15.C. Les R.C. en Europe

〈486〉

15.C. Implications pour les régions conviviales en Europe :

Ce chapitre opère un rapprochement par l’auteur entre les travaux de l’Union Européenne (avec les NUTS 1, 2 & 3) et les travaux de William Twitchett présentés sous forme d’une « Carte prospective de l’Europe des régions » dans le cadre des ateliers de l’association Terre & Cité depuis 1998 (5 versions successives de schémas en fonction des évolutions politiques, sociale, économiques et géographiques). Analysons les matériaux de base de la réflexion.

La carte des régions membres de l’Assemblée des Régions d’Europe [1]  (ARE) montre l’extrême diversité des régions européennes, une grande diversité de régions, dans les tailles, les populations, les statuts juridiques, avec une grande confusion des échelles. Cela vient de la définition: la région est le niveau juste en dessous de celui d’un État. Avec cette définition, le canton Suisse est au même niveau qu’une région française ou espagnole. Ces régions ne doivent pas être confondues avec les NUTS1 : ces derniers sont le plus souvent des groupements d’entités existantes, classées en NUTS2, suivant l’explication donnée ci-dessous. L’approche qui suit est faite sur les NUTS1 de l’Union Européenne à 27 membres. Un certain nombre de pays ont déjà la taille de la région conviviale, à savoir : Belgique, Danemark, Pays-Bas, Chypre, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Slovaquie, Slovénie (Il est possible de rajouter la Suisse dans l’UE à 31 membres et la Croatie, candidate à l’UE). Ils sont indiqués en bleu dans le tableau accompagnant le plan. La source du fond de carte au format Adobe Illustrator est d’Eurostat[2] L’Union Européenne a élaboré un système de statistiques nommé NUTS (Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques) [3]. Le 〈487〉 répertoire utilisé est le catalogue KS-RA-07-020-FR-N, édition 2007, donnant les NUTS 2006 dans l’U.E.27 (Union Européenne à 27 États).

Le but est le regroupement d’Unités comparables, avec des seuils minimum et maximum de population suivant la règle du tableau qui suit. Ces règles ne sont pas liées à un territoire ou une taille de territoire. En outre, nous observerons qu’elles sont peu suivies : elles sont un objectif pour les nouveaux entrants, avec de nombreuses exceptions pour les membres existants. Elles témoignent malgré les paradoxes (P.Le Galès & C. Lequesne, 1997 ; Keating, 1985, 1995, 1997), d’un gigantesque effort de dépasser les particularismes pour avancer vers la réalisation de la vision de l’« Europe des régions ». Cet effort n’a pas de précédent au niveau mondial : il est source d’enseignement pour d’autre régions sous-continentales comme la Chine et l’Afrique dans leur recherche d’une harmonisation et d’un équilibre des territoires (Calame, 2006, bip 2998 ; 2006 ; bip 3056 ; 2006, bip 3473, p.9).

Niveau Minimum Maximum
NUTS 1   (97) 3 millions 7 millions
NUTS 2   (271) 800 000 3 millions
NUTS 3     (1303) 150 000 800 000

Figure 15‑7 : Seuils de population des NUTS 1, 2 & 3 de l’U.E. (Source: Eurostat)

L’étude des régions conviviales de l’Union Européenne s’est appuyée sur le fichier des 271 NUTS 2 (surface, population, densité) et la cartographie liée. En regroupant sur un seul fichier Excel quatre fichiers donnés séparément dans le site d’Eurostat (Codes, Nom, Densité, Surface) [4], il est possible de constater que cet objectif de comparaison d’entités territoriales analogues n’est pas rempli. La prise en compte du seul critère de la population et non du territoire occulte les réalités de terrain (les déplacements des hommes, les activités animales et végétales, …). Une difficulté d’élaboration du fichier de base a été le calcul de la population à partir des densités de 2005 (à deux décimales) données par Eurostat sur la base des superficies de terres hors fleuves et lacs : la population en 2006 est le résultat de la multiplication de la densité sur les surfaces correspondantes. La cohérence du chiffre de population a été vérifiée d’une part avec le fichier des 249 entités 〈488〉 politiques élaboré dans la présente thèse et présentée dans le sous-chapitre suivant, et d’autre part le fichier de l’INSEE pour les régions de France. L’intérêt de l’ensemble de cette démarche est de vérifier qualitativement la pertinence des territoires, et d’associer chaque territoire aux NUTS 1, 2 ou 3 : il devient alors possible de bénéficier de toutes les statistiques d’Eurostat pour l’analyse approfondie de ces territoires. Le travail esquissé ici pourra faire l’objet de travaux approfondis dans un laboratoire universitaire existant ou à créer.

15.C.1. Analyse critique des NUTS 1 suivant leur population et leur taille :

On observe sur la carte européenne des NUTS1 une contradiction entre la définition des NUTS en 3 classes de population et les 3 constats suivants :

  • Un certain nombre de villes (Bruxelles, Bremen, Hamburg) sont isolées, alors que les solidarités locales dépassent dans la réalité largement les territoires de ces villes. La récente démarche d’unification progressive de Berlin avec la région du Brandebourg est à ce titre exemplaire [5].
  • D’énormes territoires sont découpés autour de Paris et de Madrid ; Cela ressemble à un projet politique pour donner de l’importance à ces deux villes et leur préparer un territoire de la taille de l’importance que les élus souhaitent leur donner. Cette hypothèse semble confirmée par le souhait de la DATAR de créer un bassin parisien sur le territoire de la NUTS1 (sorte de « justification par l’Europe »…). Cela n’est-il pas en en contradiction avec un développement régional équilibré ? Ne serait-il pas possible de trouver un contraste entre les deux politiques sans arriver à cette forme de caricature ? La ville de Londres, qui est la référence en matière de ville internationale ne présente pas cette proposition centralisée : les régions de NUTS1 périphériques sont équilibrées.
  • La faible taille entre les régions de NUTS1 de Hollande, Belgique, et même l’Angleterre est en contraste avec la taille moyenne ou grande des autres régions de NUTS1. 〈489〉

15.C.2. Proposition de perspective d’évolution des NUTS 1 et NUT2 dans la direction de régions conviviales :

Une réflexion en termes de régions conviviales suivant l’exemple de la région « Vosges-Ardennes » permet de dégager une perspective d’évolution des NUTS 1 et des NUTS 2 vers un développement équilibré des établissements humains et des sociétés naturelles. Les NUTS 2 ont été conçues pour correspondre aux réalités géographiques et économiques, alors que la NUTS1 est plus politique  [6].

La proposition qui est faite respecte les découpages administratifs existants, le plus souvent au niveau des NUTS2, avec ponctuellement des découpages au niveau des NUTS3 (région « Entre Vosges et Ardennes »). La méthode de recherche a été la suivante :

  • Établissement d’une légende suivant la méthodologie d’analyse proposée au chapitre 13.B.1. Page 374. Six cas se présentent suivant que le centre de référence est existant ou modifié, et que la frontière est existante, composée ou recomposée.
  • 1/ Analyse pays par pays, avec un regard simultané sur :
    • la carte officielle des découpages NUTS 1, 2 et 3, et les statistiques des 273 NUTS2.
    • la carte de l’Europe au 1/3 000 000 ème (Michelin, 705) et 1/6 000 000 ème (IGN POLO3).
    • L’Atlas Beautier, et les sites Populationdata complété de Wikipedia –qui ajoute la dimension territoriale- (voir la bibliographie des sites internet utilisés).
    • Le projet de proposition globale de l’Atelier « Terre & Cité » pour en tester une nouvelle fois la pertinence, et contribuer à une réflexion globale en cours au niveau de la société civile, des administrations locales et de l’Union Européenne. 〈489〉
  • 2/ Mise au point du fichier de synthèse des régions conviviales de l’Europe (en annexe informatique et à la suite du texte de la thèse)
  • 3/ Mise au point de la carte de synthèse suivant la légende des régions potentielles.

La volonté est d’apporter un élan et de provoquer des études dans une tentative d’harmonisation globale des démarches, sachant que ce qui est déjà fait par l’Union Européenne est remarquable pour mettre en perspectives les données si différentes de tous les États impliqués. La démarche en région conviviale poursuit cette harmonisation européenne à partir des NUTS 2 et 3. Seule la maturité de la démarche permettra progressivement à des régions proposées assez grandes (Transylvanie, Danube, env. 90 000 km2 ; République Tchèque, 77 269 km 2) de créer des pôles plus puissants pour faire émerger une nouvelle région.

La figure 15-13 page 492 représente une nouvelle organisation possible à partir de la notion de région conviviale. Ce n’est pas l’objet de la présente thèse d’entrer dans le détail des explications point par point : ce serait l’objet d’une nouvelle thèse. Le but ici est de donner à sentir l’intérêt d’une telle démarche, en application de celle déjà détaillée pour la région « Entre Vosges et Ardennes ». Il s’agit en quelque sorte d’une première généralisation possible de la démarche, qui est souhaitée par les élus de la Grande Région à travers leur document Vision d’avenir 2020. 7ème sommet de la Grande Région, Juin 2003 (page 26a). Cette analyse repose sur une tentative de travail sur les populations, surfaces, densités et attractivité au niveau des 271 NUTS 2 de l’UE 27, qui sont les régions de base (avec une réalité géographique et administrative forte) utilisées par les États.

Le résultat de cette analyse est riche d’observations, bien loin de l’image de la « banane bleue ». L’image est plutôt celle de la « grappe de raisin » (K.Kunzmann, 1998 [7]), comme métaphore d’une Europe à construire (Baudelle, 2001). L’Europe des régions conviviales est une proposition de « grappe » basée sur les critères au niveau de l’homme, la société et les territoires décrits au chapitre 13. Comme le précise Klaus R. Kunzmann, les raisins de la grappe peuvent avoir des tailles différentes : 32  000 km2 est la taille indicative moyenne pour des régions conviviales allant de 〈491〉 16 000 km2 à 64 000 km2 hors exceptions (voir le tableau 15-12 ci-dessous). Cette taille pourrait être la mesure indicative de la région telle qu’elle est définie par Max Sorres (1952, p.424-425) par cinq éléments : une zone centrale, une zone périphérique de proche banlieue, une zone externe caractérisée par la participation aux rythmes quotidiens de l’activité urbaine, une zone interne de la région urbaine où le contact à la ville n’est ni immédiat, ni journalier et une zone externe « qui trouve sa limite dans la rencontre avec une zone d’influence d’une métropole du même ordre ». On retrouve 5 des 8 processus intra-régionaux décrits dans la figure 13-20 du chapitre 13.H.1.2. (p.422). La « zone externe » souligne l’importance des interactions autour de la « médiatrice » entre deux régions suivant le « diagramme de poids régional » sur l’exemple proposé au chapitre 14.C.1. pour la région « Entre Vosges et Ardennes ».

La proposition des « régions conviviales de l’Union Européenne » répond donc de façon étonnante à l’intuition de Klaus R. Kunzmann et l’esquisse finale de son article « La « banane bleue » est morte ! Vive la « grappe européenne » ! » précité. Les « raisins » peuvent être « petits » (16 000 km2) ou être « grands » (64 000 km2). Dans tous les cas, il existe un seuil bas et un seuil haut de pertinence de l’intuition.

Le seuil bas proposé dans la présente thèse est de 16 000 km2. En effet, sur les 18 régions en dessous de ce seuil, 13 sont des îles. Les cinq restantes sont Hadrian-Lakelands/Hexham [8], Northern Ireland/Belfast, Sydsverige-Sjaelland (Oresund)/Malmö-Copenhague, Région de Murcia/Murcia, Asturias/Oviedo. Leurs surfaces vont de 10 600 à 15 400 km2. Des caractéristiques géographiques et une histoire très forte expliquent ces petites tailles. Toutes ces régions sont en lien avec la mer, qui est une sorte d’agrandissement naturel de ces régions : la mer est un espace économique régional déterminant. L’Alsace, avec ses 8 280 km2 et ses 1,8 millions d’habitants pourrait-elle justifier d’être également une région indépendante ? L’intensité des échanges transfrontaliers semble indiquer un positionnement de région « médiatrice », soit pour être rattachée au Baden-Wurttemberg (ce que l’histoire a actuellement exclu), soit pour être intégré dans l’ensemble « Vosges-Ardennes » (ce qui serait un choix difficile, mais pertinent). Strasbourg a une vocation interrégionale et européenne, non en tant que centre de référence d’une région conviviale, 〈492〉 mais en tant qu’agglomération en position « médiane » privilégiée suivant la figure 13-20. Le positionnement privilégié d’agglomérations comme Genève, Bâle, Strasbourg, Charleville-Mézières et même Lille-Roubaix-Tourcoing caractérise un type d’agglomération très différent de celles qui constituent un centre de référence ou participent à un centre de référence polycentrique (Luxembourg, Trèves, Saarbrucken, Epinal). L’exemple réussi du choix de Berne comme centre de référence de la Suisse considérée comme une seule région conviviale éclaire bien ce propos. Le choix de Bern en 1848 est le fruit de plusieurs siècles de négociations. La difficulté est que la conscience politique du peuple suisse (ou des peuples suisses ?) ne va pas encore jusqu’à la conscience d’appartenir à une seule région : la référence reste toujours l’un des 26 cantons.

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Figure 15‑8 : Analyse des surfaces des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

Le seuil haut proposé est de 64 000 km2. Certaines régions peuvent être plus grandes lorsqu’elles sont peu peuplées, ou parce qu’elle forment un seul ensemble politique centralisé. Certaines sont comme « un œuf à deux jaunes » (Andalousie, République Tchèque, Irlande, Övre Norrland, Pohjois-Suomi). Aucune ne dépasse 100 000 km2 (Vistule/Warszawa, 99 092 km2 pour 11 130 000 hab). Au-dessus, se trouvent l’échelle « D » indicative de 512 000 km2 des nations et l’échelle « E » indicative de 8,2 millions de km2 des « régions sous-continentales ». Ces deux échelles correspondent respectivement à « la région spontanée » (Mer du Japon, « triangles » de la mer de Chine du sud, Zone Économique Spéciale de la Chine du Sud, Guangdong) et « la région 〈493〉 délibérée » (Mercosur /Alena ; Ansea / Apec ; Viregrad / UE) de Marie-Claude Smout dans son article « La région comme nouvelle communauté imaginaire ? » de 1997 [9]. L’intérêt du chapitre 13 de la présente thèse est de proposer une clarification de la notion de région, et de permettre systématiquement des références à des exemples de territoires comparables, dans un but d’analyse, de comparaison, et d’évaluation des potentialités.

L’approche en région conviviale fait paradoxalement apparaître que plus de 40% des régions sont de « potentialité réelle ». Cela signifie qu’une fois l’échelle indicative adoptée (32 000 km2) chaque « grain » apparaît en interrelation avec tous les autres, avec une cohérence plus forte que lorsque l’attention est portée sur la seule population. Le changement de regard, et l’adoption d’une échelle indicative simplifie les données, permet les comparaisons, introduit les analyses, et révèle des potentialités. La difficulté de ce regard est d’obliger à prendre en compte simultanément la géographie, l’histoire, les territoires, la population. C’est en définitive le corps de l’homme qui est la référence commune : le corps dans ses déplacements quotidiens, hebdomadaires, mensuels. Max Sorre, cité ci-dessus, y fait référence. Alain Motte n’est pas loin de cette définition avec la notion de région urbaine, à partir de celle de Healey [10]. La référence à l’homme et à sa vie quotidienne, qui ne tient généralement pas compte des limites administratives, permettra de découvrir de nouvelles identités à partir du vécu et de l’expérience. La réalité est là, mais les mentalités ne sont pas encore ajustées au vécu. Seulement 20% des régions conviviales auraient à la fois leur contour et leur centre de référence à repenser (potentialité pure). Près d’un tiers des régions proposées sont une addition de frontières existantes. Cette approche de la région est élargie par la notion de « région choisie » définie par Marie-Claude Smouts dans l’article cité ci-dessus : « La région choisie est par définition un espace subjectif. Elle est construite à partir des représentations symboliques opérant la synthèse entre des données immédiates, un passé réinventé, et un futur désiré. Elle dessine un nouvel espace de mobilisation pour l’action : elle offre des ressources, elle légitime des politiques, 〈494〉 elle structure des stratégies. Elle constitue un enjeu, d’autant plus fort que la construction symbolique est stimulée par les ambitions bien réelles de quelques-uns pour la capitalisation de ses ressources matérielles et immatérielles » (p.43-44). Cette approche semble être celle que Pierre Calame appelle de ses vœux, loi des définitions administratives ou figées par une tradition révolue.

La réflexion en région conviviale est la prise au sérieux des croquis d’analyses des territoires pertinents, comme par exemple le document du MIIAT commenté au chapitre 14. De tels documents existent pour chaque pays. Les prendre au sérieux conduit à la seule démarche géographique ouverte sur l’avenir, et apte à saisir les potentialités des territoires, briques de base de la gouvernance au XXIème siècle (Calame). Les tableaux d’analyse font apparaître la richesse et la fécondité de la démarche :

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Figure 15‑9 : Analyse des potentialités de régions conviviales de l’Union Européenne

Les régions conviviales se répartissent sur toute l’échelle des densités, révélant celles qui ne sont pas saturées (comme par exemple les 6 régions de plus de 10 millions d’habitants en dessous de 200 habitants par km2 : Cracovie, Pô-Adriatique, Prague, Budapest, Bucarest, Varsovie). La région « Vosges-Ardennes » avec 137 hab/km2 est également loin de la saturation. Par contre, 5 des 14 régions conviviales de plus de 10 million d’habitants en Union Européenne atteignent un seuil de saturation (Londres, Sheffield, Düsseldorf, Amsterdam, Bruxelles). 〈495〉

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Figure 15‑10 : Analyse des densités des régions conviviales potentielles de l’Union Européenne

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Figure 15‑11 : Analyse de la population des régions conviviales potentielles de l’UE
〈496〉

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Figure 15‑12 : Carte des région de niveau NUTS 1 de l’Union Européenne (Source: Eurostat, Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, 2007)
〈497〉

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Figure 15‑13 : Carte des régions conviviales d’Europe de potentialités pures, hybrides et réelles. Morphogénèse des régions basées sur l’appartenance (sur fond Eurostat).
498

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Figure 15‑14 : Tableau du nombre de régions NUTS 1, 2 et 3 d’Europe ; Superficies (compris les eaux) et surfaces par Pays. Statistiques Eurostat 2006. En bleu : les régions conviviales
〈499〉

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Notes :

[1] Site internet : www.aer.eu. Pour la cartographie, voir www.geoatlas.com. La carte des région de l’ARE figure en annexe 00a, dans le fichier intitulé : 03-PartieIII_ReorganisationRegions Europe.doc
[2] Site internet d’Eurostat (Conception et cartographie : Violette Brustlein (CNRS/CREDAL). Ils précisent : « Ce fond de carte est destiné à représenter des données statistiques et uniquement à cela. Aucune garantie n’est donnée concernant la précision des contours des entités statistiques et administratives, la localisation des chefs-lieux, l’échelle, les frontières internationales, etc ». Ce fichier a été vérifié suivant la brochure KS-RA-07-020-FR (voir la note suivante).
[3] Régions dans l’Union Européenne, Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques, NUTS2006/UE 27 ; Numéro de catalogue: KS-RA-07-020-FR-N, Thème: Statistiques générales et régionales, Collection: Methodologies and working papers, Communautés européennes, 2007, 156 pages. Ce document figure en annexe 14, avec le chemin d’accès suivant : Annexe\Annexe11-Region-Sous-Continent\D2-Europe\Europe-NUTS\NUTS1-NUTS2-NUTS3-CARTES_KS-RA-07-020-FR.pdf. Toutes les cartes en ont été extraites au format TIFF pour permettre un travail cartographique au niveau des NUT2 et NUTS3.
[4] Le fichier est placé en annexe informatique (DVD-ROM) n° 11-Région-Sous-Continent, sous le nom « 00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls » avec le chemin d’accès suivant : 00_Annexes\Annexe11-Region-Sous-continent\D2-Europe\Europe-Statistiques\00_Regions-Europe_NUTS1-NUTS2_b.xls. Il est également placé à la suite du texte en annexe ci-après.
[5] Voir l’ensemble des documents et cartes accessibles sur http://gl.berlin-brandenburg.de.
[6] http://ec.europa.eu/comm/eurostat/ramon/nuts/application_regions_fr.html. Il est expliqué : « la NUTS, qui établit une correspondance entre les régions en termes de dimensions, fournit en même temps plusieurs niveaux d’analyse. Ainsi a-t-on considéré, dès 1961, lors de la conférence sur les économies régionales organisée à Bruxelles à l’initiative de la Commission, que le niveau NUTS 2 (régions de base) constituait le cadre généralement utilisé par les États membres pour la mise en œuvre de leurs politiques régionales et que c’était donc à ce niveau que devaient être appréhendés les problèmes régionaux/nationaux, tandis que c’était au niveau NUTS 1 (grandes régions socio-économiques regroupant les régions de base) que devaient être étudiés les problèmes régionaux/communautaires comme « les conséquences de l’union douanière et de l’intégration économique sur des espaces immédiatement inférieurs aux espaces nationaux ». Le niveau NUTS 3, qui définit généralement les régions de dimensions trop restreintes pour permettre des analyses économiques complexes, peut être utilisé pour établir des diagnostics ponctuels ou pour choisir le lieu d’application privilégié d’actions régionales ».
[7] Voir aussi l’article fourni en annexe00b de Klaus R. Kunzmann intitulé « La « banane bleue » est morte ! Vive la « Grappe européenne » ! Cet article de 4 p. reproduit le dessin de l’intuition d’une « europe des régions » avec un ensemble d’une quarantaine de cercles de la taille indicative de 32 000 km2, parfois plus petis, parfois plus grands, mais toujours dans cette échelle de cohérence.
« Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
[8] Les régions sont indiquées par leur nom général et leur centre de référence. Un nom ou un centre de référence proposé est en italique, un nom ou un centre de référence existant est en caractères droits.
[9] Patrick La Galès, Christian Lequesne, Les paradoxes des régions en Europe, Éd. La Découverte & Syros, Paris, 1997, 302 p. L’article de Marie-Claude Smouts « La région comme nouvelle communauté imaginaire » est aux pages 37-46.
[10] Alain Motte, « 4èmes rencontres internationales en urbanisme » , Grenoble, Vendredi 8 février 2008. Il explique l’émergence d’« Une nouvelle échelle de planification : la région urbaine (Healey) : Une région urbaine est une aire dans laquelle se déroulent les interactions de la vie quotidienne et des activités économiques, interactions qui se traduisent par des relations en matière de réseaux de transports et d’équipements, de marchés fonciers et du travail. Cette aire ne correspond généralement pas aux limites institutionnelles traditionnelles ».
Adresse internet : iug.xtek.fr/index2.php?special=fichier_page&id=91

Articles récents

Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire