9.C.Les catégories organiques

〈279〉 (…)

9.C.  La présentation générale des catégories organiques :

Les catégories sont de quatre types:

  • La Catégorie de l’Ultime, la Créativité, dont l’abréviation sera CU,
  • Les Catégories d’Existence, dont les abréviations seront CX1 à CX8,
  • Les Catégories d’Explication, dont les abréviations seront CE1 à CE27,
  • Les Catégories d’Obligation (ou Obligations Catégoriales) dont les abréviations sont CO1 à CO9.

Ces catégories ont été rassemblées dans le tableau ci-après, et sont décrites dans le texte exact et complet que Whitehead lui-même a placé en tête de Procès et réalité. Le but est de permettre au lecteur de former sa propre sensation de l’ensemble du schème organique dans son contexte original. En effet, tous les éléments en sont interdépendants, « organiques » et ne peuvent être saisis que les uns par les autres.

En préalable, voici quelques commentaires qui font la liaison avec les analyses des chapitres précédents qui ont utilisé ces catégories. En effet, les premières catégories de chacun des types ont été analysées le plus soigneusement possible en rapport avec leur utilisation en géographie.

  • La catégorie CX1 (l’entité actuelle) est analysée ci-dessus au chapitre 7.B. Dans la définition organique des objets géographiques l’entité actuelle remplace la notion d’actant de Michel Lussault (voir au chapitre 11, A&B). L’entité actuelle remplace la notion d’« atome » de notre scolarité. Elle est appelée à être enseignée tôt ou tard dès le plus jeune age psi l’on veut promouvoir l’« unité subjective » de la personne, plutôt que les dissociations et disjonctions actuelles (Morin [1]).
  • La catégorie CX2 (l’(ap)préhension) est analysée avec la phase « a » du procès de concrescence au chapitre 11.B.2 : on y montre comment ce terme est utilisé couramment dans le quotidien. La pensée organique est l’analyse de ce quotidien.
  • La catégorie CX3 (le nexus) est analysée au chapitre 7.C. 〈281〉 
  • La catégorie CX4 fait partie de la préhension. C’est probablement sa dissociation quasi systématique des éléments concrets de l’expérience dans la culture moderne dualiste qui oblige à l’élever au rang de catégorie.
  • La catégorie CX5 (les objets éternels) est analysée avec la phase « b» du procès de concrescence au chapitre 8.C.1. L’objet éternel est synonyme de potentialité pure (ou générale [2]). La référence à la potentialité permet de rejoindre le quotidien, tout en permettant une utilisation technique du terme.
  • La catégorie CX6 (les propositions) est analysée avec la phase « c» du procès de concrescence aux chapitre 8C.2 à 8.C.4. Le terme « proposition » est utilisé couramment dans le langage quotidien. La pensée organique est l’analyse de ce quotidien. « Proposition » est synonyme de potentialité hybride [3] , ce qui permet de le relier à la potentialité pure (ou objets éternels) et à la potentialité réelle (les actualisations).
  • La catégorie CX7 (les multiplicités) est analysée en même temps que les nexùs(CX3),
  • La catégorie CX8 (les contrastes) fait l’objet d’une symbolisation en « triangle » dans les schémas de concrescence. Un exemple concret (le cheminement d’une proposition de l’ingénieur jusqu’au Conseil Municipal) est fourni en partie I, chapitre 2.F.1. (figure 2.14). et exemple montre comment la vie quotidienne est remplie de contrastes. Ce terme n’est pas réservé l’Art (à la peinture, à la photographie ou au cinéma) …
  • La catégorie CE9 (le procès) est analysée au chapitre 9.A. : il est montré comment ce terme est utilisé couramment dans le quotidien. La pensée organique est l’analyse de ce quotidien.
  • Les catégories d’obligation ont été analysées globalement au chapitre 8.B.6.

Aller plus loin dans la présentation serait une autre thèse. On constate que les termes techniques de la pensée organique sont des termes du quotidien (principes de Crosby présentés en partie I, chapitre 1.E.7.). La démonstration en a été faite de façon soignée pour les termes d’appréhension, de procès, de proposition, de potentialité, de contraste, de société. Elle pourrait être poursuivie avec les termes d’ objectivation, d’ actualisation, d’ harmonie, d’ intensité, de liberté, … Chacun pourra 〈282〉 dans son expérience personnelle quotidienne, ses rencontres et ses lectures, faire ses propres observations.

Pour faire le lien à la géographie, cette insistance de Whitehead sur les faits (CX1à8, les faits concrets, manifestes, intimes, potentiellement déterminés, …) rejoint l’insistance du géographe Jean Brunhes sur les « faits essentiels » de La géographiques humaine (1956). Ses faits de géographie humaine « sont classés par ordre de complexité croissante.- de la géographie des premières nécessités vitales (besoins physiologiques fondamentaux : manger, dormir, se vêtir) jusqu’à la géographie politique et, dans son sens le plus général, à la géographie de l’histoire » [4]. Il propose alors 3 groupes et six types de faits essentiels : faits d’occupation improductive du sol (maisons et chemins), faits de conquête végétale et animale (champs cultivés et animaux domestiques), faits d’économie destructive (exploitations minérales et dévastations végétales ou animales). Avec l’accélération de l’histoire depuis 1942 et l’irruption dans la vie des hommes de nouveaux objets géographiques (hybrides entre potentialités pures -ex : mathématiques- et potentialités réelles -ex : actualisations, sociétés-), cette liste est appelée à évoluer, et les définitions de l’objet géographique de notre chapitre 11 (et son tableau synthétique en 11.B.3.) sont un pas en ce sens. On voit donc que les catégories sont la base des notions géographiques utiles à ces recherches futures.

Catégorie de l’Ultime : la Créativité.

Figure 9‑5 : Catégorie de l’Ultime (CU) (Source: PR 21 (72))

Tableau des Catégories d’existence (CX1 à CX8)
CX1 : Les entités actuelles (aussi appelées occasions actuelles d’expérience). Ou Réalités finales, ou Res Verae CX2 : Les Préhensions,
ou Faits concrets de Relation
CX3 : Les Nexus,
ou Faits Manifestes.
CX4 : Les formes subjectives,
Ou Faits intimes.

〈283〉 

CX5 : Les Objets Eternels,
Ou Pures possibilités pour le fait d’être Déterminé spécifiquement, ou Formes de définités [5].
CX6 : Les Propositions,
ou Faits potentiellement déterminés.[6]
CX7 : Les Multiplicités,
Ou Disjonctions Pures d’Entités diverses.
CX8 : Les Contrastes,
Ou Modes de Synthèse des Entités dans une Préhension, ou Entités modélisées.
(Contrastes de contrastes, puis contrastes de contrastes de contrastes, et ainsi de suite).

Figure 9‑6 : Les Catégories de l’existence (CX1 à 8) (Source : PR 22 (73))

Tableau des Catégories d’Explication (CE1 à CE27)

(ces catégories sont présentées en 3 colonnes de 9 catégories)

CE1 : Le monde actuel est un procès, et le procès est le devenir des entités actuelles. Les entités actuelles sont donc des créatu­res ; elles sont aussi appelées « occasions actuelles ». CE10 : La première analyse d’une entité actuelle en ses éléments les plus concrets la fait apparaître comme étant une concres­cence de préhensions, qui ont leur origine dans le procès de son deve­nir. Toute analyse plus approfondie est une analyse de préhensions. L’analyse en termes de préhensions est appelée « division ». CE19 : Les types fondamentaux d’entités sont les entités actuelles et les objets éternels. Les autres types d’entités expriment seulement comment toutes les entités des deux types fondamentaux sont en communauté réciproque dans le monde actuel.
CE2 : Dans le devenir d’une entité actuelle, l’unité potentielle des multiples entités dans leur diversité disjonctive – actuelles et non-actuelles – acquiert l’unité réelle (real) de l’entité actuelle unique ; de sorte que l’entité actuelle est la concrescence réelle de multiples potentiels. CE11 : Toute préhension comprend trois facteurs :
– Le sujet qui préhende, c’est-à-dire l’entité actuelle dont cette préhension est un élément concret ;
– Le donné (datum) qui est préhendé ;
– La forme subjective, qui exprime comment ce sujet préhende ce donné.Les préhensions d’entités actuelles – c’est-à-dire les préhen­sions dont les data impliquent des entités actuelles – sont appelées préhen­sions physiques ; les préhensions d’objets éternels sont appelées préhensions conceptuelles. Les formes subjectives de ces deux types de préhensions n’impliquent pas nécessairement la conscience
CE20 : « Fonctionner » signifie apporter une détermination aux entités actuelles dans le nexus d’un certain monde actuel. Le caractère déterminé et l’identité propre (self-identity) d’une entité ne peu­vent donc faire abstraction de la communauté des différents fonctionne­ments de toutes les entités. La détermina­tion est analysable en défini­tude et position : la définitude est l’illustration d’objets éternels sélec­tionnés, et la position est le statut relatif des entités actuelles dans un nexus
〈284〉 

CE3 : Dans le devenir d’une entité actuelle, sont en devenir également les préhensions nouvelles, les nexùs, les formes subjecti­ves, les propositions, les multiplicités et les contrastes ; mais il n’y a pas d’objets éternels nouveaux.

CE12 : Il existe deux espèces de préhensions :
(a) Les « préhensions positives », appelées « sentirs » (feelings).
(b) Les « préhensions négatives » qui sont dites « éliminées du sentir ».[7] Les préhensions négatives ont aussi des formes subjecti­ves. Une préhension négative maintient son datum inopérant dans la [24] concrescence progressive des préhensions constituant l’unité du sujet.
CE21 : Une entité est actuelle quand elle a une signification pour elle-même : par quoi l’on veut dire qu’une entité actuelle fonc­tionne eu égard à sa propre détermination. Ainsi, une entité actuelle joint l’identité du soi (self-identity) à la diversité du soi (self-diversity).[8]
CE4 : La potentialité d’être un élément dans une concrescence réelle [9] fusionnant des entités multiples en une actualité unique est l’unique carac­tère métaphysique général attaché à toutes les entités, actuelles ou non [c’est-à-dire aux entités actuelles et aux objets éter­nels] [10]; et chaque élément de son univers est impliqué dans chaque concres­cence. En d’autres termes, il appartient à la nature d’un « être » d’être un potentiel pour tout « devenir ». C’est le « principe de relativité ». CE13 : Il y a de nombreuses espèces de formes subjectives, telles que les émotions, les valuations, les intentions, les adver­sions [11], les aversions, la conscience, etc. CE22 : Une entité actuelle, en fonctionnant pour elle-même, joue différents rôles dans sa formation propre (self-formation), sans perdre son identité propre (self-identity). Elle est auto­créatrice, et dans son procès de création elle transforme sa diversité de rôles en un unique rôle cohérent. Ainsi, le « devenir » est la transformation de l’incohérence en cohérence, et dans chaque cas particulier il cesse quand ce but est atteint.
CE5 : Deux entités actuelles ne peuvent avoir pour origine un univers identique, même si la différence entre les deux univers consiste seulement [23] en ce que certaines entités actuelles font partie de l’un et pas de l’autre, et que chaque entité actuelle introduit dans le monde des entités 〈285〉 subordonnées. Les objets éternels sont les mêmes pour toutes les entités actuelles. Le nexus d’entités actuelles de l’univers corrélé à une concrescence est appelé « le monde actuel »[12] corrélé à cette concrescence. CE14 : Un nexùs est un ensemble d’entités actuelles dans l’unité de la relationalité constituée par leurs préhensions mutuelles, ou, inversement – ce qui revient au même – constituée par leurs objectivations mutuelles. CE23 : Cet auto-fonctionnement est la constitution interne réelle d’une entité actuelle. C’est l’« immédiateté » de l’entité actuelle. Une entité actuelle est dite le « sujet » de sa propre immédiateté.
CE6 : Chaque entité dans l’univers d’une concrescence donnée peut, dans la mesure où est concernée sa nature propre, être impliquée dans cette concrescence selon l’un ou l’autre de multiples modes ; mais en fait elle n’est impliquée que selon un seul mode : ce mode particu­lier d’impli­cation ne devient totale­ment déterminé que par cette concres­cence, bien qu’il soit conditionné par l’univers corrélé. Cette indétermi­nation, rendue déterminée dans la concres­cence réelle, constitue la signifi­cation du terme « potentialité ». Puisqu’il s’agit d’une indéter­mination condi­tionnée, on l’appellera « potentialité réelle ». CE15 : Une proposition est l’unité de certaines entités actuelles dans leur potentialité à constituer un nexus, avec sa relationalité potentielle partiellement définie par certains objets éternels ayant l’unité d’un unique objet éternel complexe. Les entités actuelles mises en jeu sont appelées les « sujets logiques » », et l’objet éternel complexe le « prédicat ». CE24 : Le fonctionnement d’une entité actuelle dans la créa­tion de soi d’une autre entité actuelle est l’« objectivation » de la première pour la seconde. Le fonctionnement d’un objet éternel dans la création de soi d’une entité actuelle est appelé l’« ingression » de l’objet éternel dans l’entité actuelle.
CE7 : Un objet éternel ne peut être décrit qu’en fonction de sa potentialité d’ingression dans le devenir des entités actuelles ; son analyse ne révèle que d’autres objets éternels. C’est un pur potentiel. Le terme « ingression » désigne le mode particu­lier selon lequel la potentialité d’un objet éternel se réalise dans une entité actuelle particulière, contribuant à la définitude de cette entité actuelle. CE16 : Une multiplicité consiste en de multiples entités, et son unité est constituée par le fait que toutes ses entités constituantes satis­font individuellement au moins à une condition qu’aucune autre entité ne satisfait.
Tout énoncé concernant une multiplicité particulière peut être exprimé :
– soit comme se rapportant séparément à tous ses membres
– soit comme se rapportant séparément à certains de ses membres indéfinis,
– soit comme niant l’un de ces énoncés.
Un énoncé qui ne peut être exprimé sous cette forme n’est pas un énoncé sur une multiplicité, bien qu’il 〈286〉 puisse être un énoncé sur une entité étroi­tement associée à une certaine multiplicité, c’est-à-dire systématique­ment associée à chacun des membres de cette multipli­cité.
CE25 : La phase finale du procès de concrescence, qui consti­tue [26] une entité actuelle, est un sentir unique, complexe et complètement déter­miné. Cette phase finale est appelée la « satisfaction ». Elle est complè­tement déterminée en ce qui concerne :
a) sa genèse,
b) son caractère objectif pour la créativité transcendante,
c) sa préhension – positive ou négative – de chaque  élément de son univers.
CE8 : Une entité actuelle exige deux descriptions :

l’une qui analyse sa potentialité d’« objectiva­tion » dans le devenir d’autres entités actuelles,

l’autre qui analyse le procès qui constitue son propre deve­nir.

Le terme « objectivation » désigne le mode particulier selon lequel la potentialité d’une entité actuelle se réalise dans une autre entité actuelle

CE17 : Tout ce qui est un datum pour un sentir a une unité en tant que senti. Les nombreux composants d’un datum com­plexe ont donc une unité : cette unité est un « contraste » d’entités. En un sens, ceci signifie qu’il existe un nombre infini de catégories d’existence, puisque la synthèse d’entités en un contraste produit en général un nouveau type existentiel. Par exemple, une proposition est, en un sens, un « contraste ». Pour les fins pratiques de l’« entendement humain », il suffit de considérer quelques types d’existence de base, et de réunir en bloc les types les plus dérivés sous l’appellation de « contras­tes ». Le plus important de tels « contrastes » est le contraste « affirmationnégation » dans lequel une proposition et un nexus réalisent leur synthèse en un unique datum, les membres du nexus étant les « sujets logiques » de la proposition. CE26 : Chaque élément du procès génétique d’une entité actuelle a une fonction consistante en soi (self-consistent), et cependant complexe, dans la satisfaction finale.
CE9 : Comment une entité actuelle devient constitue ce que cette entité actuelle est, en sorte que les deux descriptions d’une entité actuelle ne sont pas indépendantes. Son « être » est constitué par son « devenir ». C’est le « principe du procès ». CE18 : Chaque condition à laquelle se conforme le procès du devenir dans un cas particulier quelconque a sa raison soit dans le caractère de quelque entité actuelle appartenant au monde actuel de cette concres­cence, soit dans le caractère du sujet qui est en procès de concres­cence.[13] Cette catégorie de l’explication est appelée « principe ontologique ». On pourrait aussi l’appeler « principe de causalité efficiente et finale ». Ce principe onto­logique signifie que les entités actuelles sont les seules raisons, de sorte que chercher une raison, c’est chercher une ou plusieurs entités actuelles. Il s’ensuit que toute condition à laquelle doit satisfaire une entité actuelle dans son procès est l’expression d’un fait concernant soit les « constitutions internes réelles » de certaines autres entités actuelles, soit la « visée subjective » qui conditionne ce procès. CE27 : Dans un procès de concrescence, il y a une succession de phases en lesquelles naissent de nouvelles préhensions par intégra­tion des préhensions des phases antécédentes. Dans ces intégrations, les « sentirs » contribuent par leurs « formes subjectives » et leurs « data » à la formation de nouvelles préhensions intégrantes ; mais les « préhensions négatives » n’y contribuent que par leurs « formes subjectives ». Le procès se poursuit jusqu’à ce que toutes les préhensions soient devenues des composants de l’unique satisfaction intégrante déterminée.

Capture d’écran 2016-04-17 à 14.21.53

Figure 9‑7 : Tableau des Catégories d’Explication (CE 1 à 27)

Capture d’écran 2016-04-17 à 14.23.16 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.24.20 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.25.33 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.26.09 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.26.34 Capture d’écran 2016-04-17 à 14.27.38

Voici maintenant le tableau des Catégories d’obligation (C01 à CO9)  

〈287〉 (ces catégories sont présentées en 3 lignes de 3 catégories)

CO1 : L’Unité Subjective :

Les sentirs (…) ont vocation à l’intégration en raison de l’unité de leur sujet. (…)

CO2 : L’Identité Objective :

Il ne peut y avoir duplication d’aucun élément dans le donné objectif de la « satisfaction » d’une entité actuelle, s’agissant de la fonction de cet élément dans cette « satisfaction ». (…)

CO3 : La Diversité Objective

Il ne peut y avoir coalescence de divers éléments dans le donné objectif d’une entité actuelle en ce qui concerne les fonctions de ces éléments dans cette satisfaction. (…)

CO4 : L’évaluation conceptuelle :

De chaque sentir physique dérive un sentir purement conceptuel dont le donné est l’objet éternel qui détermine la définité de l’entité actuelle ou du nexus physiquement ressenti. (…)

CO5 : La réversion conceptuelle :

Il y a une origine secondaire des sentirs conceptuels avec les données qui sont partiellement identiques aux objets éternels formant les données de la première phase du pôle mental, et partiellement différente d’eux. La diversité est une diversité pertinente par rapport au but subjectif. (…)

CO6 : La Transmutation :
(…) dans une phase ultérieure d’intégration de ces sentirs physiques simple avec le sentir conceptuel dérivé, le sujet préhendant peut transmuer le donné de ce sentir conceptuel en caractère d’un nexus (…). Le donné complet du sentir transmué est un contraste avec l’objet éternel. Ce type de contraste est l’une des significations de la notion de « qualification de la substance physique par la qualité ». (…)
CO7 : L’Harmonie subjective :
Les évaluations des sentirs conceptuels sont mutuellement déterminées par la capacité de ces sentirs à s’adapter pour être des éléments contrastés congruents avec le but subjectif. (…)
CO8 : L’Intensité Subjective :
Le but subjectif, dans lequel le sentir conceptuel trouve son origine, se rapporte à l’intensité du sentir dans le sujet immédiat, et dans le futur pertinent. (…) la détermination du futur pertinent et le sentir anticipateur permettant d’assurer son degré d’intensité sont des éléments qui affectent le complexe immédiat du sentir.
CO9 : La Liberté et la Détermination :
(…) dans chaque concrescence, (…) il y a un toujours un reste qui relève de la décision du sujet-superjet de cette concrescence. Dans cette synthèse, le sujet-superjet est l’univers, et au-delà, il y a non-être. Cette décision finale est la réaction de l’unité du tout à sa propre détermination interne. Cette réaction est la modification finale de l’émotion, de l’appréciation et du dessein. (…)

Capture d’écran 2016-04-17 à 14.28.29

Figure 9‑8 : Tableau des Catégories d’Obligation (CO 1 à 9)

〈288〉 

___________________________________________________
Notes :

[1] Notons que si Edgar Morin est cité ici, c’est parce qu’il se montre plus critique que Whitehead sur toutes les disjonctions et dissociations des notions, qui entraînent la fragmentation des savoirs et en définitive l’éclatement de nos sociétés. Edgar Morin a également un souci pédagogique et de vulgarisation que Whitehead n’a pas eu dans ses écrits. Faire le lien entre Edgar Morin et Whitehead serait une nouvelle thèse vu l’étendue de la culture d’Edgar Morin et l’absence d’index des notions et des noms dans son œuvre. Ses bibliographies témoignent de sa connaissance de Whitehead. Eu égard à l’œuvre immense d’Edgar Morin, Whitehead présente l’avantage paradoxal d’être plus synthétique. Oserons-nous tenter un jour le rapprochement des 5 tomes de La méthode avec les 5 phases du Procès de concrescence ? Cela ne s’éloignerait pas de l’objectif commun à Whitehead et Edgar Morin d’une politique de l’homme.
[2] PR 65 c (136).
[3] PR 185e-186a
[4] Jean Brunhes (1956), p.18b.
[5] Henri Vaillant traduit cette catégorie de la façon suivante: “Les Objets Eternels, ou Purs Potentiels pour la Détermination Spécifique du Fait, ou Formes de Définitude. » ; Il précise que J-M. Breuvart traduit Forms of Definiteness par Formes de spécificité, ou Formes de définition (DSMR 517) ; J. Ladrière par formes de détermination définie. La traduction qu’il adopte est celle d’A. Parmentier (PhW 206, n. 42).
[6] Henri Vaillant traduit cette catégorie de la façon suivante :  « Les Propositions, ou États de Fait en Détermination Poten­tielle, ou Potentiels Impurs pour la Détermination Spécifique des États de Fait, ou Théories ». L’expression de potentialité hybride pour les proposition trouve sa justification sous la plume de Whitehead en PR 185e-186a dans les termes suivants : « Une proposition est une nouvelle sorte d’entité. C’est un hybride entre pures potentialités et actualisation ».
[7] Voir A. Parmentier, qui précise et commente ainsi ce passage : « Une préhension est dite positive quand elle intègre son datum dans la synthèse de l’entité actuelle en voie de concrescence. Elle est alors appelée un sentir (feeling). Elle est dite négative quand elle exclut son datum de la synthèse, quand elle l’élimine du sentir » (PhW 220)
[8] Voir DSMR II, Ch.I, p.297, où J-M. Breuvart analyse la définition de l’entité actuelle en référence à la notion de signification.
[9] Note des éditeurs américains : « Dans la marge, Whitehead a noté : « Cf. le Sophiste de Platon, 247, i.e. la diversité disjonctive est potentialité.»
[10] le crochet explicatif est de D.W.Sherburne (A key to Whitehead’s Metaphy­sics).
[11] Cf PhW 202 (n.22) qui commente ce terme d’adversionadversion, qui pourrait être traduit par attraction (voir Imm. 696), désigne une forme spéciale d’appétition à l’égard d’un objet éternel (voir PR 120) qui implique un accroissement d’intensité de la forme subjective ; l’aversion implique au contraire une diminution d’intensité (voir PR 167) »
[12] « the actual world », « monde actuel » ou « monde de l’actualité » lorsque l’adjectif actuel est trop trompeur. J-C. Dumoncel, dans son étude Whitehead ou le cosmos torrentiel (Arch. Phil., T.47, 1984, p.575) traduit actual world par monde ambiant. George L. Kline, dans son essai Forme, concrescence et concretum précise la terminologie de la façon suivante : « …une concrescence tire (activement) son origine d’un monde actuel2 (passif) (PR 22-23 [Cat. Expl. 5]), et… les concreta fonctionnent (passivement) comme des « objets pour une préhension [active] dans le présent » (AI 251 ; cf PR 65). »
[13] Cette catégorie, ce « principe général » rappelé ici, est mis en relief par J. Ladrière dans son essai Aperçu sur la philosophie de Whitehead, op. cit., p. 173.

Articles récents

Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

Capture d’écran 2016-04-17 à 23.18.22

Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

_____________________________________________________________
Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire