13.F-I. L’Art des fondations

〈415〉

13.F. Une mise en œuvre des outils : première approche des régions conviviales du monde avec les chiffres de l’ONU et les enquêtes de l’Association Métropolis

Le fichier de l’ONU des agglomérations de plus de 1 000 000 d’habitants en 2005 indique 425 agglomérations [1] regroupant une population de 1 257 930 082, soit près de 20% de la population de la planète. Les surfaces correspondant à ces populations ne sont pas indiquées. Pour aller plus loin, l’Association Métropolis [2] avait établi une enquête sur les populations et surfaces correspondantes des 408 agglomérations des fichiers de l’ONU en 2003, en distinguant trois ou quatre échelles suivant les cas. Cinquante-trois (53) fiches sont téléchargeables sur le site de l’Association. Il est possible de reconnaître dans ces échelles décrites celles du cercle A (125 km2), du cercle B (2 000 km2) et du cercle C (32 000 km2), confirmant ainsi la pertinence de l’approche proposée dans la présente thèse. Il convient de noter que l’Association Métropolis connaissait cette approche en plusieurs cercles de référence, puisqu’elle avait été présentée par William Twitchett au Congrès Métropolis de Melbourne en 1990. Les 53 fiches ont été mises dans un tableur pour permettre les comparaisons et l’analyse. Dix-huit (18) métropoles sont déjà structurées à l’échelle C de la région conviviale. Ces métropoles, de toutes les parties du monde, sont présentées dans le tableau ci-joint. Il est possible de les présenter en trois groupes, par ordre de densité croissante :

  • Densité inférieure à 300 hab/km2 : Stockholm, Berlin, Barcelone, Lima, …
  • Densité entre 300 et 600 hab/km2 : Chicago, Bruxelles, Belo-Horizonte, Rio de Janeiro, Milan, Ruhr,
  • Densité supérieure à 600 hab/km2 : Ho Chi Minh, Mexico, Sao-Paolo, Téhéran, Osaka-Kyoto-Kyobe, New York, Tokyo, Dhaka.

Ainsi, parmi les régions conviviales les plus denses se trouvent les villes du Japon (avant Mexico), la densité la plus forte (à cette échelle) étant au Bangladesh avec Dhaka. Tokyo et Dhaka ont ainsi une densité d’environ 1 200 hab/km2 à l’échelle régionale, qui équivaut au double de la moyenne des 18 métropoles présentées.

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Figure 13‑16 : Tableau des régions urbaines déjà constituées à l’échelle des régions conviviales (Source : enquête sur les métropoles de l’Association Métropolis 2003)

Le grand intérêt de cette enquête de Métropolis est de bien montrer qu’une densité est liée à un territoire, avec quatre phénomènes distincts et conjugués : 〈417〉

  • La densification des cœurs de ville (ici en moyenne environ 4,6 Mhab. sur 600 km2 et une densité de plus de 7 500 hab/km2),
  • La densification et l’élargissement des agglomérations autour du cœur de ville (ici en moyenne 8,4 Mhab sur 3 800 km2 pour une densité de près de 2 200 hab/km2),
  • Un desserrement des agglomérations sur le territoire régional, avec plus d’un doublement de la population de l’agglomération (ici environ 16 Mhab sur 31 300 km2, soit une densité dépassant 500 hab/km2).
  • L’exode rural se poursuit dans toutes les parties du monde.

Ces processus sont expliqués ci-après au chapitre 13.H.

Ainsi, au moment où l’on continue à observer un exode rural, l’examen des chiffres corrélés aux territoires montre un très fort desserrement des villes sur de larges étendues (urban sprawl ou étalement urbain). Les territoires des aires métropolisées sont ceux qui cumulent ces quatre phénomènes contrastés. Leur conjugaison brouille la lecture du territoire, modifie profondément les modes de vie, et le lien de l’homme à la terre (Dardel). C’est leur compréhension simultanée qui permet de comprendre ces mutations, et la présentation de cette simultanéité est faite au chapitre 13.H précité.

Pour autant, la ruralité ne disparaît pas puisque la mobilité n’est pas accessible à tous, comme le souligne P-J. Thumerelle. En effet, celui-ci souligne

  • Le ralentissement des taux de croissance des agglomérations, sans sous-estimer l’ampleur cumulée depuis 50 ans : multiplication par 9 pour Lima-Callao, Bogota, Sao-Paolo ou Mexico, par 7 pour Caracas, par 4 pour Rio de Janeiro ou Santiago.
  • L’effet de taille : l’augmentation relative des villes petites ou moyennes est plus rapide que celle des grandes villes, mais elles rassemblent globalement aujourd’hui, dans des agglomérations de moins de 500 000 habitants une part de la population urbaine moins importante que naguère : 45% en 1990 contre 70% en 1950, et 58% en 1970. Le poids des grandes agglomérations est renforcé, accroissant dramatiquement la lisibilité des processus 〈418〉 d’exclusion et de paupérisation « induite par la mondialisation et la libéralisation de l’économie » [3].
  • Les aires de grande pauvreté recouvrent celles de croissance démographique rapide, de profonde ruralité, de quasi-exclusivité agricole, d’urbanisation fondée sur une économie informelle et vulnérable, etc.[4]
  • « Les campagnes des pays sous-développés ne seraient pas vidées pour autant : elles compteraient 10% d’habitants de plus ; les populations rurales de la Chine et plus encore de l’Inde seront par exemple toujours plus nombreuses que la population totale de l’Europe (Russie comprise). La concentration urbaine n’empêchera pas la poursuite de la densification de nombreuses zones rurales ; il paraît inévitable que les formes intermédiaires entre rural et urbain se diversifient et se multiplient mais la lisibilité des territoires n’en sera pas clarifiée. (…) L’hypothèse d’une  « transition de la mobilité », c’est-à-dire du passage de la quasi-immobilité d’un mode rural fermé à une mobilité généralisée, multiforme et à toutes distances, n’est pas en soi infondée. Mais il est probable que les développements techniques et l’évolution des civilisations réduisent la nécessité des déplacements physiques des hommes avant que le monde entier se voit généraliser l’inflation de circulation des pays les plus développés. On en est de toute manière très loin, une grande partie de la population du monde vit toujours dans des univers ruraux semi-clos, où la mobilité des hommes comme l’ouverture sur l’extérieur au moyen des médias modernes sont encore très indigentes »  (P-J. Thumerelle, 1996, p.367-368)

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Avec P-J. Thumerelle, il faut constater que c’est beaucoup plus dans l’étude des changements des flux régulateurs aux différentes échelles, et la complexification des formes et des réseaux de mobilité à travers le monde qu’il faudrait observer les lignes de force des changements dans le peuplement, plus que dans l’observation de la densification. La notion de territoire est une notion 〈419〉 centrale, et l’échelle de la région conviviale est une échelle d’observation privilégiée des phénomènes de changement des flux.

Il est étonnant d’observer que dans de nombreuses publications, des pourcentages très précis entre rural et urbain sont donnés, alors que le distinguer est flou, que les définitions ne sont pas homogènes entre les États. Ces définitions ne sont quasiment jamais précisées pour les pays autres qu’occidentaux. La sortie de la confusion entre mondialisme et mondialisation permettrait d’éclairer le débat. L’utilisation des critères d’une société (émergence, héritage, transmission et filiation) servirait à éclairer le débat entre rural et urbain, et de sortir de la dichotomie entre ces deux notions. Ce travail ne pourra qu’être un aller-retour entre les suggestions de départ du géographe et l’identification des régions conviviales par les habitants eux-mêmes.

13.F.1. Comment compléter les informations journalistiques ou statistiques occultant les territoires ?

Des dossiers sur le gigantisme urbain sont régulièrement publiés, comme le dossier Le Monde, Dossiers et documents de Novembre 2007 sur « Mégalopoles : les nouveaux mondes ».

Les tableaux de comparaison des villes se concentrent sur les populations sans référence à des surfaces de territoire, ce qui empêche toutes comparaisons. Le croisement des fichiers de l’ONU de 2003 avec l’enquête de l’association Métropolis [5] donne la référence à des surfaces correspondantes. Il est à cet égard très instructif. La population de Tokyo et de New York est donnée à une échelle voisine de la région conviviale. Sur la base de cette superficie, la ville de Dhaka aurait la première place au monde avec une population de 38,7 Mhab. Elle disputerait cette place avec Calcutta. En effet, avec une densité moyenne sur tout le territoire de plus de 1 000 hab/km2, un territoire de 40 000 km2 donnera une population de 40 Mhab, et toute ville principale de ce territoire pourra prétendre à la première place. Or ces territoires sont de plus en plus nombreux : toute la plaine du Gange atteint une densité de plus de 800 hab/km2, le Bangladesh, les vallées de l’Est de la Chine… Cette situation explique les classements publiés dans le dossier du monde (figure 17-27). Chongqing y est placé à la deuxième place avec une annonce de 60 Mhab. pour 2015, ce qui est presque le double de la première ville mondiale actuelle ! Cette erreur vient du fait que Chongqing a été déclarée « Municipalité » (de 82 400 km2, soit l’équivalent de 4 régions 〈420〉 françaises actuelles) par scission de territoire de Sichuan, dont Chengdu est la capitale. Ce terme de « Municipalité » induit en erreur. Il serait possible de faire la même présentation sur une base territoriale élargie avec Calcutta, Dhaka, et toutes les villes des territoires denses du monde. De vastes territoires d’Inde et de Chine dépassent 600 hab/km2, ce qui sur un territoire de la taille de la région conviviale de 32 000 km2 fait apparaître une population de près de 20 Mhab : cette région serait automatiquement classée en deuxième position ! Or la figure 13-17 montre que l’Inde possède déjà plus de 16 régions pouvant prétendre à la deuxième place. Cela montre clairement qu’une population ne peut pas être détachée de son territoire. On comprend dès lors mieux l’expression de Pierre Calame « ville et territoire » : la ville seule n’a pas de sens sans son territoire. La ville de Avec un territoire comparable aux chiffres donnés par l’ONU pour les villes de Jakharta ou de Mexico (respectivement 2595 km2 et 3540 km2), Chongqing n’a que 5 Mhab.

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Figure 13‑17 : Comparaison du fichier de l’ONU 2003 avec le fichier de METROPOLIS (populations et surfaces)

Ce tableau montre que les chiffres fournis par l’ONU ne sont pas pris sur la même référence territoriale de base : les données en gras de la colonne de droite montre que la population est tantôt à une échelle proche de la région conviviale, et tantôt à une échelle proche de l’arrondissement/agglomération. Sur la même base territoriale, l’ordre des villes serait différent. 〈421〉

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Figure 13‑18 : Superficies et populations de la ville de Chongqing, Chine (Source: Revue L’information géographique n°1, 2005, Arnaud Heckmann, Géographe, doctorant à l’EHESS, « Dynamiques urbaines : la Municipalité de Chongqing », pages 17 à 38).

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Figure 13‑19 : Extrait du dossier « Les mégalopoles, un nouveau monde », Revue Le Monde, Dossiers et documents, Novembre 2007

Sur le tableau ci-après « apparaît subitement » une ville de 60 millions d’habitants ! Ce fait vient de la carence d’étude des « villes et territoires » retenues à l’échelle de la région métropolisée, d’une surface indicative de 32 000 km2. Cette situation a déjà été dénoncée par François Moriconi-Ebrard , professeur à l’Université de Paris I  [6]. 〈422〉

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Figure 13‑20 : Quelques estimations de régions conviviales potentielles de l’Inde (Chiffres de base Wikipédia, année 2001).

Ces données appellent à donner à la région retenue à l’échelle indicative des 32 000 km2 plus d’importance qu’elle n’en a aujourd’hui pour permettre le dialogue entre les différents « villes & territoires » du monde. L’espace convivial livre les statistiques, autorise des comparaisons tant quantitatives que qualitatives.

13.G.  Le procès whiteheadien du territoire

Les notions de potentialité générale et de potentialité réelle sont des applications directes en géographie des notions processives. La potentialité générale caractérise un ordre général des objets éternels (ou formes) qui n’ont pas encore fait ingression (qui n’ont pas encore été appliqués) à une entité particulière : il s’agit ici de la « région conviviale » considérée dans sa généralité, avec ses critères énumérés ci-dessus. La potentialité réelle est un ordre particulier à l’entité considérée : il s’agit ici de la région « Entre Vosges et Ardennes ». La potentialité réelle provient d’un certain nombre de perspectives identifiées et/ou de décisions prises quant à la mise en ordre de l’entité potentielle au regard de la potentialité générale pertinente.

Rappelons que ce ne sont pas des « idées abstraites » coupées du réel mais des réalités ontologiques qui caractérisent réellement les entités considérées. L’analyse d’une région conviviale suivra donc le plan suivant :

  • a- (ap)préhension (ou objectivation)
  • b- potentialité générale
  • c- potentialité réelle 〈423〉
  • d- réalisation
  • (la phase e- satisfaction (transition) est la succession des événements)

L’ontologie proposée par la pensée organique est une ontologie faisant appel au sens commun dans son noyau dur, c’est-à-dire ce que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement. Cette ontologie invite à respecter 5 critères : la logique et la cohérence, l’adéquation et applicabilité, et un critère de synthèse : la nécessité (chapitre 1.E.5). Chacun peut faire appel à son expérience personnelle pour déterminer ces notions du noyau dur du sens commun.

Les phases de la concrescence sont des phases logiques, que chacun peut également vérifier dans son expérience personnelle. La première phase (a) fait appel aux faits concrets, aux faits têtus de l’expérience ordinaire. La deuxième (b) aux « idées » ou potentialité(s) générales(s) qui s’attachent aux faits. La troisième (c) est la confrontation des « idées » ou potentialités aux faits, ce qui donne une proposition. La quatrième (d) est une phase intellectuelle où la conscience intervient, une phase de jugement. En effet, la conscience n’intervient pas forcément dans les trois phases précédentes.

Ces phases font appel à l’expérience ordinaire. Elles sont simples, et les mots de base employés sont des mots du langage courant. Ils sont « doublés » par des termes techniques pour pouvoir aller plus loin dans l’analyse : l’emploi de mots simples permet de rester collé à l’expérience personnelle.

Ainsi, toute expérience peut se décomposer entre ces quatre phases. L’analyse d’une région conviviale et des processus de gouvernance au sein de cette région peut suivre ces mêmes phases d’analyse. Il est possible de poser une question pour chaque phase :

  • a : Quelle est l’(ap)préhension de l’expérience considérée ?
  • b : quelles sont les potentialités attachées à cette expérience ?
  • c : quelles sont les propositions issues du contraste entre les potentialités et l’(ap)préhension ?
  • d : quels jugements puis-je porter sur les propositions pour déterminer celle qui aura la pertinence maximum dans une deuxième confrontation aux faits de base ?

Phase a : l’(ap)préhension d’une région conviviale :

Cette phase est celle du diagnostic, exprimé dans les mêmes termes que les explications du contenu d’un diagnostic, ce qu’exprime Patrice Braconnier dans sa thèse de 2005. 〈424〉

Phase b : la potentialité générale (ou pure) d’une région conviviale :

La potentialité d’être une région conviviale dépend de la taille approximative (32 000 km2), de l’environnement existant, et de l’existence d’une frontière et d’un centre pertinents (ce point est détaillé plus loin). Identifier une région conviviale ne peut se faire sans tenir compte des régions qui l’entourent, dans une approche qui n’est ni administrative, ni purement politique : l’approche est une confrontation aux critères d’une région conviviale ; elle a donc une dimension à la fois humaine, sociale, écologique. C’est une approche régionale des bio-socio-processus. L’attention est portée sur les processus bio-socio-techniques.

Phase c : Potentialité hybride :

La potentialité hybride traduit le contraste entre la potentialité générale et la réalité actuelle de la région. Elle est principalement constituée

  • 1/ de l’ensemble des aires d’étude existantes,
  • 2/ de l’ensemble des propositions pour conforter la constitution interne de la région.
  1. Potentialité réelle  : Choix, décisions, réalisations pour arriver à satisfaction :

Il s’agit des prochains « pas possibles » à faire, ou des décisions à prendre pour concrétiser la (les) proposition(s) jugée(s) les plus pertinentes.

Notion de médiatrice :

Cette notion de médiatrice est analysée au chapitre qui suit : la médiatrice est la plus grande distance entre deux pôles forts, vu sous l’angle géométrique. La médiatrice est indicatrice d’une potentialité générale, à partir du réel des pôles existants. Seul le croisement de la potentialité générale avec les données du terrain permettra d’affiner une proposition de centre de référence pour obtenir une région équilibrée. Ce pôle n’est pas forcément la plus grande ville : Bern a été choisi comme pôle fédérateur de la Suisse alors que la ville est plus petite que Genève ou Zürich. Genève ou Zürich sont en effet trop excentrées pour jouer ce rôle, tout comme dans le Nord, Lille est trop excentrée pour pouvoir être un centre fédérateur valide de cette région. La Suisse est une référence en manière d’équilibre régional, et la culture Suisse est encore à assimiler en France pour bénéficier de cette expérience pour la création en France de régions européennes fiables.

〈425〉 Cet exemple est posé car la problématique est la même pour la région « Entre Vosges et Ardennes » .

13.H.  L’Art des fondations : sortir de « la dichotomie entre urbain et rural » ; frontière et centre de référence

13.H.1. Pour sortir de « la dichotomie entre rural et urbain » : les mécanismes de répartition du sol régional

La difficulté à définir les territoires ruraux et les territoires urbains relève du caractère artificiel de la séparation entre ces deux notions. Il est généralement présupposé que ce sont deux notions qui s’opposent, alors que les interactions entre elles sont nombreuses et incontournables. Ce sont ces relations qui sont mises en évidence dans les analyses qui suivent, en s’appuyant sur la notion de société. Cette dernière peut devenir une notion technique commune aux spécialistes des écosystèmes naturels et aux spécialistes de l’écologie urbaine. Seule la conjugaison de ces sciences souvent séparées et aux approches distinctes pourra rendre compte du territoire de la région conviviale, à la fois rurale et urbaine.

13.H.1.1. Sortir de la dichotomie rural/urbain » : les liens entre les notions d’organisme et d’écosystème avec la notion de société :

La démarche classique des spécialistes d’écologie forestière et des écosystèmes comme Hans-Jürgen Otto [7] est de réserver le terme d’organisme aux individus de chaque société (l’homme, l’arbre, la plante) et le terme d’écosystème à leur « vivre ensemble ». Au sein de l’organisme se constatent des mécanismes de coopération, tandis que les écosystèmes seraient le lieu de compétitions conduisant à l’élimination des plus faibles. Pourtant, le même auteur parle pour certaines symbioses au sein des écosystèmes de « quasi organismes » [8]. Dans le domaine de la géographie urbaine, François Moriconi-Ebrard [9] parle sans hésiter « d’organisme urbain » pour les villes, et les agglomérations. La notion organique de société concerne tant les sociétés minérales, 〈426〉 végétales, animales qu’humaines. Elle permet de faire le lien entre ces approches. Des individus peuvent s’opposer au sein des sociétés, et des sociétés peuvent s’opposer entre elles. Il n’en reste pas moins que les faits conduisent à constater globalement l’unité dans la diversité et l’existence de coopérations à toutes les échelles des sociétés, et dans toutes les sociétés. Les individus eux-mêmes peuvent être atteints de maladies, de dysfonctionnements internes, et il est très difficile, voire impossible de séparer un individu de son environnement : le mécanisme même de la vie est de nécessiter de la nourriture pour le renouvellement de l’organisme. Il semble que la liberté et l’apparition de nouveauté soit à ce prix. C’est donc bien la relation et l’échange qui dominent, et il semble difficile de conserver une forme de dichotomie entre un milieu où régnerait la coopération et un autre où régnerait la compétition. Par contre, les sociétés se structurent progressivement, dans leurs préhensions réciproques, positives ou négatives, qui combinent toujours unité et diversité, valeurs et complexité croissante, harmonie et intensité, liberté et détermination : on retrouve les obligations catégoriales étudiées dans la partie II. Hans-Jürgen Otto fournit de nombreux exemples de ces combinaisons. Dans un autre domaine à l’interface entre l’homme et la nature, la prise de conscience de l’importance de l’agronomie biologique [10] face aux désordres écologiques d’une agriculture intensive basée sur « l’élimination des organismes nuisibles » va dans ce sens.

Ce sont ces interactions que nous allons maintenant décrire globalement pour les régions conviviales, « villes et territoires ». Ces interactions vont permettre l’analyse de la région « Entre Vosges et Ardennes ».

13.H.1.2. Les processus complexes de redistribution des sociétés végétales, animales et humaines sur le territoire régional ; sortir du catastrophisme de la presse mondiale :

Le schéma qui suit récapitule les grands phénomènes urbains et naturels qui animent les régions du monde à l’échelle indicative des 32 000 km2. Ces phénomènes sont présentés dans l’ordre le plus fréquent d’exposé des processus d’urbanisation. L’intérêt de penser ces processus simultanément est de rendre possible une pensée globale des « villes et territoires », sans perdre de vue les interrelations des processus entre eux, et des territoires entre eux. Voici le schéma de ces processus : 〈427〉

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Figure 13‑21 : Les complexes redistributions des sociétés végétales, animales et humaines au sein du territoire régional.

Le premier processus est celui de l’exode rural. Les populations rurales pensent trouver dans les villes un avenir meilleur. « Lorsque les populations rurales migrent vers les villes, elles font un choix rationnel (…) On pense toujours qu’on trouvera mieux en ville, sans compter que la division à chaque génération des parcelles cultivables dans les campagnes les rend trop petites pour qu’elles soient viables » [11]. Le livre scolaire de géographie de 1ère S évoque les « territoires des pays économiquement les plus avancés, dans lesquels l’exode rural est achevé, mais où il continue 〈428〉 de s’opérer de complexes redistributions de populations dans l’espace » [12]. L’exode rural est-il vraiment terminé, lorsque l’on observe la réalité démographique de l’arrondissement de Lunéville, notamment dans sa partie Est, vers Badonviller et Cirey ? Il semble plutôt qu’il se poursuive, avec de nouveaux arrivants qui combinent un mode de vie urbain en habitant à la campagne (phénomène des néo-ruraux). La France reste cependant à 95% rurale du point de vue de sa superficie (59 % agricole, 4,8% sur emprise urbaine en l’an 2000, et les 36,2% restants en forêts et espaces naturels [13]). P-J. Thumerelle le souligne également fortement : la fin du rural n’est pas pour les décennies à venir. Le rural continuera de progresser mondialement, de l’ordre de 10% jusqu’en 2025, même si l’urbain progresse bien plus vite, de l’ordre de 50 % dans le même temps [14].

Ces nouveaux venus dans les villes entraînent le deuxième processus, de densification urbaine. Mais les centres urbains se spécialisent, et l’habitat est de plus en plus développé/rejeté en périphérie, en grande partie pour des raisons économiques : un logement en ville est souvent inaccessible aux jeunes couples, et aux nouveaux venus sur le marché du travail, ainsi qu’à ceux qui en cherchent. La structure sociale des villes est marquée par des inégalités accrues entre très riches et très pauvres.

On observe alors le troisième processus : le desserrement urbain. C’est le phénomène d’extension des villes et d’étalement urbain, faisant pronostiquer à certain la « mort des villes », la « fin du rural », et l’avènement de l’ « urbain généralisé ». C’est la progression « en tâche d’huile » d’une urbanisation désordonnée, presque sur tout le territoire. Il se produit effectivement une superposition de l’urbain et du rural, deux éléments autrefois bien différenciés. Mais les villes restent bien des centres de référence pour le territoire environnant. Elles sont les lieux des services rares, du face à face politique, et des fonctions de coordination. De même que pour le rural, la fin des villes n’est pas à l’ordre du jour.

Les quatrième et cinquième processus se produisent simultanément : d’un côté, « le monde rural connaît un mouvement de « retour à la campagne » ; cadres ou artisans y transfèrent leur 〈429〉 ordinateur, satisfaits de travailler dans des paysages de cartes postales, tout en étant relié au monde et à Paris par le fax, Internet ou le TGV » [15]. Ce mouvement est fréquemment qualifié de rurbanisation. A l’inverse de ce mouvement, la nature pénètre dans la ville [16] de plus en plus profondément. Les animaux y trouvent leur place, et y inventent de nouveaux habitats, les municipalités portent une attention accrue aux « espaces verts » et les services « Espace verts » des villes sont désormais réputés pour être plus efficients (grâce à leur connaissance du terrain et le suivi des politiques) que les interventions ponctuelles des privés[17]. Il serait presque possible de parler « d’exode animalier » vers les villes, et les reportages sur ce point se multiplient. Pour compliquer encore l’interpénétration des processus, Alain Dubresso et J-P. Raison parlent dans certains cas de « ruralisation des villes » [18].

Le sixième processus concerne l’importance croissante de l’agriculture périurbaine. L’étalement urbain compromet de plus en plus les installations agricoles, et les actions pour sauvegarder l’agriculture en contact avec l’urbain se multiplient.

Le septième processus concerne les autres pôles urbains de la région. Une région peut en effet ne pas avoir de centre prédominant, et être organisée de façon polycentrique. C’est le cas de la région « Entre Vosges et Ardennes » entre Strasbourg, Nancy, Metz, Saarbrücken et Luxembourg. C’est le cas d’un nombre croissant de régions dans le monde.

Le huitième processus concerne les territoires intermédiaires, de « marche », de « confin » entre les centres de référence des régions à l’échelle indicative des 32 000 km2. Nous proposons ici le terme de territoire médian, ou intermédiaire, pour plusieurs raisons : il se trouve sur la médiatrice entre plusieurs régions (et donc à distance équivalente de leurs centres de référence, comme Charlevilles-Mézières, St-Dizier, Mulhouse, Colmar, Strasbourg, …) ; il est centre de son propre territoire, même s’il dépend d’un autre ; il joue un rôle de transition, de passage entre des cultures 〈430〉 différentes, des régions différentes, tout en appartenant à une région bien précise ; dans le temps, sa région de référence peut changer, sans perdre sa cohérence territoriale ; mais par lui-même, ce territoire n’est pas centre de référence régional, tout en ayant un rôle interrégional, voire international (Strasbourg).

La presse grand public ne rend que très rarement compte de ces processus simultanément. Même le dossier Monde et Document « Mégalopoles : les nouveaux mondes » fait preuve d’un catastrophisme urbain bien loin de la réalité des faits, et les informations données sont exactes … mais tronquées. Il est annoncé pour 2030 cinq milliards de population urbaine, alors que la population totale actuelle est de six milliards et demi. Cette façon de présenter laisse croire quasiment à la disparition du rural, la progression inexorable de l’urbain, la fin des villes à cause de l’étalement urbain, et l’inéluctabilité des mégalopoles géantes. En posant tous les chiffres, on découvre ainsi que sur 8,33 milliards d’habitants envisageable en 2030, 5 milliards seront urbains, et 3,33 seront ruraux, ce qui explique que les 3,25 milliards de ruraux actuels soient en progression. En creusant un peu plus, on apprend que sur les 5 milliards d’urbains, seuls 10% habiteront dans des mégalopoles, et 50% dans des villes de moins de 500 000 habitants, donc probablement dans des conditions proches de la nature et du rural. Il apparaît que seule une réflexion en termes de territoires approximativement comparables de l’ordre de 32 000 km2 permettra de mettre au point de nouvelles typologies de territoires dépassant « la dichotomie de l’urbain et du rural » et prenant en compte globalement l’ensemble des processus. Avec l’étalement urbain, les territoires pris en compte sont de plus en plus vastes, sans jamais en préciser les contours précis, ce qui fait artificiellement « apparaître » de nouvelles populations, de nouveaux problèmes…

La clé d’une information ajustée et plus fidèle au réel semble être dans un processus d’apprentissage collectif de concevoir une nouvelle approche territoriale avec l’identification d’une frontière (plutôt une « membrane » par analogie aux cellules du corps ou un « contour ») qui différencie les régions, et, permet, tout comme les cellules du corps, le passage des différents flux tout en gardant une identité forte, voire croissante. Ainsi s’articulent mondialisme et mondialisation.

C’est cette « membrane » que nous allons maintenant étudier tout autour de la région entre Vosges et Ardennes », en partant de Charleville-Mézières, et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. 〈431〉

13.I. La région « Entre Vosges et Ardennes », une société régionale émergente. Frontière et centre d’une nouvelle région conviviale ?

Cette section introduit l’application des notions et méthodes exposées précédemment à la région « Entre Vosges et Ardennes ».

Cet ensemble en creux dont le nom issu de l’écologie semble acceptable dans cette réalité polycentrique où plusieurs villes peuvent revendiquer la première place. Metz semble toutefois s’imposer dans les différentes configurations, notamment pour le croisement des axes Paris-Berlin et Londres-Munich. La considération de l’axe Londres-Münich consacrerait la sortie d’une fixation sur la polarisation parisienne : sa pertinence n’apparaît qu’en reconsidérant les faits pour eux-mêmes, dans une approche européenne où chacune des régions est mise en perspective. La liaison TGV entre Paris et Louvigny ouvre l’espoir d’une liaison de même qualité jusqu’à Strasbourg, ainsi que jusqu’à Frankfurt ; cette contribution au réseau européen de train à grande vitesse souligne l’intérêt stratégique de ce lieu.

Selon les organismes en présence, la définition de cette région oscille entre 28 700 km2 (Saarland, Lothringen, Luxembourg) et 3,8 Mhab., et 67 400 km2 et 10,9 Mhab. (la « Grande Région »). Mais ces deux approches ne tiennent pas compte de l’Alsace et du Bassin écologique de la Meuse dans son entier.

L’étude de la région potentielle Grand Est prend en compte les apports des congrès ISOCARP du Caire en 2003, de Genève en 2004 et notamment l’approche de « la région conviviale ». Les critères en seront développés à 3 échelles principales de comparaison, d’analyse et de prospective : 32 000 km2, 2 000 km2 et 125 km2.

Quatre outils sont utiles à notre enquête : les cercles d’activité, les entités territoriales émergentes, les cercles de comparaison et le trialogue (quadralogue) ajusté à ce contexte.

Le chapitre 14 est consacré à l’étude de cette région, suivant les méthodes définies ci-dessus. 〈432〉

〈433〉

___________________________________________________
Notes :

[1] http://esa.un.org/unup United Nations, Département of Social and Economic Affairs. Population Division. Les statistiques 2005 sont données à l’annexe 14 « Rural-Urbain ».
[2] www.metropolis.org Métropolis s’est appuyé sur les chiffes de l’ONU de 2003 (mais a refait une enquête plus affinées avec les différentes surfaces des agglomérations et des chiffres plus récents, souvent de 2004). Les fichiers de Métropolis sont intégralement donnés en annexe 14 « Urbain-Rural ».
[3] Thumerelle, 1996, p.346-347.
[4] P-J. Thumerelle, 1996, p.365c.
[5] Voir les fichiers placés en annexe 14, d’une part le fichier de l’association Métropolis basé sur le fichier de l’ONU de 2003, avec le chemin d’accès suivant : « Annexe14-Urbain-Rural_Europe_Monde\Metropolis-FICHIERS-SURFACES-POPULATIONS-METROP0LES\THESE-METROPOLES-SURFACES&POPUL-cerclesA-B-C_c.xls » et d’autre part le fichier de l’ONU pour les agglomérations en 2005, à l’adresse suivante : « Annexe14-Urbain-Rural_Europe_Monde\ONU-INSEE\ONU_2005AgglomerationsWallChart_web_b.xls ».
[6] Voir son article dans le monde diplomatique intitulé : « Angoisses injustifiées et erreurs des experts »
http://www.monde-diplomatique.fr/1996/07/MORICONI_EBRARD/5134.html ainsi que son ouvrage Géopolis, pour comparer les villes du monde, édité par ANTHROPOS, paru en 1994
[7] Hans-Jürgen Otto, Écologie forestière, Institut pour le développement forestier, Paris, 1998, 397 p.
[8] Hans-Jürgen Otto, ibid, p.256
[9] François Moriconi-Ebrard, De Babylone à Tokyo. Les grandes agglomérations du monde, Géophrys, Editions Ophrys,Paris, 2000, 344 p.
[10] Mathieu Calame, Une agriculture pour le XXIème siècle, Manifeste pour une agronomie biologique, ECLM, Paris, 2007, 156 p.
[11] Le Monde, Dossier et documents n°369, nov. 2007, Thème « Mégalopoles, les nouveaux mondes ». Article de Hervé Kempf du 28 juin 2007, relatant le rapport du FNUAP du 27 juin 2007
[12] Rémy Knafou (sous la direction de), Géo : l’Europe, la France, 1ère S, Belin, 2007, page 110
[13] Le Monde, op. cit.
[14] P-J. Thumerelles (1996),p.367 et 368.
[15] Le Monde, Dossier et documents n°369, nov. 2007, Thème « Mégalopoles, les nouveaux mondes » , rappel d’un article de Jean-Louis Andréani du 14 février 2005.
[16] Ce phénomène est étudié en détail dans le très complet rapport du Conseil Économique et Social, La nature dans la ville, Étude présentée par M. Bernard Reygrobellet, Les éditions des Journaux Officiels, 2007, 172 p.
[17] Voir Jean-Pierre Husson, dans Wackermann, op. cit  (2005) p.232 à 244.
[18] Le Monde, op.cit. Ces auteurs ont produit L’Afrique subsaharienne, une géographie du changement, Armand Colin 1998. Il expliquent qu’en Afrique, une part importante des citadins vivent de l’agriculture, et l’habitat périphérique est parfois peu différent de celui des villages.

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire