13.E. Échelles de gouvernance

〈399〉

13.E. Les échelles de gouvernance

William Twitchett a montré, en confirmation à beaucoup d’autres recherches, le passage des échelles territoriales du voisinage, du canton et du département à la commune, l’arrondissement /agglomération et région conviviale. Pierre Calame montre comment l’échelon des États n’est plus pertinent pour faire face aux défis de la planète : une subsidiarité active est nécessaire du local au global. Deux échelles nouvelles apparaissent : les régions à l’échelle des sous-continents (8,2 Mkm2) et les régions locales, que Pierre Calame appelle « Villes et territoires » [1], et que 〈400〉 l’association Terre&Cité nomme « région conviviale ». Pierre Calame en appelle ainsi à la construction d’un réseau d’échanges entre « villes et territoires » [2] comme acteurs majeurs de la gouvernance, en remplacement des entreprises pour le XXIème siècle. Beaucoup d’ouvrages géographiques font le même constat. Citons la conclusion d’Henri Nonn, professeur à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, dans une publication de la Revue Géographique de l’Est : « Ainsi, nombre de travaux récents aidant, par leurs convergences ou par leur complémentarités, à éclairer problématiques et réflexions sur le thème des « territoires », leurs articulations et leur examen (embrassant passé, présent et prospective), permettent d’insister sur l’importance des territoires et sur leurs positionnements « dans des chaînages ». Les territoires sont tout à la fois les maillons essentiels et fragiles dans une démarche d’ancrage amélioré de la géographie à l’aménagement-développement, qui en France est passé de l’aménagement du territoire à l’aménagement des territoires »[3]. Il cite Pierre Calame et André Talmant (qui a été directeur régional de l’Équipement du Nord). Les chaînages qu’il évoque sont la subsidiarité active, c’est-à-dire le fait de traiter un problème à l’échelon le plus proche du terrain, et de ne pas traiter à une échelle supérieure ce qui peut être traité à une échelle plus locale.

Le tableau qui suit montre la recomposition en cours. C’est entre ces différentes échelles que s’applique le principe de subsidiarité active. Notons ici tout de suite qu’une grande confusion règne au niveau des échelles et des territoires. En effet, les quelque 195 États de la planète sont à toutes les échelles, depuis la plus petite (44 ha pour le Vatican) jusqu’à la plus grande (17 millions de km2 pour la Russie). La liste des états dressée au chapitre 15.A (extrait de l’annexe 11) montre que quarante et un états sont de la taille indicative de 32 000 km2 d’une région conviviale. Quarante États sont plus petits. Ainsi, près de la moitié des États ne dépassent pas la région « ville et territoire » (P. Calame). À l’autre bout de l’échelle, six États sont de la taille d’un sous-continent, avec une superficie supérieure à 3 millions de km2 (Russie, Canada, états-unis, Chine, Brésil, Australie). À l’échelle intermédiaire des 512 000 km2 (de 230 000 à 712 000 km2) se trouvent 〈401〉 41 États. Cette grande diversité oblige à inventer une démarche de gouvernance à partir des territoires pertinents, en lien avec les États, mais avec une participation directe à la construction d’une gouvernance mondiale. Les États sont plutôt appelés à favoriser le dialogue entre le public et le privé, et à veiller à une justice redistributive en face d’une mondialisation économique sans frein.

Notons que les échelles présentées ici sont compatibles avec l’exigence, rappelée régulièrement par Pierre Calame, de ne pas dépasser plus de 20 entités d’un échelon à l’autre, pour permettre une gestion efficace. Le chapitre 15.D. présentera une proposition de 21 régions macro-écologiques pour la planète. La France est présentée au chapitre 15.B. en 13 régions urbaines métropolitaines. L’Europe, conçue comme fédération de régions (chapitre 15.C.) pourrait comprendre environ 108 régions urbaines (ou conviviales).

Les constats de William Twitchett et de Pierre Calame se rejoignent: « L’État reste, et restera sans doute très longtemps, du moins pour des pays comme la France et la Chine où il est le produit d’une longue histoire, un outil majeur de gestion du bien commun, d’exercice de la justice et de la redistribution, de la délivrance d’importants services d’intérêt général, de la cohésion. Mais il est à comprendre et à situer dans une pluralité d’échelles de gouvernance : le local, le national, le régional, le mondial. Ces quatre échelles de gouvernance ne peuvent fonctionner l’une sans l’autre. (…) C’est aujourd’hui, au contraire, la coopération et l’articulation de ces échelles, selon le principe de la subsidiarité active, qui doit devenir la règle » [4]. 〈402〉

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Figure 13‑9 : Tableau des entités dans l’espace et le constat des tendances

(Source : intervention de William Twitchett au congrès du Caire, AIU, 2003).

13.E.1. L’émergence des régions (sous-continents et régions conviviales) comme échelles décisives de la gouvernance

La notion de région est bien souvent floue, peu précise, et il est parfois difficile dans les écrits géographiques de savoir si l’échelle de la région concernée est celle du sous-continent ou de la région locale autour d’une ville ou d’un « centre de référence ». L’analyse attentive permet de distinguer clairement deux définitions de régions :

13.E.2. L’échelle de la région macro-écologique à l’échelle des sous-continents (8,2 Mkm2)

Un consensus se fait jour autour de cette échelle. Plusieurs actions de la FPH lui sont consacrées. Citons par exemple : 〈403〉

« Envisager une rencontre internationale au niveau des grands bassins versants » [5].

Un peu partout dans le monde on cherche donc, notamment par des approches intégrées à l’échelle des bassins versants, à sortir du cloisonnement administratif et politique qui reste la marque dominante de la gouvernance, pour inventer de nouvelles modalités de gestion des eaux et des bassins versants.

L’eau, « don du ciel » et première condition de la vie ne peut être traitée comme un bien ordinaire, ce qui renvoie aussi à la question de l’effectivité des droits économiques et sociaux.

La question de la gestion intégrée de l’eau se pose à toutes les échelles mais les grands fleuves sont l’une des raisons les plus fortes de sortir d’une gestion purement nationale des ressources naturelles pour se mettre à l’échelle, transnationale, de leur bassin versant. La plupart d’entre eux, le Rhin, le Danube, le Niger, le Mékong, pour n’en citer que quelques-uns disposent déjà, au moins sur le papier, d’institutions de gestion transnationale.

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C’est ainsi que la FPH défend l’idée que « la construction d’une gouvernance mondiale efficace suppose la constitution d’une vingtaine de grandes régions du monde, chacune dépassant 100 millions de personnes » [6]. Cette idée, également défendue par Terre&Cité, est explorée au chapitre 15.D. Ces régions macro-écologiques sont les cadres de référence pertinents et cohérents pour les territoires à une échelle locale (les régions conviviales). La FPH appelle cela « L’intégration régionale ». Elle explique : « Les tentatives de regroupement régional sont nombreuses. Il s’agit néanmoins dans la plupart des cas d’accords commerciaux régionaux visant à réduire les barrières douanières. Elles sont vécues par les populations comme de simples accessoires de la globalisation de l’économie. Apparaît en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie un désir de construire d’autres régulations, écologiques ou sociales à l’échelle régionale. Il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle seule l’Union européenne, malgré la crise qu’elle traverse actuellement, constitue une tentative historique de dépasser pacifiquement les limites des États pour construire un ensemble humain fondé sur des valeurs communes et partageant un destin commun ». La notion 〈404〉 d’ « intégration régionale » en Europe reste malgré tout orientée vers la disparition de toute barrière à la mondialisation, et la recherche d’intégration sociale vient en second, subordonnée aux impératifs économiques. L’Europe reste le témoin de la construction régionale à cette double échelle sous-continentale et locale (échelle conviviale de la « ville et son territoire »).

13.E.3. L’échelle de la région conviviale : « la ville et son territoire »

En octobre 2005, le forum organisé par FPH à Nansha, près de Canton, en Chine, sur les relations entre la Chine et l’Europe, a consisté essentiellement à présenter au public chinois l’histoire et les défis de la construction européenne[7]. Il inaugure, par l’écho qu’il a rencontré, un nouveau mode d’action : susciter directement le dialogue entre régions du monde et réfléchir aux leçons qu’il est possible de tirer, pour chaque région, de la construction européenne. FPH insiste aussi sur l’importance des réseaux internationaux d’échange entre les villes, la ville étant entendue inséparable de son territoire [8]. Une lecture attentive montre bien qu’il s’agit de deux niveaux de rencontres : la région « sous-continent » et le territoire pertinent autour d’une ville.

La notion de « convivialité » permet de s’écarter résolument d’une dégradation des territoires en « espaces » caractérisés par une distance, une métrique séparée des relations entre les sociétés (entendues au sens large : minérales, végétales, animales et humaines, c’est-à-dire l’ensemble du champ géographique, sans cloisonnements disciplinaires). Convivialité ou « vivre ensemble » fait appel à une notion transversale et relationnelle des sociétés. Là encore, cette évolution est soulignée par Michel Serres, qui insiste sur le rôle de la philosophie (notre partie II …) dans cette évolution : « La philosophie a donc pour tâche de réexaminer tous ses anciens concepts comme : le sujet, les objets, la connaissance et l’action … tous construits au long des millénaires sous condition de découpages locaux préalables ; en ceux-ci, se définissait une distance sujet-objet, le long de laquelle jouaient connaissance et action. La mesure de cette distance les conditionnait[9]. Découpage local, distance, mesure, toute cette mise en scène des théories et des pratiques se défait 〈405〉 aujourd’hui, où nous passons sur un plus grand théâtre » [10]. La notion de région n’échappe pas à cette remarque. Le « plus grand théâtre » est celui de l’importance de la société civile pour l’organisation et la gouvernance des territoires, l’importance des valeurs partagées, du sentiment d’appartenance à une même communauté de destin et à un même territoire de responsabilité écologique.

L’AIU (Association Internationale des Urbanistes) propose déjà un tel réseau d’échange entre régions du monde dans ce sens-là, et l’association Métropolis a déjà mené depuis 2005 une enquête sur les quelques 400 métropoles identifiées par l’ONU en distinguant quatre échelles de territoires : ces échelles se recoupent de façon étonnante avec les éléments de référence du tableau qui suit. Ces éléments sont présentés ci-après chapitre 13.F. p.415. Ce type de comparaisons rendu possible entre « villes et territoires » est également une réponse aux vœux formulés par Geneviève et Philippe Pinchemel [11].

Ce choix de s’ouvrir aux comparaisons et à la généralisation explique le mode d’approche spécifique de la région potentielle « Entre Vosges et Ardennes », comme exemple pour d’autres régions d’Europe, voire d’autres régions du monde : on y privilégie l’étude selon les critères de la région en se posant les questions que tout territoire se posera. Seules les réponses sont spécifiques. C’est autour des questions et des défis que le dialogue, l’échange d’expérience et la généralisation seront possibles : c’est ainsi que s’articuleront le local et le global, le particulier et l’universel. Ce sera l’apprentissage d’une diversité dans l’unité.

13.E.4. Les cercles de référence de base :

Le point de départ de la réflexion sur les échelles se trouve dans la thèse de W. Twitchett, suivant le tableau synthétique suivant : 〈406〉

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Figure 13‑10 : Les cercles de référence dans la thèse de William Twitchett (1995)

Les trois cercles de comparaison utiles pour le dialogue entre des territoires éloignés correspondent aux 3 échelles privilégiées de la vie régionale. Celles-ci  sont les suivantes :

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Figure 13‑11 : Les cercles de comparaison et d’évaluation et de prospective (W. Twitchett)

Le tableau qui suit est un prolongement du travail de William Twitchett dans sa recherche d’un cadre d’évaluation des potentialités, d’analyse et de comparaison des différentes régions du monde. La même démarche qui l’a conduit à partir de chiffres de pays et de régions qui soient un chiffre rond (125 km2, 2 000 km2 et 32 000 km2) peut être prolongé dans les plus grandes tailles et les plus petites. Une multiplication du rayon par 4 multiplie la surface par 16. Cet outil est appelé de 〈407〉 ses vœux par beaucoup de géographes, dont Geneviève et Philippe Pinchemel (2003) . Les chiffres exacts, « mathématiques », sont donnés ci-dessous. Les chiffres arrondis utilisés pour un usage courant qui se retiennent bien sont indiqués en gras.

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Figure 13‑12 : Cercles d’accessibilité privilégiée, ou échelles des espaces de vie de l’homme

Ces distances et ces surfaces ne sont pas des normes : elles sont des échelles de références pour l’analyse, la comparaison des régions sur l’ensemble de la planète, et l’évaluation des potentialités de ces régions. Elles sont des échelles où l’on observe le côté fractal des dynamiques (ou « cycles de gouvernance » pour utiliser les termes de Pierre Calame). Ce n’est pas un « système », c’est un ordre de grandeur pédagogique, qui a une valeur méthodologique. C’est entre ces échelles que s’applique le principe de subsidiarité active, c’est-à-dire le double mouvement d’ « en-bas » (la communauté et ses représentants locaux) et « d’en haut », c’est-à-dire la Nation, incarnée par l’Etat. « A travers la gouvernance, des communautés plurielles s’instituent, depuis l’échelle du voisinage jusqu’à celle de la planète » [12]. Cette formulation est une autre façon d’exprimer le caractère des sociétés structurées aux différentes échelles de la pensée organique. 〈408〉

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Figure 13‑13 : Les « coquilles de l’homme » : détail des échelles de processus territoriaux

Ces distances et ces surfaces ont donc un caractère pratique pour le dialogue entre régions : elles sont basées sur le corps de l’homme et les conséquence de sa prise en compte dans l’espace. Elles doivent être mises en contraste avec les situations locales considérées.

Nous pouvons citer à l’appui de ces échelles de référence le cadre de réflexion nationale sur les politiques urbaines futures de Royaume-Uni, présenté dans le livre blanc Urban Task Force Report. 〈409〉

Figure 13‑14 : Urban Task Force Report : un exemple des cercles du

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« vivre ensemble » des hommes (Source : Ariella Masboungi, Un urbanisme des modes de vie)

Au Royaume-Uni, le livre blanc Urban Task Force distingue les distances suivantes :

  • 0-250 m : la proximité immédiate (école, médecin, commerce, …)
  • 450 à 650 m : le quartier (centre de quartier, bureau de poste, …)
  • 600 m à 6 km : la ville (sport, bibliothèque, clinique, centre d’arrondissement, …)
  • 4 à 20 km : l’agglomération (stade, cathédrale, hôtel de ville, théâtre, …)

La référence est le corps de l’homme et ses activités. Citons également la description de la mésoterritorialité (2 000 km2) et la métroterritorialité (125 km2) évoquées par Guy Di Méo et Pascal Buléon dans L’Espace social . Pierre-Yves Le Rhun propose également des échelles équivalentes [13].

Cette démarche est beaucoup plus simple que celle de Le Corbusier dans son ouvrage Le Modulor 1 & 2. Elle a une visée pratique et pédagogique alors que Le Corbusier a une visée scientifique : il trouvait dans la nature les mesures de son « Modulor ». Il a déposé un brevet. Il a toute sa vie conservé dans sa poche le mètre ruban du Modulor pour accroître tous les jours ses observations. Il serait intéressant dans des approfondissements futurs de faire le lien avec sa recherche. 〈410〉

Le schéma (fig. 13-14) qui suit présente l’intérêt des trois groupements pédagogiques d’échelle :

  • Le premier groupement est celui des cinq « échelles de l’intimité », de « l’empreinte » (125 mm2) jusqu’à la pièce (7,5 m2)
  • Le second groupement d’échelle est celui des cinq « échelles de proximité », du foyer (125 m2) au quartier ou petite ville (7,8 Mm2 ou 780 ha)
  • Le troisième groupement d’échelle est des cinq « échelles des territoires », qui vont de la ville (125 km2) au sous-continent (8,2 Mkm2)

L’intérêt est d’assimiler dans sa compréhension quotidienne des événements que le rapport d’échelle de l’empreinte à la pièce est le même que le rapport du logement au quartier, que le rapport de la ville au sous-continent, et le rapport de la Terre à un peu plus loin que la Lune. La référence à la Terre introduit à une pensée en volume, et non plus seulement en surface. Ce rapport est de 256 (162) pour les distances, et de 65 536 pour les surfaces. Les cartes et les maquettes aident à ce passage d’échelle et au raisonnement multiscalaire.

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Figure 13‑15 : Les trois principaux groupement d’échelle : l’intimité, la proximité et les territoires.

13.E.5. Intérêt des cercles de référence pour les comparaisons

Les cercles de référence sont l’outil de la relation, de la communication entre des réalités disparates ayant une expression graphique disparate. Les cartes sont à des échelles différentes, les frontières aussi. Le site, comparé à d’autres sites à la même échelle, est en définitive la meilleure référence. L’homme, à travers son histoire, vient s’inscrire dans un site. Au sein des activités humaines, les activités économiques prennent progressivement plus d’ampleur. Elles s’emboîtent dans cet ordre, 〈411〉 et les cercles de référence font émerger la réalité humaine de la réalité des sites, et dans les ensembles urbains font émerger les établissements humains, et parmi les établissements humains, les établissement économiques. Le sujet émerge du monde. L’activité économique est le fruit de la créativité du sujet en harmonie avec la nature. Tel est l’ordre de la pensée organique. C’est l’ordre inverse de l’hypermodernité décrite par François Ascher, même si, bien sûr, au croisement des deux démarches, des vérités communes apparaissent. C’est l’orientation qui distingue alors les démarches et le sens… l’orientation de la démarche est signification.

Cette inversion est la même que celle de l’attention portée dans une phrase soit sur le sujet et les attributs (hypermodernité), soit sur le verbe (pensée organique). « L’urbaniste imagine une zone industrielle » : la relation qui lie l’urbaniste (et son client) aux espaces industriels créés est l’imagination. Le verbe porte le sens. Le verbe réalise la valeur, alors que le sujet et l’espace industriel matérialisent la valeur. L’attention dans les deux cas ne se porte pas dans la même direction. On retrouve la distinction d’Ivan Illich citée plus haut [14]. André Gounelle exprime cela très clairement dans son ouvrage sur le dynamisme créateur en prenant l’exemple de « Pierre sent une rose » [15].

Ainsi, de la région conviviale (entendue comme le site urbain en tant que région, territoire régional) émerge la société conviviale (le site urbain en tant que région de vie quotidienne et hebdomadaire). Et de la société conviviale naissent les outils qui rendent efficace la créativité de l’homme en société. L’évolution de la bonne gestion de la maison de l’homme à l’économie industrielle est celui du mot même d’économie (Rey, Dictionnaire à la rubrique Economie ). Ici encore, l’étymologie et l’histoire du mot économie indiquent le sens de l’émergence de la réalité économique de l’homme (l’origine est oikos, la maison, l’espace domestique) à l’outil d’appui de son existence, et non de l’homme au service de l’économie. L’économie n’est pas au cœur de la vie, comme pourrait le faire croire une fausse interprétation du schéma des trois cercles des dimensions : elle émerge de la vie, elle en est une petite partie, elle y est insérée, emboîtée, reliée de manière incontournable. L’oubli de cet emboîtement et du sens de cet emboîtement conduis aux désordres de la planète. 〈412〉

La région conviviale est l’échelle de conjugaison de l’attention portée à la société (mondialisme -émergence d’une communauté politique internationale-) et à l’économie (mondialisation -émergence d’un marché économique planétaire). Elle permet d’incarner une philosophie nouvelle. Une attention portée à cette échelle suppose « une nouvelle conception et une nouvelle place des États nationaux », et de « reconsidérer leurs relations avec les territoires qui les composent » [16]. Par bien des côtés (échelle pertinente pour les écosystèmes, ressources en eau, les sociétés et les hommes dans leur vie quotidienne), la région conviviale apparaît comme une brique de base de la gouvernance de la communauté politique mondiale en émergence. Elle peut équilibrer les forces de créativité destructrices de la mondialisation avec les forces de créativité structurantes des sociétés, la notion de société allant du minéral, végétal, animal à l’homme (absence de séparation de la nature et de la culture, absence de dualisme).

13.E.6. Échelle de proximité de 125 km2

L’échelle de proximité correspond à une surface de 125 km2 (rayon de 6,3 km env.) qui est celle des relations sociales ordinaires, quotidiennes. C’est l’échelle de déplacement à pieds, en deux roues, ou transport urbain dense en site propre. C’est la commune, ou la ville. La ville ne disparaît pas, contrairement à ce qu’annoncent de nombreux ouvrages : elle a sa pertinence à cette échelle spécifique. Elle propose un centre, un espace de rencontre, de face à face, de lieu d’exercice de la démocratie qu’aucune technologie ne pourra remplacer, si la référence reste bien le corps de l’homme. 〈413〉

13.E.7. Échelles d’agglomération de 2 000 km2

Cette échelle correspond à une surface de 2 000 km2 (rayon de 25 km env.). C’est l’échelle maximum d’un réseau de transport en commun dense, type RER, métro ou service de bus dense. C’est le territoire d’une agglomération, ou d’un pays / arrondissement. En secteur rural, c’est l’échelle de rayonnement d’une petite ville (Neufchâteau, Remiremont) et en secteur urbain, c’est la reconnaissance des agglomérations morphologiques (Moriconi-Ebrard, 1994 & 2000).

13.E.8. Échelle des 32 000 km2 ; sentiment d’appartenance et responsabilité. Émergence de l’échelle « C » indicative de 32 000 km2

L’échelle de la région conviviale, 32 000 km2 (rayon de 100 km env.) permet d’optimiser l’analyse, d’apprécier l’évaluation des potentialités et de dresser des comparaisons. À cette échelle territoriale, en 2006, la région Midi-Pyrénées a 2,76 millions d’habitants, Paris en compte 11,46 millions, et les Pays-Bas 16,23 millions. Les travaux de William Twitchett font alors apparaître les critères pour une région conviviale, qui sont dans sa percutante, et décisive intervention du Congrès du Caire en 2003. Une typologie des régions conviviales peut alors être proposée pour la planète, dans le prolongement des premières propositions de William Twitchett au Congrès de Genève en 2004. L’analyse concerne la vie quotidienne, hebdomadaire, l’accès aux sites de loisirs. La méthode balaye l’environnement, le bâti, les infrastructures (relations avec le monde extérieur, recouvrements, interférences de responsabilité).

La dynamique territoriale mesurée à l’échelle de la région conviviale passe par le corps de l’homme, dans toutes ses dimensions, ou milieux : corps personnel, corps social, corps spatial. L’importance du corps de l’homme ne sera jamais trop soulignée pour sortir des dualismes, des oppositions, et du concret mal placé. L’homme, à travers son corps travaille, vit en société, se ressource dans la nature (A. Frémont, Guy Di Méo) Les réalités de la dynamique sont les composantes de la gouvernance territoriale de Pierre Calame. Le procès est l’explicitation des relations au sein du « système de relations ouvertes » [17] qu’est le territoire. La pensée organique montre que cette dynamique est celle même des entités ultimes de la nature, les entités actuelles. Dès lors, la réalité en géographie ne se pense plus en termes de conflit, de limites, d’oppositions, de contradictions (J-P. Paulet, p.123) mais d’appartenance, d’inscriptions entrelacées, de solidarités, de relations, de confrontations – au sens originel de « déterminer par un face à face » ou de « comparer » (A. Rey, DHLF, p.848). Ce passage de l’un à l’autre est pour nous le passage de l’hypermodernité à la transmodernité (voir le chapitre 12).

La région conviviale est l’espace maximum où l’homme peut conserver un sentiment d’appartenance à une même entité humaine et naturelle à travers ses activités quotidiennes (travail), hebdomadaires (équipements, services), mensuelles (détente, loisir, accès à la nature). Elle est 〈414〉 « l’espace domestique où s’organisent des relations, si possible contractuelles, entre différentes catégories d’acteurs » [18]. Elle est l’échelle de construction d’une nouvelle gouvernance mondiale, dans sa double dimension sociétale (mondialisme) et économique (mondialisation) [19].

C’est l’échelle où la notion d’obligation écologique et de prise de responsabilité dans cette zone d’accessibilité est optimum : gestion des ressources en eau, équilibre avec la nature, gestion des ressources minérales et végétales, etc. La région dans ce sens est une « mini-planète », un lieu d’articulation du local et du global.

L’expérience montre que la taille « maximum » d’une telle région est de l’ordre de 32 000 km2, ce qui correspond à un territoire qu’il est possible de parcourir en une journée (rayon d’environ 100 km). Cela permet de conserver un sentiment d’appartenance. Cette remarque est à ajuster en fonction des moyens de transports possibles, de nouvelles technologies et de la densité des mouvements pour le grand nombre. Il est à tenir compte aussi des régions exceptionnelles, notamment désertiques, ou hors oekoumène (voir Ch. 15.C.). Etienne Julliard insistait sur cette dimension « maximale ». Il explique que si nous mettons à part quelques villes « mondiales » qui dépassent largement la fonction d’une capitale régionale [20], « il semble qu’un rayon de 100 km soit un maximum au-delà duquel les temps de déplacement deviennent excessifs et s’estompent à l’excès le sentiment d’appartenance à une région donnée. (…) Ils supposent qu’au-delà de 50 km, la capitale régionale soit relayée par une couronne de centres satellites, qui rayonneraient chacun sur 25 km environ au maximum » [21]. Etienne Julliard apporte ainsi beaucoup d’éléments justificatifs à travers toute la publication des échelles de l’ordre de grandeur des 2 000 km2 et des 32 000 km2. Il ne s’agit pas de normes, mais d’un outil de comparaison entre des territoires différents, pour 〈415〉 faciliter le dialogue et la compréhension entre régions. Les régions conviviales peuvent devenir « un acteur social majeur du XXIème siècle » [22].

Curieusement, les travaux plus récents de François Moriconi-Ebrard (1994, 2000) reconnaissent les trois échelles approximatives de 125 km2, 2 000 km2 [23] et 32 000 km2, mais la caractérisation de la région semble moins assurée : il parle de « tiers espace » (et cite Giraud & M. Vanier, 2000) et d’un « nouveau paradigme » qui « réside dans le fait que l’aire métropolisée intègre dans son territoire un nouveau type de citoyen » [24]. Pourtant, les statistiques qu’il présente ainsi que les travaux de l’association Métropolis, présentées ci-après, permettent de proposer la notion de région morphologique.

(…) 〈416〉

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Notes :

[1] Pierre Calame, Le développement durable des villes et des territoires, Conférence au Congrès de l’Association des Maires de Chine (23-24 juin 2001), nomenclature ETA31, ETAT66, 7p. Après avoir listé l’accroissement des pauvretés et de la violence dans les villes, Pierre Calame emploie prés de 10 fois l’expression agrégée « les villes et les territoires », rejoignant par là l’intuition de la région urbaine ou région conviviale (pour ne plus distinguer urbain ou non urbain et ne pas faire de ségrégations). Ce texte est repris dans La démocratie en miettes. Pour une révolution de la gouvernance, ECLM 2003, (voir p.282c).
[2] Cette expression représente selon nous l’intuition que la ville ne peut pas être séparée de son territoire, ce qui est la définition d’un site urbain, ou région urbaine. La notion de région conviviale cherche à éviter la dichotomie entre urbain et rural d’un coté et les approches géographiques trop éloignées de la recherche d’un « vivre ensemble » avec sa part d’irrationnel et de symbolique.
[3] Henri Nonn, Revue géographique de l’Est, tome XL, 4/2000, p.175-180, « Déclinaison sur la recomposition des territoires dans le cadre français », p.179-180. Il cite notamment dans sa note 14 de la page 179 Pierre Calame et André Talmant : « un impératif catégorique de la gouvernance : concilier l’unité et la diversité », in Coll (1997) L’État au cœur. Le Meccano de la gouvernance, Ed. Desclée de Brouwer.
[4] Pierre Calame, « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance », Synthèse FPH, 20 Mars 2006, 14 pages, bip 2898, placé en annexe 02b.
[5] http://www.fph.ch/fr/actions.html?tx_fphfiches_pi1%5BactionId%5D=44cHash=67b05d423d
[6] Cette idée est développée dans l’action stratégique thématique « Intégration régionale » à l’adresse suivante : http://www.fph.ch/fr/strategie/thematique/integration-regionale/theme-integration.html.
[7] Ibid
[8] Voir le texte de 7p. rédigé le 5 juin 2001, codifié ETA31/ETA66, écrit par Pierre Calame pour la Conférence du Congrès des Maires de Chine des 23 et 24 Juin 2001.
[9] Voir les exemples frappants de Michel Lussault pour le XVIIIème siècle dans L’Homme spatial, 2007.
[10] Michel Serres, Retour au Contrat naturel, BNF, 2003, p.15.
[11] Geneviève et Philippe Pinchemel, Géographes : une intelligence de la Terre, Éditions Arguments, 2005, p.176. . Il exprime à propos des études de type monographique : « La géographie générale n’y trouve pas son compte, parce que l’étude monographique ne débouche pas souvent sur des recherches comparatives, parce que trop de thèmes y sont abordés (…). La géographie régionale se limite, de son côté à une collection de tableaux régionaux. Il invite à généraliser et amorcer des comparaisons ».
[12] Les principes de la gouvernance pour le XXIème siècle, Cahier de propositions coordonné par Pierre Calame, disponible sur www.alliance21.org (rubrique propositions puis gouvernance).
[13] Institut de Recherche du Val de Saône-Maçonnais, Colloque Territoires institutionnels, territoires fonctionnels, Maçon, 25 et 26 septembre 2003, Communication de Pierre-Yves Le Rhun « Le respect des territoires, principe de base d’une organisation régionale démocratique » (à partir de l’exemple de la France de l’Ouest).
[14] Illich, La convivialité, p.28.
[15] André Gounelle, Le dynamisme créateur de Dieu : essai sur la Théologie du Process, Éd. Van Dieren, Paris, Juin 2000, page 36.
[16] Pierre Calame, Repenser la gestion de nos sociétés, 10 principes pour la gouvernance du local au global, Ed. CLM, p.18a.
[17] P.Calame, ibid, p.20a.
[18] P. Calame, idid, p.20a.
[19] Voir la distinction en partie II, chapitre 11.B.4.
[20] Etienne Juillard, La « région ». Contributions à une géographie générale des espaces régionaux, Éditions Orphys, Paris, 1974, 230 p. Il classe Paris dans ces villes mondiales et propose pour Paris un rayon de 200 km. Mais une ville internationale justifie-t-elle vraiment une telle centralisation ? Londres, ville internationale est insérée dans une région de 20 millions d’habitants… dans une région de 39 000 km2, de rayon peu supérieur à 100 km. Que penser de Tokyo, 40 Mhab sur un territoire exigu ? Ce point est analysé au chapitre 14.B.1.1. page 441.
[21] Ibid. Voir notamment « Divisions administratives et régionalisation économique (pays non socialistes) » p. 175-186 ; « La géographie et l’aménagement régional » ; « Dimensions spatiales et démographiques de régions de développement en Europe occidentale » p. 201-205. La citation est de la page 202.
[22] P.Calame, ibid, p.21b.
[23] François Moriconi-Ebrard (2000), p.40c. Il propose comme critère d’agglomération morphologique à cette échelle le seuil de 2 millions d’habitants.
[24] François Moriconi-Ebrard (2000), p.98b.

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire