12.A-B. Passages

〈350〉

12.A. La description des passages :

Le schème organique est la confiance que l’univers a un sens, et qu’il est cohérent et logique, c’est-à-dire appréhendable par la raison. La raison dont il s’agit est celle qui prend tous les faits en compte, sans exception, sachant qu’en définitive, il faut s’en remettre à l’expérience personnelle.

Les chapitres qui précèdent ont décrits un certain nombre de passages au niveau de l’homme, des sociétés, des territoires et du continuum extensif. Le tableau qui suit récapitule ces passages. Ils concernent toutes les disciplines, et trouveront des résonances et des applications dans chacune d’elle, comme la présente thèse essaie de la faire pour la géographie dans la partie III.

Ce vocabulaire est nouveau. Mais il présente un schème commun à toutes les spécialités. Ce schème définit une approche scientifique généraliste qui est « l’union de l’imagination et du sens commun, réfrénant les ardeurs des spécialistes tout en élargissant le champ de leur imagination ». Chaque spécialité se définit un vocabulaire souvent bien plus compliqué, dans chacune des spécialités, donc sans exigence de communication avec les « non-initiés » !. L’intérêt du schème organique est de faire appel à l’expérience ordinaire de chacun (critères de Crosby) pour permettre cette union de l’imagination et du sens commun pour toutes les approches disciplinaires. Le chapitre 7 a été consacré au déchiffrage de l’expérience ordinaire, sur les notions d’appréhension, de processus et de dynamique. Ce déchiffrage permet à la fois un mouvement d’une discipline vers une autre, et une relation de la discipline aux autres disciplines à partir de l’intérieur d’elle-même. Ce mouvement et cette relation impliquent les passages qui sont résumés dans le tableau ci-dessus. Ces passages concernent toutes les disciplines. Ils permettent de redéfinir l’économie, la sociologie à partir d’une anthropologie et d’une approche des sociétés qui fait appel à la science la plus en pointe, intégrant la relativité et la mécanique quantique. 〈351〉

NOTION HYPERMODERNE :
Passage de …
NOTION TRANSMODERNE :
… à …
Bifurcation. Concret mal placé
Actualités vides
Noyau dur du sens commun.
Principe ontologique : pas d’actualité vide.
Au niveau de l’homme :
Individu

Individualisation

– Définition processive de l’homme : « La vie d’un homme est un trajet historique d’occasions actuelles qui (…) s’entre-héritent » (PR 89d)
– Références qui exemplifient le procès: Carl Rodgers ; Personnalisme communautaire d’Emmanuel Mounier ; Individu social (Marx, Pomeroy) ; Jung.
(=personne dans sa dimension individuelle et communautaire)
– Perception limitée à la perception sensible

– Le terme « appréhension » est largement utilisé pour expliquer les notions (« appréhender la réalité », « appréhender une situation », …) mais n’est pas lui-même explicité (appel au sens commun intuitif et spontané -non utilisé comme explication-).

– Perception élargie à la perception non sensible (mémoire, anticipation, idées/concepts, …)
– Le terme (ap)préhension devient le terme technique préhension : ce terme technique explicite le sens commun, c’est-à-dire ce que chacun expérimente dans le quotidien.
– un lien peut être proposé avec la médiance d’Augustin Berque.
– La préhension est une notion du noyau dur du sens commun.
– La perception est limitée à la simple vision (PR 121b), ce qui conduit au scepticisme de Hume, qui a « réveillé Kant de son sommeil dogmatique », et qui est devenu la base de la science actuelle.
– Les entités actuelles du monde contemporain sont causalement indépendantes les unes des autres (PR 123).
– Le nexus contemporain perçu sur le mode de l’IP est le lieu présenté (PR 126b). Il se définit par une relation géométrique systématique au corps humain (PR 126f). C’est l’observation de la science avec les appareils de mesure. Cette relation systématique au corps est le lieu de tension. Il se distingue de l’unisson de devenir (ou durée) qui est liée aux événements actuels.
Ce mode de perception est appelé « mode de perception selon l’immédiateté présentationnelle (IP)».
Hume donne une excellente description de ce mode de perception, dont les caractéristiques sont relationnelles et géométriques. Dans ce mode, il n’y a effectivement pas de lien de causalité.
Mais ce mode ignore la perception selon de mode de l’efficacité causale (EF), qui seul rend compte de l’inférence (cône de Minkovski). Pourtant Hume le décrit très bien comme exception à son approche (la couleur bleue manquante).
La perception humaine pleinement éveillée est la combinaison des deux modes (IP+EC), nommée référence symbolique.
– Hume nie la répétition (PR 137 « Dans notre philosophie, il nous faut à coup sûr faire place aux deux idées opposées suivantes : toute entité actuelle persiste, chaque matin est un fait nouveau avec sa mesure de changement .
Ces aspects variés peuvent être résumés par l’énoncé suivant : l’expérience implique un devenir, ce devenir signifie que quelque chose devient, et ce qui devient implique la répétition transformée en une nouvelle immédiateté». (PR 136g-137a)
(Exemple de tissage de notions opposées)
« Je pense donc je suis » (base du principe subjectiviste) « Je préhende d’autres réalités actuelles, donc nous sommes » Griffin, RSS82, 2-1-6 note (principe subjectiviste réformé)
« Le monde actuel est mien » Whitehead, PR76
(voir chap.9 – X)
Mise en valeur de « la pensée claire et distincte » de Descartes La « pensée claire et distincte » n’est qu’une phase avancée du procès de concrescence, et non une phase primaire. Cette phase avancée suppose la conscience. Les sentirs physiques sont premiers et ne présupposent pas la conscience.
L’expérience ne figure plus dans les glossaires de géographie, malgré le travail d’Eric Dardel L’homme et la terre (1952), et Guy Di Meo dans Territoires du quotidien ( 1996). L’expérience est le cœur ultime de la réalité, sous le nom d’occasion actuelle d’expérience ou entité actuelle (la seule différence est que Dieu est une entité actuelle, mais pas une occasion actuelle d’expérience). Le nom imagé est goutte d’expérience, pour reprendre une expression de William James.
Spiritualité : Dieu externe Dieu interne qui procède par mode de persuasion.
Catégories de pensée d’Aristote et de Kant Catégories du sentir de Whitehead
Au niveau de la société :
Le terme de processus est utilisé comme explication faisant appel au sens commun, sans autre explicitation. Il est ainsi utilisé 354 fois dans le Dictionnaire de l’espace des sociétés, sans être une rubrique.
Le terme de processus est très utilisé également en géographie physique (Amat, Dorize, Le Cœur) et en géographie économique (Géneau de la Marlière, Staszak).
Il fait appel à l’évidence de l’expérience quotidienne ordinaire.
Le processus est au cœur de l’expérience. Il est appelés procès de devenir pour le distinguer d’un simple processus externe, et tenir compte des relations internes.
Un lien direct peut être établi avec la notion de procès de production de Marx (Pommeroy).
C’est une notion du noyau dur du sens commun.
Appel au sens commun (par exemple appréhension, processus), mais sans explicitation. Notions du noyau dur du sens commun (ce sont les notions que chacun présuppose en pratique même s’il le nie verbalement, comme la réalité du monde extérieur, la liberté, l’harmonie, les valeurs, …)
Société hypermoderne, basée sur l’individualisme méthodologique, et la notion de société limitée au vivant. Notion de société non limitée au vivant, et non limité au macroscopique (lien entre le microscopique et le macroscopique).

Société transmoderne, basée sur la responsabilité et la convivialité (togetherness).

Dieu fait la corrélation entre les substances étendue et pensante (la matière et l’esprit)
(Pour Descartes, le dualisme était une façon de rendre l’existence de Dieu évidente, puisque corps et esprit sont en parfaite corrélation …)
Théisme scientifique sans surnaturalisme, faisant partie du Noyau dur du sens commun, assumant la « mort de Dieu » par la proposition d’un Dieu intérieur qui propose par mode d’intuition ou de persuasion.
Substance inerte de Descartes, « qui n’a besoin que d’elle-même pour exister ».
(la substance d’Aristote n’est pas inerte, mais a été « rendue inerte » au Moyen Age par l’effet de la scolastique).
Entité actuelle, ou Occasion actuelle d’expérience.
(mais la substance n’est pas supprimée : elle est l’entité actuelle objectivée)
Monades de Leibniz, sans fenêtres Entité actuelle de Whitehead, ouverte à son monde actuel (principe de relativité, qui explique comment une entité actuelle est dans une autre -relation interne-)
Conséquence :
– La science est limitée à l’analyse morphologique, et ne prend pas en compte l’analyse génétique.
– Cela entraîne une dissociation entre les sciences sociales et les « science de l’espace »
Conséquence :
– Élargissement du champ de la science aux relations internes (procès génétique) et non plus seulement aux relations externes de l’analyse morphologique
– Cela entraîne un schème explicatif commun aux sciences physiques/naturelles et les sciences sociales. L’expérience personnelle/sociale éclaire sur l’expérience dans la nature.
Exagération des causes efficientes à la période moderne, après une exagération des causes finales au Moyen-Age et Renaissance. Équilibre entre causes efficientes et causes finales, les causes efficientes étant « première » (importance donnée à la « matière » par le principe ontologique -pas d’actualités vides-)
Espace réceptacle, basé sur les substances (DGES)
Temps et espace absolu : le présent est la nature à un instant
– Plusieurs substances
– Anecdote du petit déjeuner : plusieurs espaces
– La façon dont une entité actuelle entre dans une autre créé l’irréversibilité du temps et de l’espace.
– Quantum d’actualisation.
– Le présent est une durée, trajet d’entités actuelles (voir schéma du chap X-X)
– Il y a un seul continuum spatiotemporel de relationnalité générale (potentialités générales) (PR 72)
Notion d’actant et de société de Michel Lussault, dépassant la base strictement substancialiste, mais sans explicitation du fondement correspondant. La notion d’actant de Michel Lussault rejoint celle de nexus et de société de Whitehead, sur le fondement de la pensée organique.
Auto-organisation des systèmes.
Le système est le cœur de la révolution organique (L. Von Bertalanffy)
Auto-création des organismes.
Révolution organique.
Dichotomies :

Objet / sujet

Substance / Accident

Prédicat / Attribut

Privé / Public

 

Unité dialectique des opposés analysables :
Contraste des notions
Notions qui ne se divisent pas :
Concrescence
(Ap)préhension
Proposition
Potentialité générale et réelleEn géographie :
Territoire,
Paysage
Lieux
Région conviviale
Constructivisme.
Sans autre précision, ce constructivisme est kantien, basé sur une approche dualiste, et sur la théorie de la perception sensible de Hume.
Constructivisme basé sur l’expérience (panexpérientialiste)
Société moderne, dualiste .
« Tout est énergie », mais le passage à « tout est expérience » n’est pas fait (disjonction humain/non humain, urbain / non urbain, …).
Société transmoderne (c’est-à-dire ni pré-moderne, ni postmoderne -sauf dans le sens explicité par Griffin d’une postmodernité basé sur l’expérience-).
« Tout est expérience ».
Au niveau des territoires :
Archipels

Sociétés en réseaux (externes)

Sociétés en réseaux externe et interne
Sociétés emboîtées et interdépendantes (sociétés structurées)
Une certaine approche de la théorie des systèmes qui reste sur des fondements dualistes.
Auto-organisation
Le système est le cœur de la révolution organique (Ludwig Von Bertalanffy, créateur de la théorie des système et auteur « La théorie générale des systèmes »)
Auto-création, poiésis (Varela, Berque, Whitehead, Aristote)
Processus, conçu comme extérieur, où utilisé sans explication (utilisation intuitive non explicitée) Procès, conçu dans sa double dimension de l’analyse génétique (relations internes) et de l’analyse morphologique (relation externes).
Dichotomies :
Nature/Culture
Rural/Urbain

 

Relation de sociétés entre elles :
« Renaturer la culture et reculturer la nature » Augustin Berque
Connaturalité des choses naturelles, sociales et humaines.
Lien difficile entre la morphologie urbaine et les faits sociaux (Frey). Fragments, qualifiés suivant le but subjectif, par saisie de la réalité, expression des potentialités, transmutation et choix des faits saillants (Vidal-Rojas, p.106).
Développement de notions processives de fait d’Alain Reynaud, Guy Di Méo et Pascal Buléon, mais contestées sur leur partie « subjective »).

 

Nouvelles fondations aux notions de
– Formations Socio-Spatiales
– Catégories Socio-Spatiales
d’Alain Reynaud puis de Guy Di Méo & Pascal Buléon.
Fondement « hybride sur le matérialisme dialectique, structuralisme génétique et phénoménologie existentielle (Di Méo, TQ) – Approche unifiée en terme de pensée organique, avec des liens aux autres approches.
Géographie scientifique, fondée sur une ontologie dualiste. Géographie de l’expérience, fondée sur une ontologie organique.
Le territoire est un « ESPACE » Le territoire est brique de base de la gouvernance (Calame)
Espace abstrait conçu comme contenant

« DANS » l’espace

(dans lequel évoluent les individus-citoyens)

Espace de relations et d’échange
« AVEC » l’espace (Calame, Lussault).
Des hommes et femmes s’organisent en communauté humaine sur un territoire.Communauté : lien de sens entre l’homme et l’organisation quotidienne
Territoire : lieu de sens entre une communauté et son environnement (Calame, Fiche11)
Pièges : le territoire
– comme revendication ponctuelle
– comme valeur traditionnelle ou ancien
– comme « espace des pauvres »
Lien au territoire vécu comme abstrait. Sentiment d’appartenance lié à l’organisation quotidienne, aux différentes échelles :
– 32 000 km2 « le plus grand territoire où peut être vécu un sentiment d’appartenance)
– 2 000 km2 (métro territorialité)
– 125 km2 (méso territorialité)

L’ensemble de ces passages peut être présenté de manière dessinée, compacte, synthétique comme suit :

Capture d’écran 2016-04-17 à 14.46.59 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.47.43 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.48.18 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.50.15 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.50.35  Capture d’écran 2016-04-17 à 14.51.39 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.51.53

Figure 12‑1 : Tableau des passages des notions hypermodernes aux notions transmodernes.

〈356〉 L’énoncé de ces passages répond aux interrogations actuelles de l’ingénieur, du géographe, de l’urbaniste et l’architecte, de l’anthropologue et sociologue et du scientifique.

  • Pour l’ingénieur, ces passages permettent de fonder une approche généraliste entre toutes les spécialités, et de faire communiquer ces spécialités entre elles, au-delà de la notion de système souvent trop restrictive et ne rendant pas compte du vivant. En outre, l’approche permet une ouverture vers l’ingénierie institutionnelle (Calame).
  • Pour le géographe, ces passages permettent de sortir de « la dichotomie entre le matériel et l’idéel » (Di Méo).
  • Pour l’urbaniste et l’architecte, l’approche fonde une science de l’action donnant aux propositions d’aménagement leur véritable statut entre le réel, les potentialités générales, et les décisions d’aménagement.
  • Pour l’anthropologue ou le sociologue n’existe désormais plus de séparation entre sciences dures et sciences sociales (« molles » ?). Au contraire, le vivant, la biologie, l’étude des sociétés et de l’expérience ordinaire sont les nouveaux lieux d’étude, d’observation et de découvertes, par le « saut imaginatif » (Braconnier) ou « généralisation imaginative » (Whitehead). La pensée organique donne un fondement scientifique aux travaux de la « galaxie de la gouvernance ». La « cour de récréation des petits » (Calame) devient le laboratoire de la planète.
  • Pour le scientifique, le système explicatif de la science est profondément renouvelé. Sans changer la capacité prédictive de la science actuelle, les nouveaux fondements « réenchantent » la science et ouvrent de nouvelles perspectives (Fowler).

L’énoncé de ces passages constitue également un apport pour les différents réseaux mobilisés dans la présente recherche :

  • Pour P.R.H., ses fondements anthropologiques novateurs trouvent une ouverture scientifique, philosophique et sociologique large,
  • Pour l’association HFC, la recherche des passages vers la société de convivialité est une forte motivation de la recherche. Les éléments présentés ici sont une contribution à cette recherche. Ils permettent de comprendre une grande partie des disfonctionnements actuels. Ils permettent de trouver les mots pour fonder une formulation compréhensible et 〈357〉 partageable de ce qu’est une système social de fondation, c’est à dire une société qui vit en pleine conscience les 4 critères de l’émergence mutuelle, l’héritage, la filiation et la transmission. Les pièges sont nombreux pour éviter les valeurs archaïques (le traditionnel, l’ancien, les normes) et situer clairement ces notions dans une avancée créatrice.
  • Pour la FPH, ces passages approfondissent l’ensemble des passages qu’ils ont eux même identifiés. En effet, La démocratie en miettes (Calame 2003) est émaillée de passages à réaliser : passage du devoir de conformité au devoir de pertinence, passage d’un esprit hiérarchique à la subsidiarité active, etc. Les passages proposés ici creusent un sillon plus profond dans la culture de la modernité pour en aérer les ferments, et supprimer les mauvaises herbes. La difficulté sémantique des énoncés paraît aller à l’encontre de la volonté pédagogique de la Fondation. C’est vrai. Mais une thèse est aussi une ouverture pédagogique sur le moyen terme, pour accompagner les mutations profondes, et porter une contribution à la compréhension et formulation de ces mutations.
  • Pour T&C, ces passages ouvrent à la capacité de mettre des mots au vécu ordinaire de prospective locale ou globale,
  • Pour l’AITF et le CNFPT, ces passages ouvrent une voie pour accompagner les changements de mentalité dans l’administration, et fournir des bases scientifique/philosophiques pour recréer l’option d’ingénieur généraliste, supprimée depuis 2001.

Ce travail de passage(s) ressemble à une œuvre de déconstruction/reconstruction, à la manière dont une maison est démolie, puis les matériaux de démolition réutilisés pour le nouveau logis, sur de nouvelles fondations [1]. L’intérêt de la démarche est de ne rejeter aucun fait, et de procéder par inclusions, de conjuguer avec des « et » plutôt que des « ou » (Michel Reverdy), par contrastes d’opposés, par remaniement de l’ensemble, et entrelacement/tissage des notions, …

〈358〉 En conclusion : le tableau récapitulatif des passages de la société hypermoderne à la société transmoderne :

Le tableau qui suit est une conclusion à toute la partie II. Il est élaboré à partir du travail de François Ascher dans « Les nouveaux principes de l’urbanisme : la fin des villes n’est pas à l’ordre du jour » [2]. François Ascher expose sa « Fresque schématique de la dynamique de la modernisation occidentale et du contexte des trois révolution urbaines modernes ». Il présente trois révolutions de l’urbanisme du Moyen-Age à nos jours, qui ne sont pas sans rappeler celles décrites par Thierry Gaudin [3]. Tous les textes à caractère bâton droit sont issus du tableau de François Ascher. Les textes en italique sont une proposition de la présente thèse: ils font apparaître une quatrième révolution de l’urbanisme, suivants les développements des parties I et II. Cette quatrième révolution (ou plus modestement « mutation » ?) peut être appelée transmoderne, pour éviter le terme de postmoderne qui est piégé. Toute la présente thèse est l’expression du passage d’une société hypermoderne à une société transmoderne, basée non plus sur la compétition, mais sur la convivialité et la coopération (Mathieu Calame, 2008). On peut ainsi aussi appeler la société transmoderne société de convivialité.

La troisième partie se consacre entièrement à la géographie, en commençant par l’élaboration d’une boîte à outil de l’ingénierie territoriale (chapitre 13). La notion de région conviviale utilise l’ensemble de ces outils. La boîte à outil est alors employée à l’analyse de la région conviviale émergente nommée « Entre Vosges et Ardennes » ou « Vosges-Ardennes » (chapitre 14). Cette région conviviale peut servir de modèle à d’autres régions de France et de l’Union Européenne (chapitre 15.A & B). Une évaluation du nombre de régions conviviales potentielles du monde est alors réalisée (Chapitre 15.C). Un dernier chapitre se consacre à exprimer en quoi cette approche géographique peut changer les pratiques des acteurs (chapitre 16).

Les deux notions clés resteront jusqu’au bout de la démarche celles d’expérience et de potentialité (pure, hybride et réelle). 〈359〉

Capture d’écran 2016-04-17 à 14.52.58

Figure 12‑2 : Fresque schématique de la dynamique de la modernisation occidentale et du contexte des 4 révolutions urbaines.

Les trois premières colonnes sont issues du tableau de synthèse de l’ouvrage de François Ascher, Les nouveau principes de l’urbanisme, Édition de l’Aube, Avril 2004, page 54 et 55. 〈360〉

11.C. Conclusion générale de la partie II

Tout le chapitre 12 constitue une conclusion à la partie II. Avant d’aborder notre 3ème partie et ses applications, et arrivés au terme de cette réflexion approfondie sur la nature des objets géographiques à travers la diversité de vocabulaire de quelques auteurs engagés dans la même réflexion, il est remarquable de constater qu’il se dégage à travers cette diversité et grâce à la pensée organique de A.N. Whitehead, la possibilité de tendre à une vision du monde (Weltanschauung) mettant en valeur l’unité organique de l’univers, et la créativité qui se manifeste dans les différentes approches. Unité du réel, constante des objets analysés invariants dans le « fleuve de l’expérience » (onflow[4], comme s’ils étaient sur la berge d’un fleuve unique en écoulement permanent.

Et apparaît alors la possibilité d’une connaissance qui soit transculturelle et transmoderne, et de mettre au point les instruments communs d’analyse dans une vision qui les englobe. Le réel est un, à travers ses multiples aspects, de l’infiniment petit à l’infiniment grand et la géographie est l’expression de l’unité de cette Terre diverse. 〈361〉

___________________________________________________________
Notes :

[1] Cf Descartes, Discours de la méthode, page 61.
[2] François Ascher, Les nouveaux principes de l’urbanisme : la fin des villes n’est pas à l’ordre du jour, Éditions de l’Aube, 2001, 104 p. Le chapitre IV expose les 10 principes du nouvel urbanisme, p. 77-97. Un tableau de synthèse est proposé par 52-53.
[3] Thierry Gaudin, L’aménagement du territoire vu de 2100, Éditions de l’Aube, 1994.
[4] Titre d’un récent ouvrage de Ralph Pred, Onflow, Dynamics of Conciousness and Experience, a Bradford Book, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, London, England, 2005, 348 p.

 

Articles récents

Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

Capture d’écran 2016-04-17 à 23.18.22

Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

_____________________________________________________________
Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire