16.B. Les apports aux acteurs

〈520〉

16.B. Apport possible au CNFPT et à l’AITF :

16.B.1. Spécialiste ou généraliste ?

Le travail réalisé se veut être « l’union de l’imagination et du sens commun pour freiner l’ardeur des spécialistes et stimuler leur imagination »[1] Il n’y a pas d’ingénieurs des villes et d’ingénieurs des champs. Il n’y a pas non plus d’ingénieurs spécialistes à la base et généralistes en haut de l’échelle hiérarchique. L’ingénieur des petites villes est paradoxalement à la base et généraliste. Il est un « fantassin de la fonction publique » (Calame, Mission possible, L’État et le meccano de la gouvernance, 1992). S’il est un spécialiste, c’est d’abord dans quelque domaine que ce soit de savoir faire des propositions à partir de potentialités des situations, puis de participer à la décision, et de mettre en œuvre les choix. Tout le monde sera d’accord là-dessus. Cette simple phrase vient de conjuguer les cinq éléments principaux de la dynamique : les propositions sont la 3ème phase de la concrescence, les potentialités la deuxième, les situations la première, la décision la quatrième, et la mise en œuvre, la satisfaction la cinquième. La phrase pourrait être formulée ainsi : l’ingénieur appréhende la situation, analyse les potentialités (ou possibilités), fait des propositions, participe aux choix, et les met en œuvre pour la satisfaction de tous. Cette phrase pourrait se mettre sous la forme du schéma de concrescence.

Avec un esprit d’observation même superficiel, il est possible de constater que nos paroles, nos écrits, les écrits des journaux, des dossiers sont remplis de ces enchaînements de pensée qui conjuguent les cinq réalités de la dynamique (catégories d’existence [2]). La manière de les conjuguer sont décrites par les catégories d’obligation. Les explications donnent d’ailleurs les … catégories d’explication. C’est d’ailleurs tellement fréquent que cela apparaît presque trop simple, trop « évident », pas assez sophistiqué, pas assez « savant ». Beaucoup de travaux universitaires cherchent pour « respecter le niveau », « être au niveau », à obtenir un niveau de complexité qui embarrasse le lecteur. La pensée de Whitehead est fondamentalement simple et « évidente ». Mais elle oblige à désapprendre, et à observer le quotidien : nos phrases ordinaires. Chaque catégorie d’existence et chaque catégorie d’obligation conjuguent des termes du quotidien. Le travail de 〈521〉 repérage a été noté et présenté en partie II pour le démontrer : même pour démontrer une pensée qui n’est pas forcément organique, ces mots sont utilisés pour se faire comprendre. Michel Lussault constatait dés l’introduction de son bel ouvrage L’homme spatial une « certaine opacité » de l’évidence, et la difficulté de l’analyse des choses les plus simples et ordinaires. C’est cet ordinaire qui demande à être pensé, mais c’est difficile, car c’est justement lui qui n’est jamais pensé, puisqu’il est « instinctif », qu’on le fait « sans y penser », et bien souvent, « on ne pense pas ce qu’on dit ». Ce qui sort naturellement est bien plus profond que ce qu’on pense, car la mémoire organismique est en action à travers le corps, et le corps restitue l’ensemble de l’expérience de l’homme qui parle. La parole vient des profondeurs. L’inconscient s’y profile à notre insu, et une attention particulière est nécessaire pour son repérage. C’est la mise en relation avec l’autre qui permet la mise en relation à soi-même.

Le tour de force que permet la pensée organique est de mettre l’évidence en démonstration.

16.B.2. La boîte à outils territoriale de l’ingénieur généraliste :

A l’issue de la présente thèse, le procès apparaît comme la pièce maîtresse de la boîte à outils de l’ingénieur territorial. C’est l’outil des outils. Chacun connaît la tendance, lorsqu’on possède un marteau, à tout transformer en clou, ou lorsqu’on possède un tournevis, à tout transformer en vis. En d’autres termes : l’outil oriente l’objet vers l’activité pour laquelle il est construit. Le procès est un outil d’analyse du réel, et son activité est de rendre compte du réel : il échappe à la « critique du marteau » dans la mesure où il ne se substitue jamais au réel. En effet, cela évite le concret mal placé, c’est-à-dire l’erreur de prendre l’abstraction pour le réel.

A Angers, lors d’une réunion de travail, le directeur des services techniques de la ville de Rochefort s’est exclamé, à la fin d’un exposé sur Procès et réalité : « C’est ça qu’il nous faut ! Il faut aller plus loin que les tableaux de bord ! ».

Cette thèse présente une application géographique à la notion de région conviviale. De multiples autres applications pourraient se joindre à la boîte à outils, en matière psychologique, sociologique, juridique, opérationnel, dans le sens de la pensée organique.

〈522〉 La principale application reste la notion de fiches d’expérience et la capacité d’écrire des fiches d’expérience, afin de permettre un échange d’expérience, une mutualisation et une capitalisation.

16.B.3. Créer un comité scientifique au sein de l’AITF en lien avec le CNFPT :

Les applications ne pourront pas être mises au point sans une équipe qui fasse un aller-retour permanent entre la pensée organique et les travaux thématiques des différents métiers territoriaux.

16.B.4. Recréer un concours d’ingénieurs généralistes :

Sur la base de l’outil présenté en partie II, un ensemble de notions peut être développé pour proposer une option généraliste qui conserve un caractère scientifique, tout en étant général.

16.C. Apport possible à PRH :

La pensée organique offre la possibilité d’une ouverture aux autres domaines que la seule psychologie : des travaux pluridisciplinaires avec l’outil PRH dans les domaines de la géographie, de la politique, … peuvent être entrepris.

16.D. Apport possible à l’association Hommes Femmes dans la Cité (H.F.C.) :

Bien consciente des défauts des démarches purement intellectuelles, l’Association HFC se méfie des travaux « cérébraux », plein d’idées non connectées au réel. Elle se méfie aussi de « l’idéal », qui fait décoller du réel. On le sent bien : le réel est la référence pour tout travail. C’est ce réel, dont les entités de base, les entités actuelles sont les « gouttes d’expérience » [3], qui est décrit par la pensée organique. 〈523〉

16.D.1. Conjuguer poésie et science ; une dimension universelle de l’outil :

La présente thèse universitaire a voulu relever le défi de faire une « thèse d’expérience », sans éluder les problèmes posés par l’expression de l’expérience, et son insertion dans un travail de recherche géographique. Ce défi global cachait en fait plusieurs « sous défis » :

  • Comment rendre compte de l’expérience en restant collé au vécu ? (chapitre 2)
  • Comment dépasser l’évidence du vécu pour en donner une interprétation ajustée, à la fois précise et globale, singulière et universelle, privée et publique, subjective et objective, pratique et théorique, poétique et scientifique ? (toute la partie II)
  • Comment retourner au réel pour en tirer des applications concrètes ?

Le point de départ est entièrement dans l’intuition de l’Association HFC que « C’est possible ». Fort de cette intuition, la dynamique de l’Atelier Hommes, Femmes dans la Cité et ses 5 réalités a été éprouvée dans de nombreuses réunions professionnelles et des Congrès de l’AITF Est (Lunéville 1999, Montbéliard 2001, Sarreguemines 2002, Colmar 2003, Perpignan 2004). C’est à force de confrontations incessantes, de brouillons de préparation de rencontres, de croquis faits à la hâte qu’une convergence de toutes les dynamiques a été mise en évidence autour des 5 mêmes réalités (valeurs, interactions, structure, objectif, vision).

Comment est-il possible qu’une même approche soit à la fois poétique et scientifique ? C’est possible parce qu’elle est ouverte : l’approche se fait en humilité face au réel, en ouverture face à TOUS les faits, en transparence face à l’évidence des faits et leur confrontation, avec la volonté d’aller jusqu’au bout et la détermination de prendre en compte toutes les découvertes[4]. L’approche organique n’est pas figée. Elle est remise en chantier en permanence. Les réalités d’expérience de base se comptent sur les doigts d’une main, et permettent une acuité de regard, une souplesse de l’intelligence, une analyse intuitive immédiate de l’expérience. Le procès est un « GPS de l’expérience ». En définitive, l’approche proposée est une « géographie intuitive de l’expérience ». Le procès est un outil de relation, de rapprochement de cultures différentes, de confrontation de 〈524〉 convictions contrastées ; le procès assume la différence dans l’unité, permet de « distinguer en unissant »[5] .

16.D.2. Développer un outil du passage :

Le déchiffrage des passages vers une société conviviale (partie II, chapitre 13) est une contribution à la connaissance du monde d’aujourd’hui, et à la mise en place d’outils pour contribuer à la transformation de la société dans le sens de la convivialité.

D’autre part, cet outil (le procès) permet de contribuer à l’unité des différents ateliers de déchiffrage de l’expérience.

16.D.3. Contribuer au déchiffrage du système social de fondation (ou ingénierie institutionnelle) :

L’approche processive, intuitive, permet de rendre compte du rôle des intuitions et des envisagements dans la formation et la transformation du réel. La dimension spirituelle est en effet assumée dans la réalité d’expérience des potentialités d’une part, et dans la liberté des décisions[6] d’autre part.

16.D.4. Apprendre à écrire des gouttes d’expérience :

Le déchiffrage de l’expérience proposé souhaite être une contribution pour une pédagogie d’écriture des gouttes d’expérience. L’approche est appliquée ici en géographie. Elle peut tout aussi bien être appliquée à la neurophysiologie, à la médecine, à l’artisanat, à l’animation associative et à tout autre métier. Un métier est une activité basée sur l’expérience. Un métier est la capacité d’apporter une réponse à un problème posé, de façon efficace. Un métier conjugue les cinq réalités d’expérience de base, même si le processus n’est pas conscient. L’évidence empêche souvent de trouver les mots justes. Peu importe : quand l’évidence n’est pas là, le procès permet d’y mener, avant de s’effacer 〈525〉 face à l’évidence qui naît. Le procès est le 12ème chameau, de la fable du Bédouin, placée en exergue de la partie II …

16.D.5. Dépasser la seule dimension psycho-sociologique pour s’ouvrir au territoire :

Le territoire est un système de relations. La dynamique générale sous-jacente aux dynamiques politiques, d’organisation et de citoyenneté est la même que celle qui constitue le territoire. Régis Debray explique « Il n’y a pas de peuple sans territoire ».

16.E. Apport possible à la Fondation pour le Progrès de l’Homme (F.P.H.):

16.E.1. Proposition d’un nouveau mode de pensée :

FPH appelle de ses vœux un nouveau mode de pensée. Les modes de pensée actuels (rationalisme, idéalisme ou matérialisme sur une base dualiste, c’est-à-dire séparant la matière et l’esprit) posent en effet de graves problèmes en créant des dichotomies dans la pensée, en fragmentant le savoir, en créant des cloisonnements entre les disciplines, etc.. Le mode de pensée organique peut surprendre à première lecture par son vocabulaire. Ne serait-ce pas « le prix à payer » pour sortir du dualisme ? Peut-on imaginer sortir du dualisme sans avoir une pensée qui fasse craquer nos mentalités rompues aux oppositions de toutes sortes, aux analyses disjonctives, et à un matérialisme qui se donne des allures de concret ? La pensée organique met en relation les éléments disparates de la vie quotidienne, il « réenchante » nos analyses, sans plus séparer l’élan poétique de l’élan scientifique. Pour cela, il est effectivement obligé de créer un nouveau vocabulaire, appuyé sur l’ancien (voir les principes de Crosby au chapitre 1.E.7.). Cela rend la lecture troublante, difficile, « flottante » entre un acquis dualiste auquel on tient malgré soi et un horizon non dualiste qui oblige à lâcher ses sécurités. La seule solution est de trouver ses exemples dans l’expérience, dans des faits de base personnels. La seule solution est de se constituer sa « bibliothèque de faits complets », de « faits concrets non dualistes ». L’insistance de la présente thèse sur la notion d’(ap)préhension a un but pédagogique : l’utilisation du verbe appréhender et du substantif appréhension concerne autant les faits dits « matériels » qu’« idéels » : on est donc en face d’une notion non dualiste du langage 〈526〉 courant. La présentation en partie II, chapitre 7.C. attire l’attention sur cette notion du quotidien qui permet de construire (ou retrouver ?) un mode de pensée non dualiste. En géographie, la notion de territoire, de paysage, de lieu, etc. sont des notions non dualistes, sur lesquelles peut également s’appuyer ce nouveau mode de pensée. Le problème de vocabulaire se pose quand la notion rencontrée est dualiste (par exemple transcendant/immanent, particulier/universel, privé/public, objectif/subjectif, etc.). Dans ce cas, il a bien été nécessaire à l’auteur de la pensée organique soit de « prolonger» le sens des mots, soit d’utiliser des mots existants dans un sens nouveau, soit d’inventer des mots nouveaux. Le choix semble s’être fait suivant les critères déchiffrés par Crosby et cités ci-dessus. Un effort est nécessaire au départ. Ensuite, une fois « embarqué dans l’Aventure », une pensée personnelle se développe …

Les limites de la science actuelle et l’universalité du procès :

En définitive, le plus important est la notion d’(ap)préhension négative et d’(ap)préhension positive. Nulle compréhension n’est possible sans tracer des liens, et l’intelligence de l’homme est plutôt dans ce qu’il exclut que dans ce qu’il rassemble (fonction de tri du cerveau). L’important est d’en être conscient et de nommer les limites d’un travail sur des bases volontairement limitées : l’erreur fréquente est de leur donner un caractère d’universel. La pensée organique n’est universelle que dans le sens où elle n’exclut aucun lien, et apprend à nommer les limites, donc la situation dans un schème global. Cela n’enlève pas la validité de la science : cela la situe, et trace les liens à toutes les autres approches, qui sont toutes aussi valables. De nombreux récits de la vie des chercheurs montrent que la véritable source de l’inspiration scientifique n’est pas d’ordre rationnel, mais plutôt imaginatif (fonctionnement des deux cerveaux, droit et gauche).

16.E.2. Une critique constructive de nos sources de pensée européennes (Descartes, Locke, Leibniz, Hume, Kant):

La FPH utilise beaucoup de notions non dualistes, et critique à juste titre Descartes. Or Whitehead « réalise le rêve de Descartes » au sens où il conserve toutes les notions non dualistes de Descartes, et « réforme » les autres (principe subjectiviste réformé). Ici encore, le travail du lecteur est douloureux, car il engage un effort de dépassement des notions acquises pour esquisser une adhésion nouvelle à des idées modifiées. Il est plus facile de critiquer en bloc ! Mais l’invitation est 〈527〉 d’apprendre à distinguer (dans le double sens de l’acuité du regard et de la distinction) la nouveauté réelle de Descartes dégagée de ses incohérences. Le XIXème siècle a fait un tel travail pour ne retenir de Descartes qu’un matérialisme et un subjectivisme sans Dieu. Or la fonction de Dieu dans la philosophie de Descartes est essentielle, et bien des aspects novateurs de sa doctrine deviennent incompréhensibles en supprimant le rôle joué par Dieu. C’est Dieu qui faisait le lien entre la substance pensante et la substance étendue. La « coïncidence » allait de soi pour Descartes. En attribuant cette coïncidence à Dieu, il évitait la réprobation de l’Inquisition sur son œuvre. C’est donc une œuvre complète, non tronquée qu’il s’agit de réformer. La pensée organique a réalisé ce travail sur les auteurs qui sont aux fondements de notre culture moderne : Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz, Kant. Whitehead exerce notre regard à la critique de ces auteurs, dans un sens non dualiste. Le drame de sa pensée est l’écriture désastreuse de Procès et réalité (absence de corrections dans la première édition). Beaucoup d’imperfections restent dans la traduction française de 1995 (notamment l’absence de l’index de l’édition de référence de 1978, et les imprécisions de vocabulaire). Une traduction très pédagogique d’Henri Vaillant n’attend actuellement qu’un éditeur pour offrir au grand public un outil affiné (voir les extraits en annexe 08).

Il est étonnant de voir à l’œuvre notre société qui critique le cartésianisme tout en mettant en œuvre avec efficacité ses préceptes les plus étroits, devenus comme incontournables. La critique existe, mais … au niveau de l’agrégation de philosophie. Pourquoi cette critique ne descend-elle pas quelques classes pour être apprises en lycée ? Les besoins de l’industrie sont des scientifiques rompus aux équations : réformer le subjectivisme cartésien n’enlève pas l’efficacité du raisonnement scientifique. Il oblige à désapprendre ce qui est appris actuellement. La désaffection actuelle des étudiants pour les sciences telles qu’elles sont enseignées va peut-être amener à considérer une autre approche, qui respecte les trois temps de la romance, la généralisation et l’expérimentation. Ce mode de créativité est déjà à l’œuvre dans le cinéma, la littérature, et les arts en général. La science comme art est le chemin d’un nouvel humanisme, qui ne séparera plus nature et culture, équations et poésie (lire le poète scientifique Shelley). Humanisme est peut-être un mot qui appartient au passé, à moins d’englober dans l’humanité tout le cosmos. Le temps de regarder les étoiles dans le crépuscule n’est pas à séparer des autres temps : Bachelard a bien montré que ce sont dans la journée des successions d’état d’âme qui ont chacun leur qualificatif philosophique. 〈528〉 Clair idéalisme du matin, rationalisme en journée, et empirisme fatigué du soir. Le vol de l’avion, mouvement incessant, source de fécondité de la recherche et de l’expression.

16.E.3. Une explication des notions du quotidien :

Un apport de la thèse est que les notions de dynamique, de processus, d’appréhension, proposition sont utilisées tout le temps dans le quotidien, mais jamais explicitées. L’explication de ces notions est indispensable pour mieux contribuer à la transformation des territoires

En l’absence d’explication des termes de dynamique et de processus, les auteurs renvoient le plus souvent à la notion de système, avec des concepts des « sciences dures », de type mécanique, avec des références mathématiques et logiques. Cette référence s’éloigne de l’expérience concrète que chacun peut avoir des dynamiques et du processus. Elle s’éloigne aussi du sens commun, notamment de son noyau dur (c’est-à-dire ce qu’il y a d’universel dans le sens commun). Or ces notions de dynamique et de processus sont utilisées pour faire passer des explications, pour se faire comprendre, parce qu’elles correspondent à l’expérience, à la sensation qu’en a chacun, à une certaine forme d’évidence. Ces notions permettent de partager les évidences. Dynamique, processus, propositions, … sont des catégories d’explication des différentes notions, tant psychologique, que sociologique, urbanistique, géographique, d’ingénierie territoriale et institutionnelle… L’analyse de ces notions évidentes a été faite par Whitehead, et la pensée organique est une pensée cohérente, logique, adéquate, applicable et nécessaire de ces notions qui sont utilisées tout le temps en pratique.

À partir de 1998, des ingénieurs se sont mis en marche pour sortir de la solitude vivre une dynamique de réseau, échanger l’expérience, la mutualiser, la capitaliser, entrer dans un processus d’apprentissage collectif, mettre en place une intelligence collective pour mieux participer à la transformation des territoires. Le groupe a d’abord fonctionné de manière intuitive, à partir des ateliers issus de la dynamique des ateliers de l’Ecole de Citoyenneté « Hommes, Femmes dans la Cité » puis de manière de plus en plus consciente, en montrant progressivement comment derrière cette notion de dynamique et de réalité des dynamiques se trouvait le procès, tel que la pensée organique l’a déchiffré, à partir de notions toutes ordinaires du quotidien. 〈529〉

On s’est ainsi aperçu progressivement entre 1998 et 2004 que ces mots du quotidien peuvent avoir un sens technique, tant de technique physique, biologique, mathématique, logique, philosophique, ontologique. Ce sens technique ne se réduit pas aux mots les plus utilisés de dynamique, de processus, d’appréhension, mais également d’autres qui sont largement utilisés dans la profession : les notions de potentialités, de proposition (l’ingénieur est avant tout un homme qui fait des propositions aux élus et aux habitants), de jugement, de décision, de satisfaction. Tous les éléments du procès viennent d’êtres cités, et c’est au cours de congrès, de rencontres, de confrontations, de lectures assidues, d’abord personnelles puis partagées que les liens ont commencé à se tisser entre toutes les notions. Les relations se sont faites petit à petit et un double travail a été mené

  • pour garder le sens de la globalité (l’unité) qui fait l’évidence des notions de dynamique et de processus (qui incluent la notion de système, mais ne s’y réduisent pas)
  • et tout à la fois entrer plus loin dans l’analyse de chacune des notions.

Le schème organique est apparu d’une particulière efficacité pour entrer d’abord intuitivement puis de plus de plus en plus techniquement dans la compréhension et l’explicitation de ces relations. Le travail a été commencé dans la thèse sur les premières notions : appréhension (chapitre 7C) , dynamique (chapitre 2), processus (chapitre 9A), valeurs (chapitre 8B.5&6). Et ce travail pourrait être poursuivi, soit globalement soit point à point dans d’autres travaux, d’autres thèses.

Ce schème est opératoire et efficace dans la mesure où il s’efface devant le réel, et devient pour ainsi dire, inutile, comme le 12ème chameau de la fable du bédouin. Ce 12ème chameau était en effet inutile pour l’héritage, mais indispensable pour la réalisation effective du partage. Le schème organique décrit le réel lui-même. Il n’est ni doctrinaire, ni dogmatique, ni normatif, mais uniquement la saisie du réel tel qu’il se présente à nous.

16.E.4. Le procès comme fondement scientifique des composantes de la gouvernance :

Au niveau de la définition des sociétés, la démarche rejoint la notion de gouvernance et le procès apparaît comme fondement possible du cycle de gouvernance décrit dans les nombreux travaux de la FPH. Les phases du procès apparaissent comme les composantes de la gouvernance, comme des « principes invariants » dans toutes les analyses, et à toutes les échelles. Ce constat rejoint celui de 〈530〉 Pierre Calame lorsqu’il dit « j’avais pris conscience du caractère « fractal » de la gouvernance : c’était les mêmes principes qui semblaient s’appliquer à l’organisation et au fonctionnement des pouvoirs publics depuis le niveau local jusqu’au niveau mondial, et dans des contextes aussi différents que la France, les pays arabes ou la Chine » . Ce caractère fractal se trouve au niveau des échelles d’analyses, mais aussi au niveau des thèmes d’analyses : analyse politique, d’organisation, territoriale, développement, … Le procès est au cœur du réel, au cœur de la vie, au cœur ultime de la nature. Le message de la pensée organique peut se résumer à ce constat. Ce n’est pas une théorie, c’est le constat du réel, dans une formulation toujours provisoire. Le plus difficile, est paradoxalement de croire que cela peut être aussi simple : chaque « réalité d’expérience » ou « composante de la gouvernance », ou « principe de base » peut avoir de multiples noms, mais il s’agit de la même réalité, et le nombre des réalités de base se compte avec les doigts de la main. Ces réalités sont déchiffrées dans le schème organique, présenté au complet en partie II au chapitre 9.B. Trois catégories d’existence suffisent pour expliquer les autres (entité actuelle, (ap)préhension et potentialités[7]) et trois catégories d’obligation suffisent pour analyser la plus grande partie du réel (unité, diversité et valeurs[8]). On retrouve les « mêmes principes » exprimés par la Fondation dans ses différentes approches.

16.E.5. Une contribution à l’approche géographique de la FPH ; l’intégration régionale :

La thèse se présente comme le vol de l’avion, en trois phases : l’expérience, la généralisation (le procès) et quelques tentatives d’application de l’expérience à un certain nombre de sujets de géographie (définition de l’objet géographique) et d’ingénierie institutionnelle (apport possible du procès aux réseaux), puis de région conviviale  Ces notions permettent une application à la région « Entre Vosges et Ardennes ». Les objets géographiques sont les potentialités pures (par exemple les « modèles »), les potentialités hybrides (par exemple toutes les propositions d’aménagement) et 〈531〉 les potentialités réelles (ce sont les sociétés existantes). Ces trois types de potentialités sont une alternative aux notions d’objets humains, objets non humains et objets hybrides entre humains et non humain de Michel Lussault et Bruno Latour. En effet, distinguer humain et non-humain est encore s’appuyer sur une dichotomie artificielle entre nature et culture (bifurcation de la nature) D’autre part, la notion ultime d’entité actuelle est un approfondissement de la notion ultime d’actant. Ces trois types de potentialités sont appliqués à la région « Entre Vosges et Ardennes » , berceau de l’Europe depuis le CECA[9],. Cet exemple régional pourrait être généralisé à certaines régions d’Europe et à certaines régions de la planète. Les premiers éléments sont esquissés.

Les réseaux impliqués dans l’élaboration de la thèse pourraient tirer profit de l’approche organique pour apprendre à utiliser des ET plutôt que des OU, à développer le vocabulaire qui permet l’unité dans la diversité. Le procès devient la pièce maîtresse de la Boîte à Outils des réseaux d’apprentissage collectifs. Ce vocabulaire nouveau propose un réenchantement de la recherche et de l’action, au prix du douloureux travail d’analyse de nos « évidences ».

16.F. Apport possible aux Chromatiques Whiteheadiennes :

La thèse est l’exploration d’un domaine nouveau pour la pensée organique : la géographie. C’est donc un champ nouveau d’observation et d’expérimentation qui s’ouvre.

16.G. Apport possible à l’Université:

16.G.1. Unifier dans la diversité :

La vocation de l’Université est de distinguer l’universel au sein de la diversité. La partie II de la présente thèse montre l’universalité du procès à travers la diversité des confrontations. Ces confrontations ont été organisées au niveau de l’homme (CNFPT, AITF, PRH), des sociétés (HFC et FPH) et des territoires (T&C, AIU, …).

Avec l’approche proposée, les travaux ne sont plus opposés les uns aux autres. Ils conjuguent les quatre répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour, qui s’avèrent être des « réalités 〈532〉 d’expérience » de statut ontologique fort au sein du schème organique. Ils développent une approche transdisciplinaire. Ils offrent une approche généraliste qui permet un dialogue entre toutes les spécialités. Ces quatre répertoires correspondent à des réalités d’expérience, qui ont un statut ontologique. Ces réalités d’expériences forment une cosmologie. Elles se déclinent dans les différents domaines, notamment celui de la gouvernance, dont les territoires sont une « brique de base ». La présente recherche pourrait être poursuivie dans un laboratoire, ou être à l’origine de la création d’un nouveau laboratoire de recherche territoriale transdiciplinaire. Elle pourrait être une contribution à la pédagogie de la nouvelle université en construction ARTEM à Nancy.

16.G.2. Une recherche transdisciplinaire :

Curieusement, alors que la démarche unifie les approches de domaines différents au niveau de l’homme, des sociétés et des territoires, un certain nombre de lecteurs de la thèse en chantier se sont étonnés : est-ce de la psychologie ? est-ce de la sociologie ? est-ce vraiment de la géographie ? N’est-ce pas de la pure philosophie ? La réputation de mathématicien de Whitehead laisse toutefois ouverte la qualification d’approche scientifique de la thèse.

La thèse est transdisciplinaire au sens où elle rejoint le réel à travers la notion de procès avant toute séparation en domaines de connaissance. En ce sens, elle est généraliste, car elle est applicable à tout domaine, dans un double mouvement d’application et de modification éventuelle du schème.

16.H. Apport possible à Terre & Cité :

Terre & Cité à travers ses ateliers réalise un travail pratique d’animation autour des territoires à l’échelon régional des « villes et territoires » (32 000 km2), à l’échelon régional du sous-continent (L’Europe) et à l’échelon du Monde. La présente thèse, en définissant les objets géographiques à partir de la notion de potentialité, donne à ces recherches une clarification de la méthode, et un statut ontologique concret : la prospective fait partie des objets du réel. La prospective est un temps essentiel du processus de transformation des territoires. La distinction entre potentialité pure, hybride et réelle permet de faire les liens tant avec les données naturelles que culturelles : nature et culture sont réunies dans une même démarche. La réflexion porte sur les sociétés, qui sont minérales, animales, végétales et humaines. Cette notion large de société permet de conjuguer territoires, sentiment d’appartenance et responsabilité écologique. Ces trois derniers sont à leur 〈533〉 optimum à l’échelle de la région conviviale. Sur ce point, la recherche a permis de constater la convergence des travaux géographiques (AIU, P.Braconnier, …) et des recherches sur la gouvernance (FPH). Relations et choses sont ainsi indissolublement tissées. Un fondement philosophique est proposé pour ce tissage.

D’autre part, un autre apport tout aussi important est de donner à la dimension spirituelle un statut aussi concret que les dimensions plus techniques et spécialisées comme le transport, l’habitat, l’environnement ou les N.T.I.C.. La dimension spirituelle est une dimension à part entière (et pas « à côté) des territoires, comme le montre dans les faits la nomination officielle dès 1991 d’un expert spirituel au sein du Comité des Villes.

16.I. Apport possible à l’AIU :

L’AIU est confrontée à la mondialisation de l’architecture et de l’urbanisme. Organisation indépendante et mondiale, l’AIU peut contribuer à l’expression des diversités culturelles : ses congrès peuvent être l’occasion de conjuguer unité et diversité.

Une organisation régionale en une vingtaine de sous-continents :

La délégation française en 2008 souhaite proposer une démarche d’intégration régionale de l’AIU, pour permettre l’émergence d’une parole multiple. Ses quelques 500 membres à travers le monde, personnels et institutionnels peuvent contribuer à l’émergence d’une organisation régionale, articulée à une organisation mondiale.

Un prolongement du 43ème Congrès d’Anvers en sept. 2007 :

La présente thèse se présente comme un affinement du thème de Congrès 2007 : le Trialogue (qui est en fait un Quadralogue …) : le Quadralogue est une méthode de travail, un processus d’écoute et de confrontation des acteurs de l’aménagement. Des expérimentations peuvent être réalisées dans chaque Sous-continent, des comités locaux (à l’échelle de la région conviviale) peuvent être organisés et communiquer directement entre eux. Ils peuvent constituer les noyaux d’un nouveau type de démocratie sur de nouveaux territoires non-administratifs mais conviviaux. Terre & Cité impliquée dans l’AIU peut contribuer à cette émergence, ainsi que les autres réseaux (FPH, HFC, 〈534〉 CW, …), suivant un organigramme fonctionnel à inventer. Ainsi, chaque réseau, tout en suivant sa vocation, pourra contribuer à la création de régions conviviales.

Un dialogue entre les peuples :

L’approche ontologique et cosmologique devient un outil de dialogue entre les peuples : les principes énoncés par l’approche organique sont liés à l’homme dans son universalité : des liens seront donc possibles vers d’autres expressions culturelles, d’autres cosmologies. Plus la cosmologie organique sera fine dans son approche, plus les liens à d’autres cultures seront fins. Les principes implicites deviennent explicites. Une gouvernance mondiale peut émerger. 〈535〉

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Notes :

[1] PR 17a (74)
[2] Pour une synthèse des catégories, voir le chapitre 9.
[3] Voir la présentation de synthèse en partie II, au chapitre 8.11, page 264 ainsi que la figure 8-11.
[4] Les cinq attitudes citées ici sont les attitudes clé de la formation Personnalité de Relations Humaine (P.R.H.).
[5] Référence au mot célèbre de Jacques Maritain.
[6] la « cinquième phase » (la phase terminale de la concrescence) -voir en partie II le chapitre 8.B.1.
[7] Catégories d’existence 1, 2 et 5, en abrégé CX 1, CX2 et CX5. Voir le tableau complet des catégories présenté en partie II, chapitre 9.B.
[8] Catégories d’obligation 1,3 et 4, en abrégé CO 1, CO3 et C04. Voir le tableau complet des catégories présenté en partie II, chapitre 9.B.
[9] Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, créé le 18 avril 1951, à l’initiative de Robert Schuman.

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire