La région conviviale, par Jean-Marie Breuvart

Voici ce que dit en 2011, à l’issu d’un Séminaire des Chromatiques whiteheadiennes à la Sorbonne, le philosophe Jean-Marie Breuvart (membre du jury de la thèse de Philippe Vaillant sur L’expérience territoriale éclairée par la pensée d’A.N.Whitehead: Potentialités des régions conviviales et application à la région « Entre Vosges et Ardennes » , 2008.

Référence de l’ouvrage sur Internet

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La personne humaine selon Whitehead

Jean-Marie Breuvart

Le thème de l’identité personnelle est rarement abordé pour lui-même par les chercheurs whiteheadiens. Il est évidemment étudié dans sa généralité sous l,angle de son rapport à la théorie du personnalisme ou à la théologie, encore à une vision politique des relations entre personne et communauté 3 . Chez Whitehead,   il    est  certes   question, notamment dans PR, de personal order, mais l’expression y prend un sens métaphysique plutôt qu’humain ou psychologique. Comme le note J . Cobb,

Les personnes vivantes, comme les autres sociétés ordonnées sur le mode personnel, héritent d’éléments de forme commune à travers leurs sentirs physiques purs. Mais elles héritent aussi de préhensions conceptuelles de leurs prédécesseurs. Parmi les sentirs conceptuels, certains répètent simplement des éléments du passé mais certains autres ont introduit de la nouveauté (… ). Autrement dit les personnes vivantes peuvent apprendre 4 .

3.1. Logique républicaine à l’échelle de l’Europe

Cette logique sociétale se fonde nécessairement sur une réalité historique et géographique déterminée par les faits : celle des États modernes particuliers. À ces États est confiée la tâche de maintenir l’utopie qui leur est commune, illustrée par le slogan de la Révolution française : Liberté. Égalité Fraternité.

En réalité, si cette utopie d’une véritable liberté (cf. la logique américaine) et d’une véritable égalité (cf. la logique française) reste l’idéal incontesté de nos démocraties (note 27)   la difficulté majeure à laquelle celles–ci sont confrontées est celle de ce que j·appellerais le point aveugle de la fraternité . Ce point est précisément devenu « aveugle » au moment où les communautés (religieuses, artisanales, ethniques . … ) ont donné naissance à l’État moderne et à son organisation de citoyens d’abord libres et égaux en droits. C’est pourtant à ce niveau de la fraternité que se situerait réellement le mieux-vivre selon

Whitehead, alors que liberté et égalité se réaliseraient encore pour l’essentiel au simple niveau du bien-vivre : N’est-ce pas la fraternité qui confère finalement leur sens aux deux   autres, en précisant ce qui en est le fondement?

C’est   exactement   ici que   prend   toute   sa  pertinence   le concept de région conviviale développé par Philippe Vaillant dans une thèse relativement récente (note 28). Une région conviviale (telle du moins que je la comprends) est une région qui donne à chaque citoyen la possibilité d’y trouver son identité, et ainsi de participer également à  l’identité   propre de cette région, ainsi qu’éventuellement par ricochet à l’identité propre de la nation.

La région conviviale apparaîtra alors comme le maillon manquant entre la réalité micro-scopique des désirs individuels, telle que nous l’avons présentée au début, comme réalité dynamique s’ouvrant sur une utopie, et celle, macro­-scopique, de l’État moderne. C’est, en d’autres termes, une médiation assurant la continuité entre les deux. Faute d’une telle médiation, le langage reste soumis à l’erreur évoquée ci-dessus du mauvais concret, se référant aux découpages régionaux existants sans revoir le concept même de région.

Un tel concept de région conviviale peut-il ouvrir sur une nouvelle utopie, en ces périodes de crise ?

3.3. Une république des États ?

Comment concevoir, sur une telle base le triptyque évoqué ci-dessus de Liberté Égalité. Fraternité ? Les deux premiers termes me semblent relever justement encore de l’erreur du Faux Concret évoqué plus haut. En effet, ces concepts ont été produits et fixés à des époques bien précises. puis repris en un processus accordant une place privilégiée au discours actuel sur ce qui fait l’essence de l‘homme (note 30). En revanche si j’ose le dire ainsi. la fraternité n’en est pas encore à un tel niveau d’abstraction. ce qui la rend candidate lorsque l’on ne veut pas se tromper sur le réel final et que l »on désire être en cohérence avec lui.

De ce point de vue, la fraternité pourrait se définir comme un concept métaphysique en évolution, revenant à l’essence même de la condition humaine, par et dans l’unification des différents êtres humains en une convergence qui relève encore de l »utopie. Elle pourrait à elle seule qualifier l’aventure1 que Whitehead considère comme le moteur par excellence de la civilisation, en route ers la paix comme harmonie des harmonies.

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Bibliographie sommaire

Beiser,   Fr., German ldealism. The   Strllggle   against Subjectivism,  1781-1801, Harvard University Press, 2002.
Buford, Th. and Oliver, H. (eds), Personalism revisited: Its proponents and Critics, Rodopi, 2002.
Cobb J, Whitehead Wordbook Process and Faith, Press Claremont, 2008 (French    translation by H.Vaillant, Lexique whiteheadien, Editions Chromatika, 2010) .
Debaise, D. Un empirisme spéculatif. Lecture de Procès et Réalité de Whitehead.Vrin, 2006.
Debra, R., Le moment fraternité, Gallimard, 2009.
Ferry, j.- M., La Question de l’État Européen   Gallimard  2000.
Ferry,    j.-M., Europe, la voie kantienne. Essai  sur l’identité post-nationale, Éditions du Cerf, 2005.
Ferry, j.-M., L’Europe, l’Amérique et le monde. Éditions Pleins Feux, 2004.
Gauchet M., Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion. Gallimard, 1985
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La région conviviale, par Edmond Bonnefoy

Voici ce que dit Edmond Bonnefoy, sur la région conviviale, le 14 Avril 2009.

(source : http://www.ps18jbc.fr/tribune/2009/04/la-region-conviviale.html )
La région conviviale

La région conviviale

Par Equipe Communication, le April 14, 2009 8:46 AM

Par Edmond Bonnefoy.

« L’utopie est la réalité de demain » dit-on. Encore faut-il laisser au temps le temps de   faire son œuvre (car en ce domaine la précipitation est meurtrière) et, surtout,   ne jamais perdre de vue les composantes intangibles de la réalité.

Parmi ces contingences, il en est une incontournable : celle du rapport du corps à l’espace.  Bien sûr, la technologie téléphonique nous permet, en moins d’une seconde, de faire entendre notre voix à l’autre bout de la terre et l’avion donne à un Parisien le loisir de déjeuner à Rome et de retrouver son foyer le soir même : mais ne nous y trompons pas, notre quotidienneté reste enracinée dans un espace physiquement perceptible. Cette perception physique élargie par l’affectivité dans laquelle baigne notre vécu et marquée par l’Histoire du lieu construit notre sentiment d’appartenance à la collectivité des humains qui partagent, et ce lieu, et ce sentiment.

La forme   de cet espace de vie perceptible quotidiennement, nous l’appellerons, faute de mieux : REGION.

Faute de mieux en effet, car ce mot « région » est porteur de tellement de sens qu’il crée une ambiguïté s’il n’est pas qualifié. Pour la suite de cet article, il faut impérativement le dissocier de son acception administrative, car mon propos ne vise pas un espace « imposé aux… », mais « accepté  par…» les humains qui y vivent. C’est pourquoi, nous   qualifions cette région de CONVIVIALE.

Nous verrons plus loin à quoi répond, concrètement, ce terme. Mais avant :

Un peu d’Histoire

En France, parler d’appartenance régionale sent la poudre : les cent-cinquante années qui ont suivi la Révolution Française ont vu s’affronter les tenants d’une vision monarchique espérant poursuivre le jeu millénaire de suzeraineté – vassalité qui plaçait les Provinces, plus ou moins rebelles, sous le sceptre royal, et les partisans d’une République universelle qui ne toléraient aucune particularité culturelle régionale, fut-elle basque ou alsacienne.

Les uns et les autres partageaient en tout cas la même volonté de gouvernance : le centralisme, colbertiste pour les uns, jacobin pour les autres. Cette volonté a fait naître la Nation au forceps mais a fortement handicapé les dynamismes locaux, toute initiative décentralisée étant soupçonnée porteuse d’un germe fatal à la Monarchie ou à la République. Cette dernière qui a finalement triomphé, a découpé le territoire en autant de cellules nationales dont les gouvernants, qu’ils soient élus ou nommés, devaient être, avant tout, soumis au pouvoir central.

Dans une France très majoritairement rurale et dont la mobilité était réduite au pas du cheval, le Département pouvait, au 19eme siècle, offrir à ses habitants cet espace « vécu » qui répondait à leur sentiment local d’appartenance républicaine. La préfecture était le petit Paris et le Préfet le Président de cette république de paysans (dans le sens de producteur agricole) et de bourgeois (dans le sens : commerçant du bourg, cellule de base des échanges).

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il est patent que ce schéma est obsolète : le Monde s’est urbanisé et le rôle de bourg a été confié à la ville préfecture alors que se créait, souvent appuyées sur les anciennes capitales provinciales, des métropoles urbaines industrielles. Le XXI eme siècle, avec la mondialisation des échanges, voit surgir sur notre territoire de véritables régions urbaines qui se mettent en ligne pour concurrencer celles qui, dans le monde, se multiplient inexorablement.

La France « rurbaine »

Face à ce phénomène, la réorganisation des territoires à l’intérieur de nos frontières est à l’ordre du jour. Chacun sent bien que la trame napoléonienne craque de toute part et que l’empilement du mille-feuilles allant du village rural aux limites héritées des paroisses de l’Ancien Régime jusqu’à la Métropole parisienne dont le rôle de Capitale de la Nation est étouffée par celui de Région urbaine internationale, est prêt à s’écrouler.

Malheureusement, notre pays n’a rien perdu de sa rigidité centraliste puisque, s’il est bien envisagé une réforme du système, l’air du temps est plus au bricolage d’un vieux château qu’à sa restructuration moderne. En effet, les 22 Régions métropolitaines françaises qui ne sont, en fait, que le regroupement administratif et arbitraire de départements obsolètes ne peuvent rivaliser avec des entités européennes, puissantes car autonomes, telles que les Lander allemands ou les Provinces espagnoles.

On est loin de la Région « acceptée ».On le voit dans les débats qui ont animés la Commission BALLADUR chargée par le Président de la République de proposer des pistes de réforme des Collectivités Locales. Bien que la lettre de mission proclame que toutes propositions seront admises, le Comité s’est installé, à priori, dans les pantoufles de Napoléon. A aucun moment il n’a été question de remettre en cause les structures en place ; la simple évocation de la suppression d’un   l’échelon intermédiaire se heu rte, au mieux, à un mutisme distingué, au pire, à des arguments hypocrites de « défenseurs » de la République, une et indivisible…

Devons-nous pour autant nous résigner à vivre dans une France de comices agricoles ? La réalité nous interdit ce folklore, car celle de notre temps, que nous le voulions ou pas, s’identifie à la concentration urbaine : si les territoires sur lesquels se développent ces réseaux urbains ne sont pas démographiquement maîtrisés, l’avenir sera cruel pour leurs occupants. Nous n’en sommes plus à distinguer dans notre environnement des campagnes bucoliques s’opposant à des villes perverses : l’espace dit « rural » occupé par des exploitations agricoles qui deviennent autant de maillons de l’industrie agro-alimentaire, est colonisé par les métastases du développement qualifié (bien souvent à tort) d’« urbain ». Dans ces territoires ne vivent plus des ruraux purs et de parfaits urbains, mais bien des « rurbains » dont l’intérêt commun est de vivre ensemble dans un environnement humain, physiquement perceptible et démocratiquement géré.

La région conviviale

Cet article n’a pas la prétention de donner, à la commission Balladur, une solution pour l’aider à démêler l’inextricable écheveau qu’est devenue l’organisation des collectivités territoriales. D’ailleurs la teneur de ses débats laisse supposer que ce qui suit lui est totalement étranger.

En effet, mon propos n’est pas de résoudre un problème de haute technicité administrative et encore moins électorale : je suis totalement incompétent en la matière. Il vise plutôt à éclairer tout un chacun sur sa capacité de faire « un pas de coté » et de réfléchir sur une vision citoyenne de l’aménagement du territoire.

Parler de TERRITOIRE suppose un contenu et des limites : il semble que la première réflexion devrait se faire autour de la notion d’APPARTENANCE. Si l’on examine chaque secteur du territoire national par rapport au vécu quotidien de ses occupants, il sera possible de discerner les aires d’influence que génèrent les métropoles urbaines sur leur hinterland. Voilà un beau sujet de démocratie participative : interroger les citoyens sur leur vie quotidienne dans l’espace même de cette quotidienneté…

La méthodologie de participation et les logiciels d’analyse adaptés à ce type de consultation existent : les critères géographiques et historiques, les courbes d’accessibilité isochrone, les flux captés par les grandes infrastructures et tant d’autres outils ethnographiques… font apparaitre le spectre des secteurs d’influence des   pôles urbains et leur hiérarchie par rapport à la métropole leader appelée à devenir l’étendard d’une région en compétition interrégionale. C’est dans les   marges de ces secteurs formant comme une sorte de « halo blanc » que peuvent se tracer des limites de gouvernance : à l’intérieur de celles ci, des citoyens concernés par leur environnement et   bien situés dans leur espace de vie se sentiront   responsables de la gestion de leur   territoire.

Bien sûr, cela suppose qu’à l’issue d’un telle démarche les limites actuelles seront rectifiées et les situations rentières acquises à l’intérieur de ces limites, remises en question : mais, contrairement à ce que nous réserve la méthode de « replâtrage » vers laquelle semble se diriger la Commission Balladur, l’élan d’un grand dessein démocratique engagera dans une dynamique « conviviale » les Grand Ducs régionaux et les petits chefs cantonaux soucieux, à priori, de défendre leur pré carré, mais, pour la plupart, bien plus satisfaits de devenir les animateurs d’une refondation républicaine.

Cette démarche suppose une préalable prise de conscience de l’importance de la participation des citoyens à l’aménagement de leur cadre de vie : il n’est plus possible d’organiser les territoires sur une trame obsolète avec des technocrates dépassés.

La parole est maintenant aux citoyens.

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

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16.B. Les apports aux acteurs

16.B. Apport possible au CNFPT et à l’AITF :

16.B.1. Spécialiste ou généraliste ?

Le travail réalisé se veut être « l’union de l’imagination et du sens commun pour freiner l’ardeur des spécialistes et stimuler leur imagination »[1] Il n’y a pas d’ingénieurs des villes et d’ingénieurs des champs. Il n’y a pas non plus d’ingénieurs spécialistes à la base et généralistes en haut de l’échelle hiérarchique. L’ingénieur des petites villes est paradoxalement à la base et généraliste. Il est un « fantassin de la fonction publique » (Calame, Mission possible, L’État et le meccano de la gouvernance, 1992). S’il est un spécialiste, c’est d’abord dans quelque domaine que ce soit de savoir faire des propositions à partir de potentialités des situations, puis de participer à la décision, et de mettre en œuvre les choix. Tout le monde sera d’accord là-dessus. Cette simple phrase vient de conjuguer les cinq éléments principaux de la dynamique : les propositions sont la 3ème phase de la concrescence, les potentialités la deuxième, les situations la première, la décision la quatrième, et la mise en œuvre, la satisfaction la cinquième. La phrase pourrait être formulée ainsi : l’ingénieur appréhende la situation, analyse les potentialités (ou possibilités), fait des propositions, participe aux choix, et les met en œuvre pour la satisfaction de tous. Cette phrase pourrait se mettre sous la forme du schéma de concrescence.

Avec un esprit d’observation même superficiel, il est possible de constater que nos paroles, nos écrits, les écrits des journaux, des dossiers sont remplis de ces enchaînements de pensée qui conjuguent les cinq réalités de la dynamique (catégories d’existence [2]). La manière de les conjuguer sont décrites par les catégories d’obligation. Les explications donnent d’ailleurs les … catégories d’explication. C’est d’ailleurs tellement fréquent que cela apparaît presque trop simple, trop « évident », pas assez sophistiqué, pas assez « savant ». Beaucoup de travaux universitaires cherchent pour « respecter le niveau », « être au niveau », à obtenir un niveau de complexité qui embarrasse le lecteur. La pensée de Whitehead est fondamentalement simple et « évidente ». Mais elle oblige à désapprendre, et à observer le quotidien : nos phrases ordinaires. Chaque catégorie d’existence et chaque catégorie d’obligation conjuguent des termes du quotidien. Le travail de repérage a été noté et présenté en partie II pour le démontrer : même pour démontrer une pensée qui n’est pas forcément organique, ces mots sont utilisés pour se faire comprendre. Michel Lussault constatait dés l’introduction de son bel ouvrage L’homme spatial une « certaine opacité » de l’évidence, et la difficulté de l’analyse des choses les plus simples et ordinaires. C’est cet ordinaire qui demande à être pensé, mais c’est difficile, car c’est justement lui qui n’est jamais pensé, puisqu’il est « instinctif », qu’on le fait « sans y penser », et bien souvent, « on ne pense pas ce qu’on dit ». Ce qui sort naturellement est bien plus profond que ce qu’on pense, car la mémoire organismique est en action à travers le corps, et le corps restitue l’ensemble de l’expérience de l’homme qui parle. La parole vient des profondeurs. L’inconscient s’y profile à notre insu, et une attention particulière est nécessaire pour son repérage. C’est la mise en relation avec l’autre qui permet la mise en relation à soi-même.

Le tour de force que permet la pensée organique est de mettre l’évidence en démonstration.

16.B.2. La boîte à outils territoriale de l’ingénieur généraliste :

A l’issue de la présente thèse, le procès apparaît comme la pièce maîtresse de la boîte à outils de l’ingénieur territorial. C’est l’outil des outils. Chacun connaît la tendance, lorsqu’on possède un marteau, à tout transformer en clou, ou lorsqu’on possède un tournevis, à tout transformer en vis. En d’autres termes : l’outil oriente l’objet vers l’activité pour laquelle il est construit. Le procès est un outil d’analyse du réel, et son activité est de rendre compte du réel : il échappe à la « critique du marteau » dans la mesure où il ne se substitue jamais au réel. En effet, cela évite le concret mal placé, c’est-à-dire l’erreur de prendre l’abstraction pour le réel.

A Angers, lors d’une réunion de travail, le directeur des services techniques de la ville de Rochefort s’est exclamé, à la fin d’un exposé sur Procès et réalité : « C’est ça qu’il nous faut ! Il faut aller plus loin que les tableaux de bord ! ».

Cette thèse présente une application géographique à la notion de région conviviale. De multiples autres applications pourraient se joindre à la boîte à outils, en matière psychologique, sociologique, juridique, opérationnel, dans le sens de la pensée organique.

La principale application reste la notion de fiches d’expérience et la capacité d’écrire des fiches d’expérience, afin de permettre un échange d’expérience, une mutualisation et une capitalisation.

16.B.3. Créer un comité scientifique au sein de l’AITF en lien avec le CNFPT :

Les applications ne pourront pas être mises au point sans une équipe qui fasse un aller-retour permanent entre la pensée organique et les travaux thématiques des différents métiers territoriaux.

16.B.4. Recréer un concours d’ingénieurs généralistes :

Sur la base de l’outil présenté en partie II, un ensemble de notions peut être développé pour proposer une option généraliste qui conserve un caractère scientifique, tout en étant général.

16.C. Apport possible à PRH :

La pensée organique offre la possibilité d’une ouverture aux autres domaines que la seule psychologie : des travaux pluridisciplinaires avec l’outil PRH dans les domaines de la géographie, de la politique, … peuvent être entrepris.

16.D. Apport possible à l’association Hommes Femmes dans la Cité (H.F.C.) :

Bien consciente des défauts des démarches purement intellectuelles, l’Association HFC se méfie des travaux « cérébraux », plein d’idées non connectées au réel. Elle se méfie aussi de « l’idéal », qui fait décoller du réel. On le sent bien : le réel est la référence pour tout travail. C’est ce réel, dont les entités de base, les entités actuelles sont les « gouttes d’expérience » [3], qui est décrit par la pensée organique.

16.D.1. Conjuguer poésie et science ; une dimension universelle de l’outil :

La présente thèse universitaire a voulu relever le défi de faire une « thèse d’expérience », sans éluder les problèmes posés par l’expression de l’expérience, et son insertion dans un travail de recherche géographique. Ce défi global cachait en fait plusieurs « sous défis » :

  • Comment rendre compte de l’expérience en restant collé au vécu ? (chapitre 2)
  • Comment dépasser l’évidence du vécu pour en donner une interprétation ajustée, à la fois précise et globale, singulière et universelle, privée et publique, subjective et objective, pratique et théorique, poétique et scientifique ? (toute la partie II)
  • Comment retourner au réel pour en tirer des applications concrètes ?

Le point de départ est entièrement dans l’intuition de l’Association HFC que « C’est possible ». Fort de cette intuition, la dynamique de l’Atelier Hommes, Femmes dans la Cité et ses 5 réalités a été éprouvée dans de nombreuses réunions professionnelles et des Congrès de l’AITF Est (Lunéville 1999, Montbéliard 2001, Sarreguemines 2002, Colmar 2003, Perpignan 2004). C’est à force de confrontations incessantes, de brouillons de préparation de rencontres, de croquis faits à la hâte qu’une convergence de toutes les dynamiques a été mise en évidence autour des 5 mêmes réalités (valeurs, interactions, structure, objectif, vision).

Comment est-il possible qu’une même approche soit à la fois poétique et scientifique ? C’est possible parce qu’elle est ouverte : l’approche se fait en humilité face au réel, en ouverture face à TOUS les faits, en transparence face à l’évidence des faits et leur confrontation, avec la volonté d’aller jusqu’au bout et la détermination de prendre en compte toutes les découvertes[4]. L’approche organique n’est pas figée. Elle est remise en chantier en permanence. Les réalités d’expérience de base se comptent sur les doigts d’une main, et permettent une acuité de regard, une souplesse de l’intelligence, une analyse intuitive immédiate de l’expérience. Le procès est un « GPS de l’expérience ». En définitive, l’approche proposée est une « géographie intuitive de l’expérience ». Le procès est un outil de relation, de rapprochement de cultures différentes, de confrontation de convictions contrastées ; le procès assume la différence dans l’unité, permet de « distinguer en unissant »[5] .

16.D.2. Développer un outil du passage :

Le déchiffrage des passages vers une société conviviale (partie II, chapitre 13) est une contribution à la connaissance du monde d’aujourd’hui, et à la mise en place d’outils pour contribuer à la transformation de la société dans le sens de la convivialité.

D’autre part, cet outil (le procès) permet de contribuer à l’unité des différents ateliers de déchiffrage de l’expérience.

16.D.3. Contribuer au déchiffrage du système social de fondation (ou ingénierie institutionnelle) :

L’approche processive, intuitive, permet de rendre compte du rôle des intuitions et des envisagements dans la formation et la transformation du réel. La dimension spirituelle est en effet assumée dans la réalité d’expérience des potentialités d’une part, et dans la liberté des décisions[6] d’autre part.

16.D.4. Apprendre à écrire des gouttes d’expérience :

Le déchiffrage de l’expérience proposé souhaite être une contribution pour une pédagogie d’écriture des gouttes d’expérience. L’approche est appliquée ici en géographie. Elle peut tout aussi bien être appliquée à la neurophysiologie, à la médecine, à l’artisanat, à l’animation associative et à tout autre métier. Un métier est une activité basée sur l’expérience. Un métier est la capacité d’apporter une réponse à un problème posé, de façon efficace. Un métier conjugue les cinq réalités d’expérience de base, même si le processus n’est pas conscient. L’évidence empêche souvent de trouver les mots justes. Peu importe : quand l’évidence n’est pas là, le procès permet d’y mener, avant de s’effacer face à l’évidence qui naît. Le procès est le 12ème chameau, de la fable du Bédouin, placée en exergue de la partie II …

16.D.5. Dépasser la seule dimension psycho-sociologique pour s’ouvrir au territoire :

Le territoire est un système de relations. La dynamique générale sous-jacente aux dynamiques politiques, d’organisation et de citoyenneté est la même que celle qui constitue le territoire. Régis Debray explique « Il n’y a pas de peuple sans territoire ».

16.E. Apport possible à la Fondation pour le Progrès de l’Homme (F.P.H.):

16.E.1. Proposition d’un nouveau mode de pensée :

FPH appelle de ses vœux un nouveau mode de pensée. Les modes de pensée actuels (rationalisme, idéalisme ou matérialisme sur une base dualiste, c’est-à-dire séparant la matière et l’esprit) posent en effet de graves problèmes en créant des dichotomies dans la pensée, en fragmentant le savoir, en créant des cloisonnements entre les disciplines, etc.. Le mode de pensée organique peut surprendre à première lecture par son vocabulaire. Ne serait-ce pas « le prix à payer » pour sortir du dualisme ? Peut-on imaginer sortir du dualisme sans avoir une pensée qui fasse craquer nos mentalités rompues aux oppositions de toutes sortes, aux analyses disjonctives, et à un matérialisme qui se donne des allures de concret ? La pensée organique met en relation les éléments disparates de la vie quotidienne, il « réenchante » nos analyses, sans plus séparer l’élan poétique de l’élan scientifique. Pour cela, il est effectivement obligé de créer un nouveau vocabulaire, appuyé sur l’ancien (voir les principes de Crosby au chapitre 1.E.7.). Cela rend la lecture troublante, difficile, « flottante » entre un acquis dualiste auquel on tient malgré soi et un horizon non dualiste qui oblige à lâcher ses sécurités. La seule solution est de trouver ses exemples dans l’expérience, dans des faits de base personnels. La seule solution est de se constituer sa « bibliothèque de faits complets », de « faits concrets non dualistes ». L’insistance de la présente thèse sur la notion d’(ap)préhension a un but pédagogique : l’utilisation du verbe appréhender et du substantif appréhension concerne autant les faits dits « matériels » qu’« idéels » : on est donc en face d’une notion non dualiste du langage courant. La présentation en partie II, chapitre 7.C. attire l’attention sur cette notion du quotidien qui permet de construire (ou retrouver ?) un mode de pensée non dualiste. En géographie, la notion de territoire, de paysage, de lieu, etc. sont des notions non dualistes, sur lesquelles peut également s’appuyer ce nouveau mode de pensée. Le problème de vocabulaire se pose quand la notion rencontrée est dualiste (par exemple transcendant/immanent, particulier/universel, privé/public, objectif/subjectif, etc.). Dans ce cas, il a bien été nécessaire à l’auteur de la pensée organique soit de « prolonger» le sens des mots, soit d’utiliser des mots existants dans un sens nouveau, soit d’inventer des mots nouveaux. Le choix semble s’être fait suivant les critères déchiffrés par Crosby et cités ci-dessus. Un effort est nécessaire au départ. Ensuite, une fois « embarqué dans l’Aventure », une pensée personnelle se développe …

Les limites de la science actuelle et l’universalité du procès :

En définitive, le plus important est la notion d’(ap)préhension négative et d’(ap)préhension positive. Nulle compréhension n’est possible sans tracer des liens, et l’intelligence de l’homme est plutôt dans ce qu’il exclut que dans ce qu’il rassemble (fonction de tri du cerveau). L’important est d’en être conscient et de nommer les limites d’un travail sur des bases volontairement limitées : l’erreur fréquente est de leur donner un caractère d’universel. La pensée organique n’est universelle que dans le sens où elle n’exclut aucun lien, et apprend à nommer les limites, donc la situation dans un schème global. Cela n’enlève pas la validité de la science : cela la situe, et trace les liens à toutes les autres approches, qui sont toutes aussi valables. De nombreux récits de la vie des chercheurs montrent que la véritable source de l’inspiration scientifique n’est pas d’ordre rationnel, mais plutôt imaginatif (fonctionnement des deux cerveaux, droit et gauche).

16.E.2. Une critique constructive de nos sources de pensée européennes (Descartes, Locke, Leibniz, Hume, Kant):

La FPH utilise beaucoup de notions non dualistes, et critique à juste titre Descartes. Or Whitehead « réalise le rêve de Descartes » au sens où il conserve toutes les notions non dualistes de Descartes, et « réforme » les autres (principe subjectiviste réformé). Ici encore, le travail du lecteur est douloureux, car il engage un effort de dépassement des notions acquises pour esquisser une adhésion nouvelle à des idées modifiées. Il est plus facile de critiquer en bloc ! Mais l’invitation est d’apprendre à distinguer (dans le double sens de l’acuité du regard et de la distinction) la nouveauté réelle de Descartes dégagée de ses incohérences. Le XIXème siècle a fait un tel travail pour ne retenir de Descartes qu’un matérialisme et un subjectivisme sans Dieu. Or la fonction de Dieu dans la philosophie de Descartes est essentielle, et bien des aspects novateurs de sa doctrine deviennent incompréhensibles en supprimant le rôle joué par Dieu. C’est Dieu qui faisait le lien entre la substance pensante et la substance étendue. La « coïncidence » allait de soi pour Descartes. En attribuant cette coïncidence à Dieu, il évitait la réprobation de l’Inquisition sur son œuvre. C’est donc une œuvre complète, non tronquée qu’il s’agit de réformer. La pensée organique a réalisé ce travail sur les auteurs qui sont aux fondements de notre culture moderne : Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz, Kant. Whitehead exerce notre regard à la critique de ces auteurs, dans un sens non dualiste. Le drame de sa pensée est l’écriture désastreuse de Procès et réalité (absence de corrections dans la première édition). Beaucoup d’imperfections restent dans la traduction française de 1995 (notamment l’absence de l’index de l’édition de référence de 1978, et les imprécisions de vocabulaire). Une traduction très pédagogique d’Henri Vaillant n’attend actuellement qu’un éditeur pour offrir au grand public un outil affiné (voir les extraits en annexe 08).

Il est étonnant de voir à l’œuvre notre société qui critique le cartésianisme tout en mettant en œuvre avec efficacité ses préceptes les plus étroits, devenus comme incontournables. La critique existe, mais … au niveau de l’agrégation de philosophie. Pourquoi cette critique ne descend-elle pas quelques classes pour être apprises en lycée ? Les besoins de l’industrie sont des scientifiques rompus aux équations : réformer le subjectivisme cartésien n’enlève pas l’efficacité du raisonnement scientifique. Il oblige à désapprendre ce qui est appris actuellement. La désaffection actuelle des étudiants pour les sciences telles qu’elles sont enseignées va peut-être amener à considérer une autre approche, qui respecte les trois temps de la romance, la généralisation et l’expérimentation. Ce mode de créativité est déjà à l’œuvre dans le cinéma, la littérature, et les arts en général. La science comme art est le chemin d’un nouvel humanisme, qui ne séparera plus nature et culture, équations et poésie (lire le poète scientifique Shelley). Humanisme est peut-être un mot qui appartient au passé, à moins d’englober dans l’humanité tout le cosmos. Le temps de regarder les étoiles dans le crépuscule n’est pas à séparer des autres temps : Bachelard a bien montré que ce sont dans la journée des successions d’état d’âme qui ont chacun leur qualificatif philosophique. Clair idéalisme du matin, rationalisme en journée, et empirisme fatigué du soir. Le vol de l’avion, mouvement incessant, source de fécondité de la recherche et de l’expression.

16.E.3. Une explication des notions du quotidien :

Un apport de la thèse est que les notions de dynamique, de processus, d’appréhension, proposition sont utilisées tout le temps dans le quotidien, mais jamais explicitées. L’explication de ces notions est indispensable pour mieux contribuer à la transformation des territoires

En l’absence d’explication des termes de dynamique et de processus, les auteurs renvoient le plus souvent à la notion de système, avec des concepts des « sciences dures », de type mécanique, avec des références mathématiques et logiques. Cette référence s’éloigne de l’expérience concrète que chacun peut avoir des dynamiques et du processus. Elle s’éloigne aussi du sens commun, notamment de son noyau dur (c’est-à-dire ce qu’il y a d’universel dans le sens commun). Or ces notions de dynamique et de processus sont utilisées pour faire passer des explications, pour se faire comprendre, parce qu’elles correspondent à l’expérience, à la sensation qu’en a chacun, à une certaine forme d’évidence. Ces notions permettent de partager les évidences. Dynamique, processus, propositions, … sont des catégories d’explication des différentes notions, tant psychologique, que sociologique, urbanistique, géographique, d’ingénierie territoriale et institutionnelle… L’analyse de ces notions évidentes a été faite par Whitehead, et la pensée organique est une pensée cohérente, logique, adéquate, applicable et nécessaire de ces notions qui sont utilisées tout le temps en pratique.

À partir de 1998, des ingénieurs se sont mis en marche pour sortir de la solitude vivre une dynamique de réseau, échanger l’expérience, la mutualiser, la capitaliser, entrer dans un processus d’apprentissage collectif, mettre en place une intelligence collective pour mieux participer à la transformation des territoires. Le groupe a d’abord fonctionné de manière intuitive, à partir des ateliers issus de la dynamique des ateliers de l’Ecole de Citoyenneté « Hommes, Femmes dans la Cité » puis de manière de plus en plus consciente, en montrant progressivement comment derrière cette notion de dynamique et de réalité des dynamiques se trouvait le procès, tel que la pensée organique l’a déchiffré, à partir de notions toutes ordinaires du quotidien.

On s’est ainsi aperçu progressivement entre 1998 et 2004 que ces mots du quotidien peuvent avoir un sens technique, tant de technique physique, biologique, mathématique, logique, philosophique, ontologique. Ce sens technique ne se réduit pas aux mots les plus utilisés de dynamique, de processus, d’appréhension, mais également d’autres qui sont largement utilisés dans la profession : les notions de potentialités, de proposition (l’ingénieur est avant tout un homme qui fait des propositions aux élus et aux habitants), de jugement, de décision, de satisfaction. Tous les éléments du procès viennent d’êtres cités, et c’est au cours de congrès, de rencontres, de confrontations, de lectures assidues, d’abord personnelles puis partagées que les liens ont commencé à se tisser entre toutes les notions. Les relations se sont faites petit à petit et un double travail a été mené

  • pour garder le sens de la globalité (l’unité) qui fait l’évidence des notions de dynamique et de processus (qui incluent la notion de système, mais ne s’y réduisent pas)
  • et tout à la fois entrer plus loin dans l’analyse de chacune des notions.

Le schème organique est apparu d’une particulière efficacité pour entrer d’abord intuitivement puis de plus de plus en plus techniquement dans la compréhension et l’explicitation de ces relations. Le travail a été commencé dans la thèse sur les premières notions : appréhension (chapitre 7C) , dynamique (chapitre 2), processus (chapitre 9A), valeurs (chapitre 8B.5&6). Et ce travail pourrait être poursuivi, soit globalement soit point à point dans d’autres travaux, d’autres thèses.

Ce schème est opératoire et efficace dans la mesure où il s’efface devant le réel, et devient pour ainsi dire, inutile, comme le 12ème chameau de la fable du bédouin. Ce 12ème chameau était en effet inutile pour l’héritage, mais indispensable pour la réalisation effective du partage. Le schème organique décrit le réel lui-même. Il n’est ni doctrinaire, ni dogmatique, ni normatif, mais uniquement la saisie du réel tel qu’il se présente à nous.

16.E.4. Le procès comme fondement scientifique des composantes de la gouvernance :

Au niveau de la définition des sociétés, la démarche rejoint la notion de gouvernance et le procès apparaît comme fondement possible du cycle de gouvernance décrit dans les nombreux travaux de la FPH. Les phases du procès apparaissent comme les composantes de la gouvernance, comme des « principes invariants » dans toutes les analyses, et à toutes les échelles. Ce constat rejoint celui de Pierre Calame lorsqu’il dit « j’avais pris conscience du caractère « fractal » de la gouvernance : c’était les mêmes principes qui semblaient s’appliquer à l’organisation et au fonctionnement des pouvoirs publics depuis le niveau local jusqu’au niveau mondial, et dans des contextes aussi différents que la France, les pays arabes ou la Chine » . Ce caractère fractal se trouve au niveau des échelles d’analyses, mais aussi au niveau des thèmes d’analyses : analyse politique, d’organisation, territoriale, développement, … Le procès est au cœur du réel, au cœur de la vie, au cœur ultime de la nature. Le message de la pensée organique peut se résumer à ce constat. Ce n’est pas une théorie, c’est le constat du réel, dans une formulation toujours provisoire. Le plus difficile, est paradoxalement de croire que cela peut être aussi simple : chaque « réalité d’expérience » ou « composante de la gouvernance », ou « principe de base » peut avoir de multiples noms, mais il s’agit de la même réalité, et le nombre des réalités de base se compte avec les doigts de la main. Ces réalités sont déchiffrées dans le schème organique, présenté au complet en partie II au chapitre 9.B. Trois catégories d’existence suffisent pour expliquer les autres (entité actuelle, (ap)préhension et potentialités[7]) et trois catégories d’obligation suffisent pour analyser la plus grande partie du réel (unité, diversité et valeurs[8]). On retrouve les « mêmes principes » exprimés par la Fondation dans ses différentes approches.

16.E.5. Une contribution à l’approche géographique de la FPH ; l’intégration régionale :

La thèse se présente comme le vol de l’avion, en trois phases : l’expérience, la généralisation (le procès) et quelques tentatives d’application de l’expérience à un certain nombre de sujets de géographie (définition de l’objet géographique) et d’ingénierie institutionnelle (apport possible du procès aux réseaux), puis de région conviviale  Ces notions permettent une application à la région « Entre Vosges et Ardennes ». Les objets géographiques sont les potentialités pures (par exemple les « modèles »), les potentialités hybrides (par exemple toutes les propositions d’aménagement) et les potentialités réelles (ce sont les sociétés existantes). Ces trois types de potentialités sont une alternative aux notions d’objets humains, objets non humains et objets hybrides entre humains et non humain de Michel Lussault et Bruno Latour. En effet, distinguer humain et non-humain est encore s’appuyer sur une dichotomie artificielle entre nature et culture (bifurcation de la nature) D’autre part, la notion ultime d’entité actuelle est un approfondissement de la notion ultime d’actant. Ces trois types de potentialités sont appliqués à la région « Entre Vosges et Ardennes » , berceau de l’Europe depuis le CECA[9],. Cet exemple régional pourrait être généralisé à certaines régions d’Europe et à certaines régions de la planète. Les premiers éléments sont esquissés.

Les réseaux impliqués dans l’élaboration de la thèse pourraient tirer profit de l’approche organique pour apprendre à utiliser des ET plutôt que des OU, à développer le vocabulaire qui permet l’unité dans la diversité. Le procès devient la pièce maîtresse de la Boîte à Outils des réseaux d’apprentissage collectifs. Ce vocabulaire nouveau propose un réenchantement de la recherche et de l’action, au prix du douloureux travail d’analyse de nos « évidences ».

16.F. Apport possible aux Chromatiques Whiteheadiennes :

La thèse est l’exploration d’un domaine nouveau pour la pensée organique : la géographie. C’est donc un champ nouveau d’observation et d’expérimentation qui s’ouvre.

16.G. Apport possible à l’Université:

16.G.1. Unifier dans la diversité :

La vocation de l’Université est de distinguer l’universel au sein de la diversité. La partie II de la présente thèse montre l’universalité du procès à travers la diversité des confrontations. Ces confrontations ont été organisées au niveau de l’homme (CNFPT, AITF, PRH), des sociétés (HFC et FPH) et des territoires (T&C, AIU, …).

Avec l’approche proposée, les travaux ne sont plus opposés les uns aux autres. Ils conjuguent les quatre répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour, qui s’avèrent être des « réalités d’expérience » de statut ontologique fort au sein du schème organique. Ils développent une approche transdisciplinaire. Ils offrent une approche généraliste qui permet un dialogue entre toutes les spécialités. Ces quatre répertoires correspondent à des réalités d’expérience, qui ont un statut ontologique. Ces réalités d’expériences forment une cosmologie. Elles se déclinent dans les différents domaines, notamment celui de la gouvernance, dont les territoires sont une « brique de base ». La présente recherche pourrait être poursuivie dans un laboratoire, ou être à l’origine de la création d’un nouveau laboratoire de recherche territoriale transdiciplinaire. Elle pourrait être une contribution à la pédagogie de la nouvelle université en construction ARTEM à Nancy.

16.G.2. Une recherche transdisciplinaire :

Curieusement, alors que la démarche unifie les approches de domaines différents au niveau de l’homme, des sociétés et des territoires, un certain nombre de lecteurs de la thèse en chantier se sont étonnés : est-ce de la psychologie ? est-ce de la sociologie ? est-ce vraiment de la géographie ? N’est-ce pas de la pure philosophie ? La réputation de mathématicien de Whitehead laisse toutefois ouverte la qualification d’approche scientifique de la thèse.

La thèse est transdisciplinaire au sens où elle rejoint le réel à travers la notion de procès avant toute séparation en domaines de connaissance. En ce sens, elle est généraliste, car elle est applicable à tout domaine, dans un double mouvement d’application et de modification éventuelle du schème.

16.H. Apport possible à Terre & Cité :

Terre & Cité à travers ses ateliers réalise un travail pratique d’animation autour des territoires à l’échelon régional des « villes et territoires » (32 000 km2), à l’échelon régional du sous-continent (L’Europe) et à l’échelon du Monde. La présente thèse, en définissant les objets géographiques à partir de la notion de potentialité, donne à ces recherches une clarification de la méthode, et un statut ontologique concret : la prospective fait partie des objets du réel. La prospective est un temps essentiel du processus de transformation des territoires. La distinction entre potentialité pure, hybride et réelle permet de faire les liens tant avec les données naturelles que culturelles : nature et culture sont réunies dans une même démarche. La réflexion porte sur les sociétés, qui sont minérales, animales, végétales et humaines. Cette notion large de société permet de conjuguer territoires, sentiment d’appartenance et responsabilité écologique. Ces trois derniers sont à leur optimum à l’échelle de la région conviviale. Sur ce point, la recherche a permis de constater la convergence des travaux géographiques (AIU, P.Braconnier, …) et des recherches sur la gouvernance (FPH). Relations et choses sont ainsi indissolublement tissées. Un fondement philosophique est proposé pour ce tissage.

D’autre part, un autre apport tout aussi important est de donner à la dimension spirituelle un statut aussi concret que les dimensions plus techniques et spécialisées comme le transport, l’habitat, l’environnement ou les N.T.I.C.. La dimension spirituelle est une dimension à part entière (et pas « à côté) des territoires, comme le montre dans les faits la nomination officielle dès 1991 d’un expert spirituel au sein du Comité des Villes.

16.I. Apport possible à l’AIU :

L’AIU est confrontée à la mondialisation de l’architecture et de l’urbanisme. Organisation indépendante et mondiale, l’AIU peut contribuer à l’expression des diversités culturelles : ses congrès peuvent être l’occasion de conjuguer unité et diversité.

Une organisation régionale en une vingtaine de sous-continents :

La délégation française en 2008 souhaite proposer une démarche d’intégration régionale de l’AIU, pour permettre l’émergence d’une parole multiple. Ses quelques 500 membres à travers le monde, personnels et institutionnels peuvent contribuer à l’émergence d’une organisation régionale, articulée à une organisation mondiale.

Un prolongement du 43ème Congrès d’Anvers en sept. 2007 :

La présente thèse se présente comme un affinement du thème de Congrès 2007 : le Trialogue (qui est en fait un Quadralogue …) : le Quadralogue est une méthode de travail, un processus d’écoute et de confrontation des acteurs de l’aménagement. Des expérimentations peuvent être réalisées dans chaque Sous-continent, des comités locaux (à l’échelle de la région conviviale) peuvent être organisés et communiquer directement entre eux. Ils peuvent constituer les noyaux d’un nouveau type de démocratie sur de nouveaux territoires non-administratifs mais conviviaux. Terre & Cité impliquée dans l’AIU peut contribuer à cette émergence, ainsi que les autres réseaux (FPH, HFC, CW, …), suivant un organigramme fonctionnel à inventer. Ainsi, chaque réseau, tout en suivant sa vocation, pourra contribuer à la création de régions conviviales.

Un dialogue entre les peuples :

L’approche ontologique et cosmologique devient un outil de dialogue entre les peuples : les principes énoncés par l’approche organique sont liés à l’homme dans son universalité : des liens seront donc possibles vers d’autres expressions culturelles, d’autres cosmologies. Plus la cosmologie organique sera fine dans son approche, plus les liens à d’autres cultures seront fins. Les principes implicites deviennent explicites. Une gouvernance mondiale peut émerger.

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Notes :

[1] PR 17a (74)
[2] Pour une synthèse des catégories, voir le chapitre 9.
[3] Voir la présentation de synthèse en partie II, au chapitre 8.11, page 264 ainsi que la figure 8-11.
[4] Les cinq attitudes citées ici sont les attitudes clé de la formation Personnalité de Relations Humaine (P.R.H.).
[5] Référence au mot célèbre de Jacques Maritain.
[6] la « cinquième phase » (la phase terminale de la concrescence) -voir en partie II le chapitre 8.B.1.
[7] Catégories d’existence 1, 2 et 5, en abrégé CX 1, CX2 et CX5. Voir le tableau complet des catégories présenté en partie II, chapitre 9.B.
[8] Catégories d’obligation 1,3 et 4, en abrégé CO 1, CO3 et C04. Voir le tableau complet des catégories présenté en partie II, chapitre 9.B.
[9] Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, créé le 18 avril 1951, à l’initiative de Robert Schuman.

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Chapitre 16 : Acteurs du territoire

Chapitre 16 : Les acteurs du territoire.

L’ingénierie territoriale est le terme générique pour le champ de compétence d’un ensemble d’acteurs.

16.A. Le géographe-urbaniste-architecte-ingénieur :

Parmi les acteurs, observons le géographe, l’urbaniste, l’architecte et l’ingénieur territorial. Cette liste n’est pas limitative : ne sont cités ici que ceux qui font de l’espace et de l’intervention sur l’espace une base incontournable de leur travail (le juriste ou le sociologue n’en fait pas une base directe de travail, même si, bien sûr, son intervention est essentielle pour la formation des territoires).

Le passage de l’idée à la matérialité se fait par l’habitude. L’habitude se forme à partir des conceptions du réel. (voir W AI et W. James sur l’habitude). Le passage de la conception newtonienne à la conception relativiste/quantique suscite des changements d’habitudes considérables. Ces changements sont à l’œuvre aujourd’hui en filigrane de la société hypermoderne. Mais ces changements n’émergent pas encore, car les illusions modernes sont encore trop fortes : la prise de conscience des effets néfastes de la modernité n’est pas encore suffisant (voir Thierry Gaudin, Prospective 2100).

16.A.1. Quelques définitions du Larousse 2003 :

16.A.1.1. Géographe :

Géographie :

  • Science qui a pour objet la description et l’explication de l’aspect actuel, naturel et humain, de la surface de la Terre.
  • Ensemble des caractères naturels et humains d’une région, d’un pays.

16.A.2. Urbaniste :

Spécialiste de la conception, de l’établissement et de l’application des plans d’urbanisme et d’aménagement des territoires.

Urbanisme : Science et techniques de l’organisation et de l’aménagement des agglomérations, villes et villages

Urbanité : caractère de mesure humaine et de convivialité conservé ou donné à une ville.

16.A.2.1. Architecte :

  • Professionnel qui conçoit le parti, la réalisation ainsi qu’éventuellement la décoration d’un édifice, d’un bâtiment, et qui en contrôle l’exécution.
  • Personne qui conçoit un ensemble complexe et qui participe à sa réalisation.

Architecture :

  • Art de concevoir et de construire un bâtiment selon des partis esthétiques et des règles techniques déterminées ; science de l’architecte.
  • Structure, organisation.

16.A.2.2. Ingénieur :

Personne, généralement diplômée de l’enseignement supérieur, apte à occuper des fonctions scientifiques, ou techniques actives, en vue de créer, organiser, diriger, etc. … des travaux qui en découlent, ainsi qu’à y tenir un rôle de cadre.

Ingénierie : Étude d’un projet industriel sous tous ses aspects (techniques, économiques, financiers, monétaires et sociaux), qui nécessite un travail de synthèse coordonnant les travaux de plusieurs équipes de spécialistes; discipline, spécialité que constitue le domaine de telles études.

16.A.2.3. Différences et rapprochements :

  • Chez le géographe, la description et l’explication est mise en avant.
  • Chez l’urbaniste, c’est la conception et les plans d’urbanisme et d’aménagement
  • Chez l’architecte, c’est la conception et réalisation d’un bâtiment
  • Chez l’ingénieur, c’est la création, l’organisation et la direction d’un projet (industriel).

L’approche du temps est différente (passé, présent, futur)

  • Le géographe et l’urbaniste sont qualifiés d’abord de « spécialistes ».
  • L’ingénieur et l’architecte, sont d’abord des « concepteurs ».

La conception et la création qualifient l’urbaniste, l’architecte et l’ingénieur. Chez le géographe, la première qualification est la description et l’explication.

Cela pose la question de la création, de la conception, de la composition.

Cela pose également la question du généraliste par rapport au spécialiste.

Le géographe est un spécialiste chez qui la question de la création est seconde ou absente (la dimension du futur n’est pas spontanément dans leur approche -cf Paul Claval La causalité en géographie-)

On sent le risque pour l’urbaniste de devenir un spécialiste de l’établissement de plans sur commande où la dimension de conception peut devenir seconde : qu’est-ce que la conception du territoire ? L’urbanité fait référence à la convivialité. Qu’est-ce qu’un territoire convivial ?

  • Chez l’ingénieur, la référence à l’industrie le place dans les processus de production et consommation industrielle, et non pas dans l’esthétique.
  • Chez l’architecte, la référence à l’esthétique comme finalité est clairement nommée.

Qu’est-ce qui distingue l’urbaniste du géographe ?

Pourquoi l’urbanisme est assimilé à la « géographie-aménagement » ? Serait-ce à dire que la géographie ne fait pas d’aménagement, et que l’aménagement, la créativité, l’action n’est qu’un « à côté » de la géographie scientifique ? La géographie est la seule matière qui ne fait pas référence dans sa définition à la conception, la création, en définitive à l’action. C’est ce qui en son temps avait conduit Jean Labasse à écrire ses Éléments de géographie volontaire (Hermann, 1966). Il exprime que l’aménagement du territoire et l’organisation de l’espace fait partie de la géographie, car ces deux démarches exigent une connaissance approfondie de la géographie économique comme de la géographie humaine. Il qualifie la géographie volontaire comme « une réflexion, tournée vers l’action, sur les efforts que l’homme entreprend délibérément et collectivement en vue de modifier les conditions spatiales de l’existence d’une communauté ». Pour lui, l’attitude de base est l’attitude prospective telle que Gaston Berger l’enseigne. Pour J. Labasse « Il n’y a pas de solution de continuité entre l’analyse géographique classique et la géographie volontaire, mais seulement modification dans l’ordre des préoccupation, déplacement de l’angle de visée ».

Edmond Bonnefoy propose la synthèse globale sous l’égide de l’Architecture (avec un grand « A »), déclinée en 4 techniques,

  • aménagement du territoire
  • urbanisme opérationnel
  • architecture (avec un petit « a »)
  • design

Cette différentiation se fait par les échelles de territoires, et chaque technique correspond à l’une des « coquilles de l’homme » définie précédemment.

Approfondissement technique du procès organique appliqué à la géographie ; vers un procès whiteheadien de transformation des territoires.

Cette étape est la tentative de réaliser un exposé technique du procès en puisant les exemples concrets dans l’expérience.

Cette étape montre aussi l’ampleur de la remise en cause qu’impliquent les relations entre les 5 réalités. Citons les trois principales :

  • rejet de la notion de substance inerte
  • rejet de la notion de perception limitée à la seule perception sensible
  • rejet de la notion de représentation : la carte n’est pas le territoire (PNL)

16.A.3. Les liens entre les différentes approches géographiques :

Quel est l’intérêt d’un procès whiteheadien du territoire ? C’est la création de liens

  • 1/ entre 4 façons de faire de la géographie : géographie descriptive, prospective, d’aménagement, spatiale, et
  • 2/ entre les 4 principaux intervenants sur le territoire : habitants, politique, aménageurs (ingénieurs, urbanistes) et entreprises.

Il permet d’approfondir les travaux d’Eric Dardel, Guy Di Meo, Michel Lussault, … sur des bases non substancialistes.

Voici les schémas des 4 approches principales de la géographie, sous l’angle du procès et des 4 acteurs principaux de la transformation des territoires :

Capture d’écran 2016-04-17 à 23.17.13

Figure 16‑1 : Schéma des différentes approches de la géographie (descriptive, prospective, aménagement, analytique).

La géographie a été longtemps descriptive. C’est la géographie héroïque [1] et la géographie de plein vent [2] décrite par Eric Dardel dans L’Homme et la Terre , illustrée par les travaux des grands explorateurs comme Humbold. La géographie prospective est plus récente, et est représentée par Philippe Destatte, Marie-Claude Malhomme ou Jacques de Courson (voir partie I-4).

Ce schéma a pour seul but pédagogique et intuitif de montrer comment les réalités expérientielles du procès permettent de faire les liens entre ces approches géographiques qui semblent parfois inconciliables. En fait, chacune insiste sur une phase du procès. L’important serait alors de garder en vue la globalité du procès pour que chaque approche bénéficie des autres.

16.A.4. Les liens entre les acteurs du territoire : élus, professionnels, usager/habitant/citoyen.

Le deuxième schéma fait apparaître que si l’on n’y prend pas garde, les élus s’occupent de la vision à travers la définition des politiques, les urbanistes et ingénieurs mettent au point les propositions pour réaliser la vision des politiques, les entrepreneurs réalisent la proposition choisie en définitive : les phases ne sont plus simultanées, mais successives, avec les inconvénients que nous connaissons : les habitants sont les oubliés, les propositions s’éloignent de la réalité, la réalisation ne correspond qu’imparfaitement à la vision, et toute correction devient impossible à ce stade. Les habitants ne sont consultés que lorsqu’il y a conflit, risque de conflit, ou une volonté d’exemplarité de la démarche. Une approche processive insisterait sur la prise en compte des habitants dès le départ, afin qu’ils participent à l’élaboration de la vision et, en conséquence, y adhèrent de fait.

Sur l’intervention des professionnels, urbaniste-géographe-ingénieur-architecte pour élaborer au fur et à mesure du débat les propositions correspondantes, avec une anticipation des modes de productions pour éviter tout décalage ultérieur.

Sur le rôle des politiques pour animer la démarche, opérer les choix entre les propositions, juger de l’adéquation entre la réalité, la vision et les propositions avant le choix final de ce qui sera réalisé.

Une réalisation est conforme au programme lorsque les réalisateurs sont impliqués dans la vision et dans la relation aux habitants. A ce stade, ce sont les professionnels qui deviennent animateurs.

Capture d’écran 2016-04-17 à 23.17.35

Figure 16‑2 : Schéma des principaux acteurs de la transformation des territoires

Les trois mots de territoire, lieu et paysage en tant qu’occasions d’expériences réunies en un seul nexus ne se laissent pas découper ou diviser : ce sont des notions non-dualistes, processives, telles que Guy Di Meo les recherche.

La différence entre le procès et le système (Travaux de L. Van Bertalanffy et J-L. Le Moigne) : le système est le cœur du procès. Le système est auto-régulateur, mais le procès est auto-créateur.

Le point de départ du procès est la perception élargie à l’(ap)préhension, c’est-à-dire :

  • non seulement la perception strictement sensible,
  • mais aussi les désirs (exemple : « désir de campagne », ou « sens de la fête »), l’histoire (exemple : le traité de l’Epte en 911, le référendum de rattachement de la forêt Noire à Stuttgart), et l’anticipation du futur (politique, prospective, …)

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Notes :

[1] Dardel, 1952, p.98 à 108
[2] Dardel, 1952, p.109 à 114.

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15.D. Les R.C. dans le Monde

15.D. Implications pour des régions conviviales dans le monde :

Nous avons vu comment la notion de région conviviale permet les comparaisons donc un dialogue entre les régions d’Europe. Cette notion permet d’acquérir une capacité d’évaluation des potentialités d’un site par rapport à la vie quotidienne actuelle ou possible sur ce site. Ce chapitre souhaite montrer l’enjeu de la notion de région conviviale à l’échelle de la planète. L’intérêt est d’ouvrir à une lecture différente des journaux quotidiens, des informations reçues quotidiennement du monde entier. Les articles de presse sont généralement accompagnés de cartes qui indiquent le plus souvent une échelle de 50, 100, 200 km (notamment le Monde Diplomatique pou le Courrier International) : l’habitude du cercle des 32 000 km2 (100km de rayon) permet alors une comparaison quasi immédiate avec les territoires déjà connus du lecteur. Cela permet d’enraciner la réflexion, de poser plus vite les bonnes questions sur les ressources et l’organisation des territoires, et donc d’être créatif pour analyser son propre territoire et apprendre à mobiliser ses ressources.

Les informations sur les villes-centres sont généralement dissociées de leur territoire, rendant l’interprétation des faits difficiles. Les pages qui suivent montrent que l’attention portée à l’échelle des 32 000 km2 rend compte à la fois de la ville-centre, la périphérie, et le lien à l’environnement naturel, dans une notion de responsabilité écologique. Les informations générales le rapport entre urbain et rural sur la planète deviennent très différentes.

15.D.1. Terres vides et terres pleines : les discontinuités majeures du peuplement :

15.D.1.1. Méthodologie d’évaluation des potentialités des régions conviviales :

Il a été dressé pour les analyses un fichier général des 195 pays comprenant leur surface, leur population, leur date d’adhésion à l’ONU (pour 192 d’entre eux –le Vatican, la Palestine et Yaïwan ne sont pas adhérentes-), leur PNB, exportation, et nombre de soldats (chiffres de l’Atlas François Beautier, 2006). A chacun des États a été affecté un sous-continent suivant la carte de la figure 15-17 qui suit (page 504). Ce fichier a servi à calculer les densités par pays, par sous-continents, par tailles de pays, par régions conviviales. Il est placé en Annexe 10 (à l’adresse suivante : Annexe10-Planete\00_Monde-Statistiques).

A l’analyse, ce fichier a dû être complété par un certain nombre d’éléments clés, absents de l’analyse de François Beautier, pour une évaluation pertinente sur la planète de façon globale. Ces éléments sont l’Antarctique (13,2 Mkm2), le Groenland (2,17 Mkm2), et tous les départements et territoires d’Outre-Mer des différents pays. Il a été vérifié que ces éléments n’étaient pas inclus dans les chiffres globaux de François Beautier à partir de l’Atlas Universalis, la liste officielle des pays de l’ONU, de l’Union Européenne et les sites www.populationdata.net et fr.wikipedia.org. Le site de wikipedia est très détaillé, avec beaucoup d’informations, mais beaucoup de doublons se glissent dans les listes (par exemple, la corse est comptée deux fois dans la « Liste des pays par superficies » en vérifiant avec les chiffres de l’Insee). Aussi, il a été procédé dans l’ordre suivant :

  • Codification des pays avec la liste officielle de l’Union Européenne[1] en vis à vis des codes ISO donnés par François Beautier.
  • Ajout des quelque 40 pays supplémentaires (avec population) de la liste de populationdata.net, et attribution d’une zone géographique. Il est attribué le code « ZZ » aux pays qui dépendent d’un autre pays, avec l’indication entre parenthèses du code de ce pays. La population indiquée pour ces pays est celle de populationdata.net, qui apparaît plus fiable que wikipédia.
  • Ajout des surfaces des pays ajoutés, et compléments éventuels à partir de la « Liste des pays par superficies » et la « Liste des pays par population » (qui sont différentes …) de wikipedia.org, Il est utilisé le code « ZZZ » pour les territoires intégrés à un territoire national qui se trouvent sur un autre sous-continent. Quelques surfaces et quelques populations sont complétées avec les sites www.studentsoftheworld.info et www.cartage.org.lb.
  • Pointage de vérification avec la liste de l’Atlas Universalis/Atlas Philip, tant au niveau des surfaces, que du statut des pays considérés. Ces deux sources de surfaces (Wikipedia et l’Atlas Philip) permettent de constater que François Beautier a inclus ou omis d’inclus les territoires d’Outremer des pays. En effet, les deux cas se présentent : ils sont inclus pour l’Espagne, l’Australie, … mais pas pour la Norvège, le Danemark, la France, le Royaume Uni, la Chine.
  • Mise au point des chiffres globaux par sous-continents, continents et calcul des terres émergées pour permettre l’estimation de l’oekoumène, sur les indications de P-J.Thumerelle.
  • Ajout des océans pour la surface globale de la planète.

L’intérêt de rajouter sur la liste des États de François Beautier les autres entités politiques est de prendre en considération les enjeux géopolitiques terrestres et maritimes. De petites îles peuvent cacher de très forts enjeux économiques maritimes (exemple : la Polynésie Française, ou les petites îles Spratley dans une zone riche en pétrole convoitée tant par la Chine que les pays d’Asie du sud).

Ce travail souhaite poser une base la plus solide possible de développements ultérieurs avec une tentative de cohérence globale de la planète jusqu’à la région conviviale (du global au local). Un premier exemple de l’intérêt de la démarche est montré sur la définition des plus grandes régions urbaines du monde, et leur classement respectif par taille : ce classement est très différent de la liste actuelle de l’ONU. La prise en compte du territoire dans le phénomène urbain révèle de nouveaux enjeux. Ville et nature ne peuvent plus être dissociées. Le regard sur la planète (et donc la lecture et l’appréciation des informations mondiales quotidiennes) devient très différent.

15.D.1.2. Présentation d’une pré-estimation pour le monde :

Le monde a une surface émergée d’environ 140M [2] de km2, pour une population de 6,5 milliards de personnes. La terre a donc une densité moyenne de 49 hab/km2 [3] (Cette densité peut aller de 6500 hab/km2 -Singapour- à 2phab/km2 -Mongolie-). La population était de 3,58 milliards au 1er janvier 1970 (Atlas Universalis) et 4 milliards au 1er janvier 1977 (Atlas Philip). Elle a donc presque doublé en 35 années.

Terre
Surface émergée Population Densité Régions théoriques[4] Régions ajustée[5]
133 268 954 6 512 566 382 49 3 470 2 111

Figure 15‑15 : Tableau des surfaces, population, densité et évaluation des régions conviviales de la Terre

Un écart existe entre les données actualisées et les chiffres des atlas Universalis [6] (1970) et Philip [7] (1977) ; Les atlas donnent à la terre une surface de 148 354 000 km2 au lieu des 133 268 954 km2 ci-dessus. Pourtant, l’addition des 5 continents sur l’Atlas Philip donne une superficie de 135 146 000 km2, très proche du calcul actualisé (différence de 1,87 Mkm2, soit 1,4%). Mers et océans occupent 71% de la surface de la planète[8] (soit 324 Mkm2 sur 456 Mkm2). M.Sorres [9] définit l’oekoumène comme « le milieu propre à la vie permanente des collectivités humaines par rapport aux franges inhabitables ». P.Georges rajoute le critère de reproduction. L’oekoumène est « L’ensemble des pays où l’humanité vit et procrée. Mais la vie et le renouvellement des générations sont précaires dans les zones de marges qui couvrent de très grandes surfaces » [10]. Cette notion de marge est importante. Dans le sens que lui donne P.Georges, « celle-ci ne peut guère représenter plus d’un tiers des surfaces émergées » [11]. D’autre part, « Sur 64% de la surface des terres, les densités humaines sont nulles ou inférieures à 2 hab/km2. À l’opposé, les 2/3 de l’humanité vivent sur moins de 1/10e de la superficie des terres émergées (1/7e au début du siècle, d’après P.Vidal de la Blache) » (…) Il est probable que les trois quarts de l’humanité y vivront à la fin du siècle » [12]. Ces informations permettent d’établir le tableau suivant :

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Figure 15‑16 : Estimation des densités sur la planète (Source: A partir de l’Atlas Universalis et de Pierre-Jean Thumerelle, Les populations du monde)

L’explication du tableau est la suivante :

  • Colonne 2 & 3 : les pourcentages sont donnés par PJ Thumerelle.
  • Les chiffres en gras de la colonne 3 sont les sommes des surfaces et populations de l’Atlas Beautier.
  • Les indications en gras des colonnes 4 à 7 données par P-J. Thumerrelle permettent de calculer les surfaces, populations et densités considérées.

Ainsi, sur 34,39 Mkm2, la densité moyenne terrestre est de 184 hab/km2. Cette densité monte à près de 330 sur 1/10e de la superficie la plus peuplée en 1996, et elle est de l’ordre de 370 hab/km2 aujourd’hui, si l’on en croit P-J. Thumerelle. Notons ici tout de suite que ces densités sont déjà atteintes sur la quasi totalité de l’Inde (333 hab/km2), et qu’elles montent à plus de 1000 hab/km2 pour le Bangladesh. Il convient de souligner que les densités des contrées faiblement peuplées peuvent évoluer en fonction des avancées technologiques.

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Figure 15‑17 : Carte des 21 Sous-Continents de la Terre: ensembles macro-écologiques (Fond: Atlas mondial Patrick Mérienne, Ed. Ouest France 1997)

Les 6 États les plus tendus (Russie, Canada, Etats-Unis, Chine, Brésil, Australie) couvrent presque la moitié des terres émergées, et comptent presque le tiers de la population mondiale. Les 38 pays les plus grands (env. un cinquième des 195 pays) couvrent les 4/5ème de la terre et sont peuplés des 4/5ème de la population.

Les échelles de comparaison, d’évaluation des potentialités et d’analyse :

Le tableau des échelles a été présenté au chapitre 13.E.4. (figure 13.12 p.408).

On remarque que l’échelle « f » est l’ordre de grandeur de la terre émergée. L’échelle « e » est l’ordre de grandeur des 5 pays les plus étendus : Australie (7,7 Mkm2), Brésil (8,5 Mkm2) et Chine/Etats-Unis/Canada (9,6 à 10 Mkm2). La Russie fait presque le double (17 Mkm2). De 500 à 600 000 km2, on trouve le Yémen, la France, Madagascar, Kenya, Botswana et Ukraine. Les pays les plus proches de l’échelle « d » sont le Turkménistan (488 000 km2), l’Espagne (505 000 km2) et la Thaïlande (514 000 km2). Dans une fourchette de 400 à 500 000 km2, on trouve dans l’ordre croissant le Paraguay, l’Irak, l’Ouzbékistan, la Suède, la Papouasie-Nouvelle Guinée et le Cameroun. Ces quelques chiffres permettent d’ouvrir l’imagination et le cœur à comprendre ces pays répartis sur toute la planète. La France peut être une échelle estimative et intuitive utilisable en première approche.

Dans l’approche présentée ci-après par Sous-Continents, l’Europe fait 5,1 Mkm2, le Moyen-Orient 6,2 Mkm2, l’Asie du sud 5,1  Mkm2, et l’Asie du sud-est 4,4 Mkm2. L’Europe (sans l’Europe orientale) et l’Asie du sud sont donc environ 10 fois l’échelle « d », et l’Asie du sud-est 8 fois.

En multipliant le rayon par 4, on multiplie les surfaces par 16. L’intérêt de cette approche est de permettre des regroupements d’étude et de réflexion, sachant qu’il est difficile de coordonner plus de 16 entités simultanément, et que 20 semble un maximum (Calame). Par exemple, une idée pour la France a été de 20 régions composées de 20 pays. L’approche proposée ici va plutôt de 16 en 16, mais reste dans le même esprit : permettre une gestion des territoires la plus harmonieuse possible. L’adaptation de la notion de sous-continent aux réalités écologiques et sociales conduit à proposer 21 sous-continents pour la planète.

La méthodologie présentée ci-dessous permet d’estimer le nombre de régions conviviales dans ces grands ensembles sous-continentaux à environ 2 100. Ces 2 100 régions conviviales possibles (potentialité pure, hybride ou réelle) ont une population moyenne de 3 M d’Habitants sur une surface moyenne de 64 000 km2 [13]. Le détail est présenté en figure 15-18 au chapitre 15.D.2.1(p.507) ci-après. Avec ces chiffres la planète n’est pas saturée, car la potentialité théorique est de plus de 3 000 régions, tantôt plus petites, tantôt plus grandes. Elles sont souvent plus grandes pour des raisons de site (écologie, accessibilité, potentialités d’infrastructures) et/ou l’histoire des communautés implantées. Elles sont souvent plus petites au stade de densités très fortes dans une organisation polycentrique des pays. Mais cela n’enlève pas la pertinence de l’approche dont la référence est le corps de l’homme et son espace de vie et de mobilité, qui est universel, même s’il y a des différences dues aux technologies de communication.

Si à en croire P-J. Thumerelle, ¾ de l’humanité vivent désormais sur 1/10ème des terres émergées, (4 880 Mhab sur 13,23 Mkm2) alors un peu plus de 400 régions conviviales de 10 à 12 MHab, d’une surface d’environ 33 000 km2 et d’une densité de 370 hab/km2 seraient à construire. Ce résultat est pertinent par rapport aux 400 agglomérations de plus de 1 Mhab identifiées d’ores et déjà par l’ONU [14] et l’association Métropolis (voir la figure 13-15 p.417 [15]). La figure 15-18 précitée fait déjà apparaître pour l’Asie 384 régions de 9,4 Mhab et une densité de 183 hab/km2 (cette région inclut le Tibet et le grand désert du Sin-Kiang et une partie du désert de Gobie). Le reste des terres émergées de l’oekoumène pourrait être géré avec quelque 1 200 régions plus grandes d’environ 65 000 km2 et une population de 750 à 1 000 000 d’habitants. Les terres émergées hors oekoumène (45,1 Mkm2) peuvent constituer des régions gérées collectivement suivant un mode de gouvernance à définir (Biens publics et notion de biens selon P.Calame, 2003).

15.D.2. Sous-continents (échelle macro-écologique-) et régions conviviales :

Il est constaté un double mouvement vers les régions conviviales (sentiment d’appartenance et responsabilité écologique) et vers des ensembles dépassant les états (nombreuses O.I.G. -Organisation Inter Gouvernementales-). Il est proposé de prendre en compte cette double évolution avec

  • une approche macro-écologique de la planète pour distinguer les grands ensembles, et au sein de ceux-ci (21 régions sont distinguées dans la carte de la figure 15-17 ci-avant)
  • une approche régionale au sein de chaque sous-continent identifié ci-dessus (la carte en figure 15-13 (p. 497) donne quelques exemples de régions reconnues comme efficientes pour l’Europe).

Les difficultés rencontrées seront exposées.

15.D.2.1. Synthèse de l’organisation en 21 Sous-Continents :

La synthèse des données de surface, population et densité par sous-continents, ainsi que les potentialités de régions conviviales est la suivante :

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Figure 15‑18 : Tableau de la répartition de la planète en 21 sous-continents

A ce tableau doit être ajouté l’antarctique.

Ce tableau est la synthèse de la répartition des États (fichier élaboré à partir du Maxi-atlas de François Beautier) par sous-continents. Le fichier excell des États est joint en annexe informatique, et un texte de présentation des sous-continents intitulé 03-PartieIII_SOUS-CONTINENTS-Tableaux.doc se trouve à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe00_Textes-Complementaires\03-PartieIII_SOUS-CONTINENTS-Tableaux.doc.

La vision proposée ici est très différente des statistiques mondiales usuelles faisant apparaître les pôles des villes importantes, sans les lier à un territoire. La ville et son territoire sont ici présentés comme une unité indissociable.

Mis à part la Micronésie (F2), la Polynésie (F3), la Mongolie (D4) et Transition Eurasie (D3), les surfaces des sous-continents vont d’environ 3 Mkm2 et 150 Mhab. (Afrique de l’Est) à 10,2 MKm2 et 1 540 Mhab. (Asie de l’Est).

Hormis les mêmes 4 cas extrêmes, ajoutés du Canada et de l’Australie, les régions conviviales vont d’une surface d’environ 39 000 km2 (Communauté Européenne) à 88 000 km2 (Afrique du Nord) ; les population moyennes vont d’environ 1 Mhab (Pays andins sud) à 9,2 Mhab. (Asie de l’Est) et même 13,5Mhab. (Inde&proches).

La moyenne internationale indicative des régions conviviales est de 64 000 km2, soit presque le double de la surface de 32 000 km2 ciblée dans l’approche méthodologique. Il convient de souligner que les régions évoluent progressivement, et s’approchent de cette taille au fur et à mesure de leur urbanisation, et d’une augmentation de densité de population. La démarche des régions conviviales est fondée sur la différence entre des régions peu peuplées et plus grandes, et des régions plus peuplées, dont la taille liée au corps de l’homme et ses déplacements correspond à environ 32 000 km2. Il arrive des seuils où une région peut en former deux. Un exemple est la coupure réalisée par la Chine entre Chengdu et Chongquing. L’inverse peut être vrai : des régions trop petites peuvent être regroupées, comme le montrent les exemples de la région « Entre Vosges et Ardennes » et les esquisses de « grandes régions » en France et en Europe.

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Figure 15‑19 : : Synthèse de l’organisation en 21 Sous-continents

La Terre émergée représente 244 fois la France, pour une population de 6,5 Milliards.d’hommes. La densité moyenne est de 49 p/km2 (la moitié de la France) -mais certains États vont jusqu’à une densité de 330 (Inde pour 1,1 Milliard d’hommes), 1 000 pour le Bangladesh et près de 6 500 hab/km2 (Singapour). L’approche plus fine en terme d’espace de vie, la « coquille de l’homme à l’échelle régionale » peut rendre compte de ces contrastes de densité, tout en faisant apparaître les potentialités, différentes pour chaque type de région.

15.D.2.2. Approche régionale ; environ 2100 régions conviviales :

Cette réflexion est une esquisse de mise en œuvre de l’approche du territoire présentée aux chapitres 13, 14 et les « coquilles de l’homme » du chapitre 15.

L’estimation des régions conviviales se fait en tenant compte des montagnes, des déserts, des circonstances particulières (écologie, histoire, densités existantes, potentialités des sites). Il ne s’agit pas d’une norme, mais d’une potentialité pure, telle qu’elle est définie dans le chapitre 13-B-3. Une potentialité pure est un objet éternel, c’est-à-dire une pure possibilité qui n’existera que confrontée au réel. Dans beaucoup de cas, les sites (le centre et les frontières) existent déjà : la confrontation au réel a déjà eu lieu : la potentialité devient impure ou hybride. Cet objet hybride est un attrait pour le sentir qui confortera dans le temps la région considérée. Dans un certain nombre de cas plus restreints, la région conviviale est confirmée : elle est une potentialité réelle, c’est-à-dire une société constituée. Il est possible de l’appeler société régionale.

Seule la population locale (quand elle existe-allusion aux vastes contrées non habitées d’Australie, ou de Sibérie-) ou la nation responsable du territoire peut se prononcer sur l’adéquation ou non du centre et de la frontière. Par exemple, c’est le peuple slovaque qui souhaite actuellement déplacer la capitale de Slovaquie de Bratislava à Zvolen : Bratislava, à l’extrême ouest du Pays ne dessert pas au mieux la population. Certains pays des Balkans ont changé de capitale pour desservir le pays de façon plus efficace.

Il serait nécessaire d’établir une typologie contrastée des régions, et de ne pas se contenter de moyennes, puisque certaines augmentent de densité (allant jusqu’à plus de 6 000 hab/km2) et d’autres ont une densité inférieure à 10 hab/km2. Cette typologie permettrait une réflexion en développement durable non plus sur un schéma éclaté (cercles disjoints), mais un schéma intégré (cercles emboîtés). Les sociétés seraient abordées conjointement, et non plus de façon séparée (sociétés minérales, végétales, animales et humaines). La dichotomie urbain/non urbain ou rural, humain/non humain n’est plus pertinente. La pensée organique peut être ici le fondement d’une approche différente, proche du réel.

La Terre est loin d’être saturée, mais seule une approche globale permettra d’éviter les catastrophes que laisse derrière elle une mondialisation (économique) laissée à elle-même. Seule l’organisation des peuples entre eux, dans une gouvernance mondiale, pourra poser la question des territoires (briques de base de la gouvernance pour P.Calame) : la région conviviale abordée avec un mode de pensée organique est un exemple de proposition dans ce sens.

15.D.2.3. Pour aller plus loin : proposition de méthodologie :

Cette démarche d’analyse pourrait constituer une autre thèse à faire. La méthodologie pourrait être la suivante :

  • Cartographie des 21 sous-continents à l’échelle du 1/10 000 000 à 1/12 000 000 (Ex : Cartes telles que Rand Mc Nelly and Co, Lambert conformal conic projection, 1/12 000 000 ème), ce qui représenterait 21 plans au format A2 ou A1, très lisibles pour les grands bassins versants, les États, et les régions les plus denses. Les relations apparaissent et un travail qualitatif est possible.
  • Repérage des agglomérations de plus de 100 000 habitants et indication de leurs populations pour déterminer l’ossature régionale de base. Ce travail prépare les « Sites d’Étude » : il permet de distinguer les sites de potentialité pure, de potentialité hybride (noyau de base amorcés, propositions existantes et réalisation à conforter) et de potentialité réelle (implantations déjà réalisées qui sont des points d’appui). Les villes de plus de 10 000 000 d’habitants « vident » paradoxalement les autres territoires, et sont tout aussi paradoxalement des opportunités d’implantations nouvelles, en ne séparant plus nature/culture, rural/urbain, … mais en adoptant un regard global (« glocal »).
  • Travail par sous-continent à l’échelle du 5 000 000 ème. A cette échelle, la région conviviale fait 2 cm de rayon.
  • Travail à l’échelle du 1 000 000ème (la région conviviale fait 10 cm de rayon, et tient dans un A3), ce qui permet les comparaisons avec toute autre région, appelées de ses vœux par G&P. Pinchemel (2003) et P.Calame. L’Europe est couverte par exemple en 45 cartes de l’IGN en projection Lambert conique conforme.
  • Les cartes à une échelle plus grande (1/500 000 ou supérieure) sont utiles pour un travail interne à la région.

Le travail présenté ci-dessous par sous-continent n’est qu’un travail indicatif d’approche global. Il est présenté par États, alors que des « régions de vie » peuvent se trouver sur plusieurs États, comme la région « Entre Vosges et Ardennes » présentée plus loin. D’autre part, il est souligné que les grandes métropoles « drainent » les territoires : elles doivent être étudiées simultanément, ce qui dépasse le cadre de ce travail. Des cartes sommaires indicatives et des listes des villes de plus d’un million d’habitants sont toutefois jointes en annexe XX pour esquisser de futurs travaux.

La difficulté d’un tel travail est le manque de précision des statistiques qui couvrent tantôt la ville, tantôt l’agglomération, souvent sans limites précises. En Chine se sont créées plus de 150 villes de plus d’un million d’habitants entre 1980 et aujourd’hui. L’intérêt de l’approche en régions conviviales est d’ouvrir un dialogue de régions à régions, sans séparations arbitraires entre l’urbain et le non urbain : la biosphère est traitée en même temps que la ville, en tenant compte du site et de ses potentialités, des implantations humaines successives, des données géopolitiques, des données sociales … Le regard est global et en cohérence

  • d’une part avec la notion de société tant biologique, minérale, végétale, animale qu’humaine,
  • d’autre part avec la définition des objets géographiques qui se répartissent entre les potentialités pures, hybrides et réelles.

15.D.2.4. La Terre n’est pas saturée :

Une plus grande attention aux territoires et à l’articulation entre les sociétés et la mise en valeur/exploitation des terres (sous toutes ses formes) peut permettre de trouver de nouvelles possibilité de développement. Cela demande une nouvelle culture et un nouveau mode de pensée, qui ne sépare plus les activités humaines et naturelles, qui ne sépare plus l’humain du « non humain »: toutes les activités se conjuguent pour l’équilibre des territoires. L’échelle adéquate pour penser cet équilibre est celui de la plus grande échelle où l’homme peut vivre un sentiment d’appartenance : la région conviviale, d’une échelle approximative de 32 000 km2. Les interactions des sociétés humaines et naturelles (autre que catastrophiques -tsunami-) restent à être exprimées dans les atlas.

La section qui suit est l’appréciation détaillée de la notion de région conviviale sur la Terre. Les chiffres présentés pour le nombre estimé est justifié par une analyse sur chacune des 21 régions (Cartes au 1/12 000 000ème des Atlas Universalis et Philip), puis une analyse sur les cartes aériennes au 1 000 000ème, et un ensemble de cartes de détails pour préciser telle ou telle localité. Ces cartes sont faites manuellement et leur mise en forme pourrait faire l’objet d’une thèse en elles-mêmes. Le but ici est de tester la pertinence et la faisabilité de la démarche.

Le tableau source et les tableaux d’analyses détaillés sont fournis en annexe. Il n’est fourni ci-dessous qu’une synthèse globale.

________________________________________________________
Notes :

[1] Publication officielle « Liste des Etats au 19.11.2007 ». Ce code de rédaction interinstitutionnel est accessible sur le site de l’Office des publications à l’adresse suivante : http://publications.europa.eu/code/fr/fr-5000500.htm.
[2] La lette « M » indique les millions.
[3] Habitants par kilomètre carré.
[4] Il s’agit d’une simple division de la surface totale par la surface indicative d’une région conviviale de 32 000 km2.
[5] Il s’agit d’une intuition à vérifier dans des études ultérieures.
[6] Atlas Universalis, Encyclopedia Britannica, Inc, 1970 (1969 Rand McNally & Company), 320 pages, 22 pages d’annexes.
[7] Philip, The International Atlas, George Philip & Son limited, London, Copyright 1977 by Rand McNally & Company 312 pages, annexes 222 pages.
[8] P-J. Thumerelle, Les populations du monde, Nathan Université, Paris, 1996, 384 p. Page 63c.
[9] M.Sorres, L’homme sur la terre, Paris, Hachette, 1961.
[10] Pierre Georges, Géographie de la population, Paris, PUF, 1965, page 8.
[11] Thumerelle, 1996, p.64a.
[12] Thumerelle, 1996, p.64a&d.
[13] L’ensemble des tableaux d’analyse se trouvent dans l’annexe 14 à l’adresse suivante :
Annexe14-Urbain-Rural_Europe_Monde\ETATS\ETATS_c_c.xls à l’onglet « Sous-continent ».
[14] Voir le chapitre 17.C.12 ci-après.
[15] La figure 17.25 détaille 18 métropoles d’une moyenne de 16 Mhab. sur 31 000 km2 (densité de 512 hab/km2).

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15.C. Les R.C. en Europe

15.C. Implications pour les régions conviviales en Europe :

Ce chapitre opère un rapprochement par l’auteur entre les travaux de l’Union Européenne (avec les NUTS 1, 2 & 3) et les travaux de William Twitchett présentés sous forme d’une « Carte prospective de l’Europe des régions » dans le cadre des ateliers de l’association Terre & Cité depuis 1998 (5 versions successives de schémas en fonction des évolutions politiques, sociale, économiques et géographiques). Analysons les matériaux de base de la réflexion.

La carte des régions membres de l’Assemblée des Régions d’Europe [1]  (ARE) montre l’extrême diversité des régions européennes, une grande diversité de régions, dans les tailles, les populations, les statuts juridiques, avec une grande confusion des échelles. Cela vient de la définition: la région est le niveau juste en dessous de celui d’un État. Avec cette définition, le canton Suisse est au même niveau qu’une région française ou espagnole. Ces régions ne doivent pas être confondues avec les NUTS1 : ces derniers sont le plus souvent des groupements d’entités existantes, classées en NUTS2, suivant l’explication donnée ci-dessous. L’approche qui suit est faite sur les NUTS1 de l’Union Européenne à 27 membres. Un certain nombre de pays ont déjà la taille de la région conviviale, à savoir : Belgique, Danemark, Pays-Bas, Chypre, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Slovaquie, Slovénie (Il est possible de rajouter la Suisse dans l’UE à 31 membres et la Croatie, candidate à l’UE). Ils sont indiqués en bleu dans le tableau accompagnant le plan. La source du fond de carte au format Adobe Illustrator est d’Eurostat[2] L’Union Européenne a élaboré un système de statistiques nommé NUTS (Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques) [3]. Le répertoire utilisé est le catalogue KS-RA-07-020-FR-N, édition 2007, donnant les NUTS 2006 dans l’U.E.27 (Union Européenne à 27 États).

Le but est le regroupement d’Unités comparables, avec des seuils minimum et maximum de population suivant la règle du tableau qui suit. Ces règles ne sont pas liées à un territoire ou une taille de territoire. En outre, nous observerons qu’elles sont peu suivies : elles sont un objectif pour les nouveaux entrants, avec de nombreuses exceptions pour les membres existants. Elles témoignent malgré les paradoxes (P.Le Galès & C. Lequesne, 1997 ; Keating, 1985, 1995, 1997), d’un gigantesque effort de dépasser les particularismes pour avancer vers la réalisation de la vision de l’« Europe des régions ». Cet effort n’a pas de précédent au niveau mondial : il est source d’enseignement pour d’autre régions sous-continentales comme la Chine et l’Afrique dans leur recherche d’une harmonisation et d’un équilibre des territoires (Calame, 2006, bip 2998 ; 2006 ; bip 3056 ; 2006, bip 3473, p.9).

Niveau Minimum Maximum
NUTS 1   (97) 3 millions 7 millions
NUTS 2   (271) 800 000 3 millions
NUTS 3     (1303) 150 000 800 000

Figure 15‑7 : Seuils de population des NUTS 1, 2 & 3 de l’U.E. (Source: Eurostat)

L’étude des régions conviviales de l’Union Européenne s’est appuyée sur le fichier des 271 NUTS 2 (surface, population, densité) et la cartographie liée. En regroupant sur un seul fichier Excel quatre fichiers donnés séparément dans le site d’Eurostat (Codes, Nom, Densité, Surface) [4], il est possible de constater que cet objectif de comparaison d’entités territoriales analogues n’est pas rempli. La prise en compte du seul critère de la population et non du territoire occulte les réalités de terrain (les déplacements des hommes, les activités animales et végétales, …). Une difficulté d’élaboration du fichier de base a été le calcul de la population à partir des densités de 2005 (à deux décimales) données par Eurostat sur la base des superficies de terres hors fleuves et lacs : la population en 2006 est le résultat de la multiplication de la densité sur les surfaces correspondantes. La cohérence du chiffre de population a été vérifiée d’une part avec le fichier des 249 entités politiques élaboré dans la présente thèse et présentée dans le sous-chapitre suivant, et d’autre part le fichier de l’INSEE pour les régions de France. L’intérêt de l’ensemble de cette démarche est de vérifier qualitativement la pertinence des territoires, et d’associer chaque territoire aux NUTS 1, 2 ou 3 : il devient alors possible de bénéficier de toutes les statistiques d’Eurostat pour l’analyse approfondie de ces territoires. Le travail esquissé ici pourra faire l’objet de travaux approfondis dans un laboratoire universitaire existant ou à créer.

15.C.1. Analyse critique des NUTS 1 suivant leur population et leur taille :

On observe sur la carte européenne des NUTS1 une contradiction entre la définition des NUTS en 3 classes de population et les 3 constats suivants :

  • Un certain nombre de villes (Bruxelles, Bremen, Hamburg) sont isolées, alors que les solidarités locales dépassent dans la réalité largement les territoires de ces villes. La récente démarche d’unification progressive de Berlin avec la région du Brandebourg est à ce titre exemplaire [5].
  • D’énormes territoires sont découpés autour de Paris et de Madrid ; Cela ressemble à un projet politique pour donner de l’importance à ces deux villes et leur préparer un territoire de la taille de l’importance que les élus souhaitent leur donner. Cette hypothèse semble confirmée par le souhait de la DATAR de créer un bassin parisien sur le territoire de la NUTS1 (sorte de « justification par l’Europe »…). Cela n’est-il pas en en contradiction avec un développement régional équilibré ? Ne serait-il pas possible de trouver un contraste entre les deux politiques sans arriver à cette forme de caricature ? La ville de Londres, qui est la référence en matière de ville internationale ne présente pas cette proposition centralisée : les régions de NUTS1 périphériques sont équilibrées.
  • La faible taille entre les régions de NUTS1 de Hollande, Belgique, et même l’Angleterre est en contraste avec la taille moyenne ou grande des autres régions de NUTS1.

15.C.2. Proposition de perspective d’évolution des NUTS 1 et NUT2 dans la direction de régions conviviales :

Une réflexion en termes de régions conviviales suivant l’exemple de la région « Vosges-Ardennes » permet de dégager une perspective d’évolution des NUTS 1 et des NUTS 2 vers un développement équilibré des établissements humains et des sociétés naturelles. Les NUTS 2 ont été conçues pour correspondre aux réalités géographiques et économiques, alors que la NUTS1 est plus politique  [6].

La proposition qui est faite respecte les découpages administratifs existants, le plus souvent au niveau des NUTS2, avec ponctuellement des découpages au niveau des NUTS3 (région « Entre Vosges et Ardennes »). La méthode de recherche a été la suivante :

  • Établissement d’une légende suivant la méthodologie d’analyse proposée au chapitre 13.B.1. Page 374. Six cas se présentent suivant que le centre de référence est existant ou modifié, et que la frontière est existante, composée ou recomposée.
  • 1/ Analyse pays par pays, avec un regard simultané sur :
    • la carte officielle des découpages NUTS 1, 2 et 3, et les statistiques des 273 NUTS2.
    • la carte de l’Europe au 1/3 000 000 ème (Michelin, 705) et 1/6 000 000 ème (IGN POLO3).
    • L’Atlas Beautier, et les sites Populationdata complété de Wikipedia –qui ajoute la dimension territoriale- (voir la bibliographie des sites internet utilisés).
    • Le projet de proposition globale de l’Atelier « Terre & Cité » pour en tester une nouvelle fois la pertinence, et contribuer à une réflexion globale en cours au niveau de la société civile, des administrations locales et de l’Union Européenne.
  • 2/ Mise au point du fichier de synthèse des régions conviviales de l’Europe (en annexe informatique et à la suite du texte de la thèse)
  • 3/ Mise au point de la carte de synthèse suivant la légende des régions potentielles.

La volonté est d’apporter un élan et de provoquer des études dans une tentative d’harmonisation globale des démarches, sachant que ce qui est déjà fait par l’Union Européenne est remarquable pour mettre en perspectives les données si différentes de tous les États impliqués. La démarche en région conviviale poursuit cette harmonisation européenne à partir des NUTS 2 et 3. Seule la maturité de la démarche permettra progressivement à des régions proposées assez grandes (Transylvanie, Danube, env. 90 000 km2 ; République Tchèque, 77 269 km 2) de créer des pôles plus puissants pour faire émerger une nouvelle région.

La figure 15-13 page 492 représente une nouvelle organisation possible à partir de la notion de région conviviale. Ce n’est pas l’objet de la présente thèse d’entrer dans le détail des explications point par point : ce serait l’objet d’une nouvelle thèse. Le but ici est de donner à sentir l’intérêt d’une telle démarche, en application de celle déjà détaillée pour la région « Entre Vosges et Ardennes ». Il s’agit en quelque sorte d’une première généralisation possible de la démarche, qui est souhaitée par les élus de la Grande Région à travers leur document Vision d’avenir 2020. 7ème sommet de la Grande Région, Juin 2003 (page 26a). Cette analyse repose sur une tentative de travail sur les populations, surfaces, densités et attractivité au niveau des 271 NUTS 2 de l’UE 27, qui sont les régions de base (avec une réalité géographique et administrative forte) utilisées par les États.

Le résultat de cette analyse est riche d’observations, bien loin de l’image de la « banane bleue ». L’image est plutôt celle de la « grappe de raisin » (K.Kunzmann, 1998 [7]), comme métaphore d’une Europe à construire (Baudelle, 2001). L’Europe des régions conviviales est une proposition de « grappe » basée sur les critères au niveau de l’homme, la société et les territoires décrits au chapitre 13. Comme le précise Klaus R. Kunzmann, les raisins de la grappe peuvent avoir des tailles différentes : 32  000 km2 est la taille indicative moyenne pour des régions conviviales allant de 16 000 km2 à 64 000 km2 hors exceptions (voir le tableau 15-12 ci-dessous). Cette taille pourrait être la mesure indicative de la région telle qu’elle est définie par Max Sorres (1952, p.424-425) par cinq éléments : une zone centrale, une zone périphérique de proche banlieue, une zone externe caractérisée par la participation aux rythmes quotidiens de l’activité urbaine, une zone interne de la région urbaine où le contact à la ville n’est ni immédiat, ni journalier et une zone externe « qui trouve sa limite dans la rencontre avec une zone d’influence d’une métropole du même ordre ». On retrouve 5 des 8 processus intra-régionaux décrits dans la figure 13-20 du chapitre 13.H.1.2. (p.422). La « zone externe » souligne l’importance des interactions autour de la « médiatrice » entre deux régions suivant le « diagramme de poids régional » sur l’exemple proposé au chapitre 14.C.1. pour la région « Entre Vosges et Ardennes ».

La proposition des « régions conviviales de l’Union Européenne » répond donc de façon étonnante à l’intuition de Klaus R. Kunzmann et l’esquisse finale de son article « La « banane bleue » est morte ! Vive la « grappe européenne » ! » précité. Les « raisins » peuvent être « petits » (16 000 km2) ou être « grands » (64 000 km2). Dans tous les cas, il existe un seuil bas et un seuil haut de pertinence de l’intuition.

Le seuil bas proposé dans la présente thèse est de 16 000 km2. En effet, sur les 18 régions en dessous de ce seuil, 13 sont des îles. Les cinq restantes sont Hadrian-Lakelands/Hexham [8], Northern Ireland/Belfast, Sydsverige-Sjaelland (Oresund)/Malmö-Copenhague, Région de Murcia/Murcia, Asturias/Oviedo. Leurs surfaces vont de 10 600 à 15 400 km2. Des caractéristiques géographiques et une histoire très forte expliquent ces petites tailles. Toutes ces régions sont en lien avec la mer, qui est une sorte d’agrandissement naturel de ces régions : la mer est un espace économique régional déterminant. L’Alsace, avec ses 8 280 km2 et ses 1,8 millions d’habitants pourrait-elle justifier d’être également une région indépendante ? L’intensité des échanges transfrontaliers semble indiquer un positionnement de région « médiatrice », soit pour être rattachée au Baden-Wurttemberg (ce que l’histoire a actuellement exclu), soit pour être intégré dans l’ensemble « Vosges-Ardennes » (ce qui serait un choix difficile, mais pertinent). Strasbourg a une vocation interrégionale et européenne, non en tant que centre de référence d’une région conviviale, mais en tant qu’agglomération en position « médiane » privilégiée suivant la figure 13-20. Le positionnement privilégié d’agglomérations comme Genève, Bâle, Strasbourg, Charleville-Mézières et même Lille-Roubaix-Tourcoing caractérise un type d’agglomération très différent de celles qui constituent un centre de référence ou participent à un centre de référence polycentrique (Luxembourg, Trèves, Saarbrucken, Epinal). L’exemple réussi du choix de Berne comme centre de référence de la Suisse considérée comme une seule région conviviale éclaire bien ce propos. Le choix de Bern en 1848 est le fruit de plusieurs siècles de négociations. La difficulté est que la conscience politique du peuple suisse (ou des peuples suisses ?) ne va pas encore jusqu’à la conscience d’appartenir à une seule région : la référence reste toujours l’un des 26 cantons.

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Figure 15‑8 : Analyse des surfaces des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

Le seuil haut proposé est de 64 000 km2. Certaines régions peuvent être plus grandes lorsqu’elles sont peu peuplées, ou parce qu’elle forment un seul ensemble politique centralisé. Certaines sont comme « un œuf à deux jaunes » (Andalousie, République Tchèque, Irlande, Övre Norrland, Pohjois-Suomi). Aucune ne dépasse 100 000 km2 (Vistule/Warszawa, 99 092 km2 pour 11 130 000 hab). Au-dessus, se trouvent l’échelle « D » indicative de 512 000 km2 des nations et l’échelle « E » indicative de 8,2 millions de km2 des « régions sous-continentales ». Ces deux échelles correspondent respectivement à « la région spontanée » (Mer du Japon, « triangles » de la mer de Chine du sud, Zone Économique Spéciale de la Chine du Sud, Guangdong) et « la région délibérée » (Mercosur /Alena ; Ansea / Apec ; Viregrad / UE) de Marie-Claude Smout dans son article « La région comme nouvelle communauté imaginaire ? » de 1997 [9]. L’intérêt du chapitre 13 de la présente thèse est de proposer une clarification de la notion de région, et de permettre systématiquement des références à des exemples de territoires comparables, dans un but d’analyse, de comparaison, et d’évaluation des potentialités.

L’approche en région conviviale fait paradoxalement apparaître que plus de 40% des régions sont de « potentialité réelle ». Cela signifie qu’une fois l’échelle indicative adoptée (32 000 km2) chaque « grain » apparaît en interrelation avec tous les autres, avec une cohérence plus forte que lorsque l’attention est portée sur la seule population. Le changement de regard, et l’adoption d’une échelle indicative simplifie les données, permet les comparaisons, introduit les analyses, et révèle des potentialités. La difficulté de ce regard est d’obliger à prendre en compte simultanément la géographie, l’histoire, les territoires, la population. C’est en définitive le corps de l’homme qui est la référence commune : le corps dans ses déplacements quotidiens, hebdomadaires, mensuels. Max Sorre, cité ci-dessus, y fait référence. Alain Motte n’est pas loin de cette définition avec la notion de région urbaine, à partir de celle de Healey [10]. La référence à l’homme et à sa vie quotidienne, qui ne tient généralement pas compte des limites administratives, permettra de découvrir de nouvelles identités à partir du vécu et de l’expérience. La réalité est là, mais les mentalités ne sont pas encore ajustées au vécu. Seulement 20% des régions conviviales auraient à la fois leur contour et leur centre de référence à repenser (potentialité pure). Près d’un tiers des régions proposées sont une addition de frontières existantes. Cette approche de la région est élargie par la notion de « région choisie » définie par Marie-Claude Smouts dans l’article cité ci-dessus : « La région choisie est par définition un espace subjectif. Elle est construite à partir des représentations symboliques opérant la synthèse entre des données immédiates, un passé réinventé, et un futur désiré. Elle dessine un nouvel espace de mobilisation pour l’action : elle offre des ressources, elle légitime des politiques, elle structure des stratégies. Elle constitue un enjeu, d’autant plus fort que la construction symbolique est stimulée par les ambitions bien réelles de quelques-uns pour la capitalisation de ses ressources matérielles et immatérielles » (p.43-44). Cette approche semble être celle que Pierre Calame appelle de ses vœux, loi des définitions administratives ou figées par une tradition révolue.

La réflexion en région conviviale est la prise au sérieux des croquis d’analyses des territoires pertinents, comme par exemple le document du MIIAT commenté au chapitre 14. De tels documents existent pour chaque pays. Les prendre au sérieux conduit à la seule démarche géographique ouverte sur l’avenir, et apte à saisir les potentialités des territoires, briques de base de la gouvernance au XXIème siècle (Calame). Les tableaux d’analyse font apparaître la richesse et la fécondité de la démarche :

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Figure 15‑9 : Analyse des potentialités de régions conviviales de l’Union Européenne

Les régions conviviales se répartissent sur toute l’échelle des densités, révélant celles qui ne sont pas saturées (comme par exemple les 6 régions de plus de 10 millions d’habitants en dessous de 200 habitants par km2 : Cracovie, Pô-Adriatique, Prague, Budapest, Bucarest, Varsovie). La région « Vosges-Ardennes » avec 137 hab/km2 est également loin de la saturation. Par contre, 5 des 14 régions conviviales de plus de 10 million d’habitants en Union Européenne atteignent un seuil de saturation (Londres, Sheffield, Düsseldorf, Amsterdam, Bruxelles).

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Figure 15‑10 : Analyse des densités des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

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Figure 15‑11 : Analyse de la population des régions conviviales potentielles de l’UE

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Figure 15‑12 : Carte des région de niveau NUTS 1 de l’Union Européenne (Source: Eurostat, Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, 2007)

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Figure 15‑13 : Carte des régions conviviales d’Europe de potentialités pures, hybrides et réelles. Morphogénèse des régions basées sur l’appartenance (sur fond Eurostat).

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Figure 15‑14 : Tableau du nombre de régions NUTS 1, 2 et 3 d’Europe ; Superficies (compris les eaux) et surfaces par Pays. Statistiques Eurostat 2006. En bleu : les régions conviviales

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Notes :

[1] Site internet : www.aer.eu. Pour la cartographie, voir www.geoatlas.com. La carte des région de l’ARE figure en annexe 00a, dans le fichier intitulé : 03-PartieIII_ReorganisationRegions Europe.doc
[2] Site internet d’Eurostat (Conception et cartographie : Violette Brustlein (CNRS/CREDAL). Ils précisent : « Ce fond de carte est destiné à représenter des données statistiques et uniquement à cela. Aucune garantie n’est donnée concernant la précision des contours des entités statistiques et administratives, la localisation des chefs-lieux, l’échelle, les frontières internationales, etc ». Ce fichier a été vérifié suivant la brochure KS-RA-07-020-FR (voir la note suivante).
[3] Régions dans l’Union Européenne, Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques, NUTS2006/UE 27 ; Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, Thème: Statistiques générales et régionales, Collection: Methodologies and working papers, Communautés européennes, 2007, 156 pages. Ce document figure en annexe 14, avec le chemin d’accès suivant : Annexe\Annexe11-Region-Sous-Continent\D2-Europe\Europe-NUTS\NUTS1-NUTS2-NUTS3-CARTES_KS-RA-07-020-FR.pdf. Toutes les cartes en ont été extraites au format TIFF pour permettre un travail cartographique au niveau des NUT2 et NUTS3.
[4] Le fichier est placé en annexe informatique (DVD-ROM) n° 11-Région-Sous-Continent, sous le nom « 00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls » avec le chemin d’accès suivant : 00_Annexes\Annexe11-Region-Sous-continent\D2-Europe\Europe-Statistiques\00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls. Il est également placé à la suite du texte en annexe ci-après.
[5] Voir l’ensemble des documents et cartes accessibles sur http://gl.berlin-brandenburg.de.
[6] http://ec.europa.eu/comm/eurostat/ramon/nuts/application_regions_fr.html. Il est expliqué : « la NUTS, qui établit une correspondance entre les régions en termes de dimensions, fournit en même temps plusieurs niveaux d’analyse. Ainsi a-t-on considéré, dès 1961, lors de la conférence sur les économies régionales organisée à Bruxelles à l’initiative de la Commission, que le niveau NUTS 2 (régions de base) constituait le cadre généralement utilisé par les États membres pour la mise en œuvre de leurs politiques régionales et que c’était donc à ce niveau que devaient être appréhendés les problèmes régionaux/nationaux, tandis que c’était au niveau NUTS 1 (grandes régions socio-économiques regroupant les régions de base) que devaient être étudiés les problèmes régionaux/communautaires comme « les conséquences de l’union douanière et de l’intégration économique sur des espaces immédiatement inférieurs aux espaces nationaux ». Le niveau NUTS 3, qui définit généralement les régions de dimensions trop restreintes pour permettre des analyses économiques complexes, peut être utilisé pour établir des diagnostics ponctuels ou pour choisir le lieu d’application privilégié d’actions régionales ».
[7] Voir aussi l’article fourni en annexe00b de Klaus R. Kunzmann intitulé « La « banane bleue » est morte ! Vive la « Grappe européenne » ! Cet article de 4 p. reproduit le dessin de l’intuition d’une « europe des régions » avec un ensemble d’une quarantaine de cercles de la taille indicative de 32 000 km2, parfois plus petis, parfois plus grands, mais toujours dans cette échelle de cohérence.
« Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
[8] Les régions sont indiquées par leur nom général et leur centre de référence. Un nom ou un centre de référence proposé est en italique, un nom ou un centre de référence existant est en caractères droits.
[9] Patrick La Galès, Christian Lequesne, Les paradoxes des régions en Europe, Éd. La Découverte & Syros, Paris, 1997, 302 p. L’article de Marie-Claude Smouts « La région comme nouvelle communauté imaginaire » est aux pages 37-46.
[10] Alain Motte, « 4èmes rencontres internationales en urbanisme » , Grenoble, Vendredi 8 février 2008. Il explique l’émergence d’« Une nouvelle échelle de planification : la région urbaine (Healey) : Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
Adresse internet : iug.xtek.fr/index2.php?special=fichier_page&id=91

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15.B. Les R.C. en France

15.B. Implications pour les régions conviviales (R.C.) en France :

L’intuition pour la France peut être présentée à partir du « scénario de l’inacceptable », Ce scénario, mis au point par la DATAR pour exprimer ce qu’il fallait éviter à tout prix, exprime toutes les tendance des territoires en France : il suffit donc de s’appuyer sur ces tendances pour favoriser l’émergence de régions conviviales et conforter celles qui existent. Le schéma fait apparaître :

– Pour l’Aquitaine : l’importance de Bordeaux comme centre de référence pour un territoire qui s’étend jusqu’à Bayonne au sud, et la marche de la Charente au Nord. Une coopération interrégionale avec la région Midi-Pyrénées existe déjà.

– Pour la Bourgogne : Dijon n’apparaît même pas, comme rayée de la carte dans une vision jacobine de la France. Pourtant de multiples indices lui donne la vocation de centre de référence pour un espace englobant la Franche-Comté et la Haute-Marne : MIADTT, Revue de l’Est,.

– Pour la Bretagne : Rennes apparaît comme centre de référence pour un territoire de la Bretagne qui pourrait dans son attractivité englober la Mayenne.

– Pour la Corse peut-on suggérer que Corte soit un centre de référence adéquat ?

– Pour la Loire : la forte dépendance de l’ensemble de la Loire d’Orléans à Nantes suggère qu’une ville bien située sur l’axe devienne centre de référence. Tours, à équidistance de Nantes, Orléans et Poitiers apparaît avoir les qualités pour jouer ce rôle. Créer un aéroport près de Tours ne serait-il pas préférable à l’actuel projet de le situer entre Nantes et Rennes ? Un aéroport à Tours semble une alternative intéressante à la création d’un troisième aéroport de Paris, grâce à la bonne liaison TGV Paris-Tours, pour développer simultanément la région Loire. D’autre part, l’option de conserver « la Loire sauvage » est-elle contradictoire avec la création d’un canal au gabarit européen reliant Le Havre au réseau Nord-Sud Marseille-Europe du Nord (via la Moselle ?)? La région proposée est à l’échelle des défis qu’elle doit relever.

– Pour Midi-Pyrénées : l’importance pour Midi-Pyrénées du débouché sur la mer Méditerranée est souligné, avec Toulouse pour centre de référence.

– Pour le Massif Central : trois pôles apparaissent : Limoges, Brives et Clermont-Ferrand. Trouver un équilibre entre les trois dans une même région appelle un nouveau centre de référence commun. Culturellement, une telle région est desservie par le même quotidien « La Montagne » : ce nom pourrait devenir celui de la région. La démarche actuelle du Comité de Massif va dans le sens d’une structuration globale de cet espace, avec le renforcement des infrastructures, la création d’un aéroport régional, et le renforcement des solidarités. Un appel à projet est lancé[1] pour trouver des réponses « sur au moins deux régions ». La configuration proposée semble minimale (le Massif dans son entier recouvre 15% du territoire national sur 5 régions) mais cohérente pour tenir compte de l’histoire, de la culture et des solidarités existantes. Le centre de référence proposé par William Twitchett [2] serait un pôle nouveau à l’ouest de Clermont, sur un site possible pour un aéroport avec une connexion ferroviaire et autoroutière existantes, près de St-Julien-Puy-Lavèze (Autoroute A89/E70, Gare de Laqueuille-Gare et aéroport possible à environ 3km au nord).

– Pour le territoire Nord, Pas-de-Calais-Picardie : aucune solution satisfaisante n’émerge simplement. Il n’y a que la solution « la moins mauvaise» compte tenu de la proximité de Bruxelles. Il semble toutefois qu’Arras puisse jouer de rôle de centre de référence de par son équidistance vis-à-vis de Bruxelles, Londres et Paris, et son positionnement central au sein de la nouvelle région, la rendant au mieux apte à fédérer l’ensemble de la nouvelle région. Cette proposition a été mûrie par William Twitchett [3] lors de nombreux ateliers de Terre & Cité entre 1995 et 2008.

– Pour la Normandie : l’identité d’une Normandie unifiée est d’abord due à l’histoire : l’Epte est la frontière depuis le Traité de St Clair sur Epte signé le 11 juillet 911 entre Charles III le Simple et Rollon, le chef Viking, visant à l’établissement des Normands en Neustrie. Un nouveau centre de référence pourrait être proposé, et Lisieux pourrait jouer ce rôle fédérateur.

– Pour la région Rhône-Alpes : Lyon apparaît clairement comme le pôle structurant de la région, et cette région peut être considérée de l’avis unanime des géographes comme région modèle, à l’égal des Länder allemands. C’est une région de programme des années 1960, qui en tant que telle semble être la plus armée en France pour devenir une référence dans une réflexion sur la région conviviale. On peut remarquer l’existence d’un réseau de voies d’eau efficace, notamment entre Lyon et la Méditerranée, un service multiple de TGV avec un réseau ferroviaire complémentaire et un réseau autoroutier performants. Du point de vue du cadre de vie, le chef-lieu, Lyon ainsi que les chefs-lieux des départements permet de donner un accès facile aux sites de loisirs de qualité mondiale.

– Pour la région Rhône-Méditerranée : elle s’étend de Béziers à l’Italie, et Aix occupe une place privilégiée dans la zone de polarisation.

Pour la région « Seine » : le schéma confirme la zone de polarisation détaillée au chapitre 14. Le centre de référence proposé est « Paris-Chessy », pour tenir compte de la saturation de Paris, et proposer en quelque sorte une « Défense II » qui attend une figure charismatique comme « Robert Auzelle » lors de la réalisation de la Défense I pour être mise en débat. Il convient de souligner que toutes les infrastructures existent déjà, puisque Chessy est la gare d’interconnexion de tous les TGV de France vers toutes les régions d’Europe. D’autre part, les promoteurs construisent des dizaines de milliers de m2 de bureaux, hôtels, logements pour la qualité de l’implantation. Il serait temps de prévoir les emprises publiques nécessaires pour créer les services publics correspondants. C’est la prise de conscience citoyenne et politique qui semble faire défaut ici, probablement du fait de la rivalité entre Paris-ville et l’actuelle région (Bonnefoy, 2007 [4]).

– Pour la région des Vosges aux Ardennes : son caractère transfrontalier centré sur « Louvigny-Vandières » apparaît pertinent dans la perspective européenne développée au chapitre 14. L’ensemble de ces propositions sont cohérentes avec la Carte des Territoires vécus : organisation territoriale de l’emploi et des services dans son édition de 2002. En effet, les frontières proposées correspondent aux aires urbaines et aires d’emploi de l’espace rural dans la définition nouvelle proposée (Zonage en Aires Urbaines et en Aires d’emploi de l’Espace Rural (ZAUER) [5]).Aucun nouveau périmètre ne coupe une aire urbaine au niveau du pôle urbain ou des communes périurbaine, même entre Paris et Orléans, sauf deux cas justifiés l’un par l’histoire, l’autre par une limite administrative qui pourrait être très légèrement ajustée sur quelques communes : il s’agit de la Normandie séparée de la région « Seine » par l’Epte (les villes de Gisors et de Gournay-en-Epte se développent de chaque côté) et de la limite entre Bar-le-Duc (région « Entre Vosges et Ardennes ») et St-Dizier (région « Seine »).

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Figure 15‑2 : Le scénario de l’inacceptable des années 1970, et l’esquisse de régions conviviales pour y faire face (Fond de plan, Territoires 2030 n°3 avec superposition des cercles de 32 000 km2)

Le schéma régional proposé pour la France à partir de ces remarques pourrait être le suivant :

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Figure 15‑3 : Proposition de réalisation de 13 régions conviviales en France métropolitaine (Fond : Atlas Ouest-France).

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Figure 15‑4 : La France des régions conviviales (RC) (Extrait du fichier « Europe des RC »)

Le tableau ci-dessus est extrait du travail de statistiques sur les NUTS 1 et 2 de l’Europe présenté dans la partie qui suit. Les chiffres de la région « Vosges-Ardennes » sont donnés pour l’ensemble de la région avec la partie belge, luxembourgeoise et allemande pour permettre les comparaisons. On observe que dans cette perspective, la région « Vosges-Ardennes » est la deuxième en population après Paris (respectivement 7,3 et 14,2 millions d’habitants) pour un territoire presque égal à celui de Seine/Paris-Chessy (respectivement 52 800 et 55 800 km2). Les cartes qui suivent indiquent les deux modifications de frontières de département proposées, internes à la France. Cette démarche contribue à une réflexion sur l’adaptation des régions françaises dans la perspective de « l’Europe des régions ». Elle n’a de sens que dans cette perspective, exposée ci-après.

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Figure 15‑5 : Proposition de périmètre pertinent pour la région Nord-Picardie (Fond INSEE, Géoflat 2007)

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Figure 15‑6 : Proposition de périmètre pertinent pour la région « Seine », entre Orléans et Paris  (Fond INSEE, Géoflat 2007)

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Notes :

[1] www.massif-central-diact.gouv.fr. Pour les informations, voir aussi www.adimat.com Les trois articles relatant la convention interrégionale 2007-2013 sont en annexe 12 à l’adresse suivante : Annexe\Annexe12-Region-Conviviale-Ville&Territoire\D2_Europe\D2-Montagne et suivants.
[2] Les croquis d’intention sont présentés dans l’annexe informatique n°04 à l’adresse suivante : Annexe\Annexe12-Region-Conviviale-Ville&Territoire\D2_Europe\D2-Montagne
[3] Voir le remarquable PowerPoint et fichier PDF de synthèse dans l’annexe informatique n°04 à l’adresse suivante : Annexe\Annexe04-Terre&Cite\TWITCHETT_ARRAS_Region-Conviviale_80pages.pdf
[4] Voir le document présenté au 43ème Congrès de l’AIU/ISoCaRP à Anvers en septembre 2007 par Edmond Bonnefoy. Le document se trouve dans l’annexe informatique n°04 à l’adresse suivante : Annexe\Annexe04-Terre&Cite\Bonnefoy-Edmond-Hildebrandt_a-Francais.pdf
[5] Carte des territoires vécus : Organisation territoriale de l’Emploi et des services, Édition 2002, INSEE, IGN, Cartographie et décision, 2002. Le travail est conjoint entre la DATAR, le Ministère de l’Agriculture, l’INRA, l’INSEE.

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Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde

Chapitre 15 :  Implications pour les régions conviviales en France, en Europe et dans le monde

Si l’on prend au sérieux les différentes échelles des « coquilles de l’homme », et notamment l’échelle d’environ 32 000 km2 du « territoire le plus large où les hommes rassemblés vivent un sentiment d’appartenance », c’est-à-dire la région conviviale, il est important d’avoir une appréciation du nombre de régions conviviales et de leur répartition sur la planète. Cette appréciation se fait en étudiant les potentialités pures, les potentialités hybrides (ou propositions) et les potentialités réelles (nexus et sociétés).

Ce travail d’approche (et cela ne peut être qu’une première approche) ne pourra pas distinguer au niveau mondial les trois types de potentialités : cette distinction sera faite au niveau européen. Cette réflexion est menée depuis plusieurs années par William Twitchett au sein de l’association Terre & Cité, à Arras, et a fait l’objet de présentations dans les congrès de l’A.I.U., et dans des ateliers d’urbanisme au sein de l’association Terre&Cité. Cette intuition trouve son expression universitaire [1] dans les travaux de Klaus R.Kunzmann (Université de Dortmund) et de Michael Keating (University of Aberdeen, RU, et European University Institute in Florence, Italy) et son expression géographique et statistique dans les NUTS 2 de l’Union Européenne à 27 (UE 27). La présente thèse fait le lien entre ces trois démarches, et propose une expression aboutie de la pratique et connaissances du terrain (Twitchett) de l’intuition universitaire (Kunzmann, Keating), et des données géographique/statistiques de l’UE 27 (Eurostat). Le but est ici de mettre en œuvre l’intuition de la région (échelle indicative de 32 000 km2) aux échelles successives de la France, de l’Europe et du monde. Le thème de la région est abordé de plus en plus fréquemment, avec une grande confusion d’échelles. Il est proposé ci-après 21 sous-continents, à l’échelle de référence « E» [2] des 8 100 000 km2) et quelques 2100 entités à l’échelle régionale « C» des 32 000 km2. Un consensus général émerge pour reconnaître un rôle moindre des États dans la mise en place d’une gouvernance mondiale (échelle « D » des 512 000 km2). « L’exercice d’une gouvernance pacifique suppose l’adhésion profonde des individus et des groupes à la manière dont ils sont dirigés » (6). Ce qui renvoie donc à la question de la légitimité de la gouvernance et à la question des échelles permettant de prendre en compte les interdépendances » (Calame)  [3].La clarté sur la notion d’échelle régionale a donc des conséquences sur la sensation de légitimité du pouvoir et l’adhésion des citoyens. Assumer l’échelle de la région conviviale (32 000 km2) permet de bien faire le lien entre la vie ordinaire et les contraintes globales, voire mondiales : l’homme et la vie quotidienne (se loger, se nourrir, se mouvoir, se rencontrer en face à face, …[4]) reste la référence. La réalité administrative a à s’ajuster à la réalité du corps individuel et collectif de l’homme (Th. Paquot, 2005, 2006). Assumer la dimension régionale des quelques 8,1 M km2 (une vingtaine de sous-continents selon l’intuition et le vœux de Pierre Calame), c’est exercer la responsabilité humaine sur les ensembles macroécologiques où peuvent se développer les régions conviviales.

L’Europe tend à devenir une fédération de régions, sous l’impulsion initiale de l’ARE [5]. Proposer une organisation de la France en « grandes régions » (régions conviviales) « ne serait pensable que dans une Europe fédérale dont les États auraient disparu et où les régions seraient les unités de base » [6]. Si on s’oriente vers le fédéralisme, alors la taille et les compétences des régions sont un vrai débat. Les pages qui suivent se situent dans cette perspective. Le tracé d’un cercle sur une carte mobilise l’ensemble des notions des chapitres qui précèdent, sur l’exemple de la région « Entre Vosges et Ardennes ». Seuls les éléments saillants seront soulignés dans les commentaires.

Les publications d’appui sont les suivantes :

  • Actes du Congrès AIU/ISOCaRP du Caire, 2002
  • Actes du Congrès AIU/ISOCaRP de Genève, 2004
  • Actes du Congrès AIU/ISOCaRP de Bilbao, 2005
  • Jean-Marc Benoit, Philippe Benoit & Daniel Pucci, La France redécoupée. Enquête sur la quadrature de l’hexagone, Belin, 1998
  • Pierre-Jean Thumerelle, Les populations du monde, Nathan Université, 1996
  • Jean Brunhes, La géographie humaine, PUF, 1946 (1942).
  • Fondation pour le Progrès de l’Homme, 12 notions clé (notamment, gouvernance, territoires et société durable) , http://www.fph.ch/fr/qui-sommes-nous/notions-cle.html. (les pages qui suivent esquissent des perspectives en réponse aux questions posées dans les notions clé).

Les atlas utilisés sont les suivants :

  • Atlas Universalis, 1970. Page 280 est donnée la liste des aires métropolitaines de plus d’1 million d’habitants et surfaces/populations des États (annexes.I p.8 à 11)
  • The international atlas, Philip, 1977, London 1977. Il contient en annexe I pages 9 à 12 la liste des surfaces et population des pays, avec strictement la même présentation que l’Atlas Universalis.
  • Le grand atlas géographique et encyclopédique du monde, Éditions Atlas, Paris 2004,
  • Le dessous des cartes de Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson & Frank Tétart, 2005
  • Atlas du monde, Solar 2007 (2005). Pages 228 à 237 est présenté le monde en chiffres, par pays.
  • La liste des États a été vérifiée avec S.Rosière (GPG, 2003, p.305 à 307) et actualisée avec le Maxi-atlas de François Beautier, First Édition 2006 (Présentation systématique par Pays).

Les cartes qui permettent des approfondissements sont les suivantes :

  • Cartes aériennes internationales au 1 000 000ème et cartes aériennes au 1/500 000ème

Le trialogue s’applique à toutes ces échelles. Il peut être d’une fécondité particulière à l’échelle des 32 000 km2, c’est-à-dire la région conviviale. C’est le défi du XXIème siècle pour une gestion responsable de la planète.

15. A. Implication pour d’autres régions conviviales

Le tableau qui suit présente un aperçu sur les États de la taille d’une région conviviale. Les États sont classés par ordre de surface décroissante. Sur 193 pays inscrits à l’ONU (hors Kosovo), une quarantaine d’États ont la taille d’une région conviviale, soit un État sur cinq. Une quarantaine d’États sont plus petits qu’une région conviviale.

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Figure 15‑1 : Tableau des 41 États de la taille d’une région conviviale, d’une moyenne de 37 000 km2 et 5,2 millions d’habitants.

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Notes :

[1] Pour une présentation des auteurs, voir dans l’annexe informatique 00b les documents classés par ordre alphabétique.
[2] Voir le chapitre 13.E.4, pp. 402-404.
[3] Notion clé n°2 de la Fondation pour le Progrès de l’Homme, accessible sur le site http://www.fph.ch/fr/qui-sommes-nous/notions-cle.html. Le texte est fourni dans l’annexe 02a/FPH-12fiches-cle
[4] Voir la liste des critères de la région conviviale au chapitre 13.D.5, pp.393-394.
[5] Association des Régions d’Europe.
[6] C’est l’avis de Roger Brunet, exprimé dans l’ouvrage suivant : Ò, page 84d.

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14.C. Émergence « Vosges-Ardennes »

14.C. L’émergence de la région conviviale « Entre Vosges et Ardennes »

Les notions de potentialité pure, hybride et réelle sont des applications directes en géographie des notions processives. La potentialité générale caractérise un ordre général des objets éternels (ou formes) qui n’a pas encore fait ingression (qui n’est pas encore appliqué) à une entité particulière : il s’agit ici de la « région conviviale » considérée dans sa généralité, avec ses critères énumérés au chapitre 13. La potentialité réelle est un ordre particulier à l’entité considérée : il s’agit ici de la région « Entre Vosges et Ardennes ». La potentialité réelle provient d’un certain nombre de perspectives identifiées et/ou de décisions prises quant à la mise en ordre de l’entité potentielle au regard de la potentialité générale pertinente.

14.C.1. Phase a : (ap)préhension globale de la région potentielle « Entre Vosges et Ardennes »

La carte qui suit a pour but de montrer la pertinence de la région « Entre Vosges et Ardennes » au regard des régions limitrophes fortement constituées, de leur taille, et de la taille de « l’espace en creux » restant entre le massif des Vosges et le massif des Ardennes.

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Figure 14‑9 : Le « diagramme de poids régional ». Applications des cercles de comparaison de 32 000 km2 aux régions déjà fortement constituées autour de la région « Entre Vosges et Ardennes » (Cartographie P. Vaillant)

Le polygone vert est construit en prenant la tangente médiane de l’axe qui lie la capitale régionale considérée et le pôle fédérateur de la région considérée, qui a été fixé entre Nancy et Metz au lieu du pôle d’échange potentiel « Louvigny-Vandières » ou « Mardigny », du nom de la commune situé sur la côte de Moselle (voir figure 14-16). L’intérêt de ce polygone est de fournir une appréciation de la taille et du « poids » de la région potentielle en terme de centre de gravité, de distance entre villes, d’éloignement des pôles importants, d’infrastructures principales de transport, …

Le pointillé à l’est de la région parisienne correspond au pointillé présent sur le schéma du SESGAR Lorraine. Son rayon est de 140 km. Il montre la forte attractivité de Paris au regard de l’importance de sa population. Il met en évidence l’orientation de Reims, Châlons-en-Champagne, Vitry-sur-Seine, Troyes et Auxerre vers Paris. En termes de géographie physique, il s’agit du XXX (deuxième anneau du bassin versant, le premier anneau étant plus tourné vers chacune des régions limitrophes). Le deuxième cercle de pointillé, au Nord de la région « Entre Vosges et Ardennes » montre que les Ardennes sont orientées plutôt vers le Luxembourg que vers la Belgique ou l’Allemagne.

On remarquera que la distance entre les centres régionaux considérés sont de l’ordre de 160 à 190 km, sauf entre Paris/Dijon, Stuttgart/Bern et Lyon/Bern où elles sont de l’ordre de 240 km, à cause de la taille du bassin parisien vers l’Est pour Paris/Dijon, et de l’obstacle physique de la Forêt-Noire pour Stuttgart/Bern et du jura Suisse pour Lyon/Bern.

La carte fait clairement apparaître le positionnement particulier de l’Alsace, en regard du Baden-Wurttemberg. Le Rhin de Mannheim à Bâle (limite du Rhin navigable) a toujours constitué une frontière entre deux rives très différentes (Juilliard, 1974). D’autre part, comme il est précisé ci-avant, la rive allemande a clairement opté en 1951 par référendum pour l’unité du Bade-Wurtemberg . Si l’Alsace n’était pas fédérée (tout en gardant son identité) à l’ensemble « Entre Vosges et Ardennes », elle ne pourrait pas « faire le poids » et se développer autant qu’au sein d’une région conviviale dialoguant à égalité avec ses huit voisins.

La région « Entre Vosges et Ardennes » proposée est indiquée en vert sur la figure 14-10 page 450. Le Luxembourg belge et la partie de la région Rheinland-Pfalz, proposés par SarLorLux+ comme partie intégrante de cet ensemble, sont indiqués en vert pâle, car ces territoires posent des questions plus délicates pour leur rattachement : la Wallonie est en conflit avec les Flandres, et l’insertion du Luxembourg belge dans une entité territoriale voisine pourrait l’affaiblir, et compromettre la recherche d’unité de la Belgique. Pour la partie sud de Rheinland-Pfalz, une concertation avec la population apparaît nécessaire pour susciter et vérifier une adhésion à une nouvelle organisation politique, ceci d’autant plus que cet ensemble territorial est clairement dans l’attraction directe de son centre de référence, Mainz et de la grande ville de Frankfurt.

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Figure 14‑10 : Applications des cercles de comparaison de 32 000 km2 : calcul des principales distances (Cartographie P. Vaillant sur fond de plan SESGAR)

14.C.2. Phase b : Potentialité pure : émergence d’une région

Rappelons que les potentialités pures ne sont pas des « idées abstraites » coupées du réel mais des réalités ontologiques qui caractérisent réellement les entités considérées. La potentialité d’existence de la région « Entre Vosges et Ardennes » est exprimée dans les travaux de la MIIAT  pour le Grand-Est français. Le Grand-Est est une entité administrative d’étude et de regroupement des statistiques. Le rapport d’Octobre 2001 de la MIIAT sur Les principaux enjeux d’une politique coordonnée au sein de l’interrégion exprime clairement que l’interrégion, en fait « est composée par plusieurs systèmes ayant chacun leurs orientations propres et qui se juxtaposent sans complémentarités fonctionnelles bien définies ». Le rapport exprime alors la nécessité de regrouper les informations suivant des ensembles territoriaux cohérents, pour que ces statistiques aient un sens. Ils proposent alors la carte reproduite ci-après. Sur cette carte ont été superposés les cercles indicatifs de 32 000 km2 (rayon approximatif de 100 km) et les cercles pointillés de 64 000 km2 (approximativement 140 km de rayon). La carte de ces systèmes correspond … aux régions conviviales telles que définies ci-dessus tant pour l’Ile de France, la Bourgogne que pour le quadrilatère Est (Lorraine et Alsace ensemble, en lien étroit au Luxembourg et la Sarre). Alsace et Lorraine sont séparées … mais de la même couleur, ce qui exprime une forte identité respective, dans le même ensemble territorial. La Bourgogne/Franche-Comté est qualifiée d’espace intermédiaire. Il est laissé en blanc, signe de « non-existence » … pourtant bien identifié (les autres couleurs s’arrêtent à la limite de la Bourgogne). La revue Géographique de l’Est [1] précise les spécificités de cette autre « région en creux ».

Comme pour le MIIAT, la dénomination de Grand-Est n’a donc pas de signification géographique dans la démarche de la présente thèse. Raymond Woesner (2004) fait une analyse remarquable de cette situation. Un des enjeux de la notion de région conviviale de la présente thèse est de contribuer à la préparation de la recomposition macroterritoriale en ensembles interrégionaux [2] jugée nécessaire par ces acteurs.

14.C.3. Phase c : Potentialité hybride : une région européenne modèle

La potentialité réelle est le contraste entre la potentialité générale et la réalité actuelle de la région. Elle est principalement constituée :

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Figure 14‑11 : Distinction des grands ensembles régionaux selon la MIADT (2003) avec la superposition des cercles d’échelle indicative « C » des 32 000 km2

1/ de l’ensemble des aires d’étude actuelles (Grande Région, SaarLorLux+, Quatropôle, réseaux de villes, Eurodistricts, Agglomérations transfrontalières, GLCT, …).

2/ de l’ensemble des propositions pour la constitution d’un pôle de transport cohérent, par la connexion TGV au Métrolor (connexion à Vandières).

Les acteurs de la région « Entre Vosges et Ardennes :

La Grande Région :

La Grande Région, située au cœur de l’Europe, occupe une superficie de 65 000 km2 et compte 11,2 millions d’habitants (3% de la population totale de l’Europe des 15). La Grande Région regroupe les régions suivantes :

  • la Sarre et la Rhénanie-Palatinat en Allemagne,
  • la Lorraine en France,
  • la Région wallonne et les communautés française et allemande en Belgique,
  • le Grand-Duché de Luxembourg.

Le site de la Grande Région, http://www.granderegion.net explique bien les origines de cette région dont les éléments ont toujours été associés au cours de l’histoire, même si leur contour ne correspond plus aux frontières administratives actuelles fixées seulement aux XIXème et XXème siècles.

Depuis 1995, se tiennent régulièrement tous les 18 mois des sommets de la Grande Région. Ces rencontres au plus haut niveau politique ont pour but de donner de nouvelles impulsions à la coopération transfrontalière et interrégionale au sein de la Grande Région. Chaque Sommet est consacré à un thème principal et donne lieu à des résolutions à mettre conjointement en œuvre.

Ce découpage a le mérite de faire exister un territoire cohérent entre quatre pays. Mais il ne résout pas les interfaces avec les autres régions conviviales, avec la création du nouveau contour correspondant, et une gouvernance appropriée. En outre, cette réflexion côté français n’inclut pas l’Alsace et le parcours français de la Meuse.

SaarLorLux+ asbl.

Les membres de l’association communale transfrontalière COMREGIO, créée en 1988, veulent consolider et renforcer leur coopération. Conscients des avantages qui résultent de la coopération transfrontalière, ils décident la création de l’EuRegio SaarLorLux+ asbl. en tant qu’association d’intérêt de public de droit luxembourgeois, constituée en date du 15 février 1995. Son siège social est Luxembourg-Ville.

Le « Groupe interrégional Saar-Lor-Lux » constitué en 2003 au sein du Comité des Régions auprès de l’Union européenne se concerte sur les questions importantes concernant la Grande Région.

SaarLorLux + s’approche le plus de l’ensemble Vosges-Ardennes défini juste ci-dessus. Mais l’Alsace est ignorée, et l’entité écologique de la Meuse n’est pas prise en compte.

La population est de 5,2 millions d’habitants avec une densité de population moyenne de 124 hab./km².

La Région Lorraine

La Région Lorraine s’est dotée d’un plan d’aménagement du territoire nommé l’OREAM Lorraine (Organisme Régional d’Étude et d’Aménagement de la Métropole Lorraine) dans les années 1970. Ce plan incluait déjà l’ensemble des liens avec le Luxembourg et la Sarre. Il prévoyait un centre fédérateur entre Nancy et Metz, vers Pont-à-Mousson. Mais Metz et Nancy sont restées rivales, ou plutôt indifférentes l’une à l’autre. Mais un outil remarquable est né à Pont-à-Mousson de ce programme : l’EPF Lorraine (Établissement Public Foncier de Lorraine, anciennement EPML). Cet outil prévu pour le traitement des friches industrielles traite actuellement tous les espaces dégradés de la région Lorraine, avec une couverture territoriale qui est devenue celle de la région. Les méthodologies développées peuvent permettre de traiter d’autres thématiques régionales. Cette méthodologie pour rendre à leurs territoires leur attractivité, intitulée TCFE (Territoires en Conversion à Forts Enjeux) est une forme de mise en œuvre du trialogue par la recherche d’une vision du territoire en concertation avec les acteurs et en vue de décliner des projets cohérents et pertinents entre eux.

Le Conseil Économique et Social de la Région Lorraine à travers la publication des Tableaux d’une exploration : la Lorraine en 2025 a proposé, sur la base d’un scénario au fil de l’eau 3 variantes. La deuxième est le scénario « Aire métropolitaine intégrée : 2025 : La Métropole Lorraine, enfin une réalité par la force des choses ». Les 5 facteurs principaux nommés (p.91) sont le développement de l’espace central autour des activités logistiques à forte valeur ajoutée, appuyées sur le TGV, l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine et les nouvelles liaisons routières, le renforcement du transport des personnes entre les villes, l’existence d’un réseau d’Universités, l’accueil de fonctions métropolitaines supérieures à fort rayonnement européen, des politiques culturelles, touristiques et sportives appuyées sur les complémentarités des équipements des deux villes. Ces 5 facteurs appuient la proposition concrète que nous formulons plus loin.

La Région Alsace

Malgré les évidentes différences avec la Lorraine, cette région fonctionne de fait avec l’ensemble Vosges-Ardennes : la laisser à part n’a pas de sens. Une unité est à trouver qui intègre les fortes différences. Cette unité devient une exigence d’articulation des différentes échelles de territoire sur le principe de la subsidiarité active.

Il manque à l’Alsace un outil tel que l’EPF Lorraine, et sa mise à l’étude pourrait être fructueuse.

Le land de Sarre

Pourquoi citer ici cet acteur ? La raison est son grand dynamisme pour trouver des solutions à l’étroitesse de son territoire (notamment à travers la constitution de l’Agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de près d’un million d’habitants), et un débouché à ses potentialités « qui dépassent le territoire »[3]. Notre description ne serait pas complète sans mentionner les réseaux de ville : ils sont au nombre de 7 à l’ouest des Vosges, sans les réseaux alsaciens.

Qu’est-ce que QuattroPole ?

Le « Pôle de Communication Luxembourg, Metz, Sarrebruck, Trèves », en abrégé « QuattroPole », est un réseau de villes transfrontalier, dont l’objectif est de renforcer la valeur économique de la région. Ses thèmes sont essentiellement l’amélioration des infrastructures de télécommunication et les nouveaux médias, mais aussi d’autres thèmes de la coopération transfrontalière interrégionale.

Vision citoyenne d’un administrateur régional

Des initiatives citoyennes, comme celle de Patrick Thull [4] sont à souligner. Cet énarque, Directeur Général de la Région Lorraine, a proposé, sur la base de la Grande Région élargie à l’Alsace et au Grand-Est, de dénommer cet ensemble « Le Lothier » par référence à la Lotharingie qui a existé du temps du partage de l’Europe par Charlemagne avec pour capitale Luxembourg.

Sa vision culmine dans la proposition d’accueil des Jeux Olympiques d’été de 2048. « Comment penser le monde si on ne sait pas le rêver ? » conclue-t-il son ouvrage Demain, La Lorraine [5].

Mais cette région vaste qu’il définit, le Lothier, présente du point de vue des régions conviviales la même limite que la grande région : elle ne tient pas compte de l’articulation des régions entre elles. En tenant compte des régions voisines et de leur cohérence respective, on retrouve notre espace Vosges-Ardennes, et la capitale en serait plutôt Metz, même si ensuite certaines institutions peuvent également être réparties entre les autres pôles importants.

Les habitants-usagers-citoyens

Le développement de cette vision est probablement le signe que la création d’une région compétitive pourrait être le fruit d’initiatives citoyennes, dans une gouvernance ascendante, et non plus descendante. Cela suppose le développement d’une culture du débat, non plus pour revendiquer ou s’opposer, mais pour construire, aux différentes échelles : locale (125 km2…) agglomération ou pays (2 000 km2) ou région (32 000 km2 …). Le territoire est la brique de base de la gouvernance (P.Calame).

Richesse et limites des approches actuelles

Plusieurs éléments surprennent le lecteur de tous les travaux des acteurs cités. Ces éléments concernent ce qui est exprimé et ce qui est omis. L’expression est dynamique, très documentée, ambitieuse (« devenir une région européenne modèle pour d’autres régions d’Europe » [6], et constituer un laboratoire qui pourrait se concentrer sur « les conflits culturels existant en Europe et dans le monde » [7]). On retrouve les mêmes ambitions pour la constitution de l’Agglomération de Sarrebrück-Moselle Est [8] que pour la « Grande Région » et l’association SarLorLux+ [9]. L’ambition exprimée semble quelque peu contradictoire avec la volonté de ne pas créer de structure « de plus », et réserver à un plus lointain avenir la participation citoyenne [10], tout en donnant immédiatement « un signal fort de volonté commune» [11]. Ce qui est omis concerne les relations interrégionales, la définition du périmètre permettant de connaître « l’intérieur » et « l’extérieur », la place de l’Alsace dans la réflexion, et la place du Nord du département de Champagne-Ardenne faisant partie du même bassin hydrologique. Les deux cartes présentées ont l’une un dégradé de couleur semblant dessiner le contour de SarLorLux+ (p.3) et l’autre le périmètre de SaarLorLux+ (p.48). L’Alsace et le Nord de Champagne-Ardenne sont absentes des deux cartes.

La « Grande Région » proposée semble donc :

  • d’un côté trop grande : est-il vraiment pensable d’affaiblir la Belgique en intégrant sa moitié Est dans une autre région ? La partie rhénane de Rheinland-Pfalz n’appartient-elle pas à « la mégalopole rhénane », ce que prend en compte le tracé de SaarLorLux+ ? Le détachement du sud de Rheinland-Pfalz correspond-il vraiment au souhait de la population d’adhérer à une nouvelle région d’avenir orientée vers le Luxembourg, la Sarre et la France ?
  • d’un autre côté trop petite : que devient l’Alsace ? Depuis le choix par référendum du rattachement de la rive droite du Rhin au Baden-Wurttemberg, il n’est plus envisageable (pour une raison historique, et non géographique) que l’Alsace soit incluse dans un ensemble allemand. Sa vocation n’est-elle pas dès lors de contribuer avec son identité propre à la nouvelle région pressentie ? La notion de « région modèle européenne » exprime fortement plus d’une dizaine de fois que la grande nouveauté est « la réalisation d’une synthèse créatrice d’unité dans la diversité, à un niveau d’identité nouveau »[12]. L’intégration de l’Alsace, qui sans cela resterait un « isolat » trop petit pour constituer une région, ne fait-elle pas partie de l’exemplarité à montrer ? Ne serait-ce pas là l’audace d’aller au bout de l’unité dans la différence ? En l’absence d’intégration de l’Alsace, comment parler de relations interrégionales ? Où seraient « l’intérieur » et « l’extérieur » ?
  • En dernier lieu, le Nord de la Champagne-Ardenne n’a-t-il pas la « vocation géographique » de faire partie de cet ensemble, de par son appartenance au bassin versant de la Meuse dans le prolongement de la partie déjà incluse ?

Il est exprimé dans la publication Vision d’avenir 2020 (2003) l’importance du « développement d’une identité intérieure » [13]. Mais intérieure à quoi ? Où est l’extérieur ? A propos de la création d’un centre de recherche interculturelle, il est évoqué « l’unicité interculturelle de cette région charnière », et l’importance de le faire connaître « à l’extérieur » [14]. Plus loin, il est évoqué le passage du rôle de point de jonction à « une réelle interface au cœur de l’Europe » [15]. Une interface suppose deux faces : une face intérieure, une face extérieure : on revient à la question d’un « dedans » et d’un « dehors », d’une « clôture qui permet l’ouverture », d’une « membrane » qui permet à un « cœur de région » de vivre et à des relations extérieures de se tisser. L’expression de « synthèse créatrice d’unité dans la diversité, à un niveau d’identité nouveau » est frappante par sa conjugaison des trois premières obligations catégoriales présentées en partie II : La catégorie d’obligation de l’unité subjective (CO1), la catégorie d’obligation de l’identité objective (CO2) et la catégorie d’obligation de la diversité objective (CO3). Le constat est ici d’une pertinence de ces catégories « dans la pratique », au cœur d’un message à transmettre aux citoyens d’une société régionale en émergence.

Après avoir présenté plus en détail une synthèse de la vision de la « Grande Région », cette vision sera discutée au regard des questions qui viennent d’être posées, et il sera esquissé des propositions pour définir un « intérieur », un « extérieur » et un centre. Ces propositions chercheront un ajustement en conséquence du programme de Vision d’avenir 2020 et de sa stratégie de réalisation.

Présentation de la vision de la Grande Région :

Le but du document Vision d’avenir 2020 est d’exprimer le fort potentiel de la région dans différents domaines, pour « enthousiasmer les populations de la Grande Région » [16], et contribuer au « désir de former une communauté » [17]. Ce désir est le germe sur lequel pourra se penser, se réaliser une stratégie, des actions, et s’anticiper « la future architecture de la Grande Région » [18] et la « future structure institutionnelle » [19]. Il est exprimé la volonté de ne pas créer de « suprastructure » [20], bien que le programme des établissements nécessaires pour assurer les coordinations soit bien détaillé, et qu’il existe un budget propre pour « financer les structures et les projets communs » [21]. Le but semble ici de ne pas effrayer les citoyens par une organisation coûteuse, mais au contraire de « parvenir à établir l’esprit communautaire » [22] et tracer un chemin qui ne « sera praticable que s’il passe par le cœur des gens » [23].

L’encart qui suit liste les ambitieux éléments de programme de ce qui « aura pu être réalisé d’ici 2020 » (le texte nous projette en effet en 2020, pour susciter l’adhésion au projet).

Programme des établissements nécessaires à la Grande Région, présenté dans Vision d’avenir 2020 (2003) :

– p.13b : Création d’une Maison interrégionale des cultures, incluant une Agence interrégionale pour la culture et le multilinguisme.

– p.25c : Création d’un Institut supérieur de formation pour les cadres supérieurs européens, visant à préparer les candidats aux postes à haute responsabilité dans les domaines de la politique européenne, de l’économie, de l’administration et de la justice.

– p.26a : Un Centre interrégional pour la recherche scientifique et les études interculturelles dans les régions frontalières s’appliquant à la Grande Région et d’autres régions de l’Union Européenne, avec un département « études interculturelles » pour contribuer à la résolution des conflits en Europe et dans le monde.

– p.26b : Un Institut de recherche en planification stratégique à long terme assurant un rôle international.

– p.26c : Un lieu de transfert de connaissances et de Clustermanagement international chargé de présenter le potentiel global de la Grande Région dans le domaine de la recherche

– p.27b : Un Observatoire interrégional de prospective appliquant les recommandations internationales, européennes et nationales en terme de prospection et de « research foresight »

– p.32c : Création de Plateformes d’informations intégrées permettant la réalisation d’un site Internet sur l’économie, la recherche, le marché de l’emploi, la situation sociale, les formations, le tourisme, la culture et les loisirs.

– p.33a : Création d’un Parc commercial transfrontalier et d’un Centre d’innovation interrégional pour les petites et moyennes entreprises qui se prolongeraient dans deux réseaux : un « Réseau de médiateurs d’économie », et un « Réseau de coopération interrégional et interdisciplinaire » réunissant les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises .

– p.34e : Mise en place d’un Institut de transfert du savoir et de gestion interrégionale des systèmes productifs.

– p.39c : Un Centre d’Information sociale (qui renseigne sur les offres et les institutions). Un Sommet annuel de la jeunesse sera organisé chaque année.

– p.37b : L’Académie transfrontalière des Métiers sociaux permet d’intervenir partout.

– p.30a & p.44 : Les infrastructures assurant « un réseau interrégional de transports publics performant et un raccordement à présent sans faille aux axes de transport majeurs européens » :

– Une Ligne Grande Vitesse (LGV) Est-Ouest Paris-Strasbourg,

– Une LGV Nord-Sud entre le sud de l’Angleterre-Bruxelles-Strasbourg-Méditerranée prévue il y a des années par la Commission Européenne.

– Un complément du réseau autoroutier,

– Le canal Moselle-Saône à grand gabarit,

– Un grand Aéroport interrégional et international sur un site approprié de la Grande Région, qui coordonne le potentiel des aéroports de Luxembourg-Findel, Bitburg, Frankfurt-Hahn, Zweibrücken, Sarrebrück-Entzheim et Nancy-Metz avec des rapports privilégiés avec les aéroports de Bruxelles, Paris et Frankfurt.

– p.45d : Création d’un Groupement de coopération transfrontalière pour les transports en commun sur la base des Accords de Karlsruhe ou des Accords de Mayence.

– p.46b : Création d’un Centre de trafic de marchandises intégré avec services logistiques incluant le trafic fluvial sur la Moselle, et une Académie européenne de transport et de logistique.

– p.57d : Une Maison de la Grande Région qui regrouperait tous les organes de la coopération interrégionale.

– Articulation harmonieuse avec les infrastructures européennes existantes : Cour européenne de justice, Administration parlementaire européenne, Académie européenne de droit, Cour européenne des comptes, Banque européenne d’investissement, proximité des villes de Bruxelles et de Strasbourg.

Figure 14‑12 : Programme des établissements nécessaires à la Grande Région, présenté dans Vision d’avenir 2020 (2003)

Tel qu’il est formulé, ce programme ressemble quasiment à celui d’un centre de référence non pas seulement pour la « Grande Région », mais pour devenir une « région symbole» de l’Europe. Il est vrai que l’Europe a plusieurs centres entre Bruxelles et Strasbourg, et ses élus sont en quelque sorte des itinérants entre ces deux pôles : ils sont trois semaines par mois à Bruxelles, et une semaine par mois à Strasbourg. On comprend dès lors l’importance d’une liaison ferroviaire rapide entre Bruxelles et Strasbourg. Au centre de cette liaison se trouve le sillon mosellan de Luxembourg à Metz. L’idée d’un centre de référence pour l’Europe n’est-elle pas sans pertinence ? L’idée d’un centre de référence d’une région européenne exemplaire qui assume simultanément des fonctions européennes manquantes à l’heure actuelle n’est pas sans attrait.

L’ambiguïté est entretenue par la volonté d’être une « région modèle », et par la notion même de « région de régions ». Si une région conviviale cohérente est à l’échelle indicative des 32 000 km2, ne faudrait-il pas réserver le terme de « région européenne » à cette échelle, pour mieux communiquer avec les citoyens, gagner en clarté dans les débats, et permettre l’adhésion au projet ? L’impression reste sinon d’un étage de plus dans les institutions, à l’instar des intercommunalités françaises, sans implication des citoyens, ce qui réduit le sentiment de légitimité de leur part, et affaiblit le sentiment d’appartenance à une même communauté.

Le but de ce programme est de résoudre les nombreux problèmes de coordination actuels. Ces problèmes sont listés dans le document, presque à chaque page, et chaque élément de programme répond aux problèmes précis rencontrés actuellement.

Discussion du document Vision d’Avenir 2020

Un débat sur le document est difficile sans avoir au préalable discuté la question du périmètre (frontières « poreuses », limites, lisière, « membrane » ou contour) et d’un centre de référence.

Les éléments incontestables de la région proposée, compte tenu du poids des régions existantes présentées ci-dessus, sont la Lorraine, l’Alsace (qui ne pourra jamais faire partie du Bade-Wurtemberg et est trop petite pour constituer une région indépendante), le Luxembourg et la Sarre. Les territoires sur lesquels un débat peut s’ouvrir est le Luxembourg belge, le Nord du département de Champagne-Ardenne, et le sud de Rheinland-Pfalz.

Il est choisi ici pour la suite de la réflexion d’intégrer ces territoires, sachant que la question du choix des populations concernées sera décisive pour décider de leur région d’appartenance. Ce sont des territoires « médians », placés sur une médiatrice. La dénomination proposée pour cette région conviviale en émergence est « Entre Vosges et Ardennes » ou, de façon plus brève et claire « Vosges-Ardennes ». En effet, la première dénomination semble ne pas tenir compte de l’Alsace qui n’est pas « entre Vosges et Ardennes » alors que tout l’intérêt de la région conviviale modèle proposée est de créer un territoire unifié comprenant à la fois l’Alsace et la Lorraine.

Le centre de référence peut être Luxembourg, Metz ou Nancy. Si le choix de Luxembourg peut être pertinent sur le territoire de la Grand Région, il ne l’est plus sur le territoire ajusté aux entités précitées. C’est donc entre Nancy et Metz que le choix se pose. L’opportunité de réaliser la gare d’interconnexion du TGV sur le sillon mosellan à Vandières (programmée pour 2013) rend pertinent le projet de réaliser un centre de référence au lieu même du pôle d’échange. La localisation entre Nancy et Metz d’un centre de référence a déjà été défendue depuis les travaux de l’Organisation Régionale de l’Aire Métropolitaine (OREAM) en 1970. Malgré son abandon officiel en 1991, de nombreux rapports reprennent cette idée et démontrent sa pertinence. Citons par exemple les travaux d’A.Antunes pour le Conseil Économique et Social (CES), et de Mme Roland-May en 1999, ainsi que la Revue Géographique de l’Est de 2004. Compte tenu de la farouche opposition de Vandières à tout développement dans la vallée, l’existence du Parc Naturel de Lorraine, le centre d’échange pourrait se développer entre l’aéroport, la gare actuelle de Cheminot et le village de Mardigny, de part et d’autre de l’autoroute. C’est ce scénario qui est développé.

Au niveau du programme, les projets suivants pourraient être discutés  :

  • Le projet de ligne de fret Londres-Dunkerque-Valenciennes-Metz-Strasbourg, empruntant la voie industrielle déjà équipée pour les besoins de la métallurgie.
  • La desserte en France des zones rurales déshéritées, en s’inspirant de la pratique du maillage régulier des autoroutes allemandes.
  • La connexion des TGV et TER à Vandières, et la connexion Paris-Vandières-Sarrebruck.

Pour réaliser ce programme ambitieux et résoudre les nombreux problèmes de coordination qui sont cités tout au long de l’ouvrage, il semble pertinent de proposer qu’ils soient réalisés dans un lieu unique, au Centre de référence de la région. Ce choix permettrait à la fois d’assurer la coordination, de donner un signal fort, de permettre une cohérence régionale globale. L’ambiguïté du document sur la notion de région liée à son ambition d’être une « région modèle européenne » peut être une source de créativité pour aller plus avant dans la réflexion vers une Europe des régions.

  • Les cinq agences pressenties (multilinguisme et culture, science et recherche, marketing touristique, économie et emploi, transports) pourraient être intégrées sur la base de la même structure dans un programme d’ensemble pour l’Europe. La structure proposée pourrait comprendre en synthèse les éléments du tableau qui suit. Le programme qui suit est un développement par l’auteur en fonction des éléments précités d’un schéma déjà présenté par William Twitchett dans le cadre des ateliers de l’association Terre & Cité (Arras) en 2006 et 2007. La documentation de la présente thèse vient en quelque sorte appuyer, étayer, conforter l’intuition et les schémas détaillés de W.Twitchett. On observe que cette intuition vient répondre à un ensemble de questions posées par les élus de la Grande région.

Proposition de programme pour le Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes » :

Le symbole fort souhaité par les élus pourrait avoir pour thème l’écologie :
1- La tour écologique : un symbole fort pour la région conviviale et l’Europe des régions conviviales

Les établissements de coordination interrégionale et les agences suivants :
2- Maison de la région « Entre Vosges et Ardennes » et mairie de la nouvelle collectivité
3- Culture, multilinguisme et religions
4- Science et recherche
5- Tourisme, patrimoine et sport
6- Économie et emploi
7- Transports

Le site pourrait évoquer les futures institutions et outil d’administration pour l’Europe et prévoir des places de rencontres pour les citoyens et les enfants. Tout le site haut de la colline pourrait ainsi être un espace de préfiguration d’une Europe des régions, et un lieu symbolique de rassemblement des personnes autour d’un certain nombre de thèmes énumérés ci-après :
8- Lieu de la Présidence
9- Espace du Premier Ministre
10- Lieu de l’Assemblée des régions d’Europe
11- Lieu des Forces armées
12- Lieu des Affaires étrangères
13- Lieu de la Cour suprême
14- Lieu du Sénat des nations
15- Place du peuple
16- Relais des institutions existantes (Parlement de Strasbourg, Banque européenne de Frankfurt, etc.)

Le site inviterait ainsi à mûrir le sentiment d’appartenance à la région conviviale « Vosges-Ardennes » et le sentiment d’appartenance à une Europe des régions conviviales, une « Confédération des Régions Européennes ».

  • Les infrastructures :

17- Aéroport interrégional et international
18- TGVa : Gare d’interconnexion de Vandières
19- TGVb : Gare de Vigny
20- TGVc : Gare de Louvigny
Dans ce territoire qui articule nature et culture européenne, l’accueil des jeux olympiques de 2048 selon la suggestion de Patrick Thull pourrait devenir une réalité, sous les 3 rubriques suivantes :

21- Zones sportives en vue des jeux olympiques :

  • 21a- Sports aquatiques
  • 21b- Terrains de sport
  • 21c- Village Olympique

Figure 14‑13 : Proposition de programme pour le Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes ».

La potentialité du Pôle de transport de Louvigny-Vandières est de pouvoir accueillir les établissements nécessaires à la région «  Vosges-Ardennes », et vise à préfigurer une Europe de régions conviviales potentielles. Le site est dimensionné pour être un espace symbolique de rassemblement régional et européen. Il est également dimensionné pour pouvoir éventuellement passer du symbole à la réalisation, dans une phase plus lointaine (mais anticipée).

14.C.4.Phase d : Choix, décisions, réalisations pour arriver à satisfaction

Il s’agit des prochains pas possibles à faire, ou des décisions à prendre pour concrétiser la(es) proposition(s) jugée(s) les plus pertinentes.

Le « raisonnement multiscalaire » est la description technique de phénomènes liés à plusieurs échelles. C’est la notion de subsidiarité active (le fait de traiter un problème à l’échelle adéquate) qui permet de comprendre et de donner du sens à leur articulation.

Le « raisonnement multiscalaire », présenté ci-contre, correspond exactement aux cinq échelles indicatives B, C, D, E, F du chapitre 13. L’exemple présenté de la plantation est très concret, Ces échelles n’ont leur pertinence que liées au corps social de l’homme (et ses prolongements technologiques), avec des échelles indicatives précises, utilisable sur l’ensemble de la planète. En effet, la « région », sans autre précision peut être un « pays canton » (env. 125 km2) ou un « pays arrondissement », (env. 2 000 km2) ou un sous-continent (8,2 millions de km2) et rarement dans le grand public la région conviviale (env. 32 000 km2).

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Figure 14‑14 : Le raisonnement multiscalaire (source.: A.M. Gerin-Grataloup, 2006)

La même remarque peut être faite pour la nation : près de 40 nations ont une échelle inférieure à 32 000km2, plus de 40 nations ont la taille d’une région conviviale (échelle C), d’autres la taille indicative de la France (échelle E) voire d’un sous-continent (Échelle E) : le chapitre A7.C. montre cela en détail. Il n’apparaît donc pas pertinent de raisonner sans se référer à une échelle indicative.

En ce qui concerne la région « Entre Vosges et Ardennes », ces échelles ont du sens :

L’échelle « A » indicative de 125 km2 correspond aux Communautés Urbaines de Strasbourg, Nancy, Metz, Thionville et Sarreguemines-Confluences, à la ville de Luxembourg, au Pôle Européen de Développement (PED), à l’aire d’attraction immédiate des petites et moyennes villes (Communauté des communes du Lunévillois, etc.) et aux Kreisfreistädte allemandes (Zweibrücken, Pirmasens, Trier …).

L’échelle « B » indicative de 2 000 km2 correspond aux pays de Luxembourg et Saarland, à la région NUTS 2 du Luxembourg Belge, de Trier, aux Pays de la Déodacie, du Lunévillois, de Remiremont et de ses vallées, des Vosges centrales (Epinal), de l’Ouest vosgien (Neufchâteau), de Verdun, de Bar-le-Duc, du Saulnois, etc.

L’examen des cartes montre que les NUTS 3 ont une taille intermédiaire entre l’échelle « A » et « B » en Allemagne et en Belgique, et sont à l’échelle du département en France (les NUTS 2 sont les régions). Cette grande confusion de tailles et de dénominations techniques sur des réalités différentes rend très difficile une clarté de vue et de cœur du citoyen, en vue d’approfondir son appartenance à sa région de vie. La distinction des trois échelles « A », « B », « C » peut aider à l’analyse, la comparaison et la prospective. La subsidiarité active, qui motive l’émergence de nouvelles régions, se met en place entre des échelles de territoire : la vie quotidienne se constitue en grande partie indépendamment des limites administratives, et parfois sur les limites elle-même. Ces échelles de subsidiarité active sont présentées dans le tableau qui suit

A gauche est présenté le territoire, et à droite est présenté le processus d’émergence du territoire à chaque échelle, l’exemple étant centré sur le centre de référence proposé, qui concernent simultanément les trois échelles.Cet exemple choisi souhaite être démonstratif pour tout autre exemple de la région, rural comme le Lunévillois, ou urbain mélé de nature comme la Moselle-Est. A l’échelle « B », une petite vingtaine de territoires se détachent pour une telle analyse. Pour présenter tous les cas de figures qui se présentent dans une région conviviale, il a déjà été choisi de présenté les processus d’évolution des territoires régionaux : exode rural, densification, desserrement urbain, rurbanisation, la nature dans la ville, l’agriculture, les espaces médians, … A droite est présenté le processus impliqué à l’échelle considérée. Le processus comprend les quatre phases décrites dans la partie II. La deuxième phase est nommée « Critères », car les critères de la région conviviale présentée en partie III chapitre 13 sont la structure de la vision du territoire. Ils sont les caractéristiques particulières des sociétés régionales et locales. La déclinaison des critères dans chaque cas spécifique définit l’héritage du territoire pour ses membres. En termes de pensée organique, les critères sont le complexe d’objets éternels impliqués dans la production d’un territoire convivial : ils sont les caractéristiques déterminantes de la société régionale émergente.

Ces critères ont été énoncés au chapitre 13.D. Ils sont ici les guides de l’analyse géographique. Ces critères se déclinent à toutes les échelles du territoire (Le sous-continent – 8,2 Mkm2 -, la nation -512 000 km2 – , la région conviviale – 32 000 km2 -, l’arrondissement ou agglomération – 2 000 km2 -, la ville – 125 km2 -).

Qu’apporte ici l’approche processive ? L’approche processive apporte l’exigence de la prise en compte simultanée des critères aux différentes échelles, et dans les quatre réalités d’expérience du diagnostic, de la prospective, de l’aménagement et de la décision politique. Oublier ne serait-ce qu’une seule des réalités conduit à l’inaction, l’immobilisme, même si le diagnostic est remarquable, la vision ambitieuse, les propositions pertinentes. Une vision politique sans propositions étayées par un diagnostic solide ne pourra pas conduire à une décision politique (les actes à poser) ajustée dans le sens du bien commun. Et c’est la conjugaison de l’action de tous les acteurs qui rend possible cette prise en compte simultanée. C’est le mode de gouvernance qui rend possible la rencontre de ceux qui vivent, ceux qui visent un avenir, ceux qui proposent et ceux qui décident. C’est cette rencontre qu’exprime l’approche processive. Avant d’être une méthode, le processus est le constat du fonctionnement du réel lui-même. La méthode est un outil pour se rapprocher du réel. Elle permet de réduire l’écart entre ce que l’on souhaite faire, ce qui est réellement fait, et ce que l’on obtient (qui a souvent des effets contraires indésirables et imprévus). La méthode approfondit les relations entre tous ceux qui sont impliqués dans le processus. Elle aide à la rencontre.

L’analyse étant faite, il est présenté ci-après la proposition d’aménagement du centre de référence de la région « Vosges-Ardennes ». La méthodologie a été la visite complète du site, pour en dégager les potentialités. Outre le réseau hydrographique le long duquel les quelques trente villages s’égrènent régulièrement des sources vers la rivière principale (la Seille et la Nied française à l’Est), un point remarqué est le coteau (classé en site inscrit protégé). D’anciennes voies ferrées relient plusieurs forts au centre ville de Metz. Il convient de noter que la voie SNCF principale de Metz à Sarrebruck descend en direction sud-est jusqu’à Han-sur-Nied, ce qui rend facile la jonction du TGV vers Sarrebruck en créant un arrêt dans l’aéroport international. La région disposerait ainsi d’un véritable axe ouest-est en plus d’un axe nord-sud fort, et l’agglomération de Sarrebruck (1 million d’habitants) pourrait se développer vers l’ouest. Le pôle d’échange développe les potentialités existantes et offre au fur et à mesure des aménagements des opportunités nouvelles.

Le parti urbanistique proposé est de créer un axe structurant Est-Ouest de l’aéroport à Mardigny, ponctué par les équipements de coordination et le village olympique (figure 14-15). Tout le remarquable réseau hydrographique (figure 14-16) pourrait être mis en valeur avec un réseau de cheminements piétonniers et une mise en relation systématique de ceux-ci entre eux (figure 14-17 : trame végétale). Un préverdissement systématique permettrait de contribuer à la préfiguration du site. Chacune des buttes entre les ruisseaux pourrait développer un germe de village ou de ville sur un axe Nord-Sud entre l’autoroute et la RD5. Chaque village pourrait accueillir des extensions mesurées. Un réseau de tramway pourrait se développer à partir de l’axe Vandières-Aéroport en boucles successives autour du coteau d’abord, puis des buttes/germes de villages ou de villes, et enfin des villages existants, au fur et à mesure des opérations (figure 14-18). L’analyse fine des courbes de niveau sur carte 1/25 000e agrandie montre qu’il est possible de respecter les pentes réglementaires. Les premiers équipements à réaliser seraient le « symbole régional fort », la maison de la région « Vosges-Ardennes », et la mairie de la nouvelle collectivité à créer, puis progressivement tous les centres de coordination.

Il a été choisi de ne pas faire figurer le projet d’autoroute A32 bis qui passe juste à l’est de l’aéroport. Est-il encore temps d’infléchir légèrement le tracé suivant les esquisses ci-après pour contribuer à un véritable « pôle d’échange » tel que le CERTU le décrit dans ses outils méthodologiques ?

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Figure 14‑15 : Cercle indicatif « B » (2 000 km2) sur le site du Centre de référence pour la région « Vosges-Ardennes » ; Plan de l’existant (IGN 1/100 000e)

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Figure 14‑16 : Schéma des villages existants et du réseau hydrographique (sur fond IGN)

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Figure 14‑17 : Trame verte générale du Centre de référence (sur fond masqué IGN)

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Figure 14‑18 : Prise en compte du site et schéma d’aménagement paysager du Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes »

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Figure 14‑19 : Localisation de principe des Établissements de coordination régionaux et interrégionaux du Centre de référence de la région « Vosges-Ardennes »

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Conclusion du chapitre 14

Une grande attention dans l’étude de la région « Vosges-Ardennes » a été portée à la méthode d’analyse, dans le but d’être reproductible à d’autres régions d’Europe, voir du monde. Cette démarche répond au souhait des élus de la « Grande Région » de développer « une région modèle pour l’Europe ». La réussite semble passer par l’attention portée aux médiatrices et au centre de référence. Une analyse fine des potentialités (pures hybrides et réelles) permet de proposer un contour et un centre de référence pertinent au regard des critères de la région conviviale détaillés au chapitre 13.

Cette région pose pleinement la question du colloque « Territoires institutionnels, territoires fonctionnels » (Bleton-Ruguet, Commerçon, Gonod, 2006). Comment créer un territoire institutionnel qui corresponde de façon vivante au territoire fonctionnel ? Comment articuler mondialisme et mondialisation ? Comment « vivre ensemble », créer une société régionale en dépassant les conflits des villes de Nancy et de Metz, et de l’Alsace et la Lorraine ? Comment déterminer le centre de référence et placer les médiatrices d’une telle société régionale ?

Les conflits, dans une approche processive, ne sont-ils pas un contraste unité/diversité spécifique, qu’une région conviviale peut mettre en perspective, en « mouvement » dans un accroissement d’intensité à la fois de l’unité et de la diversité ? Une communauté réussie est l’harmonisation des fortes identités de chacun, dans un esprit de coopération, et non plus seulement de compétition (toujours cette articulation du mondialisme à la mondialisation…).

Le chapitre 14 a permis d’entrer dans le raisonnement multiscalaire entre les échelles indicatives de 32 000 km2, 2 000 km2, et 125 km2, et de proposer un contour et un centre de référence régional.

Dans le chapitre 15 va être réalisée la démarche vers les plus petites échelles des 512 000 km2 (la France), 8,1 millions de km2 (l’Europe), et 132 millions de km2 (la planète).

L’ensemble de la démarche a l’intérêt de montrer l’interdépendance des territoires, et d’entrer dans le mécanisme de la subsidiarité active entre ceux-ci. L’apprentissage du regard pour appréhender les échelles de manière fine avec une référence de taille indicative précise permet d’évaluer les potentialités (pures, hybrides, réelles), d’entrer dans la prospective, et de comparer
les différents territoires de la planète à chaque échelle considérée.

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Notes :

[1] Revue Géographique de l’Est XLVI dans son numéro 1-2 2006 « La Bourgogne : dynamiques spatiales et environnement ».
[2] Rapport précité p.5 et DATAR Aménager la France de 2020, p66 (document accessible sur www.datar.gouv.fr).
[3] Degermann, 2003.
[4] Patrick Thull, Demain, la Lorraine, Éditions de l’Est, 2003
[5] Patrick Thull, op.cit.
[6] Vision d’avenir 2020, ibid, p.Ic, IVa, 1a, 3b, 6a, 6c, 7c, 8b, 21c, 42b, 43c, 58b, …
[7] Vision d’avenir 2020, ibid, p.26a.
[8] Cette ambition est exprimée dans la volumineuse Étude de préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Saarbrück-Moselle Est de 2003.
[9] Cette ambition est exprimée dans le volumineux Schéma de développement de l’Espace SaarLorLux+ de 2002.
[10] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 6d et 59a.
[11] Vision d’avenir 2020, ibid.
[12] Vision d’avenir 2020, ibid, p.12a.
[13] Vision d’avenir 2020, ibid, p.12c.
[14] Vision d’avenir 2020, ibid, p.13d.
[15] Vision d’avenir 2020, ibid, p.29a.
[16] Vision d’avenir 2020, ibid, p.4a.
[17] Vision d’avenir 2020, ibid, p.5c.
[18] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 12a.
[19] Vision d’avenir 2020, ibid.
[20] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 53a. Voir aussi dans ce sens p.54b « aucune nouvelle structure administrative », p.55d « future structure institutionnelle déjà en place ».
[21] Vision d’avenir 2020, ibid, p. 55b.
[22] Vision d’avenir 2020, ibid, p.56c.
[23] Vision d’avenir 2020, ibid, p.59c.

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