « 4èmes rencontres internationales en urbanisme » , Grenoble, Vendredi 8 février 2008. Il explique l’émergence d’« Une nouvelle échelle de planification : la région urbaine (Healey) : Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
Adresse internet : iug.xtek.fr/index2.php?special=fichier_page&id=91

14.C. Émergence « Vosges-Ardennes »

14.C. L’émergence de la région conviviale « Entre Vosges et Ardennes »

Les notions de potentialité pure, hybride et réelle sont des applications directes en géographie des notions processives. La potentialité générale caractérise un ordre général des objets éternels (ou formes) qui n’a pas encore fait ingression (qui n’est pas encore appliqué) à une entité particulière : il s’agit ici de la « région conviviale » considérée dans sa généralité, avec ses critères énumérés au chapitre 13. La potentialité réelle est un ordre particulier à l’entité considérée : il s’agit ici de la région « Entre Vosges et Ardennes ». La potentialité réelle provient d’un certain nombre de perspectives identifiées et/ou de décisions prises quant à la mise en ordre de l’entité potentielle au regard de la potentialité générale pertinente.

14.C.1. Phase a : (ap)préhension globale de la région potentielle « Entre Vosges et Ardennes »

La carte qui suit a pour but de montrer la pertinence de la région « Entre Vosges et Ardennes » au regard des régions limitrophes fortement constituées, de leur taille, et de la taille de « l’espace en creux » restant entre le massif des Vosges et le massif des Ardennes.

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Figure 14‑9 : Le « diagramme de poids régional ». Applications des cercles de comparaison de 32 000 km2 aux régions déjà fortement constituées autour de la région « Entre Vosges et Ardennes » (Cartographie P. Vaillant)

Le polygone vert est construit en prenant la tangente médiane de l’axe qui lie la capitale régionale considérée et le pôle fédérateur de la région considérée, qui a été fixé entre Nancy et Metz au lieu du pôle d’échange potentiel « Louvigny-Vandières » ou « Mardigny », du nom de la commune situé sur la côte de Moselle (voir figure 14-16). L’intérêt de ce polygone est de fournir une appréciation de la taille et du « poids » de la région potentielle en terme de centre de gravité, de distance entre villes, d’éloignement des pôles importants, d’infrastructures principales de transport, …

Le pointillé à l’est de la région parisienne correspond au pointillé présent sur le schéma du SESGAR Lorraine. Son rayon est de 140 km. Il montre la forte attractivité de Paris au regard de l’importance de sa population. Il met en évidence l’orientation de Reims, Châlons-en-Champagne, Vitry-sur-Seine, Troyes et Auxerre vers Paris. En termes de géographie physique, il s’agit du XXX (deuxième anneau du bassin versant, le premier anneau étant plus tourné vers chacune des régions limitrophes). Le deuxième cercle de pointillé, au Nord de la région « Entre Vosges et Ardennes » montre que les Ardennes sont orientées plutôt vers le Luxembourg que vers la Belgique ou l’Allemagne.

On remarquera que la distance entre les centres régionaux considérés sont de l’ordre de 160 à 190 km, sauf entre Paris/Dijon, Stuttgart/Bern et Lyon/Bern où elles sont de l’ordre de 240 km, à cause de la taille du bassin parisien vers l’Est pour Paris/Dijon, et de l’obstacle physique de la Forêt-Noire pour Stuttgart/Bern et du jura Suisse pour Lyon/Bern.

La carte fait clairement apparaître le positionnement particulier de l’Alsace, en regard du Baden-Wurttemberg. Le Rhin de Mannheim à Bâle (limite du Rhin navigable) a toujours constitué une frontière entre deux rives très différentes (Juilliard, 1974). D’autre part, comme il est précisé ci-avant, la rive allemande a clairement opté en 1951 par référendum pour l’unité du Bade-Wurtemberg . Si l’Alsace n’était pas fédérée (tout en gardant son identité) à l’ensemble « Entre Vosges et Ardennes », elle ne pourrait pas « faire le poids » et se développer autant qu’au sein d’une région conviviale dialoguant à égalité avec ses huit voisins.

La région « Entre Vosges et Ardennes » proposée est indiquée en vert sur la figure 14-10 page 450. Le Luxembourg belge et la partie de la région Rheinland-Pfalz, proposés par SarLorLux+ comme partie intégrante de cet ensemble, sont indiqués en vert pâle, car ces territoires posent des questions plus délicates pour leur rattachement : la Wallonie est en conflit avec les Flandres, et l’insertion du Luxembourg belge dans une entité territoriale voisine pourrait l’affaiblir, et compromettre la recherche d’unité de la Belgique. Pour la partie sud de Rheinland-Pfalz, une concertation avec la population apparaît nécessaire pour susciter et vérifier une adhésion à une nouvelle organisation politique, ceci d’autant plus que cet ensemble territorial est clairement dans l’attraction directe de son centre de référence, Mainz et de la grande ville de Frankfurt.

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Figure 14‑10 : Applications des cercles de comparaison de 32 000 km2 : calcul des principales distances (Cartographie P. Vaillant sur fond de plan SESGAR)

14.C.2. Phase b : Potentialité pure : émergence d’une région

Rappelons que les potentialités pures ne sont pas des « idées abstraites » coupées du réel mais des réalités ontologiques qui caractérisent réellement les entités considérées. La potentialité d’existence de la région « Entre Vosges et Ardennes » est exprimée dans les travaux de la MIIAT  pour le Grand-Est français. Le Grand-Est est une entité administrative d’étude et de regroupement des statistiques. Le rapport d’Octobre 2001 de la MIIAT sur Les principaux enjeux d’une politique coordonnée au sein de l’interrégion exprime clairement que l’interrégion, en fait « est composée par plusieurs systèmes ayant chacun leurs orientations propres et qui se juxtaposent sans complémentarités fonctionnelles bien définies ». Le rapport exprime alors la nécessité de regrouper les informations suivant des ensembles territoriaux cohérents, pour que ces statistiques aient un sens. Ils proposent alors la carte reproduite ci-après. Sur cette carte ont été superposés les cercles indicatifs de 32 000 km2 (rayon approximatif de 100 km) et les cercles pointillés de 64 000 km2 (approximativement 140 km de rayon). La carte de ces systèmes correspond … aux régions conviviales telles que définies ci-dessus tant pour l’Ile de France, la Bourgogne que pour le quadrilatère Est (Lorraine et Alsace ensemble, en lien étroit au Luxembourg et la Sarre). Alsace et Lorraine sont séparées … mais de la même couleur, ce qui exprime une forte identité respective, dans le même ensemble territorial. La Bourgogne/Franche-Comté est qualifiée d’espace intermédiaire. Il est laissé en blanc, signe de « non-existence » … pourtant bien identifié (les autres couleurs s’arrêtent à la limite de la Bourgogne). La revue Géographique de l’Est [1] précise les spécificités de cette autre « région en creux ».

Comme pour le MIIAT, la dénomination de Grand-Est n’a donc pas de signification géographique dans la démarche de la présente thèse. Raymond Woesner (2004) fait une analyse remarquable de cette situation. Un des enjeux de la notion de région conviviale de la présente thèse est de contribuer à la préparation de la recomposition macroterritoriale en ensembles interrégionaux [2] jugée nécessaire par ces acteurs.

14.C.3. Phase c : Potentialité hybride : une région européenne modèle

La potentialité réelle est le contraste entre la potentialité générale et la réalité actuelle de la région. Elle est principalement constituée :

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Figure 14‑11 : Distinction des grands ensembles régionaux selon la MIADT (2003) avec la superposition des cercles d’échelle indicative « C » des 32 000 km2

1/ de l’ensemble des aires d’étude actuelles (Grande Région, SaarLorLux+, Quatropôle, réseaux de villes, Eurodistricts, Agglomérations transfrontalières, GLCT, …).

2/ de l’ensemble des propositions pour la constitution d’un pôle de transport cohérent, par la connexion TGV au Métrolor (connexion à Vandières).

Les acteurs de la région « Entre Vosges et Ardennes :

La Grande Région :

La Grande Région, située au cœur de l’Europe, occupe une superficie de 65 000 km2 et compte 11,2 millions d’habitants (3% de la population totale de l’Europe des 15). La Grande Région regroupe les régions suivantes :

  • la Sarre et la Rhénanie-Palatinat en Allemagne,
  • la Lorraine en France,
  • la Région wallonne et les communautés française et allemande en Belgique,
  • le Grand-Duché de Luxembourg.

Le site de la Grande Région, http://www.granderegion.net explique bien les origines de cette région dont les éléments ont toujours été associés au cours de l’histoire, même si leur contour ne correspond plus aux frontières administratives actuelles fixées seulement aux XIXème et XXème siècles.

Depuis 1995, se tiennent régulièrement tous les 18 mois des sommets de la Grande Région. Ces rencontres au plus haut niveau politique ont pour but de donner de nouvelles impulsions à la coopération transfrontalière et interrégionale au sein de la Grande Région. Chaque Sommet est consacré à un thème principal et donne lieu à des résolutions à mettre conjointement en œuvre.

Ce découpage a le mérite de faire exister un territoire cohérent entre quatre pays. Mais il ne résout pas les interfaces avec les autres régions conviviales, avec la création du nouveau contour correspondant, et une gouvernance appropriée. En outre, cette réflexion côté français n’inclut pas l’Alsace et le parcours français de la Meuse.

SaarLorLux+ asbl.

Les membres de l’association communale transfrontalière COMREGIO, créée en 1988, veulent consolider et renforcer leur coopération. Conscients des avantages qui résultent de la coopération transfrontalière, ils décident la création de l’EuRegio SaarLorLux+ asbl. en tant qu’association d’intérêt de public de droit luxembourgeois, constituée en date du 15 février 1995. Son siège social est Luxembourg-Ville.

Le « Groupe interrégional Saar-Lor-Lux » constitué en 2003 au sein du Comité des Régions auprès de l’Union européenne se concerte sur les questions importantes concernant la Grande Région.

SaarLorLux + s’approche le plus de l’ensemble Vosges-Ardennes défini juste ci-dessus. Mais l’Alsace est ignorée, et l’entité écologique de la Meuse n’est pas prise en compte.

La population est de 5,2 millions d’habitants avec une densité de population moyenne de 124 hab./km².

La Région Lorraine

La Région Lorraine s’est dotée d’un plan d’aménagement du territoire nommé l’OREAM Lorraine (Organisme Régional d’Étude et d’Aménagement de la Métropole Lorraine) dans les années 1970. Ce plan incluait déjà l’ensemble des liens avec le Luxembourg et la Sarre. Il prévoyait un centre fédérateur entre Nancy et Metz, vers Pont-à-Mousson. Mais Metz et Nancy sont restées rivales, ou plutôt indifférentes l’une à l’autre. Mais un outil remarquable est né à Pont-à-Mousson de ce programme : l’EPF Lorraine (Établissement Public Foncier de Lorraine, anciennement EPML). Cet outil prévu pour le traitement des friches industrielles traite actuellement tous les espaces dégradés de la région Lorraine, avec une couverture territoriale qui est devenue celle de la région. Les méthodologies développées peuvent permettre de traiter d’autres thématiques régionales. Cette méthodologie pour rendre à leurs territoires leur attractivité, intitulée TCFE (Territoires en Conversion à Forts Enjeux) est une forme de mise en œuvre du trialogue par la recherche d’une vision du territoire en concertation avec les acteurs et en vue de décliner des projets cohérents et pertinents entre eux.

Le Conseil Économique et Social de la Région Lorraine à travers la publication des Tableaux d’une exploration : la Lorraine en 2025 a proposé, sur la base d’un scénario au fil de l’eau 3 variantes. La deuxième est le scénario « Aire métropolitaine intégrée : 2025 : La Métropole Lorraine, enfin une réalité par la force des choses ». Les 5 facteurs principaux nommés (p.91) sont le développement de l’espace central autour des activités logistiques à forte valeur ajoutée, appuyées sur le TGV, l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine et les nouvelles liaisons routières, le renforcement du transport des personnes entre les villes, l’existence d’un réseau d’Universités, l’accueil de fonctions métropolitaines supérieures à fort rayonnement européen, des politiques culturelles, touristiques et sportives appuyées sur les complémentarités des équipements des deux villes. Ces 5 facteurs appuient la proposition concrète que nous formulons plus loin.

La Région Alsace

Malgré les évidentes différences avec la Lorraine, cette région fonctionne de fait avec l’ensemble Vosges-Ardennes : la laisser à part n’a pas de sens. Une unité est à trouver qui intègre les fortes différences. Cette unité devient une exigence d’articulation des différentes échelles de territoire sur le principe de la subsidiarité active.

Il manque à l’Alsace un outil tel que l’EPF Lorraine, et sa mise à l’étude pourrait être fructueuse.

Le land de Sarre

Pourquoi citer ici cet acteur ? La raison est son grand dynamisme pour trouver des solutions à l’étroitesse de son territoire (notamment à travers la constitution de l’Agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de près d’un million d’habitants), et un débouché à ses potentialités « qui dépassent le territoire »[3]. Notre description ne serait pas complète sans mentionner les réseaux de ville : ils sont au nombre de 7 à l’ouest des Vosges, sans les réseaux alsaciens.

Qu’est-ce que QuattroPole ?

Le « Pôle de Communication Luxembourg, Metz, Sarrebruck, Trèves », en abrégé « QuattroPole », est un réseau de villes transfrontalier, dont l’objectif est de renforcer la valeur économique de la région. Ses thèmes sont essentiellement l’amélioration des infrastructures de télécommunication et les nouveaux médias, mais aussi d’autres thèmes de la coopération transfrontalière interrégionale.

Vision citoyenne d’un administrateur régional

Des initiatives citoyennes, comme celle de Patrick Thull [4] sont à souligner. Cet énarque, Directeur Général de la Région Lorraine, a proposé, sur la base de la Grande Région élargie à l’Alsace et au Grand-Est, de dénommer cet ensemble « Le Lothier » par référence à la Lotharingie qui a existé du temps du partage de l’Europe par Charlemagne avec pour capitale Luxembourg.

Sa vision culmine dans la proposition d’accueil des Jeux Olympiques d’été de 2048. « Comment penser le monde si on ne sait pas le rêver ? » conclue-t-il son ouvrage Demain, La Lorraine [5].

Mais cette région vaste qu’il définit, le Lothier, présente du point de vue des régions conviviales la même limite que la grande région : elle ne tient pas compte de l’articulation des régions entre elles. En tenant compte des régions voisines et de leur cohérence respective, on retrouve notre espace Vosges-Ardennes, et la capitale en serait plutôt Metz, même si ensuite certaines institutions peuvent également être réparties entre les autres pôles importants.

Les habitants-usagers-citoyens

Le développement de cette vision est probablement le signe que la création d’une région compétitive pourrait être le fruit d’initiatives citoyennes, dans une gouvernance ascendante, et non plus descendante. Cela suppose le développement d’une culture du débat, non plus pour revendiquer ou s’opposer, mais pour construire, aux différentes échelles : locale (125 km2…) agglomération ou pays (2 000 km2) ou région (32 000 km2 …). Le territoire est la brique de base de la gouvernance (P.Calame).

Richesse et limites des approches actuelles

Plusieurs éléments surprennent le lecteur de tous les travaux des acteurs cités. Ces éléments concernent ce qui est exprimé et ce qui est omis. L’expression est dynamique, très documentée, ambitieuse (« devenir une région européenne modèle pour d’autres régions d’Europe » [6], et constituer un laboratoire qui pourrait se concentrer sur « les conflits culturels existant en Europe et dans le monde » [7]). On retrouve les mêmes ambitions pour la constitution de l’Agglomération de Sarrebrück-Moselle Est [8] que pour la « Grande Région » et l’association SarLorLux+ [9]. L’ambition exprimée semble quelque peu contradictoire avec la volonté de ne pas créer de structure « de plus », et réserver à un plus lointain avenir la participation citoyenne [10], tout en donnant immédiatement « un signal fort de volonté commune» [11]. Ce qui est omis concerne les relations interrégionales, la définition du périmètre permettant de connaître « l’intérieur » et « l’extérieur », la place de l’Alsace dans la réflexion, et la place du Nord du département de Champagne-Ardenne faisant partie du même bassin hydrologique. Les deux cartes présentées ont l’une un dégradé de couleur semblant dessiner le contour de SarLorLux+ (p.3) et l’autre le périmètre de SaarLorLux+ (p.48). L’Alsace et le Nord de Champagne-Ardenne sont absentes des deux cartes.

La « Grande Région » proposée semble donc :

  • d’un côté trop grande : est-il vraiment pensable d’affaiblir la Belgique en intégrant sa moitié Est dans une autre région ? La partie rhénane de Rheinland-Pfalz n’appartient-elle pas à « la mégalopole rhénane », ce que prend en compte le tracé de SaarLorLux+ ? Le détachement du sud de Rheinland-Pfalz correspond-il vraiment au souhait de la population d’adhérer à une nouvelle région d’avenir orientée vers le Luxembourg, la Sarre et la France ?
  • d’un autre côté trop petite : que devient l’Alsace ? Depuis le choix par référendum du rattachement de la rive droite du Rhin au Baden-Wurttemberg, il n’est plus envisageable (pour une raison historique, et non géographique) que l’Alsace soit incluse dans un ensemble allemand. Sa vocation n’est-elle pas dès lors de contribuer avec son identité propre à la nouvelle région pressentie ? La notion de « région modèle européenne » exprime fortement plus d’une dizaine de fois que la grande nouveauté est « la réalisation d’une synthèse créatrice d’unité dans la diversité, à un niveau d’identité nouveau »[12]. L’intégration de l’Alsace, qui sans cela resterait un « isolat » trop petit pour constituer une région, ne fait-elle pas partie de l’exemplarité à montrer ? Ne serait-ce pas là l’audace d’aller au bout de l’unité dans la différence ? En l’absence d’intégration de l’Alsace, comment parler de relations interrégionales ? Où seraient « l’intérieur » et « l’extérieur » ?
  • En dernier lieu, le Nord de la Champagne-Ardenne n’a-t-il pas la « vocation géographique » de faire partie de cet ensemble, de par son appartenance au bassin versant de la Meuse dans le prolongement de la partie déjà incluse ?

Il est exprimé dans la publication Vision d’avenir 2020 (2003) l’importance du « développement d’une identité intérieure » [13]. Mais intérieure à quoi ? Où est l’extérieur ? A propos de la création d’un centre de recherche interculturelle, il est évoqué « l’unicité interculturelle de cette région charnière », et l’importance de le faire connaître « à l’extérieur » [14]. Plus loin, il est évoqué le passage du rôle de point de jonction à « une réelle interface au cœur de l’Europe » [15]. Une interface suppose deux faces : une face intérieure, une face extérieure : on revient à la question d’un « dedans » et d’un « dehors », d’une « clôture qui permet l’ouverture », d’une « membrane » qui permet à un « cœur de région » de vivre et à des relations extérieures de se tisser. L’expression de « synthèse créatrice d’unité dans la diversité, à un niveau d’identité nouveau » est frappante par sa conjugaison des trois premières obligations catégoriales présentées en partie II : La catégorie d’obligation de l’unité subjective (CO1), la catégorie d’obligation de l’identité objective (CO2) et la catégorie d’obligation de la diversité objective (CO3). Le constat est ici d’une pertinence de ces catégories « dans la pratique », au cœur d’un message à transmettre aux citoyens d’une société régionale en émergence.

Après avoir présenté plus en détail une synthèse de la vision de la « Grande Région », cette vision sera discutée au regard des questions qui viennent d’être posées, et il sera esquissé des propositions pour définir un « intérieur », un « extérieur » et un centre. Ces propositions chercheront un ajustement en conséquence du programme de Vision d’avenir 2020 et de sa stratégie de réalisation.

Présentation de la vision de la Grande Région :

Le but du document Vision d’avenir 2020 est d’exprimer le fort potentiel de la région dans différents domaines, pour « enthousiasmer les populations de la Grande Région » [16], et contribuer au « désir de former une communauté » [17]. Ce désir est le germe sur lequel pourra se penser, se réaliser une stratégie, des actions, et s’anticiper « la future architecture de la Grande Région » [18] et la « future structure institutionnelle » [19]. Il est exprimé la volonté de ne pas créer de « suprastructure » [20], bien que le programme des établissements nécessaires pour assurer les coordinations soit bien détaillé, et qu’il existe un budget propre pour « financer les structures et les projets communs » [21]. Le but semble ici de ne pas effrayer les citoyens par une organisation coûteuse, mais au contraire de « parvenir à établir l’esprit communautaire » [22] et tracer un chemin qui ne « sera praticable que s’il passe par le cœur des gens » [23].

L’encart qui suit liste les ambitieux éléments de programme de ce qui « aura pu être réalisé d’ici 2020 » (le texte nous projette en effet en 2020, pour susciter l’adhésion au projet).

Programme des établissements nécessaires à la Grande Région, présenté dans Vision d’avenir 2020 (2003) :

– p.13b : Création d’une Maison interrégionale des cultures, incluant une Agence interrégionale pour la culture et le multilinguisme.

– p.25c : Création d’un Institut supérieur de formation pour les cadres supérieurs européens, visant à préparer les candidats aux postes à haute responsabilité dans les domaines de la politique européenne, de l’économie, de l’administration et de la justice.

– p.26a : Un Centre interrégional pour la recherche scientifique et les études interculturelles dans les régions frontalières s’appliquant à la Grande Région et d’autres régions de l’Union Européenne, avec un département « études interculturelles » pour contribuer à la résolution des conflits en Europe et dans le monde.

– p.26b : Un Institut de recherche en planification stratégique à long terme assurant un rôle international.

– p.26c : Un lieu de transfert de connaissances et de Clustermanagement international chargé de présenter le potentiel global de la Grande Région dans le domaine de la recherche

– p.27b : Un Observatoire interrégional de prospective appliquant les recommandations internationales, européennes et nationales en terme de prospection et de « research foresight »

– p.32c : Création de Plateformes d’informations intégrées permettant la réalisation d’un site Internet sur l’économie, la recherche, le marché de l’emploi, la situation sociale, les formations, le tourisme, la culture et les loisirs.

– p.33a : Création d’un Parc commercial transfrontalier et d’un Centre d’innovation interrégional pour les petites et moyennes entreprises qui se prolongeraient dans deux réseaux : un « Réseau de médiateurs d’économie », et un « Réseau de coopération interrégional et interdisciplinaire » réunissant les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises .

– p.34e : Mise en place d’un Institut de transfert du savoir et de gestion interrégionale des systèmes productifs.

– p.39c : Un Centre d’Information sociale (qui renseigne sur les offres et les institutions). Un Sommet annuel de la jeunesse sera organisé chaque année.

– p.37b : L’Académie transfrontalière des Métiers sociaux permet d’intervenir partout.

– p.30a & p.44 : Les infrastructures assurant « un réseau interrégional de transports publics performant et un raccordement à présent sans faille aux axes de transport majeurs européens » :

– Une Ligne Grande Vitesse (LGV) Est-Ouest Paris-Strasbourg,

– Une LGV Nord-Sud entre le sud de l’Angleterre-Bruxelles-Strasbourg-Méditerranée prévue il y a des années par la Commission Européenne.

– Un complément du réseau autoroutier,

– Le canal Moselle-Saône à grand gabarit,

– Un grand Aéroport interrégional et international sur un site approprié de la Grande Région, qui coordonne le potentiel des aéroports de Luxembourg-Findel, Bitburg, Frankfurt-Hahn, Zweibrücken, Sarrebrück-Entzheim et Nancy-Metz avec des rapports privilégiés avec les aéroports de Bruxelles, Paris et Frankfurt.

– p.45d : Création d’un Groupement de coopération transfrontalière pour les transports en commun sur la base des Accords de Karlsruhe ou des Accords de Mayence.

– p.46b : Création d’un Centre de trafic de marchandises intégré avec services logistiques incluant le trafic fluvial sur la Moselle, et une Académie européenne de transport et de logistique.

– p.57d : Une Maison de la Grande Région qui regrouperait tous les organes de la coopération interrégionale.

– Articulation harmonieuse avec les infrastructures européennes existantes : Cour européenne de justice, Administration parlementaire européenne, Académie européenne de droit, Cour européenne des comptes, Banque européenne d’investissement, proximité des villes de Bruxelles et de Strasbourg.

Figure 14‑12 : Programme des établissements nécessaires à la Grande Région, présenté dans Vision d’avenir 2020 (2003)

Tel qu’il est formulé, ce programme ressemble quasiment à celui d’un centre de référence non pas seulement pour la « Grande Région », mais pour devenir une « région symbole» de l’Europe. Il est vrai que l’Europe a plusieurs centres entre Bruxelles et Strasbourg, et ses élus sont en quelque sorte des itinérants entre ces deux pôles : ils sont trois semaines par mois à Bruxelles, et une semaine par mois à Strasbourg. On comprend dès lors l’importance d’une liaison ferroviaire rapide entre Bruxelles et Strasbourg. Au centre de cette liaison se trouve le sillon mosellan de Luxembourg à Metz. L’idée d’un centre de référence pour l’Europe n’est-elle pas sans pertinence ? L’idée d’un centre de référence d’une région européenne exemplaire qui assume simultanément des fonctions européennes manquantes à l’heure actuelle n’est pas sans attrait.

L’ambiguïté est entretenue par la volonté d’être une « région modèle », et par la notion même de « région de régions ». Si une région conviviale cohérente est à l’échelle indicative des 32 000 km2, ne faudrait-il pas réserver le terme de « région européenne » à cette échelle, pour mieux communiquer avec les citoyens, gagner en clarté dans les débats, et permettre l’adhésion au projet ? L’impression reste sinon d’un étage de plus dans les institutions, à l’instar des intercommunalités françaises, sans implication des citoyens, ce qui réduit le sentiment de légitimité de leur part, et affaiblit le sentiment d’appartenance à une même communauté.

Le but de ce programme est de résoudre les nombreux problèmes de coordination actuels. Ces problèmes sont listés dans le document, presque à chaque page, et chaque élément de programme répond aux problèmes précis rencontrés actuellement.

Discussion du document Vision d’Avenir 2020

Un débat sur le document est difficile sans avoir au préalable discuté la question du périmètre (frontières « poreuses », limites, lisière, « membrane » ou contour) et d’un centre de référence.

Les éléments incontestables de la région proposée, compte tenu du poids des régions existantes présentées ci-dessus, sont la Lorraine, l’Alsace (qui ne pourra jamais faire partie du Bade-Wurtemberg et est trop petite pour constituer une région indépendante), le Luxembourg et la Sarre. Les territoires sur lesquels un débat peut s’ouvrir est le Luxembourg belge, le Nord du département de Champagne-Ardenne, et le sud de Rheinland-Pfalz.

Il est choisi ici pour la suite de la réflexion d’intégrer ces territoires, sachant que la question du choix des populations concernées sera décisive pour décider de leur région d’appartenance. Ce sont des territoires « médians », placés sur une médiatrice. La dénomination proposée pour cette région conviviale en émergence est « Entre Vosges et Ardennes » ou, de façon plus brève et claire « Vosges-Ardennes ». En effet, la première dénomination semble ne pas tenir compte de l’Alsace qui n’est pas « entre Vosges et Ardennes » alors que tout l’intérêt de la région conviviale modèle proposée est de créer un territoire unifié comprenant à la fois l’Alsace et la Lorraine.

Le centre de référence peut être Luxembourg, Metz ou Nancy. Si le choix de Luxembourg peut être pertinent sur le territoire de la Grand Région, il ne l’est plus sur le territoire ajusté aux entités précitées. C’est donc entre Nancy et Metz que le choix se pose. L’opportunité de réaliser la gare d’interconnexion du TGV sur le sillon mosellan à Vandières (programmée pour 2013) rend pertinent le projet de réaliser un centre de référence au lieu même du pôle d’échange. La localisation entre Nancy et Metz d’un centre de référence a déjà été défendue depuis les travaux de l’Organisation Régionale de l’Aire Métropolitaine (OREAM) en 1970. Malgré son abandon officiel en 1991, de nombreux rapports reprennent cette idée et démontrent sa pertinence. Citons par exemple les travaux d’A.Antunes pour le Conseil Économique et Social (CES), et de Mme Roland-May en 1999, ainsi que la Revue Géographique de l’Est de 2004. Compte tenu de la farouche opposition de Vandières à tout développement dans la vallée, l’existence du Parc Naturel de Lorraine, le centre d’échange pourrait se développer entre l’aéroport, la gare actuelle de Cheminot et le village de Mardigny, de part et d’autre de l’autoroute. C’est ce scénario qui est développé.

Au niveau du programme, les projets suivants pourraient être discutés  :

  • Le projet de ligne de fret Londres-Dunkerque-Valenciennes-Metz-Strasbourg, empruntant la voie industrielle déjà équipée pour les besoins de la métallurgie.
  • La desserte en France des zones rurales déshéritées, en s’inspirant de la pratique du maillage régulier des autoroutes allemandes.
  • La connexion des TGV et TER à Vandières, et la connexion Paris-Vandières-Sarrebruck.

Pour réaliser ce programme ambitieux et résoudre les nombreux problèmes de coordination qui sont cités tout au long de l’ouvrage, il semble pertinent de proposer qu’ils soient réalisés dans un lieu unique, au Centre de référence de la région. Ce choix permettrait à la fois d’assurer la coordination, de donner un signal fort, de permettre une cohérence régionale globale. L’ambiguïté du document sur la notion de région liée à son ambition d’être une « région modèle européenne » peut être une source de créativité pour aller plus avant dans la réflexion vers une Europe des régions.

  • Les cinq agences pressenties (multilinguisme et culture, science et recherche, marketing touristique, économie et emploi, transports) pourraient être intégrées sur la base de la même structure dans un programme d’ensemble pour l’Europe. La structure proposée pourrait comprendre en synthèse les éléments du tableau qui suit. Le programme qui suit est un développement par l’auteur en fonction des éléments précités d’un schéma déjà présenté par William Twitchett dans le cadre des ateliers de l’association Terre & Cité (Arras) en 2006 et 2007. La documentation de la présente thèse vient en quelque sorte appuyer, étayer, conforter l’intuition et les schémas détaillés de W.Twitchett. On observe que cette intuition vient répondre à un ensemble de questions posées par les élus de la Grande région.

Proposition de programme pour le Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes » :

Le symbole fort souhaité par les élus pourrait avoir pour thème l’écologie :
1- La tour écologique : un symbole fort pour la région conviviale et l’Europe des régions conviviales

Les établissements de coordination interrégionale et les agences suivants :
2- Maison de la région « Entre Vosges et Ardennes » et mairie de la nouvelle collectivité
3- Culture, multilinguisme et religions
4- Science et recherche
5- Tourisme, patrimoine et sport
6- Économie et emploi
7- Transports

Le site pourrait évoquer les futures institutions et outil d’administration pour l’Europe et prévoir des places de rencontres pour les citoyens et les enfants. Tout le site haut de la colline pourrait ainsi être un espace de préfiguration d’une Europe des régions, et un lieu symbolique de rassemblement des personnes autour d’un certain nombre de thèmes énumérés ci-après :
8- Lieu de la Présidence
9- Espace du Premier Ministre
10- Lieu de l’Assemblée des régions d’Europe
11- Lieu des Forces armées
12- Lieu des Affaires étrangères
13- Lieu de la Cour suprême
14- Lieu du Sénat des nations
15- Place du peuple
16- Relais des institutions existantes (Parlement de Strasbourg, Banque européenne de Frankfurt, etc.)

Le site inviterait ainsi à mûrir le sentiment d’appartenance à la région conviviale « Vosges-Ardennes » et le sentiment d’appartenance à une Europe des régions conviviales, une « Confédération des Régions Européennes ».

  • Les infrastructures :

17- Aéroport interrégional et international
18- TGVa : Gare d’interconnexion de Vandières
19- TGVb : Gare de Vigny
20- TGVc : Gare de Louvigny
Dans ce territoire qui articule nature et culture européenne, l’accueil des jeux olympiques de 2048 selon la suggestion de Patrick Thull pourrait devenir une réalité, sous les 3 rubriques suivantes :

21- Zones sportives en vue des jeux olympiques :

  • 21a- Sports aquatiques
  • 21b- Terrains de sport
  • 21c- Village Olympique

Figure 14‑13 : Proposition de programme pour le Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes ».

La potentialité du Pôle de transport de Louvigny-Vandières est de pouvoir accueillir les établissements nécessaires à la région «  Vosges-Ardennes », et vise à préfigurer une Europe de régions conviviales potentielles. Le site est dimensionné pour être un espace symbolique de rassemblement régional et européen. Il est également dimensionné pour pouvoir éventuellement passer du symbole à la réalisation, dans une phase plus lointaine (mais anticipée).

14.C.4.Phase d : Choix, décisions, réalisations pour arriver à satisfaction

Il s’agit des prochains pas possibles à faire, ou des décisions à prendre pour concrétiser la(es) proposition(s) jugée(s) les plus pertinentes.

Le « raisonnement multiscalaire » est la description technique de phénomènes liés à plusieurs échelles. C’est la notion de subsidiarité active (le fait de traiter un problème à l’échelle adéquate) qui permet de comprendre et de donner du sens à leur articulation.

Le « raisonnement multiscalaire », présenté ci-contre, correspond exactement aux cinq échelles indicatives B, C, D, E, F du chapitre 13. L’exemple présenté de la plantation est très concret, Ces échelles n’ont leur pertinence que liées au corps social de l’homme (et ses prolongements technologiques), avec des échelles indicatives précises, utilisable sur l’ensemble de la planète. En effet, la « région », sans autre précision peut être un « pays canton » (env. 125 km2) ou un « pays arrondissement », (env. 2 000 km2) ou un sous-continent (8,2 millions de km2) et rarement dans le grand public la région conviviale (env. 32 000 km2).

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Figure 14‑14 : Le raisonnement multiscalaire (source.: A.M. Gerin-Grataloup, 2006)

La même remarque peut être faite pour la nation : près de 40 nations ont une échelle inférieure à 32 000km2, plus de 40 nations ont la taille d’une région conviviale (échelle C), d’autres la taille indicative de la France (échelle E) voire d’un sous-continent (Échelle E) : le chapitre A7.C. montre cela en détail. Il n’apparaît donc pas pertinent de raisonner sans se référer à une échelle indicative.

En ce qui concerne la région « Entre Vosges et Ardennes », ces échelles ont du sens :

L’échelle « A » indicative de 125 km2 correspond aux Communautés Urbaines de Strasbourg, Nancy, Metz, Thionville et Sarreguemines-Confluences, à la ville de Luxembourg, au Pôle Européen de Développement (PED), à l’aire d’attraction immédiate des petites et moyennes villes (Communauté des communes du Lunévillois, etc.) et aux Kreisfreistädte allemandes (Zweibrücken, Pirmasens, Trier …).

L’échelle « B » indicative de 2 000 km2 correspond aux pays de Luxembourg et Saarland, à la région NUTS 2 du Luxembourg Belge, de Trier, aux Pays de la Déodacie, du Lunévillois, de Remiremont et de ses vallées, des Vosges centrales (Epinal), de l’Ouest vosgien (Neufchâteau), de Verdun, de Bar-le-Duc, du Saulnois, etc.

L’examen des cartes montre que les NUTS 3 ont une taille intermédiaire entre l’échelle « A » et « B » en Allemagne et en Belgique, et sont à l’échelle du département en France (les NUTS 2 sont les régions). Cette grande confusion de tailles et de dénominations techniques sur des réalités différentes rend très difficile une clarté de vue et de cœur du citoyen, en vue d’approfondir son appartenance à sa région de vie. La distinction des trois échelles « A », « B », « C » peut aider à l’analyse, la comparaison et la prospective. La subsidiarité active, qui motive l’émergence de nouvelles régions, se met en place entre des échelles de territoire : la vie quotidienne se constitue en grande partie indépendamment des limites administratives, et parfois sur les limites elle-même. Ces échelles de subsidiarité active sont présentées dans le tableau qui suit

A gauche est présenté le territoire, et à droite est présenté le processus d’émergence du territoire à chaque échelle, l’exemple étant centré sur le centre de référence proposé, qui concernent simultanément les trois échelles.Cet exemple choisi souhaite être démonstratif pour tout autre exemple de la région, rural comme le Lunévillois, ou urbain mélé de nature comme la Moselle-Est. A l’échelle « B », une petite vingtaine de territoires se détachent pour une telle analyse. Pour présenter tous les cas de figures qui se présentent dans une région conviviale, il a déjà été choisi de présenté les processus d’évolution des territoires régionaux : exode rural, densification, desserrement urbain, rurbanisation, la nature dans la ville, l’agriculture, les espaces médians, … A droite est présenté le processus impliqué à l’échelle considérée. Le processus comprend les quatre phases décrites dans la partie II. La deuxième phase est nommée « Critères », car les critères de la région conviviale présentée en partie III chapitre 13 sont la structure de la vision du territoire. Ils sont les caractéristiques particulières des sociétés régionales et locales. La déclinaison des critères dans chaque cas spécifique définit l’héritage du territoire pour ses membres. En termes de pensée organique, les critères sont le complexe d’objets éternels impliqués dans la production d’un territoire convivial : ils sont les caractéristiques déterminantes de la société régionale émergente.

Ces critères ont été énoncés au chapitre 13.D. Ils sont ici les guides de l’analyse géographique. Ces critères se déclinent à toutes les échelles du territoire (Le sous-continent – 8,2 Mkm2 -, la nation -512 000 km2 – , la région conviviale – 32 000 km2 -, l’arrondissement ou agglomération – 2 000 km2 -, la ville – 125 km2 -).

Qu’apporte ici l’approche processive ? L’approche processive apporte l’exigence de la prise en compte simultanée des critères aux différentes échelles, et dans les quatre réalités d’expérience du diagnostic, de la prospective, de l’aménagement et de la décision politique. Oublier ne serait-ce qu’une seule des réalités conduit à l’inaction, l’immobilisme, même si le diagnostic est remarquable, la vision ambitieuse, les propositions pertinentes. Une vision politique sans propositions étayées par un diagnostic solide ne pourra pas conduire à une décision politique (les actes à poser) ajustée dans le sens du bien commun. Et c’est la conjugaison de l’action de tous les acteurs qui rend possible cette prise en compte simultanée. C’est le mode de gouvernance qui rend possible la rencontre de ceux qui vivent, ceux qui visent un avenir, ceux qui proposent et ceux qui décident. C’est cette rencontre qu’exprime l’approche processive. Avant d’être une méthode, le processus est le constat du fonctionnement du réel lui-même. La méthode est un outil pour se rapprocher du réel. Elle permet de réduire l’écart entre ce que l’on souhaite faire, ce qui est réellement fait, et ce que l’on obtient (qui a souvent des effets contraires indésirables et imprévus). La méthode approfondit les relations entre tous ceux qui sont impliqués dans le processus. Elle aide à la rencontre.

L’analyse étant faite, il est présenté ci-après la proposition d’aménagement du centre de référence de la région « Vosges-Ardennes ». La méthodologie a été la visite complète du site, pour en dégager les potentialités. Outre le réseau hydrographique le long duquel les quelques trente villages s’égrènent régulièrement des sources vers la rivière principale (la Seille et la Nied française à l’Est), un point remarqué est le coteau (classé en site inscrit protégé). D’anciennes voies ferrées relient plusieurs forts au centre ville de Metz. Il convient de noter que la voie SNCF principale de Metz à Sarrebruck descend en direction sud-est jusqu’à Han-sur-Nied, ce qui rend facile la jonction du TGV vers Sarrebruck en créant un arrêt dans l’aéroport international. La région disposerait ainsi d’un véritable axe ouest-est en plus d’un axe nord-sud fort, et l’agglomération de Sarrebruck (1 million d’habitants) pourrait se développer vers l’ouest. Le pôle d’échange développe les potentialités existantes et offre au fur et à mesure des aménagements des opportunités nouvelles.

Le parti urbanistique proposé est de créer un axe structurant Est-Ouest de l’aéroport à Mardigny, ponctué par les équipements de coordination et le village olympique (figure 14-15). Tout le remarquable réseau hydrographique (figure 14-16) pourrait être mis en valeur avec un réseau de cheminements piétonniers et une mise en relation systématique de ceux-ci entre eux (figure 14-17 : trame végétale). Un préverdissement systématique permettrait de contribuer à la préfiguration du site. Chacune des buttes entre les ruisseaux pourrait développer un germe de village ou de ville sur un axe Nord-Sud entre l’autoroute et la RD5. Chaque village pourrait accueillir des extensions mesurées. Un réseau de tramway pourrait se développer à partir de l’axe Vandières-Aéroport en boucles successives autour du coteau d’abord, puis des buttes/germes de villages ou de villes, et enfin des villages existants, au fur et à mesure des opérations (figure 14-18). L’analyse fine des courbes de niveau sur carte 1/25 000e agrandie montre qu’il est possible de respecter les pentes réglementaires. Les premiers équipements à réaliser seraient le « symbole régional fort », la maison de la région « Vosges-Ardennes », et la mairie de la nouvelle collectivité à créer, puis progressivement tous les centres de coordination.

Il a été choisi de ne pas faire figurer le projet d’autoroute A32 bis qui passe juste à l’est de l’aéroport. Est-il encore temps d’infléchir légèrement le tracé suivant les esquisses ci-après pour contribuer à un véritable « pôle d’échange » tel que le CERTU le décrit dans ses outils méthodologiques ?

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Figure 14‑15 : Cercle indicatif « B » (2 000 km2) sur le site du Centre de référence pour la région « Vosges-Ardennes » ; Plan de l’existant (IGN 1/100 000e)

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Figure 14‑16 : Schéma des villages existants et du réseau hydrographique (sur fond IGN)

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Figure 14‑17 : Trame verte générale du Centre de référence (sur fond masqué IGN)

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Figure 14‑18 : Prise en compte du site et schéma d’aménagement paysager du Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes »

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Figure 14‑19 : Localisation de principe des Établissements de coordination régionaux et interrégionaux du Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes »

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Conclusion du chapitre 14

Une grande attention dans l’étude de la région « Vosges-Ardennes » a été portée à la méthode d’analyse, dans le but d’être reproductible à d’autres régions d’Europe, voir du monde. Cette démarche répond au souhait des élus de la « Grande Région » de développer « une région modèle pour l’Europe ». La réussite semble passer par l’attention portée aux médiatrices et au centre de référence. Une analyse fine des potentialités (pures hybrides et réelles) permet de proposer un contour et un centre de référence pertinent au regard des critères de la région conviviale détaillés au chapitre 13.

Cette région pose pleinement la question du colloque « Territoires institutionnels, territoires fonctionnels » (Bleton-Ruguet, Commerçon, Gonod, 2006). Comment créer un territoire institutionnel qui corresponde de façon vivante au territoire fonctionnel ? Comment articuler mondialisme et mondialisation ? Comment « vivre ensemble », créer une société régionale en dépassant les conflits des villes de Nancy et de Metz, et de l’Alsace et la Lorraine ? Comment déterminer le centre de référence et placer les médiatrices d’une telle société régionale ?

Les conflits, dans une approche processive, ne sont-ils pas un contraste unité/diversité spécifique, qu’une région conviviale peut mettre en perspective, en « mouvement » dans un accroissement d’intensité à la fois de l’unité et de la diversité ? Une communauté réussie est l’harmonisation des fortes identités de chacun, dans un esprit de coopération, et non plus seulement de compétition (toujours cette articulation du mondialisme à la mondialisation…).

Le chapitre 14 a permis d’entrer dans le raisonnement multiscalaire entre les échelles indicatives de 32 000 km2, 2 000 km2, et 125 km2, et de proposer un contour et un centre de référence régional.

Dans le chapitre 15 va être réalisée la démarche vers les plus petites échelles des 512 000 km2 (la France), 8,1 millions de km2 (l’Europe), et 132 millions de km2 (la planète).

L’ensemble de la démarche a l’intérêt de montrer l’interdépendance des territoires, et d’entrer dans le mécanisme de la subsidiarité active entre ceux-ci. L’apprentissage du regard pour appréhender les échelles de manière fine avec une référence de taille indicative précise permet d’évaluer les potentialités (pures, hybrides, réelles), d’entrer dans la prospective, et de comparer
les différents territoires de la planète à chaque échelle considérée.

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Notes :

[1] Revue Géographique de l’Est XLVI dans son numéro 1-2 2006 « La Bourgogne : dynamiques spatiales et environnement ».
[2] Rapport précité p.5 et DATAR Aménager la France de 2020, p66 (document accessible sur www.datar.gouv.fr).
[3] Degermann, 2003.
[4] Patrick Thull, Demain, la Lorraine, Éditions de l’Est, 2003
[5] Patrick Thull, op.cit.
[6] Vision d’avenir 2020, ibid, p.Ic, IVa, 1a, 3b, 6a, 6c, 7c, 8b, 21c, 42b, 43c, 58b, …
[7] Vision d’avenir 2020, ibid, p.26a.
[8] Cette ambition est exprimée dans la volumineuse Étude de préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Saarbrück-Moselle Est de 2003.
[9] Cette ambition est exprimée dans le volumineux Schéma de développement de l’Espace SaarLorLux+ de 2002.
[10] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 6d et 59a.
[11] Vision d’avenir 2020, ibid.
[12] Vision d’avenir 2020, ibid, p.12a.
[13] Vision d’avenir 2020, ibid, p.12c.
[14] Vision d’avenir 2020, ibid, p.13d.
[15] Vision d’avenir 2020, ibid, p.29a.
[16] Vision d’avenir 2020, ibid, p.4a.
[17] Vision d’avenir 2020, ibid, p.5c.
[18] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 12a.
[19] Vision d’avenir 2020, ibid.
[20] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 53a. Voir aussi dans ce sens p.54b « aucune nouvelle structure administrative », p.55d « future structure institutionnelle déjà en place ».
[21] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 55b.
[22] Vision d’avenir 2020, ibid, p.56c.
[23] Vision d’avenir 2020, ibid, p.59c.

13.B-C. Frontière & centre

3.B. Approfondissement de la notion de frontière et de centre avec Mircéa Eliade ; Importance pour une approche pratique des régions conviviales de l’Europe et du monde

L’enquête de Régis Debray avait commencé dès sa Critique de la raison politique en 1981. Il y décrit le « principe d’inscription » [1], le principe d’incomplétude. Il résume ce dernier par l’expression « Clos, donc ouvert » [2]. Edgar Morin développe le principe d’incomplétude avec les mêmes accents (et tous les prolongements scientifiques) dans La Méthode. 4. Les Idées  [3]. Son propos est bien connu, aussi, des anthropologues. Mircéa Eliade a ainsi depuis 1957 expliqué dans Le sacré et le profane le lien entre chaos et cosmos « toute construction ou fabrication a comme modèle exemplaire la cosmologie » [4], aussi bien dans les sociétés traditionnelles que modernes. « C’est cela que tu n’as pas pensé qui se vengera de toi » [5] exprime Régis Debray. Mircea Eliade explique dès 1957 « qu’en d’autres termes, l’homme profane, qu’il le veuille ou non, conserve encore les traces du comportement de l’homme religieux, mais expurgé des significations religieuses. Quoiqu’il en fasse, il est un héritier (…) La majorité des « sans religion » se comportent encore religieusement, à leur insu » [6]. Il suffit pour s’en persuader de consulter toute l’œuvre de Gilbert Rist, Directeur de l’Institut Universitaire d’Études du Développement (IUED) à Genève [7], où il travaille à une anthropologie de la modernité qui fait apparaître la société occidentale comme étant aussi traditionnelle que les autres. Il étaye ainsi, de façon fort documentée et avec une grande finesse d’analyse le propos de Mircea Eliade, assumé en synthèse par R. Debray.

Ceci induit pour la présente thèse une méthode spécifique d’approche des frontières et des centres des sociétés régionales émergentes. Chaque société régionale a un centre et une périphérie. Le centre peut être en adéquation avec le site et ses potentialités, ou non. Quatre cas sont possibles :

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Figure 13‑5 : Tableau de l’adéquation des centres et frontières des régions conviviales : potentialités réelles, hybrides ou pures.

La pertinence de cette analyse s’appuie sur l’approche d’un territoire composé d’un centre (une référence transcendante) et d’une frontière (séparation d’un dedans et d’un dehors, pour gérer des flux). Centre et frontière sont inséparables dans l’analyse. Ils se réfèrent tous deux à un peuple ou à une nation composée d’un ou plusieurs peuples. Les États adéquats sont en principe des structures de gestion des nations. Pour développer la mondialisation (objectif prioritaire de la politique d’intégration européenne) a été mis au point le SDEC [8]. L’économie est le premier but : « l’UE évoluera ainsi progressivement d’une Union économique vers une Union environnementale et à l’avenir vers une Union intégrant la dimension sociale, tout en sauvegardant la diversité régionale. [9] ». Pour éviter les « obstacles » des États, l’insistance est mise sur les régions. De fait, c’est redonner aux territoires leur importance. Mais l’absence de politique spécifique pour les régions en terme de société ne permet pas aux frontières (anciennes ou nouvelles) de jouer leur double rôle : faciliter les flux et promouvoir dans le même temps un renforcement équilibré des sociétés. Cette approche est développée en partie III, chap. B.14.C.3. pour la région « Entre Vosges et Ardennes ».

Cette approche ne peut être qu’une introduction : centre et frontière sont les symboles d’une approche intuitive des territoires. Ces symboles ont été finement analysés par Stéphane Rosière [10]. Ils sont liés à la société plus qu’à l’économie, comme le montre leur utilisation politique. Ils sont à la fois le signe d’une permanence (ce qui ne passe pas) et du changement (ce qui passe). Leur conception oscille ainsi entre une vision purement administrative et une vision sous l’angle d’une meilleure gouvernance. L’approche développée ici est celle d’une meilleure gouvernance qu’une administration vient, ultérieurement, appuyer (conjugaison de la permanence et du changement). Les quatre notions d’analyse constitutives des sociétés personnelles sont l’héritage, l’émergence (les flux), la transmission et l’histoire. Beaucoup d’analyses de potentialités se font essentiellement en terme de flux : étude d’infrastructures -mobilité/intermodalité/interopérabilité-, études de perméabilité/fluidité de frontières, coopérations interrégionales, échanges économiques entre région -sans intervention des Etats-, etc. Ces études ne prennent en compte qu’un seul des quatre critères d’une société. Ainsi, beaucoup d’Eurorégions développent des programmes dans ce sens : l’Eurorégion Barcelone-Aragon-Midi-Pyrénées-Languedoc est un exemple [11]. Pourtant, sans être clairement identifié en tant que tel, un projet de société est énoncé : consolider l’autonomie des collectivités territoriales [12]. Ainsi, on observe que la volonté est de protéger les frontières d’un point de vue sociétal, et de les ouvrir d’un point de vue économique. La même observation peut être établie à propos de beaucoup de programmes « Interreg ». Le débat gagnera en clarté quand ces distinctions seront faites. Au lieu de miser sur un affaiblissement des sociétés pour faciliter les flux (baisse de charges sociales, réduction de la solidarité nationale [13], etc.), il serait possible simultanément (à tout le moins clairement envisagé) de consolider les sociétés et d’améliorer les échanges. Dans tous les cas, la dimension territoriale est forte, tant pour la société que pour les échanges. La région conviviale peut être le lieu de débats, de confrontations et de propositions dans ce sens.

Seule la population locale, quand elle existe (allusion aux vastes contrées non habitées d’Australie, ou de Sibérie) ou la nation responsable du territoire, peut se prononcer sur l’adéquation ou non du centre et de la frontière. Par exemple, au sein du peuple slovaque sont faites des propositions pour déplacer la capitale de Slovaquie de Bratislava à Zvolen. En effet, Bratislava, à l’extrême ouest du Pays ne dessert pas au mieux la population. D’autres pays tels que le Kazakstan (Asthana à la place d’Almaty en 1997) ont changé de capitale pour servir le pays de façon plus efficace.

Tous ces exemples montrent que nous sommes ici bien loin de la notion de frontière et de centre sur une base purement administrative et politique. Cette approche se détache aussi « d’une vision purement géographique qui consiste à définir le territoire comme un espace approprié par une communauté ». Le territoire est « un système complexe de relations et d’échanges », le carrefour de relations de nature variées », « terreau de nouvelles pratiques, lieu privilégié de l’invention d’alternatives de développement, espace d’expérimentation » [14]. La frontière se caractérise par sa perméabilité, et le centre par son ouverture. Max Sorre dans son ouvrage Les fondements de la géographie humaine, (1952, t.III, p.228) exprime « Il y a un lien étroit entre ces deux organes de la vie politique : la frontière et la capitale ». Dans tous les cas, en référence à l’homme, frontière et centre de référence caractérisent un territoire, et sont signes de l’inscription de l’homme sur une terre, sa géographicité (pour reprendre l’expression d’Eric Dardel [15]).

13.B.1. Frontière et centre d’une région conviviale

A l’examen pratique des régions d’Europe, tantôt beaucoup plus petites tantôt beaucoup plus grandes que la notion indicative de région conviviale, il s’avère utile de proposer une analyse en six types de régions potentielles, suivant le tableau synthétique suivant :

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Figure 13‑6 : Frontière et centre d’une région : typologie des potentialités régionales.

Une carte de propositions pour une Europe des régions, et la mise en œuvre établie d’une typologie des centres et frontières selon cette légende, est réalisée au chapitre 15.C.

Il convient de noter que la notion de frontière fait appel à une approche globale en terme de site urbain (Twitchett) et de gouvernance (Calame). L’approche combine la pertinence relationnelle et la pertinence écologique. Pierre Calame insiste beaucoup sur la nécessité de réaliser des statistiques sur les territoires, pour renouer la tradition perdue avec la modernité de « penser avec les pieds ». Cette démarche de recherche statistique pour connaître les flux de toutes sortes suppose la délimitation d’un « dedans » et d’un dehors ». Le meilleur exemple est celui de la membrane d’une cellule. Il ne s’agit pas de « bloquer » les flux, il s’agit de les connaître, d’en prendre conscience, d’en élaborer une connaissance pour pouvoir agir en conséquence. Seul cet effort de pensée doit permettre de conjuguer mondialisme et mondialisation.

Peut-être faut-il changer le terme de frontière et en proposer un autre ? En effet, le même mot sert à caractériser un mouvement de fermeture des frontières, pouvant aller jusqu’à l’établissement de murs (murs entre Israéliens et Palestiniens, entre les USA et le Mexique, entre Indiens et Pakistanais, …).

Il s’agit d’une véritable remise en question : on sort du concept vidalien, pour des réalités géopolitiques et des entités processuelles. On donne de l’importance aux pouvoirs, aux capacités d’intervention quant à l’aménagement, à la mobilité, aux flux et à l’attraction. La région est un espace de potentialité : on retrouve ici l’ancienne notion de puissance, au sens de « capacité d’agir et de réaliser une politique) qui tend à disparaître de nos manuels de géographie. La notion de potentialité a été développée dans le chapitre 11. Ce chapitre a montré que les objets géographiques sont les potentialités pures, hybrides et réelles. La rubrique qui suit cherche à l’appliquer à la géographie, et à réhabiliter l’ancienne notion de puissance, liée à la potentialité.

13.B.2. Apport des notions de potentialité pure, hybride et réelle (voir le chapitre 11) à la notion géographique de puissance

Jean-Pierre Renard a constaté la disparition (ou un traitement humoristique [16]) de la notion de puissance dans les principaux dictionnaires de géographie (notamment le DGES), sauf celui d’Yves Lacoste. J-P.Renard définit la puissance comme «  un phénomène qui se mesure en fonction de potentialités territoriales internes et de la capacité à se projeter à l’extérieur de ce territoire, à des distances de plus en plus grandes (élément de la hiérarchie des puissances) » [17]. La notion de puissance fait clairement référence à celle de potentialité interne et externe (analyse génétique et analyse morphologique). Dans le détail de sa définition [18], on reconnaît sans peine toutes les déclinaisons de la potentialité pure, hybride et réelle, ainsi que leurs articulations.

Ceci n’est pas étonnant. Comme le souligne William Twitchett en partie B1.2 de sa thèse, le lien fait d’ailleurs partie de la définition du mot potentialité dans le simple Larousse. La potentialité est le « Caractère de ce qui existe en puissance ». Le Littré indique : « Qualité de ce qui est potentiel, en puissance ». Un lien peut aussi être fait avec la notion de puissance chez Locke, qui exprime selon Whitehead la capacité auto-créatrice de l’entité-actuelle (au niveau microscopique), donc des nexus et des sociétés dont ils sont formés (au niveau macroscopique).

Pour la présente thèse, la puissance existe lorsque toutes les potentialités, pures, hybrides et réelles sont mobilisées et mises en œuvre. Nous verrons plus loin comment la région conviviale semble être l’échelle de la plus grande puissance, au sens de la conjugaison des potentialités (pures, hybrides, réelles) pour une efficacité de la transformation des territoires.

13.B.3. Centres et périphéries : vers une nouvelle approche des territoires qui conjugue les deux approches

La proposition faite en partie II d’un nouveau mode de pensée en terme de potentialité pure, potentialité hybride et potentialité réelle (nexus et sociétés) prend ici toute son importance. Il était important de fonder ces concepts pour permettre des applications dans le domaine de la géographie fondamentale -prospective & modélisation- (potentialité pure), de la géographie aménagement (potentialité hybride) et géographie analytique (potentialité réelle) : les statistiques n’existent pas encore (ou existent dans un ordre dispersé, sans liaisons entre elles). Les nombreux travaux sur la définition des villes, agglomérations, unités urbaines, aires urbaines, métropole, mégalopoles, villes mondiales, … témoignent d’une grande confusion des relations entre ces notions. La connexion aux travaux géographiques régionaux des géographes n’est pas faite, comme le souligne Ph. Pinchemel. Le travail qui suit tente de poser le cadre général d’une réflexion pour l’aménagement de la planète en régions conviviales. La notion de convivialité est prise méthodologiquement au même sens que la notion d’inégalité pour Alain Reynaud. Les cartes ne peuvent rendre compte du phénomène urbain que par des indications de densité [19] et l’indication de quelques centres importants. Mais ces indications ne suffisent plus : à quel territoire se reporte le phénomène de densité ? Quelle est la taille de l’agglomération pour la calculer ? Le plus souvent, les indications sont vagues, ou quand elle ne le sont pas, elles ont des découpages arbitraires avec les communes urbaines voisines et perdent de leur pertinence. François Moriconi-Ebrard a donné depuis les années 1990 un fondement scientifique à la notion d’agglomération morphologique. Désormais, c’est au fondement scientifique de la notion de région morphologique qu’il convient de travailler pour rendre compte des phénomènes observés sur les territoires.

3.B.4.1 Comment éviter le piège du concret mal placé :

Les propos qui précèdent sur la frontière et le centre sont essentiels pour pouvoir revenir au sens concret d’une frontière et d’un centre, en terme de société, et non uniquement en terme économique de création d’activités et d’écoulement des marchandises.

Pour éviter le piège du concret mal placé [20] (prendre l’abstrait pour le concret), il convient de faire référence aux phases du procès génétique. Cela conduit à

  • (ap)préhender les faits dans leur complexité (passé/présent/avenir) en prenant en compte autant que possible tant la causalité efficiente (les relations internes) que la causalité « externe ».
  • observer les entités dans leur procès de devenir, c’est-à-dire en configuration de devenir. Les data préhendés, qui sont des êtres déterminés, doivent être saisis dans les différentes composantes de leur détermination (objets persistants et objets éternels), sachant que les relations internes sont asymétriques [21].
  • porter l’observation sur
    • le sujet préhendant (l’universitaire, l’urbaniste ou l’ingénieur territorial, …) qui a sa propre visée subjective (qui peut avoir plusieurs facettes) et ses pensées désirantes (son objectif)
    • l’objet (datum, …) préhendé avec ses caractéristiques, ses déterminations et son propre procès de concrescence
  • prêter attention à la manière dont est menée la recherche (la forme subjective)
  • exemplifier les catégories de l’explication en vue d’une application, ou à l’inverse, d’une modification du schème (absence de dogmatisme). Il est donc important de bien définir « l’objet » de la recherche, et l’ensemble des liens qui sont concernés en première approche, dans une vision dynamique et évolutive. « Les objets sont des facteurs de l’expérience qui fonctionnent en sorte d’exprimer que cette occasion prend naissance en incluant un univers transcendant d’autres choses. (…) la conscience est l’accent mis sur une sélection de ces objets »[22].

Toute la géographie prospective, la géopolitique et la géohistoire disent cela à leur manière, en constatant que l’inclusion des acteurs dans le propre procès de devenir des territoires considérés est un facteur déterminant de la réussite de la démarche. Pourquoi ? Il n’y a plus un changement qui est imposé de l’extérieur, mais avec la prise en main sur place, directement, de tous les composants, on peut espérer que les changements naissent de l’intérieur et que les propositions souhaitables soient décidées et mises en oeuvre.

13.C. Autres notions géographiques : l’espace, le temps, la communauté, le territoire, le paysage

Il a été étudié dans le cadre de la présente thèse les notions d’espace, de temps, de communauté, (Patrie / Nation / Régime / État ; Individu / Sujet / Acteur / Personne), de territoire, et de paysage [23]. Pour des raisons de volume, les 17 pages d’analyse ont été placées en annexe dans un dossier de « textes complémentaires ». Le principal apport de ce texte complémentaire placé en annexe est de montrer comment les distinctions entre les multiplicités, les nexus et les sociétés se retrouvent entre les notions d’individu, de sujet, d’acteur et de personne  selon les définitions d’Emmanuel Mounier, auteur du personnalisme communautaire [24].

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Notes :

[1] Debray (1981), pages 386 à 392. Il exprime que « L’espace est la dimension caractéristique de l’ordre politique. Le temps, celle de l’être vivant. Ces deux propositions sont liées, car la première est la conséquence de la seconde ».
[2] Debray (1981), Chapitre I, page 255. La section « Clos, donc ouvert » est pages 257 à 263.
[3] Edgar Morin, La Méthode. 4. Les Idées. Leur habitat, leur vie, leurs mœurs, leur organisation, Paris Seuil, 1991, 262p. Voir page 185 à 209, avec un résumé abrégé p.242 l’incomplétude logique ; le théorème prononcé par Kurt Gödel en 1931(le texte du théorème est p.105-142 de l’ouvrage Le théorème de Gödel de Nagel (E.), Newmann (J.R.), Girard (J.Y.), Paris, Ed. du Seuil, 1989) ; Chacun connaît le paradoxe des Crétois. Si un Crétois dit : tous les Crétois sont menteurs », que doit-on en déduire ? (p.185). Edgar Morin dégage page 242 un principe d’incertitude anthropologique/sociologique/noologique/logique/rationnel. L’ensemble des propos qui suivent pourraient être exposés suivant le schéma de concrescence. Mais ce serait une autre thèse : Edgar Morin y détaille de fait chacune des relations du schème organique …
[4] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Folio, Essai n°82, 1957, page 45b.
[5] Debray (1981), 423a.
[6] Eliade (1957), p.173a&b.
[7] Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences-Po, 1996.
[8] Schéma de Développement de l’Espace Européen, présenté pour la période 1999-2006 Le document se trouve sur le serveur http://euroe.eu.int/ ou sur le site d’inforegio http://inforegio.cec.eu.int/
[9] SDEC (1999), page 11
[10] Stéphane Rosière, Géographie politique et Géopolitique, : une grammaire de l’espace politique, Ellipses, 203, p.259 et suiv.
[11] Voir le dossier complet en annexe12 de l’annexe informatique, à l’adresse suivante : Annexe12-Region-Conviviale-Ville&Territoire\D2_Europe\D2-Barcelone-Catalogne.
[12] Voir le Monde Diplomatique de décembre 2007 et le dossier spécial : « Catalogne : Indépendance ou autonomie ? » de 4p.
[13] Stéphane Rosière explique que « de nombreux acteurs contemporains considèrent que les charges qu’induit la solidarité nationale (sécurité sociale, impôts, redistribution des richesses) obèrent leur développement économique plus qu’il ne le stimule, ou leur est tout simplement insupportable au nom d’un égoïsme qui ne se cache plus. » ibid, 2003, p.299e.
[14] Pierre Calame, Fiches de notion « territoire », www.fph.fr, article 1, alinéa c.
[15] Erice Dardel, L’homme et la terre, ECTHS, 1990 (1952), p.2a.
[16] Jean-Pierre Renard note « Terme présent dans « les Mots de la géographie, dictionnaire critique », sous la direction de Roger Brunet en 1992, mais une définition rapidement expédiée, voire ironique, voir page 408. « en géographie synonyme d’Etat…ne s’emploie guère que pour les forts…apparaît déjà dérisoire quand on parle des puissances moyennes et ridicule pour les petites ».
[17] Extraits de la conférence sur « La notion de Puissance, réflexion géographique » le vendredi 25 mars 2005 par Jean-Pierre Renard, Professeur des Universités en géographie, Université d’Artois, Directeur de l’Équipe d’Accueil « Dynamique des Réseaux et des Territoires ».
Le texte complet se trouve sur http://www5.ac-lille.fr/~heg/spip.php?article43
[18] Sa définition est la suivante : « une puissance fait rêver : elle mobilise, fait adhérer, intègre, fait évoluer…le thème de la cohésion interne, de la projection dans l’avenir et l’espace extérieur ; une puissance engendre l’innovation y compris culturelle. …la cohésion intérieure passe aussi par la maîtrise du territoire, son aménagement (voies de communications, réseau de télécommunications, connectivité entre les lieux, absence d’enclaves ou d’angles-morts…). …une participation décisive à la mondialisation (flux financiers, commerciaux, humains…) et à la globalisation (contraction spatio-temporelle du monde) : la puissance, un territoire par lequel passent en temps réel, les informations couvrant le monde. … les critères constitutifs d’une grande puissance mondiale sont multiples et interconnectés, appliqués à des échelles différentes : lieux marqueurs de puissance, maîtrise des espaces régionaux, contrôle et cohésion du territoire national, rayonnement international et nœud de la globalisation. »
[19] Voir par exemple dans l’Atlas des bassins versants du monde, placés intégralement en annexe informatique n°10, à l’adresse suivante : Annexe10-Planete\00_Monde-Bassins-Versants\Atlas-Bassins-Versants-Monde.
[20] D’autres exemples peuvent être cités, comme le mythe d’une science sans mythe (Serres, 2003), ou du développement par la mondialisation (Passet, 2001)
[21] Ford, EMW 40-44
[22] W, IS, 227, p.286
[23]Le fichier est intitulé 03-PartieIII_NotionsGeographiques-EspaceTempsCommunauteTerritoirePaysagé.doc . Il est présenté en annexe informatique, et le chemin d’accès est le suivant : 00_Annexes\Annexe00_Textes-Complementaires\03-PartieIII_NotionsGeographiques-EspaceTempsCommunauteTerritoirePaysagé́.doc
[24] Emmanuel Mounier, Qu’est-ce que le personnalisme, dans Oeuvres de Mounier, 1931-1939, tome1, p.536 à 541,

4.C-1-2 Concrescence de Lunéville

4.C. Phase a : Présentation de la ville et des quartiers:

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Figure 4‑1 : Les quartiers de Lunéville en 2000. (Source : P.Vaillant, logiciel Autocad)

Le découpage politique des sept quartiers de Lunéville correspond pratiquement à la typologie des quartiers : quartiers nord (saumon foncé), quartier Villers-Sainte-Anne (vert), quartier de Ménil (saumon clair), quartier sud (violet), quartier Dahommey-Jeanne d’Arc (bleu), quartier du Champ de Mars (jaune) et quartier du centre ville (rouge et blanc). La vieille ville est hachurée en rouge : une partie se trouve dans les quartiers nord (place des Carmes et rues adjacentes), et un ensemble d’îlots se situe dans le quartier de Ménil (actuelle Institution St Pierre Fourier et rues adjacentes).

Le travail mené sur les plans de la ville depuis sa charte de franchise en 1265 avec un « comité des sages » a montré la capacité de renouvellement de la ville à travers les siècles. Il a conduit à la publication d’un ouvrage collectif en 2000 intitulé Histoire urbaine de Lunéville de 1265 à 2000 (LtP), suivie d’une exposition. L’analyse progressive et systématique de plus de 30 plans a permis en fin d’ouvrage de dresser une synthèse globale La ville s’est distinguée tous les cinquante ans environ depuis 1702 dans un domaine différent. Ville Princière de 1702 à 1766 avec l’installation du Duc Léopold puis l’arrivée en 1737 du roi Stanislas avant de devenir une ville dans la misère la plus profonde jusqu’en 1816. Elle devient la « Cité cavalière » de 1816 à 1871, avec l’installation du camp de Lunéville, et d’une garnison de cavalerie. Jusqu’en 1871, Lunéville est une ville endormie qui se distingue par ses performances en matière de maraîchage et de vignes. Devenue « ville frontière » en 1871 lors de la partition de l’Alsace-Lorraine, l’industrie se développe à l’initiative d’industriels alsaciens qui voulaient rester en France : production de wagons à l’usine Trailor -30 000 wagons de 1871 à 1945 [1]– parmi une floraison d’industries. La ville double sa population : elle passe de 12 000 habitants en 1871 à 23 000 en 1901 (LtP, p.99) quasiment sans construction supplémentaire. La ville ne résout son problème de surpopulation et de manque de confort qu’après la seconde guerre mondiale : elle construit au nord et sur les terrains de maraîchage du sud de la ville. Elle double de surface bâtie de 1945 à 1995, et la vieille ville commence à se transformer avec le contrat des villes moyennes affiché à partir des années 1970. En 1995, l’arrivée des socialistes à la tête de la mairie marque un tournant, celui de l’orientation de la ville vers une économie touristique et culturelle, ce que l’incendie du château en 2002, paradoxalement, ne dément pas.

La ville a changé d’identité tous les 50 ans, et cela pendant près de trois siècles [2]. Elle est caractérisée par ses édiles successifs comme étant une ville endormie, léthargique, en perpétuelle récession. C’est en fait une ville de passage, une ville de « flux » qui donne à ses habitants, malgré son dynamisme réel, l’impression de plus subir les évènements que d’en être le moteur. La nouveauté est presque toujours venue de l’extérieur (le roi Stanislas en 1737, le Prince Hohenlohe en 1816, les industriels alsaciens en 1870, le Conseil Général propriétaire du château en 2001…). Et la ville a toujours fait preuve de dynamisme de fait. Pourquoi n’apprendrait-elle pas à se projeter dans l’avenir avec plus d’audace, par exemple en imaginant de devenir une ville d’économie touristique, dont le château ne serait qu’une seule des pièces ? Analysons la situation de départ, avant d’analyser les potentialités.

La vieille ville fortifiée du Moyen-Age:      

Vers 1265, les bourgeois obtinrent du duc Ferri III des franchises et libertés sur le modèle de la loi de Beaumont [3]. Un premier rempart fut construit début XIIème siècle. Il fut augmenté à l’ouest (au delà du boulevard de la République) en 1340 [4]. L’enceinte est globalement carrée (400 m de côté) flanquée de 4 tours dont une reste encore aujourd’hui (la Tour Blanche). La ville couvre donc 16 ha environ, soit 1/100ème du ban communal. Cette enceinte est complétée après 1591 par une nouvelle enceinte composée de 7 bastions en terre reliés par autant de courtines et protégés par des fossés que les eaux de la Vezouze doivent inonder (en fait, ils seront toujours secs …)

Avant 1702, et le retour du Duc Léopold en Lorraine (1698), la ville ressemblait à Toul, avec ses murailles, ses bastions d’angles . Lors de l’exposition de 2 000, les habitants ont pu s’étonner de l’existence de cette première ville militaire. Il faut aujourd’hui un réel effort d’imagination pour se la représenter. Il n’en reste que quelques faibles vestiges (La Tour Blanche, la Tour de l’’Octroi, des restes de muraille rue du Rempart, rue de la Brèche, … à la place de ces remparts, Léopold construit ce que l’on pourrait appeler la Ville Neuve de Lunéville, ou la Ville Résidentielle du Prince.

La « Ville Neuve » ou la « Ville des Lumières » :

Le parti urbanistique est très différent de ce que fit Charles III à Nancy. Il avait construit hors des remparts la Ville Neuve de Nancy adossée à la ville médiévale, laissant à Stanislas l’opportunité de réaliser ultérieurement le magnifique ensemble de la place qui porte son nom, entre la « Ville de Charles III » et la Vieille Ville. La solution mise en œuvre à Lunéville est tout autre. Léopold utilise la même clé de développement que beaucoup d’autres princes en France, comme par exemple Richelieu pour la ville qui porte son nom dans le Poitou, et Louis XIV à Versailles [5]: une place royale (l’actuelle place des Carmes), et des constructions à programme (Place des Carmes, Rue Banaudon, Place Léopold, …).

Pour donner immédiatement forme à sa Ville et à sa Place Royale, Léopold utilise ses propres besoins en bâtiments militaires, casernement et écuries. Le programme d’ensemble est défini et contrôlé par Christophe André, nommé intendant des bâtiments de Lorraine et inspecteur général des Pont et Chaussées [6]. Il construit la Caserne des Cadets sur les terrains marécageux formant « L’île Saint-André ». Une rue nouvelle est tracée et de grandes demeures sont élevées (actuelle rue Chanzy) sous sa direction. En septembre 1707, trois d’entre elles (côté pair actuel) sont achetées par le Duc pour y installer les Suisses de sa Garde d’Honneur, et les pages. Puis en février 1709, le Duc achète 4 grandes maisons dans la rue (côté impair) pour l’Académie d’exercices, au delà du second pont sur la Vezouze, reconstruit en pierre en 1709. Par un Édit daté du 31 octobre 1710 Léopold autorise le projet de Ville Neuve : il accorde l’exemption de « toute tailles, subsides et impositions » aux particuliers qui auront dessein de construire. André achète en Avril 1712 dix mille toises de terrain et établit la Place Royale, l’ancienne Place Léopold, actuelle Place des Carmes, pour l’usage du public. La caserne des Carmes est bâtie sur le côté Ouest (nommée à partir de 1887 caserne La Barollière). Une Communauté des Carmes s’installe sur le côté Est et y construit une église. Des particuliers complètent l’ensemble et devaient respecter des règles de construction strictes : une place à programme avec une statue en son centre, avec des perspectives rectilignes, alignement de façades, constructions aux allures régulières, toutes semblables jusqu’aux linteaux, aux corniches et aux encadrements de fenêtres qui sont dessinés à l’identique. L’architecture donne forme à l’espace urbain. André meurt le 30 Avril 1712. Paul HERE, père du futur architecte de Stanislas, devient à son tour intendant des bâtiments. Il construit à lotir la rue qui porte son nom.

L’axe formé par la place des Carmes, la rue Chanzy se prolonge de l’autre côté de la Vieille Ville jusqu’à la ruelle d’accès à l’ancienne porte de l’Hôpital (toujours en place) et le centre du cloître de l’Hôpital de façon mathématique. Intrigué par ce fait, un groupe de chercheurs et érudits de Lunéville [7] en ont déduit la volonté du Prince de réaligner l’actuelle Rue de La République pour parfaire le nouvel ensemble urbain, comme le faisaient beaucoup de princes d’Occident à cet époque (Michel Ragon, 1995). Mais la densité du peuplement de la vieille ville n’a pas permis la réalisation de ce rêve, et il faut aujourd’hui réinventer autrement la cohérence que le Duc avait souhaitée.

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Figure 4‑2 : L’axe de la place des Carmes (Place royale) à l’hôpital : croisement de la Ville Neuve au nord et au sud avec la ville du Moyen Age [8]. Cartographie P.Vaillant

D’après le plan des axes de développement de la « Ville Neuve » ou « Ville des Lumières » de Léopold, les axes Nord/Sud et l’axe Ouest/Est passent tous deux par le centre du cloître de l’Hôpital.

La rue de la République n’a pas pu être réalignée, Léopold ayant probablement sous-estimé la complexité d’une « opération tiroir » pour déplacer les nombreuses familles et commerces qui se trouvaient sur place.

Cette présentation rapide n’a été possible qu’en réalisant un travail collectif sur l’histoire et la géographie de la ville, c’est à dire son développement dans le temps et dans l’espace. Jusque-là, aucun livre n’abordait les problèmes sous cet angle. Certains faits majeurs étaient même occultés dans les informations officielles [9]. Par exemple, l’ouvrage du docteur Bichat, fils du Maire du même nom au début du siècle, relatait la création par son père d’une société de logements bon marché pour résoudre le problème de la surpopulation des familles ouvrières. Le résultat a été … la création de 27 logements avant la première guerre mondiale, alors que la surpopulation concernait près de 5 000 ouvriers (LtP, p.69).

Les faits majeurs occultés sont détaillés dans un remarquable rapport d’enquête du Conseil Supérieur des Habitations à Bon Marché (HBM) de 1896 [10], primé parmi trois au niveau national pour sa qualité (avec Briey et Rennes). Celui-ci notait « La lamentable situation de l’ouvrier de Lunéville : ces nombreuses familles ouvrières entassées à raison de 3,4 à 6 personnes par pièces, dans des taudis où la lumière manque à l’âme et l’air aux poumons » [11]. A côté, les « admirables résultats obtenus par nos industriels industriels » vantés par le Sous-Préfet ne concernaient que 229 logements des usines, et 119 logements vendus à des ouvriers. Le rapport HBM montre comment « Le propriétaire a un intérêt évident, à morceler, à découper l’espace dont il dispose, à faire une chambre de tout local susceptible d’être plus ou moins éclairé, à créer en définitive beaucoup de petits logements ; C’est ainsi que nous trouvons 12, 14, 20 logements ouvriers dans une même maison que rien, dans les prévisions de son constructeur n’a destiné à cette affectation » [12]. La situation a perdurée pendant un demi-siècle, puisque l’enquête INSEE de 1954 révèle que 85,5 % des logements restent encore sans installations sanitaires. Ce n’est seulement qu’entre 1960 à 1978 que la question du logement est véritablement résolue, avec la création dans le seul secteur social de 1427 logements loués nouveaux, 62 individuels et 1365 collectifs. (LtP, p.80-81).

Cet exemple montre l’intérêt d’un travail collectif de mémoire sur sa ville et son territoire d’habitation, son territoire d’« ancrage sur la Terre » (Eric Dardel). Le regard sur le passé en rapport au présent permet de porter un regard sur l’avenir.

4.B. Phase b et c  : prospective et propositions sur la ville de Lunéville.

Ce travail a permis en matière d’élaborer une prospective de la ville issue de la compréhension profonde de son histoire. Citons quatre éléments prospectifs, qui resteront d’actualité pendant encore plusieurs décennies :

  • b1- Le développement de la ville touristique
  • b2- La transformation de l’hôpital
  • b3- La reconquête de la Ville Neuve perçue comme un espace urbain minéral dans un écrin de verdure.
  • b4- Un exemple de mise en valeur de la mémoire de la ville.

4.B.1- Développement de la ville touristique : retrouver la Ville Neuve des Princes du XVIIIème :

Analysons les potentialités de retrouver la Ville Neuve du XVIIIème siècle, dans la visée de réaliser la cité d’économie touristique dont Michel Closse a rêvé à maintes reprises depuis qu’il a gagné les municipales en 1995.

La Ville princière du XVIIIème siècle est conservée à 90% sous les crépis modernes : on peut estimer que 2000 logements datent du XVIIIème siècle, soit 25 % des logements actuels (LtP, p.87). Une analyse soignée des éléments statistiques et des plans confirme cette donnée. Le tracé de cette ville a été précisé grâce à plusieurs documents pris à l’appui. Ces derniers proposent ainsi un nouveau périmètre d’étude pour rapprocher les aménageurs, les historiens, les services d’architecture, d’inventaire des bâtiments de France (Plan de synthèse dans LtP pages 19 et 96, et plan détaillé tiré à part format A0). La Ville Neuve correspond aux anciennes rues commerçantes, aux commerces aujourd’hui en grande partie vacants, mais toujours visibles, et en attente d’une politique commerciale à la hauteur des enjeux de développement du Château. La Ville Neuve est l’écrin du Château. Elle est à la taille de l’importance que ce site peut acquérir.

Or toute l’attention des édiles et érudits locaux se porte encore sur le site inscrit de la ville médiévale cerné par la première enceinte. Le site inscrit dans sa configuration actuelle ne prend donc pas en compte l’élargissement opéré par Léopold. N’est-ce pas désormais la Ville du Prince le site inscrit pertinent pour mettre en valeur le passé et préparer l’avenir ?. Ce nouveau périmètre n’est pas encore entré dans la conscience de la population, de l’équipe municipale et des services de l’État. Or le développement du Château est indissolublement lié à cette Ville Neuve, et une opportunité est à saisir (LtP, p.99). La pauvreté de la ville de Lunéville aura paradoxalement offert la possibilité (potentialité) de retrouver la Ville Neuve qui n’a pas été démolie, ni remplacée : un travail spécifique sur les façades pourrait permettre de retrouver le caractère architectural et urbain du XVIIIème siècle.

4.B.2- La transformation de l’hôpital :

Les travaux effectués montrent comment au fil des décennies et des projets, l’hôpital a progressivement tourné le dos à la ville. Initialement, dans la conception d’origine du Duc Léopold, l’entrée était du côté de la ville, exactement dans l’axe de la place des Carmes qui passe devant le château. Ce fait explique le trajet sinueux pour arriver à la mairie en venant du sud. Une volonté politique forte en matière urbaine est nécessaire pour replacer l’hôpital dans son ensemble urbain. On en parle moins que du château, mais il s’agit d’un équipement majeur de la ville, d’occupation au sol assez similaire à celle du château.

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Figure 4‑3 : Périmètre de la Ville Neuve (Source : P.Vaillant sur le parcellaire numérisé. Mise au point vectorielle sur Autocad)

4.B.3- La reconquête de la Ville Neuve vécue comme un espace urbain minéral dans un écrin de verdure :

Ce fait, montré par les cartes et l’analyse urbaine (LtP, p. 98) pourrait servir à initier une charte des espaces publics pour permettre de différencier progressivement la Ville Neuve des entrées de villes, de ses extensions récentes, et par là même de renforcer l’intérêt touristique de chacune des parties, et notamment le potentiel offert par la ville.

Ce travail illustre une manière d’aménager la ville qui conjugue la compréhension de l’héritage du passé, la saisie des potentialités d’évolution, la mise en forme de propositions réalisables, et la mise en cohérence des actions plus ponctuelles [13]. Ces remarques trouvent naturellement leur place dans les quatre phases du schéma de questionnement. Les même phases seront observées au niveau des actions plus ponctuelles.

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Figure 4‑4 : Confrontation au schéma de questionnement : le procès de transformation des territoires au service de l’aménagement de la ville

b4. Un exemple d’action ponctuelle possible : la mise en valeur de la mémoire de la ville et de l’architecture civile liée aux chevaux:

A la fin du siècle, on notait 90 écuries privées totalisant de environ 300 chevaux (Baumont). L’importance des écuries en ville est indiquée par le nombre de portes cochères : les écuries sont situées en arrière-cour, selon une typologie inscrite dans le parcellaire et visible sur les plans informatisés de la ville. Certaines écuries existent encore : Rue Carnot, Rue de la République, Rue de la résistance, (réhabilitation de l’OPAC au n°10), …Un inventaire complet de ce patrimoine serait utile pour le sauvegarder et compléter les visites des bâtiments remarquables.

Conclusion de l’analyse de certaines potentialités de la ville:

Ce qui frappe dans l’étude de l’évolution de ces quartiers est la rapidité de leur transformation. Cette capacité de renouvellement tous les 60 ans environ fait partie de l’identité de la ville. La ville résidentielle du Prince prospère entre 1702 et 1766. Elle fait place à la ville dans la misère (1766 à 1816), puis à la Cité Cavalière et agricole (jusqu’en 1870). Sur ces trois générations de ville se superpose et se rajoute ensuite la Cité industrielle (1870 à 1940) . Puis c’est la ville intermédiaire qui annonce dès 1995 le début de la Cité touristique : la « Ville des Lumières » mérite d’être remise en valeur, et d’être au cœur d’un nouveau projet de ville. C’est une transformation de fait, qui se produit alors même que les habitants de Lunéville n’y croient pas. Ce dynamisme de fait est dû à sa position sur un carrefour d’importantes voies de communication vers Nancy, Saint-Dié et Strasbourg. La clé de réussite et d’accélération de la prochaine transformation de Lunéville en Cité touristique est probablement de devancer ce mouvement plutôt que simplement le constater et de l’accompagner.

Après avoir présenté la ville dans son ensemble, il faut désormais étudier les gouttes d’expérience, allant de la plus modeste à la plus large, globalement dans l’ordre chronologique où elles se sont déroulées entre 1995 et 2002.

4.C. Phase d : les réalisations :

Au niveau de la ville, chaque réalisation est une nouvelle opération qui invite à recommencer toutes les phases à la nouvelle échelle considérée. Cette remarque introduit à la notion d’échelles indicatives de référence, et de subsidiarité active * entre ces échelles de référence (une illustration complète et pédagogique est proposée au chapitre 13.I, p.400-401, notamment figure 13-12 pour la région « Entre Vosges et Ardennes » aux échelles indicatives des 32 000 km2, 2 000 km2 et 125 km2). Le passage d’échelle se fait ici entre la ville (échelle indicative des 780 ha -env.8 km2, rayon de 1,6 km-) et le quartier (échelle indicative de 50 ha (rayon de 400 m) voire 3 ha (rayon de 100 m) et 2 000 m2 (rayon de 25 m pour un bâtiment précis). Chaque échelle génère un nouveau processus, articulé sur le processus général, et à l’échelle supérieure. La vie professionnelle ordinaire n’échappe pas à cette règle de subsidiarité de fait. C’est pourquoi chacune des réalisations est décrite selon les quatre phases du schéma de questionnement de base. L’entraînement à ainsi décrire les opérations est un entraînement à rédiger des fiches d’expérience, à les rendre transmissibles, à les mutualiser. L’enjeu est la capitalisation de l’expérience au sein des réseaux professionnels.

Les réalisations présentées concernent toutes Lunéville et sont en liaison avec la presentation qui vient d’être faite de cette cité : le Centre de Métrologie Lorraine, l’aménagement du quartier de La Barollière, le château d’eau, CAP 54 et la reconquête d’un espace commercial abandonné, enfin de l’aménagement du centre-ville.

4.C.1. Le Centre de Métrologie Lorraine : une prouesse technique et financière pour l’IUT de métrologie.

Phase a : le problème posé et la situation existante :

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Figure 4‑5 : Plan HERE de 1752 ; Plan de 1875 ; Plan de 1911 (inchangé en 1920) (Sources : Plans d’archives municipales scannés à l’échelle 1)

Le quartier de l’Orangerie n’était pas à l’origine un quartier de cavalerie. Sur le plan HERE de 1752, il prend l’aspect d’un jardin. Après la mort de Stanislas en 1766, le site fût transformé en caserne pour accueillir les Gendarmes Rouges. En 1770 et en 1787, il y fût ajouté plusieurs bâtiments érigés le long de l’actuelle rue de Lorraine. Le plan de ville de 1816 fait apparaître l’ensemble des bâtiments en fond de parcelle et le long de la rue des Bosquets. En 1825 et 1826, on fit l’acquisition de terrains à la ville pour bâtir une écurie et une forge. En 1855, une nouvelle écurie ainsi qu’un nouveau manège furent bâtis, puis 3 nouvelle écuries dans l’année qui suivit. En 1836, le quartier comptait 5 corps de bâtiments contenant 90 chambres dont 2 étaient affectés au logement d’un capitaine, 26 aux sous-officiers du petit état major. Les 62 chambres restantes pouvaient accueillir 857 lits. Les 15 écuries pouvaient abriter 848 chevaux barrés par ordinaires de 3 et occupant 1,10 m de râtelier chacun.

D’autres constructions (ateliers …) furent construites entre les deux guerres sur de nouveaux terrains expropriés par utilité publique sur les habitants. Une impasse, (la future rue Leroux) fut percée pour lotir quelques terrains. Depuis 1970 était implantée une compagnie de soutien du matériel, dont la mission consistait jusqu’alors à soutenir le 30ème GC et le 3ème RC. La cinquantaine d’hommes de la 2ème Compagnie du 7ème Bataillon du Matériel de Division Blindée (2Cie/7ème BMDB) occupait donc 4,5 ha de garages et d’ateliers. (Vargeneau)

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Figure 4‑6 : Plan de 1936 ; Plan en 1960 ; Plan en 2000 (Sources : archives municipales)

Phase b : la vision du quartier, démolition et réappropriation :

Le quartier Clarenthal avait vocation à redevenir un quartier civil, intégré au centre-ville. Cette intégration, aujourd’hui achevée a plusieurs étapes. D’abord, en 1990, l’Atelier du Rempart (dirigé par les architectes-urbanistes André Collin et Claude Michely) réalise pour la ville un schéma directeur afin de relier ce quartier aux voies communales environnantes, une fois les murs d’enceinte abattus. De ce schéma ont été réalisés le raccordement à la rue Lebrun, l’ouverture vers la rue des Bosquets, la construction de l’école Hubert Monnais en 1991, la deuxième tranche de 30 logements S.N.I. (Société Nationale Immobilière qui travaille pour l’Armée) en 1992, le Commissariat de Police dans un bâtiment existant (1993), la Médiathèque dans l’ancien manège (1995), l’I.U.T. de Métrologie en 1996 (coût de 24 MF pour une réalisation livrée en 1997) puis le Pôle de Ressources Technologiques (13,5 MF, livré en janvier 2001) ainsi que des logements étudiants par la C.C.L (2001) et une SCI privée (2001).

Phase c : la proposition.

Le projet de Pôle de Ressources Technologiques était associé à une forte contrainte financière. Il fallait réaliser le projet avec 6300 F H.T. du M2 tout en disposant d’équipements techniques très sophistiqués, comme par exemple un chauffage qui devait pouvoir garantir une différence de 0,5° de température maximum en continu. Un programme très détaillé a été nécessaire pour pouvoir tenir les prix jusqu’au bout de la réalisation. A titre d’exemple, les logements réalisés par la CCL ont coûté plus de 10 000 F/HT du M2, dans un mode de production et un type de suivi différent.

Phase d : la réalisation.

La réalisation s’est déroulée comme prévu, avec la nécessité de coordonner les accès avec les logements attenants. Seul l’espace central est resté en espace vert. Fallait-il le transformer en lotissement ? y construire un équipement? ou le laisser ainsi ? La question se pose encore aujourd’hui. Le procès de transformation du quartier qui précède, et du quartier qui suit, confronté au schéma de questionnement, conduit à la figure suivante :

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Figure 4‑7 : Confrontation au schéma de questionnement: le procès de transformation des quartiers de l’Orangerie et de la Barollière.

4.C.2. Aménagement du quartier de La Barollière :

La transformation du quartier de la Barollière peut être décrit suivant les mêmes phases logiques que la transformation du quartier de l’orangerie.

Phase a. -Appréhension globale du quartier :

Présentation du quartier de la Barollière à travers les plans, et expression du problème posé à la municipalité :

La suite des plans permet d’observer l’extension progressive de la caserne, par ajout de bâtiments autour d’une cour fermée par deux fois, entre 1783 et 1816. À la veille de la première guerre mondiale, cinq bâtiments supplémentaires ont été édifiés le long de la rue Delorme.

L’un des 23 bâtiments de la Barollière entreposait encore du matériel de mobilisation lorsque ce quartier de 3,8 ha fût définitivement désaffecté le 31 Juillet 1985. Le Groupe d’Instruction du 30ème G.C. fût la dernière compagnie à l’occuper. (Vargenau).

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Figure 4‑8 : 1752 ;   1793 (plan réalisé par la municipalité) 1816 (le patrimoine militaire à l’arrivée du Prince Hohenlohe) (Sources : Plans d’archives)

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Figure 4‑9 : 1839                                         1875                           1911
(Le patrimoine militaire à la veille de la 1ère guerre mondiale) (Sources archives municipales)

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Figure 4‑10 : 1936                     1960                                       2000
(Sources : Plans d’archives municipales scannés à l’échelle 1)

La ville a usé de son droit de préemption pour s’assurer de la propriété de cet ensemble immobilier de 3,7 ha., pour un montant de 2,8 MF. Ont été aussitôt démolis les murs d’enceintes et les bâtiments les plus insalubres. Puis le site fût laissée en attente, l’effort de la ville se portant d’abord sur le quartier Clarenthal.

La municipalité de Michel CLOSSE a voulu fermement aménager l’ensemble du quartier dés l’installation en Juillet 1998 de l’Hôtel des Finances dans un des deux casernements de la rue de la Barollière. La ville a été aidée par l’EPF Lorraine pour 900 kF et les crédits KONVER de reconversion de casernes. Entre la ville et ce quartier, plusieurs rues et espaces délaissés sont à aménager. L’accès à cette zone avait un caractère d’abandon, de vétusté. Un carrefour neuf, décoré de 3 fresques de cavalier, très bien réalisé, renforçait paradoxalement cette sensation de chantier commencé non poursuivi. Le cœur d’îlot était encore fortement planté, d’arbres parvenant à maturité, avec des essences diversifiées : 6 tilleuls, 7 marronniers, 6 platanes, 2 robiniers « pseudo-acacia », 3 érables, 2 cerisiers et 4 autre arbres malades, à couper. Une dizaine d’arbres sont manquants. Les arbres sont disposés en trois rangées parallèles. Une allée côté Est est constituée de pavés bien visibles sous l’herbe. La rangée d’arbre centrale étant parallèle à la façade d’entrée du Gymnase, cette allée est nettement visible de tout point lorsque l’on vient du Centre-Ville à pied par la rue du Gendarme Rouge, et se trouve ainsi dans le prolongement naturel du parvis d’entrée de cet équipement.

Phase b :le parti urbanistique.

Dés lors le parti urbanistique visé a été de conserver cette intéressante disposition d’urbanisme et de le renforcer pour créer un axe facteur d’unité et de clarté d’organisation de toute la zone. Cet axe se prolongeait au delà par le chemin du cimetière jusqu’au sommet de la colline de Méhon. Ainsi conçu, cet ensemble avait vocation de créer le lien entre l’arrivée par le pont, la place des Carmes et le début de la rue du Général de Gaulle, et la colline de Méhon en longeant le cimetière. La colline de Méhon est un des plus beaux points de vue sur la ville, comme en atteste de nombreuses photos, gravures ou peintures prises depuis le sommet de la colline. Tout un ensemble de chemins se trouvent ainsi reliés entre eux, en créant une cohérence. Ces chemins étaient bien connus des militaires, puisque l’on dit que c’était leur lieu de sorties nocturne dans quelques cabanes perdues dans les jardins, lieu de rendez-vous … Ce parti d’ensemble des espaces extérieurs a été validé en Comité de Pilotage d’élus du mercredi 6 janvier 1999, et inscrit au Projet de programme de Renouvellement Urbain de Février 2000.

Phase c : le projet présenté aux élus.

La cohérence proposée aux élus est ainsi venue d’un ensemble de projets qui se complétaient les uns les autres :

  • 1 – Transfert du centre des impôts depuis l’aile droite du château (qui ne pouvait plus supporter le poids des alignements d’armoires de 650 kg chacune) vers un des bâtiments de La Barollière
  • 2 – Réalisation des espaces extérieurs de La Barollière
  • 3- Réalisation d’un Château d’Eau au sommet de la colline de Méhon, point culminant du parcours et d’aboutissement (ou début) d’une promenade : espace privilégié pour localiser un belvédère, une vue panoramique, une placette, un départ de promenade, ..)
  • 4 – Réhabilitation du gymnase car aucun équipement sportif n’existait encore dans le secteur Nord-Ouest de la ville.
  • 5 – Un Foyer d’Accueil Spécialisé : il s’agit d’un établissement (Établissement Public de Rosière) pouvant accueillir jusqu’à 60 adultes légèrement handicapés, qui logent sur place. (travaux réalisés de janvier à décembre 1999).
  • 6 – Le bâtiment militaire Nord est utilisé comme bâtiment de stockage de matériel pour la ville.
  • 7 – Le deuxième bâtiment de casernement a été vendu à un promoteur immobilier créatif, pour le revendre en lots de12 maisons de ville avec leur jardin avant. Le promoteur aménage 100 m², et laisse accessible plus du double de la surface dans les étages … l’opération s’est faite très rapidement en 2001.
  1. La réalisation :

Les réalisations quasi simultanées ont été coordonnées dans un emboîtement des phases de chacune des opérations, suivant la figure 4-10 ci-dessus. Le procès de transformation du territoire se vérifie également, sur l’exemple qui suit, pour la réalisation d’un château d’eau.

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Notes :

[1] « Ces wagons, accrochés les uns derrière les autres, formeraient un train dont la tête serait près de Paris quand la queue quitterait Nancy ».
[2] Lunéville à travers les plans (LtP), Tableau de synthèse de 1265 à aujourd’hui, aux pages 120 &121.
[3] Henri Baumont, Histoire de Lunéville. Préface de Ch. Pfister. Lunéville, E. Bastien, libraire-éditeur, 1900. In-8 broché, couverture illustrée, (XIII+768pp). L 8°-301, page 9.
[4] Martine Tronquart, Le patrimoine civil de Lunéville, Coll. Images du patrimoine n°140, Inventaire général des Monuments et des richesses artistiques de la France, 39 pages, 1994. A noter : l’exposé d’urbanisme général p.3 à 15, le plan de la vieille enceinte de 1598 de C.MARCHAL (p.11), de la ville fin XVIIIème (p.11), des quartiers militaires en 1824 (p.8), du manège de La Barollière (p.37).
[5] Georges DUBY, Histoire de la France Urbaine, Tome III page 115 et Michel RAGON L’Homme et les Villes, Albin Michel, 215 p., 1995, page 156
[6] Martine TRONQUART, op. cit. et Hervé THIRION, diplôme d’architecture 2000.
[7] Ouvrage collectif coordonné par Philippe VAILLANT Histoire de Lunéville de 1265 à 2000, 129p. format A3, 30 plans, schémas et synthèses, nov 2000, avec des apports notamment de Jean-Pierre CARCIOFI, Henri MACOIN, Bernard JACQUOT, Myriam RABAGLIA.
[8] Idem, « Lunéville à travers les plans de 1265 à 2000 »
[9] Ce silence sur les sources écrites rejoint certaines conclusions de la thèse de Nicolas Poirier (2007)
[10] Sur lequel a attiré notre attention M.Laurent Schmidt, conservateur de la médiathèque de Lunéville en 1999
[11] p.52 du rapport HBM et LtP p.69
[12] p.46 du rapport
[13] Ce travail rejoint la construction identitaire de l’urbanité d’une petite ville, dans les termes de la thèse de Samuel Périgois (2006).

3.C.1-2. Bill Twitchett & ISOCARP

3.C. L’expérience au niveau des territoires :

3.C.1. Confrontation avec la démarche de la thèse de Bill (William) Twitchett

L’intérêt de la thèse [1] de William Twitchett est de formuler des propositions à l’échelle de la planète à travers les exemples concrets des trois couples de villes Paris/Toulouse, Le Caire/Louxor, Sydney/Warraway : les idées sont enracinées dans une réalité de terrain. L’auteur a visité ces villes, ces régions, et formule des propositions qu’il a pu vérifier « les bottes au pied ». L’acteur principal n’est plus seulement le sujet d’un territoire, mais le territoire lui-même, appelé ici le site.

« En se référant plus particulièrement à la notion de site, nous n’avons nullement l’intention de limiter le phénomène de la ville d’aujourd’hui à cet aspect, mais le site d’une ville reste détermi­nant pour divers aspects de son développement, depuis le noyau initial jusqu’à la région urbaine épanouie ». La démarche exprime une confiance en l’homme et insiste sur l’importance du langage de la matière : «de façon analogue à nos propres corps, un site bien assumé par un groupe humain -même partagé avec un nombre impensable autrefois, d’autres personnes humaines- peut être source fondamentale d’épanouissement » [2].Ainsi, la dynamique qui est proposée ici est une dynami­que qui se veut non dualiste : « Au delà des questions de terrain, de réseaux, de pouvoirs, de revenus, nous voudrions pouvoir arriver à un art urbain significatif de cette nouvelle échelle, dans laquelle un site ferait effectivement partie d’une civilisation où le corps et l’esprit ne font qu’un » [3].

Le regard se porte de façon plus spécifique sur le lien entre les potentialités de développement urbain et la capacité des sites eux-mêmes à accueillir ce développement. En effet, combien de démarches généreuses et ouvertes ne bénéficient pas de l’extension qu’elles devraient avoir par défaut d’analyse du site d’accueil de l’initiative ? Dans d’autres cas, l’analyse est faite et vécue … mais les acteurs économiques et politiques peuvent avoir d’autres enjeux. L’analyse est alors un outil d’interpellation des élus, de confrontation, de débat citoyen pour faire évoluer la mentalité des décideurs, et s’orienter vers le souhaitable à partir des potentialités des territoires.

L’ingénieur territorial est appelé à développer ce sens du territoire, qui n’est plus la conception d’un territoire-surface avec une frontière administrative, mais qui est une approche relationnelle du terri­toire (Calame, 2003). B.Twitchett souligne parmi ces relations l’importance du lien de l’homme et des sociétés au site, le tout étant dans des sociosystèmes [4] très mobiles, imbriqués.

La dynamique d’analyse mise en œuvre n’est pas formulée explicitement, mais tous les éléments sont là, notamment le contraste fort entre le site bien matériel et un travail sur les potentialités, c’est à dire « ce qui n’est pas encore ». Cette dialectique entre ce qui est et ce qui n’est pas encore sous-tend l’œuvre de tous les grands philosophes et chercheurs. Une formulation saisissante, soulignée par Whitehead, en est fournie par Platon dans le Timée. La démarche de B.Twitchett est bien dans cette dialectique, suivant la proposition du schéma qui suit.

Cette démarche a été appliquée aux six régions, aux trois échelles de temps suivantes : la situation en 1800, le temps de l’agglomération entre 1800 et 1950, la période d’évolution vers la région urbaine, après 1950.

Elle est appliquée aussi à différentes échelles territoriales : de la ville à la région urbaine puis aux territoires nationaux. L’abondance de la documentation, les descriptions concrètes rendent saisis­sante et crédible l’expression des potentialités d’accueil des sites. L’approche se montre soucieuse de contribuer, tout comme la FPH, à la triple réconciliation de l’homme avec la société, avec la nature, et les sociétés entre elles [5]. Elle développe d’autre part un art de la fondation avec une appréciation politique fine de l’opportunité et la pertinence de la proposition [6].

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Figure 3‑7 : Schéma du questionnement de l’expérience géographique à travers l’approche de W.Twitchett dans sa thèse Le site urbain : potentialités sous la direction de Paul Claval, 1995

3.C.2. Confrontation avec la démarche de l’AIU à son 43e congrès de septembre 1997.

L’Association Internationale des Urbanistes (AIU, et en anglais ISoCaRP –International Society of City and Regional Planners– [7]) regroupe des urbanistes praticiens de tous les continents. Ces professionnels échan­gent sur leurs méthodes, à propos de leurs études de cas. Le thème du 43e Congrès concernait le fonctionnement du Trialogue Habitants/ Élus/Praticiens.

Ce qui est visé par le trialogue est la participation des habitants dans le processus de décision et dans le dessin des projets. Mais cela est très difficile à réaliser ! Un certain nombre de congrès sont revenus sur ce point comme celui de Braga au Portugal en 1984. Le trialogue est une vision pros­pective de ce que devrait être l’urbanisme.

Encore une fois, il est surprenant de constater qu’avec des noms différents, une expression diffé­rente, nous retrouvons directement trois des cinq réalités d’expérience constitutives de la dyna­mique de transformation des territoires, des sociétés et des hommes, à savoir les phases a (les interactions ou préhensions), b (la vision) et c (les objectifs ou propositions).

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Figure 3‑8 : Le lien entre le trialogue et les réalités de la dynamique territoriale

Dans le trialogue, manque-t-il deux réalités ? réalité ab (les valeurs) et réalité d (la mise en œuvre) ? Non ! la valorisation (le socle éthique, les valeurs, ou déontologie) est sous-entendue dans le trialogue : elle est le ciment de toutes les réalités (valeur de responsabilité dans la gestion de la planète ; valeur de convivialité dans l’organisation de nos régions). Les valeurs sont les liens entre les réalités. Manque-t-il encore la quatrième phase? Oui, effectivement. Mais il s’agit d’un oubli, qui a été corrigé dans l’organisation du Congrès. En effet, dans la pratique, au 43ème Congrès, le trialogue n’a pas fait l’objet de trois ateliers (un par élément du trialogue) mais de quatre: le quatrième a été créé pour les professionnels de l’urbanisme et du secteur privé qui produisent des projets urbains, afin de traiter le lien avec les habitants. Cette analyse en quatre phases est confortée par l’intervention de David Prosperi & Julia Lourenco, Le regard percutant du quadralogue: maîtriser la difficulté de maniement du Trialogue [8]. La démarche est riche de références américaines et d’exemples empruntés aux USA et au Portugal. On retrouve donc bien nos quatre réalités d’expérience (hormis les valeurs). Le schéma de questionnement est le suivant :

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Figure 3‑9 : Schéma du questionnement de l’approche de l’AIU/ISoCaRP

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Notes :

[1] William Twitchett, Le site urbain : potentialités : réflexions sur le développement responsable et équilibré des établissements humains à partir de six exemples français, égyptiens et australiens, Septentrion, 390 pages & annexes. Voir le site www.tercitey.org.
[2] Twitchett, Le site urbain : potentialités,Partie A, chapitre 4 p.8
[3] Twitchett, Le site urbain : potentialités, Parie H4, p385
[4] Le mot est de P.Arnould qui tente de décliner les forêts en éco, socio et même psychosystème. Arnould P., professeur des universités, ENS LSH,, Discours sur le paysage : à la croisée des regards et des systèmes, Géoconfluences, le 23 février 2003 (http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/transv/paysage/PaysageScient.htm). Voir aussi Christine Partoune, Laboratoire de méthodologie de la géographie, Université de Liège.La dynamique du concept de paysage in Revue Éducation Formation – n° 275, septembre 2004, texte accessible sur http://www.lmg.ulg.ac.be/articles/paysage/paysage_concept.html
[5] Voir notamment H2 et H4 p.382-384
[6] Voir H5, p.385 à 389
[7] www.isocarp.org. Les études de cas sont présentées sur http://www.isocarp.net/ puis « all case studies » : les études de cas de David Prosperi et de Philippe Vaillant sont téléchargeables au format PDF.
[8] David Prosperi & Julia Lourenco, The Keen Eye of the Quadralogue: Overcoming Intractability in the urban Trialogue  « The paper is organized as follows. First, the theoretical or rational considerations of the quadralogue are identified. Following a brief description of the chosen planning situations, the major portion of the paper is an assessment of these projects from the points of view of both the attributes of the “urban trialogue” as well as those in the “quadralogue “ ». Des conclusions et réflexions complètent le papier. Le texte complet est placé en annexe informatique.