13.B-C. Frontière & centre

〈373〉 (…)

3.B. Approfondissement de la notion de frontière et de centre avec Mircéa Eliade ; Importance pour une approche pratique des régions conviviales de l’Europe et du monde

L’enquête de Régis Debray avait commencé dès sa Critique de la raison politique en 1981. Il y décrit le « principe d’inscription » [1], le principe d’incomplétude. Il résume ce dernier par l’expression « Clos, donc ouvert » [2]. Edgar Morin développe le principe d’incomplétude avec les mêmes accents (et tous les prolongements scientifiques) dans La Méthode. 4. Les Idées  [3]. Son propos est bien connu, aussi, des anthropologues. Mircéa Eliade a ainsi depuis 1957 expliqué dans Le sacré et le profane le lien entre chaos et cosmos « toute construction ou fabrication a comme modèle exemplaire la cosmologie » [4], aussi bien dans les sociétés traditionnelles que modernes. « C’est cela que tu n’as pas pensé qui se vengera de toi » [5] exprime Régis Debray. Mircea Eliade explique dès 1957 « qu’en d’autres termes, l’homme profane, qu’il le veuille ou non, conserve encore les traces du comportement de l’homme religieux, mais expurgé des significations religieuses. Quoiqu’il en fasse, il est un héritier (…) La majorité des « sans religion » se comportent encore religieusement, à leur insu » [6]. Il suffit pour s’en persuader de consulter toute l’œuvre de Gilbert Rist, Directeur de l’Institut Universitaire d’Études du Développement (IUED) à Genève [7], où il travaille à une anthropologie de la modernité qui fait apparaître la société occidentale comme étant aussi traditionnelle que les autres. Il étaye ainsi, de façon fort documentée et avec une grande finesse d’analyse le propos de Mircea Eliade, assumé en synthèse par R. Debray.

〈375〉 Ceci induit pour la présente thèse une méthode spécifique d’approche des frontières et des centres des sociétés régionales émergentes. Chaque société régionale a un centre et une périphérie. Le centre peut être en adéquation avec le site et ses potentialités, ou non. Quatre cas sont possibles :

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Figure 13‑5 : Tableau de l’adéquation des centres et frontières des régions conviviales : potentialités réelles, hybrides ou pures.

La pertinence de cette analyse s’appuie sur l’approche d’un territoire composé d’un centre (une référence transcendante) et d’une frontière (séparation d’un dedans et d’un dehors, pour gérer des flux). Centre et frontière sont inséparables dans l’analyse. Ils se réfèrent tous deux à un peuple ou à une nation composée d’un ou plusieurs peuples. Les États adéquats sont en principe des structures de gestion des nations. Pour développer la mondialisation (objectif prioritaire de la politique d’intégration européenne) a été mis au point le SDEC [8]. L’économie est le premier but : « l’UE évoluera ainsi progressivement d’une Union économique vers une Union environnementale et à l’avenir vers une Union intégrant la dimension sociale, tout en sauvegardant la diversité régionale. [9] ». Pour éviter les « obstacles » des États, l’insistance est mise sur les régions. De fait, c’est redonner aux territoires leur importance. Mais l’absence de politique spécifique pour les régions en terme de société ne permet pas aux frontières (anciennes ou nouvelles) de jouer leur double rôle : faciliter les flux et promouvoir dans le même temps un renforcement équilibré des 〈376〉 sociétés. Cette approche est développée en partie III, chap. B.14.C.3. pour la région « Entre Vosges et Ardennes ».

Cette approche ne peut être qu’une introduction : centre et frontière sont les symboles d’une approche intuitive des territoires. Ces symboles ont été finement analysés par Stéphane Rosière [10]. Ils sont liés à la société plus qu’à l’économie, comme le montre leur utilisation politique. Ils sont à la fois le signe d’une permanence (ce qui ne passe pas) et du changement (ce qui passe). Leur conception oscille ainsi entre une vision purement administrative et une vision sous l’angle d’une meilleure gouvernance. L’approche développée ici est celle d’une meilleure gouvernance qu’une administration vient, ultérieurement, appuyer (conjugaison de la permanence et du changement). Les quatre notions d’analyse constitutives des sociétés personnelles sont l’héritage, l’émergence (les flux), la transmission et l’histoire. Beaucoup d’analyses de potentialités se font essentiellement en terme de flux : étude d’infrastructures -mobilité/intermodalité/interopérabilité-, études de perméabilité/fluidité de frontières, coopérations interrégionales, échanges économiques entre région -sans intervention des Etats-, etc. Ces études ne prennent en compte qu’un seul des quatre critères d’une société. Ainsi, beaucoup d’Eurorégions développent des programmes dans ce sens : l’Eurorégion Barcelone-Aragon-Midi-Pyrénées-Languedoc est un exemple [11]. Pourtant, sans être clairement identifié en tant que tel, un projet de société est énoncé : consolider l’autonomie des collectivités territoriales [12]. Ainsi, on observe que la volonté est de protéger les frontières d’un point de vue sociétal, et de les ouvrir d’un point de vue économique. La même observation peut être établie à propos de beaucoup de programmes « Interreg ». Le débat gagnera en clarté quand ces distinctions seront faites. Au lieu de miser sur un affaiblissement des sociétés pour faciliter les flux (baisse de charges sociales, réduction de la solidarité nationale [13], etc.), il serait possible simultanément (à tout le moins clairement envisagé) de consolider les sociétés et d’améliorer les 〈377〉 échanges. Dans tous les cas, la dimension territoriale est forte, tant pour la société que pour les échanges. La région conviviale peut être le lieu de débats, de confrontations et de propositions dans ce sens.

Seule la population locale, quand elle existe (allusion aux vastes contrées non habitées d’Australie, ou de Sibérie) ou la nation responsable du territoire, peut se prononcer sur l’adéquation ou non du centre et de la frontière. Par exemple, au sein du peuple slovaque sont faites des propositions pour déplacer la capitale de Slovaquie de Bratislava à Zvolen. En effet, Bratislava, à l’extrême ouest du Pays ne dessert pas au mieux la population. D’autres pays tels que le Kazakstan (Asthana à la place d’Almaty en 1997) ont changé de capitale pour servir le pays de façon plus efficace.

Tous ces exemples montrent que nous sommes ici bien loin de la notion de frontière et de centre sur une base purement administrative et politique. Cette approche se détache aussi « d’une vision purement géographique qui consiste à définir le territoire comme un espace approprié par une communauté ». Le territoire est « un système complexe de relations et d’échanges », le carrefour de relations de nature variées », « terreau de nouvelles pratiques, lieu privilégié de l’invention d’alternatives de développement, espace d’expérimentation » [14]. La frontière se caractérise par sa perméabilité, et le centre par son ouverture. Max Sorre dans son ouvrage Les fondements de la géographie humaine, (1952, t.III, p.228) exprime « Il y a un lien étroit entre ces deux organes de la vie politique : la frontière et la capitale ». Dans tous les cas, en référence à l’homme, frontière et centre de référence caractérisent un territoire, et sont signes de l’inscription de l’homme sur une terre, sa géographicité (pour reprendre l’expression d’Eric Dardel [15]).

13.B.1. Frontière et centre d’une région conviviale

A l’examen pratique des régions d’Europe, tantôt beaucoup plus petites tantôt beaucoup plus grandes que la notion indicative de région conviviale, il s’avère utile de proposer une analyse en six types de régions potentielles, suivant le tableau synthétique suivant : 〈378〉

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Figure 13‑6 : Frontière et centre d’une région : typologie des potentialités régionales.

Une carte de propositions pour une Europe des régions, et la mise en œuvre établie d’une typologie des centres et frontières selon cette légende, est réalisée au chapitre 15.C.

Il convient de noter que la notion de frontière fait appel à une approche globale en terme de site urbain (Twitchett) et de gouvernance (Calame). L’approche combine la pertinence relationnelle et la pertinence écologique. Pierre Calame insiste beaucoup sur la nécessité de réaliser des statistiques sur les territoires, pour renouer la tradition perdue avec la modernité de « penser avec les pieds ». Cette démarche de recherche statistique pour connaître les flux de toutes sortes suppose la délimitation d’un « dedans » et d’un dehors ». Le meilleur exemple est celui de la membrane d’une cellule. Il ne s’agit pas de « bloquer » les flux, il s’agit de les connaître, d’en prendre conscience, d’en élaborer une connaissance pour pouvoir agir en conséquence. Seul cet effort de pensée doit permettre de conjuguer mondialisme et mondialisation.

Peut-être faut-il changer le terme de frontière et en proposer un autre ? En effet, le même mot sert à caractériser un mouvement de fermeture des frontières, pouvant aller jusqu’à l’établissement de murs (murs entre Israéliens et Palestiniens, entre les USA et le Mexique, entre Indiens et Pakistanais, …).

Il s’agit d’une véritable remise en question : on sort du concept vidalien, pour des réalités géopolitiques et des entités processuelles. On donne de l’importance aux pouvoirs, aux capacités d’intervention quant à l’aménagement, à la mobilité, aux flux et à l’attraction. La région est un espace de potentialité : on retrouve ici l’ancienne notion de puissance, au sens de « capacité d’agir 〈379〉 et de réaliser une politique) qui tend à disparaître de nos manuels de géographie. La notion de potentialité a été développée dans le chapitre 11. Ce chapitre a montré que les objets géographiques sont les potentialités pures, hybrides et réelles. La rubrique qui suit cherche à l’appliquer à la géographie, et à réhabiliter l’ancienne notion de puissance, liée à la potentialité.

13.B.2. Apport des notions de potentialité pure, hybride et réelle (voir le chapitre 11) à la notion géographique de puissance

Jean-Pierre Renard a constaté la disparition (ou un traitement humoristique [16]) de la notion de puissance dans les principaux dictionnaires de géographie (notamment le DGES), sauf celui d’Yves Lacoste. J-P.Renard définit la puissance comme «  un phénomène qui se mesure en fonction de potentialités territoriales internes et de la capacité à se projeter à l’extérieur de ce territoire, à des distances de plus en plus grandes (élément de la hiérarchie des puissances) » [17]. La notion de puissance fait clairement référence à celle de potentialité interne et externe (analyse génétique et analyse morphologique). Dans le détail de sa définition [18], on reconnaît sans peine toutes les déclinaisons de la potentialité pure, hybride et réelle, ainsi que leurs articulations.

Ceci n’est pas étonnant. Comme le souligne William Twitchett en partie B1.2 de sa thèse, le lien fait d’ailleurs partie de la définition du mot potentialité dans le simple Larousse. La potentialité est le « Caractère de ce qui existe en puissance ». Le Littré indique : « Qualité de ce qui est potentiel, en puissance ». Un lien peut aussi être fait avec la notion de puissance chez Locke, qui exprime selon Whitehead la capacité auto-créatrice de l’entité-actuelle (au niveau microscopique), donc des nexus et des sociétés dont ils sont formés (au niveau macroscopique). 〈380〉

Pour la présente thèse, la puissance existe lorsque toutes les potentialités, pures, hybrides et réelles sont mobilisées et mises en œuvre. Nous verrons plus loin comment la région conviviale semble être l’échelle de la plus grande puissance, au sens de la conjugaison des potentialités (pures, hybrides, réelles) pour une efficacité de la transformation des territoires.

13.B.3. Centres et périphéries : vers une nouvelle approche des territoires qui conjugue les deux approches

La proposition faite en partie II d’un nouveau mode de pensée en terme de potentialité pure, potentialité hybride et potentialité réelle (nexus et sociétés) prend ici toute son importance. Il était important de fonder ces concepts pour permettre des applications dans le domaine de la géographie fondamentale -prospective & modélisation- (potentialité pure), de la géographie aménagement (potentialité hybride) et géographie analytique (potentialité réelle) : les statistiques n’existent pas encore (ou existent dans un ordre dispersé, sans liaisons entre elles). Les nombreux travaux sur la définition des villes, agglomérations, unités urbaines, aires urbaines, métropole, mégalopoles, villes mondiales, … témoignent d’une grande confusion des relations entre ces notions. La connexion aux travaux géographiques régionaux des géographes n’est pas faite, comme le souligne Ph. Pinchemel. Le travail qui suit tente de poser le cadre général d’une réflexion pour l’aménagement de la planète en régions conviviales. La notion de convivialité est prise méthodologiquement au même sens que la notion d’inégalité pour Alain Reynaud. Les cartes ne peuvent rendre compte du phénomène urbain que par des indications de densité [19] et l’indication de quelques centres importants. Mais ces indications ne suffisent plus : à quel territoire se reporte le phénomène de densité ? Quelle est la taille de l’agglomération pour la calculer ? Le plus souvent, les indications sont vagues, ou quand elle ne le sont pas, elles ont des découpages arbitraires avec les communes urbaines voisines et perdent de leur pertinence. François Moriconi-Ebrard a donné depuis les années 1990 un fondement scientifique à la notion d’agglomération morphologique. Désormais, c’est au fondement scientifique de la notion de région morphologique qu’il convient de travailler pour rendre compte des phénomènes observés sur les territoires. 〈381〉

13.B.4. Comment éviter le piège du concret mal placé :

Les propos qui précèdent sur la frontière et le centre sont essentiels pour pouvoir revenir au sens concret d’une frontière et d’un centre, en terme de société, et non uniquement en terme économique de création d’activités et d’écoulement des marchandises.

Pour éviter le piège du concret mal placé [20] (prendre l’abstrait pour le concret), il convient de faire référence aux phases du procès génétique. Cela conduit à

  • (ap)préhender les faits dans leur complexité (passé/présent/avenir) en prenant en compte autant que possible tant la causalité efficiente (les relations internes) que la causalité « externe ».
  • observer les entités dans leur procès de devenir, c’est-à-dire en configuration de devenir. Les data préhendés, qui sont des êtres déterminés, doivent être saisis dans les différentes composantes de leur détermination (objets persistants et objets éternels), sachant que les relations internes sont asymétriques [21].
  • porter l’observation sur
    • le sujet préhendant (l’universitaire, l’urbaniste ou l’ingénieur territorial, …) qui a sa propre visée subjective (qui peut avoir plusieurs facettes) et ses pensées désirantes (son objectif)
    • l’objet (datum, …) préhendé avec ses caractéristiques, ses déterminations et son propre procès de concrescence
  • prêter attention à la manière dont est menée la recherche (la forme subjective)
  • exemplifier les catégories de l’explication en vue d’une application, ou à l’inverse, d’une modification du schème (absence de dogmatisme). Il est donc important de bien définir « l’objet » de la recherche, et l’ensemble des liens qui sont concernés en première approche, dans une vision dynamique et évolutive. « Les objets sont des facteurs de l’expérience qui fonctionnent en sorte d’exprimer que cette occasion prend naissance en incluant un univers 〈382〉 transcendant d’autres choses. (…) la conscience est l’accent mis sur une sélection de ces objets »[22].

Toute la géographie prospective, la géopolitique et la géohistoire disent cela à leur manière, en constatant que l’inclusion des acteurs dans le propre procès de devenir des territoires considérés est un facteur déterminant de la réussite de la démarche. Pourquoi ? Il n’y a plus un changement qui est imposé de l’extérieur, mais avec la prise en main sur place, directement, de tous les composants, on peut espérer que les changements naissent de l’intérieur et que les propositions souhaitables soient décidées et mises en oeuvre.

13.C. Autres notions géographiques : l’espace, le temps, la communauté, le territoire, le paysage

Il a été étudié dans le cadre de la présente thèse les notions d’espace, de temps, de communauté, (Patrie / Nation / Régime / État ; Individu / Sujet / Acteur / Personne), de territoire, et de paysage [23]. Pour des raisons de volume, les 17 pages d’analyse ont été placées en annexe dans un dossier de « textes complémentaires ». Le principal apport de ce texte complémentaire placé en annexe est de montrer comment les distinctions entre les multiplicités, les nexus et les sociétés se retrouvent entre les notions d’individu, de sujet, d’acteur et de personne  selon les définitions d’Emmanuel Mounier, auteur du personnalisme communautaire [24].

(…) 〈383〉

_______________________________________________________
Notes :

[1] Debray (1981), pages 386 à 392. Il exprime que « L’espace est la dimension caractéristique de l’ordre politique. Le temps, celle de l’être vivant. Ces deux propositions sont liées, car la première est la conséquence de la seconde ».
[2] Debray (1981), Chapitre I, page 255. La section « Clos, donc ouvert » est pages 257 à 263.
[3] Edgar Morin, La Méthode. 4. Les Idées. Leur habitat, leur vie, leurs mœurs, leur organisation, Paris Seuil, 1991, 262p. Voir page 185 à 209, avec un résumé abrégé p.242 l’incomplétude logique ; le théorème prononcé par Kurt Gödel en 1931(le texte du théorème est p.105-142 de l’ouvrage Le théorème de Gödel de Nagel (E.), Newmann (J.R.), Girard (J.Y.), Paris, Ed. du Seuil, 1989) ; Chacun connaît le paradoxe des Crétois. Si un Crétois dit : tous les Crétois sont menteurs », que doit-on en déduire ? (p.185). Edgar Morin dégage page 242 un principe d’incertitude anthropologique/sociologique/noologique/logique/rationnel. L’ensemble des propos qui suivent pourraient être exposés suivant le schéma de concrescence. Mais ce serait une autre thèse : Edgar Morin y détaille de fait chacune des relations du schème organique …
[4] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Folio, Essai n°82, 1957, page 45b.
[5] Debray (1981), 423a.
[6] Eliade (1957), p.173a&b.
[7] Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences-Po, 1996.
[8] Schéma de Développement de l’Espace Européen, présenté pour la période 1999-2006 Le document se trouve sur le serveur http://euroe.eu.int/ ou sur le site d’inforegio http://inforegio.cec.eu.int/
[9] SDEC (1999), page 11
[10] Stéphane Rosière, Géographie politique et Géopolitique, : une grammaire de l’espace politique, Ellipses, 203, p.259 et suiv.
[11] Voir le dossier complet en annexe12 de l’annexe informatique, à l’adresse suivante : Annexe12-Region-Conviviale-Ville&Territoire\D2_Europe\D2-Barcelone-Catalogne.
[12] Voir le Monde Diplomatique de décembre 2007 et le dossier spécial : « Catalogne : Indépendance ou autonomie ? » de 4p.
[13] Stéphane Rosière explique que « de nombreux acteurs contemporains considèrent que les charges qu’induit la solidarité nationale (sécurité sociale, impôts, redistribution des richesses) obèrent leur développement économique plus qu’il ne le stimule, ou leur est tout simplement insupportable au nom d’un égoïsme qui ne se cache plus. » ibid, 2003, p.299e.
[14] Pierre Calame, Fiches de notion « territoire », www.fph.fr, article 1, alinéa c.
[15] Erice Dardel, L’homme et la terre, ECTHS, 1990 (1952), p.2a.
[16] Jean-Pierre Renard note « Terme présent dans « les Mots de la géographie, dictionnaire critique », sous la direction de Roger Brunet en 1992, mais une définition rapidement expédiée, voire ironique, voir page 408. « en géographie synonyme d’Etat…ne s’emploie guère que pour les forts…apparaît déjà dérisoire quand on parle des puissances moyennes et ridicule pour les petites ».
[17] Extraits de la conférence sur « La notion de Puissance, réflexion géographique » le vendredi 25 mars 2005 par Jean-Pierre Renard, Professeur des Universités en géographie, Université d’Artois, Directeur de l’Équipe d’Accueil « Dynamique des Réseaux et des Territoires ».
Le texte complet se trouve sur http://www5.ac-lille.fr/~heg/spip.php?article43
[18] Sa définition est la suivante : « une puissance fait rêver : elle mobilise, fait adhérer, intègre, fait évoluer…le thème de la cohésion interne, de la projection dans l’avenir et l’espace extérieur ; une puissance engendre l’innovation y compris culturelle. …la cohésion intérieure passe aussi par la maîtrise du territoire, son aménagement (voies de communications, réseau de télécommunications, connectivité entre les lieux, absence d’enclaves ou d’angles-morts…). …une participation décisive à la mondialisation (flux financiers, commerciaux, humains…) et à la globalisation (contraction spatio-temporelle du monde) : la puissance, un territoire par lequel passent en temps réel, les informations couvrant le monde. … les critères constitutifs d’une grande puissance mondiale sont multiples et interconnectés, appliqués à des échelles différentes : lieux marqueurs de puissance, maîtrise des espaces régionaux, contrôle et cohésion du territoire national, rayonnement international et nœud de la globalisation. »
[19] Voir par exemple dans l’Atlas des bassins versants du monde, placés intégralement en annexe informatique n°10, à l’adresse suivante : Annexe10-Planete\00_Monde-Bassins-Versants\Atlas-Bassins-Versants-Monde.
[20] D’autres exemples peuvent être cités, comme le mythe d’une science sans mythe (Serres, 2003), ou du développement par la mondialisation (Passet, 2001)
[21] Ford, EMW 40-44
[22] W, IS, 227, p.286
[23]Le fichier est intitulé 03-PartieIII_NotionsGeographiques-EspaceTempsCommunauteTerritoirePaysagé.doc . Il est présenté en annexe informatique, et le chemin d’accès est le suivant : 00_Annexes\Annexe00_Textes-Complementaires\03-PartieIII_NotionsGeographiques-EspaceTempsCommunauteTerritoirePaysagé́.doc
[24] Emmanuel Mounier, Qu’est-ce que le personnalisme, dans Oeuvres de Mounier, 1931-1939, tome1, p.536 à 541,

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Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire