8.C. Applications géographiques

〈240〉 

8.C. Le lien aux réalités d’expérience de la partie I ; Application à la géographie

8.C.1. Le lien aux réalités d’expérience de la partie I

En revenant à notre schéma de questionnement de la partie 1, il est possible d’établir les liens avec le schéma de synthèse de la partie I, en suivant les phases du procès de concrescence, et en utilisant les mots de la pratique professionnelle. Ces liens sont les suivants :

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Figure 8‑2 : Lien entre la concrescence microscopique et l’expérience macroscopique

Il apparaît alors de quelle façon la pensée organique peut non seulement confirmer la pertinence des rapprochements opérés dans la partie I chapitre 3 et 4, mais aussi l’approfondir en y intégrant tous 〈241〉 les acquis de la science d’aujourd’hui, et tous les acquis des philosophes des Lumières (même si cet acquis apparaît sous forme de critique constructive, voire de révision sérieuse).

Cet approfondissement consiste dans la précision du vocabulaire de la pensée organique pour détailler les liens entre chaque phase, et les phases elle-même.

Une analyse précise de chacune des phases de la concrescence a été réalisée pour la présente thèse, avec des exemples puisés dans la partie I : nous voulions être sûr que chaque élément du schéma de questionnement avait bien sa correspondance dans une phase de la concrescence organique. Pour garder une lisibilité d’ensemble à la thèse (soucis de pédagogie, et de conservation d’un fil directeur global), cette enquête d’approfondissement de 25 pages (avec 13 schémas détaillés des phases) est présentée en annexe informatique « Annexe00_Textes-Complementaires » [1].

Le plus difficile était la compréhension du passage du procès microscopique au procès macroscopique, et la pertinence de ce passage. Cette pertinence a été vérifiée lors de la présentation du travail aux Chromatiques Whiteheadiennes de septembre 2007 (présentation de la schématisation du procès de concrescence, et son utilisation pour un procès de transformation des territoires), et lors d’un entretien avec le philosophe Jean-Marie Breuvart le mardi 4 décembre 2007. La pertinence du lien entre le microscopique et le macroscopique réside dans le fait que Whitehead est parti de l’expérience ordinaire, macroscopique pour trouver les éléments de son procès microscopique (« Chaque entité répète en microcosme ce que l’univers est en macrocosme » [2]) et la présente thèse réalise un travail dans le sens inverse : partir du résultat du procès microscopique afin de voir en quoi elle éclaire le réel macroscopique de notre investigation. Ce point est développé au chapitre 10.

Dés lors, il est possible de dire que les analogies trouvées par l’observation dans la partie I ne sont pas des coïncidences. Elles sont la conséquence de la structure du réel lui-même [3]. Ces 〈242〉 observations vont dans le sens même de la recherche de Whitehead : elles peuvent amener à découvrir de nouveaux liens qui peuvent compléter, modifier, amender l’approche organique, tant au niveau microscopique que macroscopique, à cause de l’unité universelle du réel à chaque échelle. En d’autres termes, le processus se retrouve à chacune des échelles.

Ce point-clé de notre enquête étant éclairci, il est possible de poursuivre le chemin en montrant comment plusieurs grands géographes et urbanistes (Alain Reynaud, Rodrigo Vidal-Rojas) ont développé leur propre intuition, d’une manière quasi-organique.

8.C.2. Le lien à l’approche d’Alain Reynaud dans Justice Socio-Spatiale ; notion de région conviviale ; le procès territorial

Pour amorcer dès maintenant l’application de la notion de procès à la géographie, le schéma du procès peut être comparé à celui d’Alain Reynaud [4] :

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Figure 8‑3 : La problématique des classes socio-spatiales d’Alain Reynaud dans Société, espace et justice .

La valeur spécifique étudiée par Alain Reynaud est l’inégalité.

  • La phase a pourrait correspondre à l’articulation (les liens entre classes socio-spatiales[5], ou la réalité des nexus socio-spatiaux) 〈243〉 
  • La phase b pourrait correspondre à l’Inégalité.
  • La phase c pourrait correspondre au conflit (intégration de l’articulation et l’inégalité).
  • La phase d pourrait correspondre à la conscience (le sentiment d’appartenance [6], 2ème intégration entre le conflit et la réalité) et la mobilité.

Dans chaque cas, il s’agit d’une application particulière du procès. Il est étonnant de constater l’équivalent d’un axe de dichotomie (le trait pointillé vertical dans le schéma de concrescence) chez Alain Reynaud, par la distinction entre l’objectif, à gauche -l’analyse morphologique, faits visibles- et le subjectif, à droite -analyse génétique, faits intérieurs-. Ainsi, dans cette optique, Alain Reynaud étudie le procès organique d’injustice territoriale. Sa vision du monde est celle d’un conflit entre classes socio-spatiales, sa proposition est la mise en évidence du conflit, et le résultat est la mobilité pour sortir du conflit. Il peut, selon lui, y avoir conscience ou non de tout ou partie des personnes [7]. En un sens, Alain Reynaud s’intéresse de façon privilégiée à la figure du migrant, par rapport à celle du nomade ou du sédentaire. Le migrant est pour lui signe visible d’un malaise intérieur que la migration révèle.

L’intérêt de l’approche par le procès organique est d’être plus générale, et de pouvoir s’appliquer à d’autres valeurs, d’autres visions du monde, d’autres propositions qui en résultent, et d’autres choix induits.

Guy di Méo semble d’ailleurs avoir déjà opéré un élargissement de l’approche par le concept de métastructure socio-spatiale [8], de configuration socio-spatiale (CSS) et de formation socio-spatiale [9] (FSS). Mais le fait de se référer à Maurice Godelier dans L’idéel et le matériel [10]permet de poser la question de la dichotomie en matériel et idéel, mais pas de la résoudre. Régis Debray 〈244〉 dans sa Critique de la raison politique [11] permet d’aller plus loin, et Anne Pomeroy prolonge cette analyse en termes whiteheadiens (voir plus loin au chapitre 10.E.3.). On voit ici de quelle manière le procès organique pourrait contribuer aux fondements nouveaux des approches géographiques citées : le procès organique permet d’entrer avec un grand raffinement dans l’explication de la « dialectique du matériel et de l’idéel », dans l’approche unifiée qu’en propose Whitehead. Son approche permet de faire les liens entre tous les éléments kaléidoscopiques des notions des auteurs qui ont abordé cette question [12].

Illustrons tout de suite le schéma de concrescence par l’exemple concret de la « région conviviale », qui sera développé en partie III. Dans cet exemple, l’attention n’est plus portée sur l’inégalité, mais sur la convivialité. L’analyse des tensions porte vers le mieux vivre ensemble (togetherness), en vue à la fois de s’appuyer sur -et développer- le sentiment d’appartenance pour conforter le plus grand territoire (« la région conviviale ») où peut s’épanouir ce sentiment d’appartenance.

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Figure 8‑4 : Le procès organique du territoire : exemple de la région conviviale.

〈245〉 Toujours à titre d’exemple concret pour bien faire le lien à la géographie et à l’urbanisme, voici un schéma plus général faisant appel à une synthèse des travaux de Rodrigo Vidal-Rojas, Pierre Riboulet, David Mangin & Philippe Panerai, Philippe Panerai-Jean-Charles Depaule & Marcelle Demorgon, Philippe Panerai-Jean-Charles Depaule-Jean Castex, Pierre Micheloni-Pierre Pinon, Rémy Allain, [13]… Ce schéma sera développé plus loin pour bien tracer les liens aux notions de l’approche organique.

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Figure 8‑5 : Le procès territorial. Exemple des notions géographiques et urbanistiques.

La distinction dans le schéma ci-dessus entre potentialité générale et potentialité réelle[14] est essentielle dans l’application à la géographie : la géographie, pour se constituer comme science, cherche comme toutes les sciences à définir les éléments indépendants des circonstances. Et l’analyse spatiale (Pumain, Saint-Julien), la morphologie urbaine (Allain) ainsi que l’analyse 〈246〉 spatiale (Panerai à la suite d’Aymonino et Muratori) parviennent à ce résultat. Mais une potentialité générale (un objet éternel) ne se révèle qu’à travers le concret : prendre cette abstraction pour le réel serait commettre l’erreur du concret mal placé. C’est l’abstraction qui doit se justifier en expliquant correctement le réel (sans jamais pouvoir l’épuiser) et non l’inverse. Éviter la bifurcation du réel est à ce prix. La démarche organique est de partir d’abord du réel, ce qui la distingue de celle par exemple conduite par Roger Brunet pour qui le schéma abstrait est premier et doit être confronté tel quel au réel.

8.C.3. L’approche de Rodrigo Vidal-Rojas dans Fragmentation de la ville et nouveaux modes de composition urbaine

8.C.3.1. Liens entre la pensée de Rodrigo Vidal-Rojas et le procès organique : fragments et concrescence.

Rodrigo Vidal-Rojas définit un fragment à partir de la notion de dimension qui « peut être saisie à partir de 4 idées qui convergent toutes vers une signification complexe et complète » [15]. Il appelle dimension ce qui est appelé procès dans le début de ce chapitre, et les 4 idées sont les 4 réalités a, b, c, d. Le texte est donné intégralement ci-après. Nous avons simplement rajouté a), b), c), d) pour établir la correspondance avec le schéma de base, et souligné en gras quelques mots. Les italiques sont de l’auteur. Les quatre dimensions (réalités) s’inscrivent naturellement dans l’ordre des quatre phases a, b, c, d, du procès.

Le constat de cette longue citation [16] est ici aussi une convergence étonnante de l’approche de Rodrigo Vidal Rojas avec la pensée organique, avec en outre une quantité d’exemples d’une grande richesse. En effet, Rodrigo Vidal-Rojas définit 13 dimensions possibles simples (morphologique, typologique, connective, systémique, écologique, espacement, structurelle, matérielle, fonctionnelle, connotative, imaginaire, espace social, économique -chacune de ses dimensions pouvant faire l’objet d’un schéma-) R. Vidal-Rojas fournit des exemples pour chacune d’elles. 〈246〉 

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Figure 8‑6 : Description du fragment dans l’approche de Rodrigo Vidal-Rojas. Lien entre la dimension de Vidal-Rojas et chacune des phases du procès de concrescence du territoire (ou morphogénèse territoriale).

« (…) le fragment se caractérise par une inexistence objective dont l’émergence dépend de la dimension subjective que l’on choisit pour saisir la réalité. (…)

  1. a) D’abord, selon l’observateur, la dimension est un angle de vue, un point de vue, un point dans lequel on se situe pour observer un fait ou un phénomène sous un jour particulier. Cela relève d’un choix qui dépend d’un objectif, d’une intention. Lorsque nous prenons parti en fonction d’une manière de saisir la réalité qui tient à ce que nous voulons découvrir. En choisissant cet angle spécifique, nous rendons évident l’aspect de la réalité que nous voulons dévoiler pour la saisir dans son intégralité. Le choix de cet angle de vue est le premier geste de création du fragment urbain. Des exemples en sont la forme de l’espace, les usages, l’incidence de la lumière, etc …
  2. b) Deuxièmement, du point de vue de l’objet territorial observé, la dimension est une qualité principale à l’intérieur d’un ensemble. Lorsque l’on observe une portion du territoire, il est toujours possible de remarquer que certains aspects sont plus marquants que d’autres, certaines qualités plus essentielles que d’autres. Ces qualités peuvent avoir trait à la réalité sociale, physique ou symbolique du territoire, l’une d’entre elles étant prépondérante par rapport aux autres. A partir du moment où l’on relève une de ces qualités, nous sommes en passe de reconnaître la potentialité qui différencie cette unité urbaine des autres unités, mais en même temps la potentialité qui rend au territoire toute son identité à l’intérieur d’un ensemble. Des exemples en sont la couleur, la monumentalité, la matérialité, les perspectives, la régularité, etc …
  3. c) Troisièmement, la dimension est aussi l’un des aspects principaux par lesquels nous saisissons la réalité de premier ordre. Dans ce sens, la dimension est l’essence première de la réalité matérielle. L’image que nous avons d’une unité urbaine au premier abord est celle sur laquelle nous construisons notre idée, notre imaginaire de cet espace, celle qui devient mémoire et réminiscence, celle que nous reconnaîtrons comme la trace principale de ce territoire. Des exemples en sont le skyline d’une ville, la typologie du bâti, la lumière, etc
  4. d) Finalement, la dimension est ce qui distingue une portion du territoire d’une autre portion, en d’autre termes, ce qui révèle la discontinuité urbaine. La dimension est un trait saillant. Cette proéminence peut être donnée par un élément ou un espace hiérarchique ou un édifice ou une couleur dominante ou un autre aspect remarquable autour duquel gravite une unité urbaine, une portion du territoire.

Angle de vue, qualité principale, essence première et trait saillant sont ainsi les quatre idées qui donne sens à la dimension laquelle, une fois saisie, donne sens, mesure, contenu, forme et périmètre au fragment urbain. La dimension révèle une unité qui se détache de l’ensemble : elle détermine le degré de cohésion interne de cette unité ainsi que les liens et la distance qu’elle établit avec cet ensemble. »

〈248〉 Détaillons la dimension, qui semble correspondre au procès d’émergence d’une portion de territoire :

Les termes retenus par R. Vidal-Rojas (en italique) pour caractériser chaque phase ne sont pas ceux qui permettent la correspondance avec le procès whiteheadien (en gras), mais la réalité d’expérience décrite est bien la même.

  • La discontinuité indiquée au point d) renvoie à l’atomicité du fragment,
  • L’essence première semble un reste de pensée substantialiste, que l’auteur dénonce par ailleurs (page 96d : « En évitant toute référence à des qualités substantielles, il s’avère que c’est précisément parce que le segment cherche à synthétiser sur le plan des idées la diversité complexe existant sur le plan du vécu matériel de l’espace, tout en s’en dégageant, qu’il émerge comme un concept. »). Mais suite à cette dénonciation, l’auteur ne remplace pas la notion : il crée une approche nouvelle « qui n’existe pas dans la nature ». En effet, le glossaire, à fragment, explique «Le fragment n’existe pas dans la nature, et il n’est pas possible de le repérer sans avoir recours à une dimension qui lui donne existence et sens ». Sur le nouveau fondement de l’approche organique whiteheadienne, nous verrons plus loin que le fragment n’est rien d’autre qu’un nexus ou une société d’entités actuelles, les notions qui remplacent celle de substance cartésienne.
  • La manière de saisir la réalité décrite en a) est décrite pages 136-137 comme « mécanisme d’appréhension du fragment », mécanisme qui est matériel, perceptuel, conceptuel, idéal et référentiel. Il s’agit bien là de l’appréhension, c’est-à-dire la préhension whiteheadienne, compte tenu de la caractérisation qui dépasse bien la seule théorie de la perception sensorielle, pour considérer tout autant les idées, les concepts, les idéaux que les perceptions, dans une même appréhension (d’où la préhension du procès whiteheadien qui supprime le « ap » pour éviter tout contresens).
  • Le point c) est une belle description de la transmutation. En effet, la définition d’un fragment urbain fait appel à des références fragmentaires (les points de vue au sol, avec souvent l’impossibilité de connaître tous les aspects du fragment considéré) qui sont agrégées et assimilées dans une seule image. Rodrigo Vidal-Rojas définit longuement le concept imagé pages 80d à 84c. Ces pages montrent bien de fait le mécanisme de la 〈249〉 transmutation whiteheadienne appliqué aux données urbaines, bien que l’auteur ne semble pas connaître Whitehead. Il semblerait ici aussi qu’un parrallèle avec la notion de concept imagé de Deleuze (lecteur de Whitehead) puisse être fait. Cette convergence n’est pas étonnante vu la référence explicite et constante à l’expérience et à la pratique dans l’approche de Vidal-Rojas (pages 58c, 75-76, 78c, 82a, 83d, 87d – alvéole-, 105b, 177, etc).

La dimension des fragments de Vidal-Rojas semble donc bien correspondre aux nexus whiteheadiens appliqués à l’urbain [17], qui seront nommés désormais nexùs urbains.

L’apport de Whitehead est de fonder métaphysiquement cette démarche, ce qui permet de dire que Vidal-Rojas rencontre le concret et les éléments réels de la nature (toujours mouvants et changeants), ce réel étant cette fois-ci non dualiste, non bifurqué et sans dichotomie. Ainsi, Rodrigo Vidal-Rojas apporte sa réponse à la question de Guy Di Méo sur le dépassement de la dichotomie du matériel et de l’idéel [18].

Les deux pages qui suivent montrent le schéma de synthèse de la démarche de Rodrigo Vidal-Rojas, la définition des dimensions systémique et connotative et deux exemples :

8.C.3.2. Présentation de quelques dimensions des territoires :

Définition de la dimension systémique : « Dans ce cas, on reconnaît qu’au delà des dimensions précédents, et malgré l’importance qu’elles peuvent acquérir, le trait saillant, c’est-à-dire ce qui distingue certaines portions du territoire du reste, est l’organisation d’une totalité selon un ordre, en fonction d’une hiérarchie, sur la base d’un réseau qui relie des composantes diverses et cohérentes, situées en des points différents du milieu urbain, et qui cherche à atteindre des objectifs bien précis. Cette dimension systémique suppose mouvement circulatoire et échange entre les parties. Le fragment qui en résulte s’organise en se superposant à d’autres fragments avec lesquels il configure des nœuds, des points, des axes et des lignes. Ex : Figure 16 : le système des aires vertes de Santiago du Chili » (page 109). 〈249〉 

Définition de la dimension connotative : La dimension connotative fait ressortir les aspects symboliques du territoire, c’est-à-dire les qualités des l’espace sur la base desquelles s’établissent des liens d’affectivité entre les individus et le territoire. Cette dimension peut être divisée en visuelle, acoustique et élément de référence. La première met en évidence les composantes spatiales que l’on peut repérer à l’œil nu (la vision rétinienne). La deuxième insiste sur les qualités sonores, leur intensité, leur rapport aux activités quotidiennes. La troisième signale l’existence d’éléments de signification qui, au delà de leur lisibilité, émergent de par leur place dans la mémoire des individus comme des éléments structurants du territoire. Une des caractéristique majeure de la dimension connotative est qu’elle se rattache la plupart du temps au principe de l’axe cérémonial qui organise, autour d’une même unité urbaine, la totalité des éléments hétérogènes qui cohabitent dans le champ environnant. Un exemple intéressant est celui de la connotation spirituelle de l’axe cérémonial à Machu Pichu (Fig. 21). (page 111-112).

8.C.3.3. Typologie des nexus urbains :

Ce que Rodrigo Vidal -Rojas appelle « dimension » est la caractéristique déterminante d’un ensemble d’entités actuelles concrescentes dans leurs relations mutuelles.

Positionnement dimensionnel Entité actuelle concrescente
Dimension Caractéristique déterminante
Fragment Nexùs, c’est-à-dire un ensemble d’entités actuelles liées entre elles par une (ou plusieurs) caractéristique(s) déterminante(s).

Figure 8‑7 : Tableau de correspondance entre l’approche de Rodrigo Vidal-Rojas dans Fragmentation de la ville et nouveaux modes de composition urbaine (p.106-107) et l’approche organique de Whitehead.

Les dimensions des fragments urbains (ou les caractéristiques déterminantes des nexus urbains en langage organique) décrits par Rodrigo Vidal-Rojas peuvent être schématisées par la grille de questionnement. Ces schémas seront utiles pour faire le lien avec les phases du procès whiteheadien de transformation du territoire, permettre des développements dans le cadre de la présente thèse sur nos propres exemples et fournir une exemplification la plus complète possible dudit procès.

〈229〉 La grille de questionnement est présentée sous forme d’un tableau de 4 cases pour simplifier l’exposé. Chaque case correspond à chacune des phases a, b, c, d du schéma de base.

Figure 8‑8 : Tableau des caractéristiques des nexus urbains n°1 à 12 dans l’approche de Rodrigo Vidal-Rojas, Fragmentation de la ville et nouveaux modes de composition urbaine (p.106-107), présentés suivant les réalités ontologiques.

Caractéristique 1 : morphologique

a. Faits de base b. Rapports vide-plein.
Discontinuités
Changements d’échelle
Potentialité : lieu d’équilibre de ces rapports
d. Caractéristiques dimensionnelles.
Exemples : Villes italiennes ; Villes de la Renaissance
c. Transformation des conditions du rapport vide-plein :

 

Caractéristique 2 : typologique :

a. Faits de base b. Typologies
Ordres et styles architecturaux.
Potentialité : lieu d’expression majeure de la qualité typologique, discontinuité typologique ou superposition typologique.
d. Exemples :
– Damero dans les villes hispano-américaines ; Bastites du sud de la France ; Barcelone d’Ildefonso Cerda
c. Permanence ou mutation de la continuité typologique, et de la question des ordres et styles architecturaux.

Caractéristique 3 : connective :

a. Faits de base b. Convergences ou continuité des flux.
Potentialité : lieu
– d’échange intermodal,
– de concurrence entre facteurs de connectivité,
– de croisement de moyens de connectivité, des raccordement des flux et des réseaux
d. Exemples : gares … c. (intégration des potentialités et des faits)

〈242〉  Caractéristique 4 : systémique :

a. Intensité des échanges et évidence des éléments hiérarchiques b. Ordre, Hiérarchies, Axes, Réseaux,
Potentialité : lieu ou élément hiérarchique
– où l’essentiel est dans les éléments entre composants
– où se forme un réseau d’axes hiérarchiques
– où s’observe le segment d’une ligne de réciprocité interne entre deux composants hiérarchiques
d. « trait saillant » :

Organisation d’une totalité selon
– un ordre
– en fonction d’une hiérarchie
– sur la base d’un réseau qui relie des composants divers et cohérents
– qui cherche à atteindre des objectifs précis.
Exemple :Ceinture verte à Santiago de Chili

c. (intégration des potentialités et des faits
avec des objectifs précis)

Caractéristique 5a : Écologique facteur d’autonomie

a. Indépendance du milieu b. Potentialité :
Lieu de ravitaillement, de rassemblement collectif, d’échange avec l’extérieur
d. Exemple : Watterworld au japon c. (intégration des potentialités et des faits)

Caractéristique 5b : Écologique d’intégration au milieu.

C’est une caractéristique que nous ajoutons par contraste avec la précédente, pour caractériser le fragment par sa qualité d’enracinement sur le site où il se trouve, et le site naturel limitrophe.

a. Rapport au milieu b. Potentialité : lieu d’équilibre avec l’environnement et le milieu naturel
d. Exemples : Parcs naturels, Sites inscrits naturels ou urbains c. Intégration

〈253〉 

Capture d’écran 2016-04-17 à 13.56.12 Capture d’écran 2016-04-17 à 13.56.39

Figure 8‑9 : Photos d’exemples caractéristiques de nexus urbains : complexe systémique connotative, et complexe espacement-imaginaire.

〈254〉 Caractéristique 6 : espacement « intervalle ou marge » entre les quartiers

a. « intervalle ou marge entre les quartiers » b. Potentialité : lieu qui crée l’unité globale des fragments entre eux : passage de « résidu » à un « fragment » à part entière.
d. Exemple :
– Parc de la Aigüera de Ricardo Bofill
– de nombreux parc jouent ce rôle
c. Effet d’échelle :
– de près : indépendance aux fragments urbains
– de loin : cet élément apparaît comme un « interfragment ».

Nous pourrons ajouter l’exemple de la Vallée de la Rosselle, qui conjugue les types ou nexus d’espacement et d’écologie.

Caractéristique 7: structurelle : facteur de continuité ou de changement

a. Faits de base b. Jointures de trames distinctes
Potentialité :
Capacité d’intégration de contraintes différentes
d. Exemple :
Travaux de Robert Krier
c. Frange de jointure de trames distinctes, non coïncidence des trames et du tissus

Ce type ou nexus semble articuler des fragments morphologiques entre eux : son caractère serait l’équivalent pour la dimension morphologique (rapports vides-plein) du type systémique pour l’ordre et la hiérarchie.

Caractéristique 8 : matérielle (pourrait être une sous-rubrique de 1 ou 2)

a. Faits de base b. Potentialité :
Organisation de l’espace autour d’un élément principal.
d. Un matériel prédomine, qui donne une image forte d’unité et de cohérence. Exemples :
– Ruines de Rome
– Village de Chloé au sud du Chili
c. (intégration des potentialités et des faits)

〈255〉 Caractéristique 9 : fonctionnelle

a. Faits de base b. Potentialité :
Capacité du lieu à assimiler et réunir des activités, des usages, des faits, des phénomènes différents, mais capables de complémentarité.
d. Exemple :
Parc de la Villette.
c. (intégration des potentialités et des faits)

Caractéristique 10 : connotative,

a. Faits de bas b. Potentialité :
Réunir les hommes dans une mémoire commune.
d. Trait saillant :
Aspects symboliques du territoire : liens d’affectivité entre individus et le territoire (visuel, acoustique, éléments de référence dans la mémoire des individus)
Exemple :
Axes cérémoniaux.
c. (intégration des potentialités et des faits)

Caractéristique 11 : imaginaire. Rodrigo Vidal-Rojas la présente comme une « anti-caractéristique » :

a. Faits de base b. La potentialité domine sur l’espace lui-même, dans un développement de l’imaginaire. :
– permet de …
– suscite une présence significative … un souvenir … une incantation du lieu.
d. Exemples :
– des lieux mythiques
c. (intégration des potentialités et des faits)

Il est à noter que Pierre Sansot a fait une exploration systématique de ces lieux. 〈256〉 

Caractéristique 12 : espace social

a. Faits de base b. Distance symbolique
Aire d’influence
– Formes d’appropriation du sol
– Formes de contrôle de l’espace
– Mécanisme de gestion du territoire
– Opportunité de mobilité spatiale
Potentialité :
Permet l’échange et la reproduction des rapports sociaux dans un champ donné.
d. Exemples :
– Harlem
– Favelas
c. (intégration des potentialités et des faits)

Caractéristique 13 : économique.

a. Faits de base b. Potentialité :
Intensité des facteurs de liens des échanges et de la cohabilité.
d. Exemples :
– Rue commerciale
– Bourse, Grandes surfaces
– Siège d’une banque
– Terrain de golf.
c. (intégration des potentialités et des faits)

Cet exemple, développé à l’échelle de l’observation humaine dans la ville (l’échelle indicative « A » de 125 km2 selon les critères détaillés dans la partie III) montre clairement comment le procès du territoire fonctionne. Cette approche pratique du territoire sera développée dans la partie III aux trois échelles indicatives de subsidiarité active de 125 km2 (échelle « A »), de 2 000 km2 (échelle « B ») et de  32 000 km2 (échelle « C »).

Avant de passer aux applications pratiques, il reste à résumer ci-après la notion de concrescence, à présenter son rôle dans l’ensemble du schème organique (chapitre 9), à l’utiliser sortir du dualisme (chapitre 10, en réponse à la question de Guy Di Méo & Pascal Buléon), afin de l’employer pour la définition des objets géographiques dans le chapitre 11. 〈257〉 

___________________________________________________________
Notes :

[1] Ce texte, intitulé 02-PartieII_Ch8-CONCRESCENCE-DetailPhases.doc est accessible à l’adresse suivante :
Annexe00_Textes-Complementaires\02-PartieII_Ch8-CONCRESCENCE-DetailPhases.doc
[2] Voir PR 215.
[3] Un kantien refuserait d’admettre qu’on puisse atteindre « le réel lui-même » sauf peut-être dans le cas de l’artiste décrit par Kant dans la Critique de la faculté de juger. Ce point est également développé au chapitre 10
[4] Alain Reynaud, Société, Espace et justice, PUF 1981, p.22.
[5] Alain Reynaud, 24c.
[6] Alain Reynaud, 25b.
[7] Alain Reynaud, 25b.
[8] Ouvrage de 1991 qui et épuisé et que nous n’avons pas pu lire.
[9] Guy Di Meo & Pascal Buléon, L’espace social, Armand Colin 2005.
[10] Maurice Godelier, L’idéel et le matériel. Pensée, économies, sociétés, Fayard 1984. Cet ouvrage se trouvait à la bibliothèque Beaubourg. L’auteur propose de remplacer la distinction entre infrastructure et superstructure par celle de fonction.
[11] Régis Debray, Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux, Galimard, 1981. Il dit page 147a « « (…) une éventuelle distinction entre hiérarchie des fonctions et hiérarchie des institutions (récemment avancée par Godelier) ne me paraît pas suffisante pour modifier la nature de cette loi d’ordre, inscrite in nuce dans l’étagement marxiste. ». Il consacre les pages 143 à 152 à une analyse plus approfondie. Cette analyse prépare, selon nous, une analyse encore plus approfondie, en terme whiteheadiens par Anne Pomeroy dans Marx et Whitehead. Procès, Dialectique et critique du capitalisme, Suny Press, 2004, trad. H. Vaillant 2006.
[12] Bourdieu, les phénoménologues, Régis Debray, etc ..
[13] Rodrigo Vidal-Rojas, Fragmentation de la ville et nouveaux modes de composition urbaine, L’Harmattan 2002, Pierre Riboulet, Onze leçons sur la composition urbaine, Presses de l’ENPC, 1998, David Mangin & Philippe Panerai, Projet Urbain, Parenthèses 2005, Philippe Panerai-Jean-Charles Depaule & Marcelle Demorgon, Analyse urbaine, Parenthèses 2005, Philippe Panerai-Jean-Charles Depaule-Jean Castex,Formes urbaines, de l’ilôt à la barre, Parenthèses 2004, Pierre Micheloni-Pierre Pinon, Forme et déformation des objets architecturaux et urbains, Parenthèses, 2006, Rémy Allain, Morphologie urbaine : géographie, aménagement et architecture de la ville, Armand Colin 2004.
[14] PR 65 d.
[15] Rodrigo Vidal-Rojas, Fragmentation de la ville et nouveaux modes de composition urbaine, L’Harmattan 2002 (pages 106 et 107).
[16] Ibid
[17] Voir la partie II 2 et II 3
[18] Guy Di Meo & Pascal Buléon, Espace social, 2005, chapitre 5 pages 107 à 136.

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire