13.D. Région conviviale

〈382〉

13.D. La notion de région conviviale

La pensée organique est une pensée de la relation la plus élargie, avec la mise en perspective des relations tant internes (analyse génétique) qu’externes (analyse morphologique). On peut dire aussi, en d’autres termes, qu’elle permet de penser les relations tant internes, « sociologiques » qu’externes, « géographiques ». Ce réenchantement de l’analyse spatiale est un moment de conversion important. Le sujet désormais émerge du monde avec toute la richesse de sa 〈383〉 subjectivité. C’est une conversion, en ce sens que ce mouvement inverse trois siècles de pensée moderne, où le monde émerge du sujet à travers ses représentations, où la subjectivité construit le monde (la « révolution copernicienne » de Kant). Ce sont deux mouvements inverses face à une même réalité, et beaucoup de vérités partagées entre les deux. Il faut y voir un mouvement de l’histoire plus qu’une opposition ontologique. Et c’est ainsi que toute l’expérience accumulée des hommes peut s’enrichir d’une génération à l’autre, tout en nommant mieux les limites des approches successives afin de les rendre moins contradictoires.

A sa façon, Jean-Marie Pelt fait cette démarche dans l’ouvrage La solidarité chez les plantes, chez les animaux, chez les humains (2004), après avoir étudié l’agressivité dans un ouvrage précédent (2003). Il montre comment l’écologie remplacera probablement l’économie dans les préoccupations des hommes dans les prochaines décennies.

René Passet tisse également des liens entre l’homme, la société et la nature dans L’économique et le vivant (1979). Il énumère les conséquences de l’oubli (ou l’omission) de ces liens dans Éloge du mondialisme par un « anti » présumé (2001), en faisant soigneusement la distinction entre mondialisme et mondialisation, comme cela a été expliqué ci-avant.

La notion de région conviviale présentée ici se situe dans le cadre précis d’un mondialisme. Ce mondialisme appelle à la construction d’une gouvernance planétaire. Cette gouvernance, pour former la communauté humaine planétaire (R. Passet, P. Calame) devra s’appuyer sur une rationalité incluant l’expérience de l’homme, sur l’exemple de la pensée organique présenté dans la présente thèse.

Cette approche mondialiste existe déjà chez des géographes tels que Alain Reynaud. Dans son ouvrage Société, espace et justice (1981), cet auteur présente la situation à partir de la valeur de justice ou d’inégalité des territoires de continents entiers. Les cahiers de l’I.A.T.E.U.R. [1] prolongent cette démarche, comme le Cahier n°75-76 de 1988 Analyse régionale : application du modèle Centre et Périphérie, Travaux de l’Institut de géographie de Reims [2]. La démarche présentée ici propose d’étudier la notion de région à partir de la valeur de convivialité, pour un 〈384〉 « mieux vivre-ensemble ». Cette valeur inclut la justice en proposant le passage de la notion de dominant/dominé à la construction d’un « mieux vivre ensemble » dont l’optimisme est limité par l’exigence d’ouvrir la notion d’activité et de société à l’ensemble de la nature, des territoires, des sociétés naturelles, animales et humaines et des hommes comme individus sociaux.

13.D.1. Qu’est-ce que la convivialité ?

Essayons de défricher les premiers éléments de cette approche.

De quoi s’agit-il en effet ?

  1. De passer d’une logique de rapport de force (soutenue par une certaine vision de l’Évolution) à une logique de convivialité.

Toute la nature semble plus fondée sur la coopération que sur la compétition. Mathieu Calame l’analyse et l’exprime clairement dans son ouvrage sur l’agronomie biologique, et ce point est développé plus loin, page 426 (chapitre 13.H.1.1.).

  1. De ne pas déresponsabiliser les personnes. Prenons l’exemple pacifique de la Catalogne, qui diffère de l’exemple de la violence au Pays Basque : ces deux provinces veulent une autonomie (certains de ses habitants la veulent complète), mais quelle est la manière d’y arriver ?
  2. De donner sa place au corps humain : la question est de vivre à l’échelle à laquelle le corps peut se déplacer : le corps humain est un plus, un avantage et non un encombrement. Un critère de la région conviviale réside dans la qualité de la relation, et ce critère va à l’encontre de la « pensée unique », du « monde unique », du « cyber-monde », avec une tendance à remplacer les relations par les moyens technologiques. Le corps a de l’importance et pas uniquement dans les publicités, dans son aspect extérieur, « public » : idéalisation du corps, de la beauté, d’un type de femme, de la jeunesse. Il existe une notion de qualité de communion qui dépasse de loin les aspects superficiels de l’homme … Le corps était déjà valorisé chez les Athéniens du Vè siècle, il est à l’image de Dieu dans l’œuvre peinte de la Renaissance italienne.
  3. De définir la taille des régions. C’est un problème aigu pour les nations de la taille de la France, qui sont très structurées, très centralisées, que de définir des régions gagnant en autonomie : en ce 〈385〉 sens, la région conviviale est presque subversive ! Pourtant les réflexions officielles sur de nouvelles régions se sont succédées dans les publications de la Datar, relayée par la DIACT. Un a priori circule selon lequel une autonomie plus poussée des régions générerait la mort de la nation. La Catalogne serait la mort de l’Espagne. Le Pays Basque également. Il faut penser ces notions dans leur solidarité et leurs apports réciproques (4ème mutation de l’urbanisme vue au chapitre 12), et pas uniquement en termes d’oppositions, de cloisonnements, de séparations, de fragmentations (3ème mutation de l’urbanisme). La nation est culturelle et historique. Elle peut garder son importance à ce niveau. La région conviviale sera l’espace de développement de la subsidiarité active, articulé à un sentiment d’appartenance intense, à une identité liée (et renforcée) par les interactions quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles, …
  4. De créer une Europe des régions.

L’Europe développe une importance politique en faveur des régions. Le Schéma de Développement de l’Espace Communautaire (SDEC) constitue son cadre d’orientation politique afin d’améliorer la coopération des politiques sectorielles communautaire ayant un impact positif sur le territoire [3]. Une démarche particulièrement intéressante dans le cadre de la présente thèse est la réflexion portée sur un nouveau partenariat ville/campagne. Ce dernier a pour but de promouvoir une approche intégrée à l’échelle d’une région afin de résoudre ensemble des difficultés insurmontables de manière séparée. Les analyses qui suivent souhaitent être une contribution dans ce sens. D’autre part, l’Europe fait un effort considérable d’harmonisation progressive des disparités régionales, dans le respect des identités, à travers la mise en place de la Nomenclature des Unités Territoriales Statistiques (NUTS) de niveau 1 (population entre 3 millions et 7 millions d’habitants), niveau 2 (population entre 800 000 et 3 millions d’habitants), et niveau 3 (population entre 150 000 et 800 000 habitants). La proposition faite au chapitre 15.C. d’une Europe des régions conviviales s’appuie sur cette démarche. Beaucoup d’autres sous-continents du monde s’inspirent également de cette démarche pour résoudre leurs conflits internes ou organiser leur marché intérieur (Afrique, Chine, Mercosur). 〈386〉

  1. De développer un Art de la fondation : (« Vivre au Pays » [4] …). Cela suppose de redéfinir soigneusement les notions de frontière, de centre (ou origine, qui indique une incomplétude, et permet donc l’ouverture). La notion de centre fédérateur, largement utilisée dans différentes parties du monde [5], n’est pas habituelle dans la culture géographique française, malgré la politique des villes-nouvelles et la démarche des « métropoles d’équilibre » avancée dans les années 1960.
  2. De mieux gérer la communication : une énergie excessive est dépensée en communica­tion. On ne peut pas continuer sur le rythme actuel. Maintenir par avion les relations souhaitées par les gens et parcourir les énormes distances (par exemple au Canada, en Russie, aux USA et en Australie) est peu souhaitable. Le continent peut être vécu autrement : il existe une façon d’articuler les systèmes de gouvernance, les ressources, la formation, l’accès à la ville attrayante, les lieux d’attraction et les pôles de décision accessibles sans avoir à tout quitter pour aller dans une autre culture, comme l’exode de l’Afrique vers la France. Mondialisation, centralisation sur les capitales des nations, les centres des empires, les centres boursiers, … il existe d’autres façons de gérer ces processus.
  3. De développer une pensée basée sur la relation et non plus sur les objets. Ivan Illich, dans son ouvrage sur La convivialité [6], indique le passage d’une société basée sur le matérialisme, la productivité, le profit … à une société basée sur la convivialité. Cela n’exclut pas la compétitivité, ni l’efficience ! La mondialisation n’est pas exclusive d’un mondialisme [7]! Mais cela limite les prétentions à assurer simultanément à elles seules la convivialité, c’est-à-dire à mettre l’homme au service des outils, alors que les outils doivent être au service de l’homme. L’approche d’Henri Bartoli, économiste personnaliste [8] et intervenant à l’UNESCO, est aussi très intéressante en ce sens. 〈387〉

13.D.2. Le développement : de la région conviviale de William Twitchett à la société conviviale d’André Rochais et de Geneviève Vial, et à l’outil convivial proposé dans cette thèse

La première référence à la région conviviale se trouve dans une intervention de William Twitchett au Congrès de l’AIU de 2003 au Caire, et a été retranscrite dans les Actes du congrès [9]. Ce travail a été approfondi aux Congrès suivants de Genève en 2004 [10] et de Bilbao en 2005 [11].

L’expression de « région conviviale » est née de la prise de conscience des limites actuelles de la réflexion sur les régions urbaines. Les régions urbaines semblent être construites en opposition aux régions dites rurales. En outre, les frontières de la « région urbaine » s’arrêtent à la périphérie de la ville, et n’incluent pas, le plus souvent, les campagnes. Les réflexions sur le « rurbain » abondent, ainsi que sur la disparition progressive des limites entre le rural et l’urbain. Mais rarement la région est étudiée dans son ancrage au territoire, tant rural qu’urbain, les deux à la fois. Comme si le passage à la ville était le passage de la nature à la culture, celle-ci effaçant la nature. Comme si une progression inexorable devait effacer la nature pour conduire à la ville, la peur de ce mouvement entraînant à l’inverse une nostalgie de la nature vierge.

La région conviviale exprime la volonté, ou plutôt le désir, de ne plus séparer la nature et la culture, le rural et l’urbain, la motivation de l’homme et son « instinct d’habiter » d’avec l’espace qu’il produit. Car ils font « corps » : la nature autant que la ville sont le prolongement du corps de l’homme. Ils sont respectivement le « corps spatial » et le « corps social » de l’homme. Autant l’expression « corps social » est usitée, autant celle de « corps spatial » n’est pas encore reconnue, ni entrée dans les consciences. Cette non-reconnaissance indique la distinction (issue de trois siècles de dualisme cartésien, dit « moderne ») entre les relations sociales et les relations spatiales. La ville 〈388〉 se construit sur les traces de l’homme dans son apprivoisement progressif de la nature. Ces traces restent souvent imprimées dans les sites urbains : les anciens chemins ou cours d’eau apparaissent dans les parcellaires. La ville moyen-âgeuse apparaît à travers ses restes de remparts. L’histoire de l’homme se combine avec l’histoire de la nature, tant la nature rurale que la nature urbaine. Qui n’a pas été étonné de l’inventivité de l’implantation des oiseaux dans la ville, de l’acclimatation de nouvelles essences de plantes et d’arbres dans la ville, et des nouveaux cycles de l’eau dans les ensembles urbains ? La nature tout autant que nous s’adapte, évolue, se transforme, invente ses nouveaux équilibres… Les ingénieurs en espace vert des villes, autrefois relégués à la portion congrue au milieu des techniques urbaines, deviennent aujourd’hui les chefs d’orchestre de « l’évolution naturelle » des villes et de l’intégration des techniques urbaines à la nature en transformation. Les éléments : l’air, l’eau, la terre, le feu (la lumière), retrouvent « droit de Cité » [12].

C’est désormais à la symbiose de l’homme et de la nature que chacun des citoyens que nous sommes est invité.

La Région urbaine est l’expression de la volonté d’épanouissement de l’homme dans toutes ses dimensions, personnelle, communautaire, corporelle, dans une attention à toutes les activités de son corps : activités quotidiennes sur le lieu de vie et de travail, hebdomadaires pour l’accès aux grands équipements administratifs de formation, de santé et aux espaces verts accessibles en masse en moins d’une demi-journée.

13.D.3. Le site urbain en tant que région (W. Twitchett, 1995)

La grande nouveauté de la démarche présentée dans la thèse de William Twitchett [13] (dirigée par Paul Claval) est de considérer le site urbain en tant que région. Les sites urbains sont généralement considérés dans leur partie dense, avec une référence à l’espace urbain lui-même, et non au site. Il est d’ailleurs très difficile de connaître exactement la population de telle ou telle région urbaine ou ensemble urbain, car les statistiques font souvent référence à des découpages partiels qui ne 〈389〉 permettent pas des comparaisons avec d’autres sites. En général, les statistiques se limitent aux communes, en s’élargissant aux agglomérations. Les cartes ont des échelles différentes. Un exemple de prise de conscience des différences d’échelle est de constater que l’ensemble du centre urbain dense de Sydney, situé entre l’unique gare de Sydney et la pointe de l’Opéra, dont sont si fiers les australiens, correspond à l’espace fort réduit qui sépare la Gare de l’Est de l’Ile Saint-Louis à Paris … Chacun pourra trouver des exemples dans sa propre région conviviale.

Cette nouveauté prend bien en compte simultanément les différentes échelles dans les trois dimensions territoriale, sociétaire et économique. Ivan Illich exprime bien à sa façon cette démarche : « Personne ne niera que son existence sociale se développe sur plusieurs échelles, dans plusieurs milieux concentriques : la cellule de base, l’unité de production, la ville, l’État, la terre enfin. Chacun de ces milieux a son espace et son temps, ses hommes et ses ressources en énergie. Il y a dysfonction de l’outil dans l’un de ces milieux lorsque l’espace, le temps et l’énergie requis par l’ensemble des outils excèdent l’échelle naturelle correspondante ». (Illich, C, p.116) Illich appelle ces trois dimensions les trois milieux d’existence sociale : ces milieux de vie sont ceux de l’homme dans son corps, de l’expérience corporelle de l’homme, et de son « incarnation ».

Cette prise en compte simultanée des trois dimensions ou milieux de vie aux différentes échelles est facilitée par l’approche en termes

  • de cercles de référence correspondant à chaque milieu,
  • de densité à l’intérieur de ces cercles de référence (relation de la population à son site), et
  • d’analyse de la vie quotidienne à l’intérieur de ce site (travail, loisirs, logements, et les transports qui les lient).

Cette façon d’aborder un site correspond à la prise en compte de la vie quotidienne dans toutes ses dimensions, pour le grand nombre. L’expression spatiale est l’expression d’une culture, et le lien entre la culture et l’espace est à découvrir dans l’analyse de la façon de vivre le site, dans « l’habiter » du site pris dans son ensemble.

Il convient ici de bien distinguer les trois cercles concentriques correspondant aux trois milieux ou dimensions (voir chapitre 13.D.4. p.391) des trois échelles des cercles de référence (voir chapitre 13.E.4. p.406). Les premiers indiquent des réalités simultanées, alors que les seconds sont des références d’échelle spatiale permettant des comparaisons spatiales des régions conviviales entre 〈390〉 elles, à travers les cartes. Les premiers sont simplement indicatifs des emboîtements des réalités, sans aucune idée de prédominance ou de caractère spatial. Les activités naturelles incluent les activités sociétales qui incluent les activités humaines, dont les activités économiques (R. Passet, L’économique et le vivant, 1979). La seconde série de cercles, les trois échelles de référence, permet une appréciation qualitative comparée à travers les cartes des sites (régions conviviales actuelles ou potentielles) du monde.

Ici, le site urbain est considéré en tant que région de vie quotidienne et hebdomadaire, y compris en tant que potentialité si ce n’est pas le cas. Il y a ici la présence de l’histoire, avec sa causalité efficiente [14] à travers les « habitudes » [15]. Les habitudes (pour le corps individuel) et les traditions (pour le corps social) sont une démarche que chacun fait naturellement, souvent sans s’en apercevoir, au delà de toutes les théories fragmentées, éparses, qui cloisonnent, divisent, segmentent le réel. Chacun fait naturellement référence au corps et à la réalité de fait de l’unité du corps, et postule, le plus souvent inconsciemment, l’unité des phénomènes. Le scientifique, surtout le généraliste, est là pour nommer cette unité : il « unit dans la distinction », et relie entre eux les éléments multiples du réel. « Le généraliste limite le champ d’investigation des spécialistes tout en stimulant leur imagination. » [16]

Une conséquence immédiate de cette démarche est que l’analyse économique est resituée dans cet ensemble, et non comme un phénomène à part. L’économie s’intègre ou non de fait dans ce cadre naturel et humain. Elle favorise ou non l’éclosion des potentialités du site et donc simultanément les possibilités d’épanouissement des personnes et des collectivités.

13.D.4. Les cercles des activités

L’activité de l’homme est incluse dans les activités de la société qui font partie des activités de la nature. Comme l’a énoncé Elisée Reclus « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même ». Voici ci-dessous le schéma qui symbolise ces relations.

〈391〉 Ce schéma est très différent de celui du développement durable. Il offre l’intérêt de ne pas fragmenter les disciplines (sociales, économiques, environnementales, spirituelles), et de les considérer ensemble, simultanément. L’économie est une activité sociétale au même titre que les activités culturelles, politiques, religieuses et sociales. La notion d’activité renvoie directement à la notion de relation, et non aux objets, aux biens marchandisables ou la matière. Cette notion est au cœur de l’approche pragmatique de W. James [17], terreau de l’approche organique. Elle est développée par des auteurs contemporains : René Passet dans L’économique et le vivant, et les analyses d’Ulrich Beck citées en 11.B.1.

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Le schéma exposé permet d’autre part d’élargir la notion de bien aux biens naturels, sociaux, personnels, et non plus seulement économiques. La notion de bien, référée aux activités, pourra s’exprimer en terme de relations : relation de l’homme avec son outil de travail, relation des hommes entre eux et relation de l’homme avec la nature. Les biens se répartissent dans les trois cas suivant que le sujet de l’activité est l’homme ou le personnage/« quasi-personnage » (Lussault, HS 2007) avec qui il est en relation. Ainsi, on trouvera successivement les biens privés, les biens particuliers / les biens industriels et les services aux personnes/ les ressources naturelles et les biens publics. On le voit, ces six types de biens relèvent d’une définition élargie par rapport aux seuls biens économiques marchandisables, échangés dans une économie de marché, de type libéral. Une analyse des biens est proposée au chapitre 13.E.

Les trois relations fondamentales citées sont les trois réconciliations à réaliser pour chaque homme : avec lui-même, avec les autres et avec la nature. Pierre Calame appelle gouvernance la gestion des relations entre ces trois dimensions des activités et des sociétés : « La gouvernance, c’est l’art des sociétés de créer des régulations nécessaires à leur survie et à leur épanouissement. C’est une question éternelle et universelle ; chaque société doit y apporter des réponses adaptées. C’est l’art 〈392〉 de gérer les relations entre les hommes, entre les sociétés, entre l’humanité et la biosphère, entre les échelles, entre les problèmes » [18]. C’est aussi l’art d’assurer le maximum d’unité et le maximum de diversité ». La notion organique de sociétés aussi bien minérales, végétales, animales qu’humaines donne un relief particulier à ce propos : l’expression « gouvernance des sociétés » implique toutes les sociétés citées. Insister sur le maximum d’unité et de diversité est affirmer les trois premières catégories de l’obligation du schème organique, décrit aux chapitres 8 et 9 (avec le tableau de synthèse en partie 9B).

Pour l’AIU, le trialogue se décline pour chacune de ces trois relations, ou dimensions. La région conviviale a la caractéristique de les envisager toutes en même temps. La Vision pour 2020 de la Grande-Région, exprimée lors du 9ème congrès du 1er Juin 2006 est structurée selon ces trois dimensions[19]. Il est ainsi possible de proposer un certain nombre de critères, en les organisant suivant les trois dimensions humaine, sociétale, et naturelle.

Jean Brunhes a fait des notions d’activité et de connexité la base de sa géographie : « la géographie, la géographie moderne est dominée par deux idées capitales, l’idée d’activité d’une part, et l’idée de connexité de l’autre. Elle n’est plus un inventaire, elle est une histoire . Elle n’est plus une énumération, elle est un système » [20]. Sa notion d’activité est le procès organique. D’autre part, curieusement, ces deux notions d’activité et de connexité ne figurent pas dans son index des principaux sujets traités, pourtant fort complet. Il n’a indiqué que la notion de psychologie. Il consacre à cette notion les pages 295 à 301. Son propos peut être résumé dans les deux citations suivantes : « Nous pourrions multiplier les exemples qui légitiment et confirment l’importance que nous avons attribuée et reconnue à l’effet psychologique comme organe de transmission entre les faits de l’ordre physique et les faits économiques » [21]. Il précise plus loin son propos : « L’élément psychologique humain, qui est donc, à l’origine du fait géographique, l’intermédiaire obligé entre la nature et l’homme, pourrait être appelé, selon une expression chère à Henri Bergson, « la 〈393〉 direction de l’attention », et, c’est encore un facteur psychologique qui se trouve être l’intermédiaire obligé entre la nature et l’homme quant aux conséquences sociales, historiques, politiques qui en sont la suite » [22]. L’explication de son propos est donc dans la philosophie, ce qui justifie qu’il ne l’ait pas intégré à l’index. Son approche est organique de fait (il cite Henri Bergson qui appartient à ce mouvement), et la pensée organique, indissolublement naturelle, psychologique, physiologique, biologique, sociologique fonde son propos. Nous pourrions multiplier les exemples d’approches organiques de fait parmi les géographes humanistes (J. Beaujeu-Garnier, etc) : une cosmologie de type organique sous-tend leur propos. La présentation de quelques fondements de cette pensée a été tentée en partie II. La référence à Whitehead permet d’éviter bien des impasses de la géographie scientifique actuelle, pour retrouver les intuitions fécondes et simples d’un Jean Brunhes. Seule la nécessité d’écarter tout fondement dualiste pour retrouver l’intuition simple oblige à présenter le développement complet du schème. 65 ans après la rédaction de son ouvrage, il semble que, face à une science modélisante qui exige du réel des réponses à ses abstractions (concret mal placé), quelques mots ne suffisent plus pour se mettre à l’école du réel (empirisme ou réalisme radical).

Sur les notions d’activité, de connexité et de causalité, son propos peut être résumé dans la citation suivante : « Entre les faits de l’ordre physique, il y a parfois des rapports de causalité ; entre les faits de la géographie humaine, il n’y a guère que des rapports de connexion. Forcer pour ainsi dire le lien qui rattache les phénomènes les uns aux autres, c’est faire œuvre de fausse science ; et l’esprit de critique sera ici bien nécessaire, qui permettra de préciser avec discernement ces multiples cas où la connexité n’est pas du tout causalité (…) Ce lien de connexion est, en effet, variable parce qu’il repose sur les besoins de l’homme, sur ses appétits spontanés ou réfléchis, et que ces éléments psychologiques, étant par nature très variable, font forcément varier le rapport entre la terre et l’homme »[23]. Il est tout à fait étonnant de constater la grande pertinence de son propos en termes de pensée organique : les « rapports de connexion » qu’il cite sans explication plus poussée (et absence à l’index), renvoient dans la pensée organique à Procès et réalité, Partie IV, chapitre II « La connexion extensive », qui est la partie mathématique la plus difficile de 〈394〉 l’œuvre citée. Par choix pédagogique, nous avons choisi de ne pas la développer, pour poser d’abord les bases de compréhension du procès. Pourtant, toute entité actuelle (nexus ou société) doit être « quelque part » dans une région du continuum extensif, et Joseph Grange a fait de la notion de région et de connexion extensive la base de son travail en géographie. Mais ce serait ici développer une nouvelle thèse, appuyée sur les éléments présentés en partie II. Elle aurait un caractère beaucoup plus géographique, mais serait-elle comprise avant d’avoir posé les fondations ? La tâche ingrate est maintenant réalisée, et ce développement pourra être réalisé.

Il convient de souligner le rôle des premières nécessités vitales (se nourrir, se loger, se vêtir), dont l’importance est soulignée plus loin dans les critères de la région conviviale.

Le « schéma emboîté » du développement durable :

L’image bien connue du développement durable en trois cercles qui se recoupent donne une notion faussée de la réalité : elle disjoint les éléments de la réalité, là où ils sont emboîtés. Les données ne sont pas juxtaposées, additionnables, fragmentées, segmentées, fractionnées, … mais emboîtées, entrelacées, …. Ainsi est avancé le passage de l’hyper-modernité à la post-modernité « organique », pour laquelle il a été proposé au chapitre 12 le terme de transmodernité dans le but d’éviter les ambiguïtés de la notion de post-modernité.

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Figure 13‑7 : Passage d’une conception « éclatée » du DD à une conception « intégrale »

Le schéma de gauche, classique, n’est pas encore assimilé par la plupart des ingénieurs. Et heureusement ! Car ce schéma n’a rien de naturel. Il est fréquent de voir des interversions de termes 〈395〉 dans les interfaces [24]. Or, chaque terme est à sa place : vivable signifie « où l’on peut vivre commodément » (Larousse). La viabilité, quand à elle, est la capacité à vivre d’un organisme (Larousse). Or, actuellement, c’est l’économique qui menace cette capacité à vivre d’un organisme, par les pollutions et la destruction de l’environnement. Quoiqu’il en soit, il apparaît artificiel de séparer ainsi trois dimensions parmi d’autres. Les Hollandais en rajoutent d’ailleurs une quatrième : la dimension culturelle. Le schéma de droite montre comment en fait les dimensions sont emboîtées entre elles.

En passant d’un schéma à l’autre, l’idée symbolique est de passer d’une pensée qui disjoint à une pensée qui unit. Les deux sont importants : Jacques Maritain disait « Distinguer pour mieux unir » ou Edgar Morin « Conjonction plutôt que disjonction » et le schéma de droite fait bien apparaître une part d’humain qui n’est pas dans l’économique, et une part de nature qui échappe à l’humain. Mais l’économique, création de l’homme par son activité, n’échappe ni à la confrontation à l’homme, ni à la confrontation avec la nature, et ses outils doivent (devraient …) en tenir compte. Pas de coût économique sans coût humain et coût écologique, etc … C’est un point d’insistance de Henrui Bartoli dans « Économie et devenir humain » [25] Le deuxième schéma insiste sur la relation (et non la juxtaposition). Pierre Calame et la Fondation pour le Progrès de l’Homme insistent à travers tous les travaux sur la triple réconciliation à réaliser : réconciliation de l’homme avec lui-même et la société, et réconciliation entre l’humanité et la biosphère[26].

Il y a deux façons de lire le schéma : ce qui est au cœur prédomine (l’économique) ou au contraire, l’économique est à resituer dans l’environnement humain et naturel. En fait, les deux mouvements doivent exister ensemble. Il ne s’agit pas d’un « centralisme » ou « dogmatisme », ce schéma n’empêche pas le polycentrisme pour le territoire.

〈396〉 L’unité dans le deuxième schéma est assurée par la pensée organique : les entités actuelles sont les mêmes par nature dans toutes les dimensions. Il n’y a pas d’un côté une matière inanimée objet de l’économie, une nature à dominer, et de l’autre une matière vivante gérée par la politique.

Application à la grille de questionnement RST.01 (Réseau Scientifique et Technique du Ministère de l’Équipement), mission DD de la DGUHC, Direction des routes et Certu) :

Ce guide de questionnement [27], qui a pour objet de permettre l’évaluation des projets de développement durable pourrait être complètement renouvelé :

  • De 3 cercles et 4 interfaces (soit 7 rubriques), on passerait à 3 dimensions (3 dynamiques)
  • De 4 critères dans chacune des 7 rubriques on passerait aux 5 réalités de chaque dynamique.

L’unité de l’approche est assurée par la pensée organique : la concrescence, support interactif de vérification scientifique de l’expression de la dynamique en 5 réalités (expression provisoire, à faire évoluer avec la société et le développement des recherches).

La notion de réalité donne de la consistance aux critères d’évaluation. En effet, la grille RST dans sa version du 15 mai 2002 semble entériner les injustices de l’économie en mettant comme critère d’interface la redistribution, l’accessibilité, la compensation des préjudices, l’équité intergénérationnelle. Ces critères présupposent que l’économie est la solution à tout, et qu’elle devra apporter les réponses. Par le schéma « emboîté », on voit qu’il n’en est rien : une limite à l’économie est à respecter pour permettre à l’humain de vivre et à la nature de se renouveler.

13.D.5. Les critères de la région conviviale, suivant les dimensions humaine, sociétale et naturelle

Voici une proposition d’expression des critères de la région conviviale sous les trois dimensions naturelle, sociétaire et humaine. Cette proposition reprend les critères de la thèse de William Twitchett. Ils sont exprimés dès 1995 de façon succincte à propos du Caire [28] : « habiter dans le 〈397〉 désert comme le propose le gouvernement à travers une politique de villes-nouvelles suppose pour le peuple des motivations profondes, qui seront dans l’ordre

  • Nourriture, abri, santé pour la cellule familiale,
  • Accès au travail, insertion dans la vie économique,
  • Possibilité de retour fréquent au village
  • Accès à la vie politique et culturelle de la ville avec laquelle il s’identifie. ».

Ces critères sont développés au Congrès du Caire en 2003 [29]. Il y est ajouté ici la distinction des trois dimensions de l’homme, de la société et du territoire/la nature, pour permettre l’analyse et le développement en terme d’activités.

L’ordre de ces critères est important, car ceux-ci ne sont pas pris en compte par la mondialisation économique. Il revient donc aux sociétés de les reconsidérer. Les premières sociétés concernées sont les plus proches des habitants : les collectivités territoriales, du local à la région d’appartenance et de vie (ou « d’être ensemble ») qui est la région conviviale. L’ordre de ces critères est important lorsqu’on pense par exemple à la situation du Bangladesh (une des plus fortes densités humaines du monde sur un territoire inondé au quart de sa surface chaque année).

On retrouve ici les bases d’une géographie humaniste comme celle de Jean Brunhes dans La géographie humaine de 1956 (1ère édition 1942). Il développe sur plusieurs pages sa « Géographie des premières nécessités vitales » [30]. Eric Dardel insiste également sur l’importance de la relation 〈398〉 physique de l’homme à la terre, lors du sommeil . « Habiter une terre, c’est d’abord se confier par le sommeil à ce qui est, pour ainsi dire, au dessous-de nous : base où se replie notre subjectivité » [31]. Thierry Paquot, relevant le même passage y découvre des accents heideggerien et bachelardien [32].

LES CRITÈRES DE LA RÉGION CONVIVIALE

1/ La dimension humaine :

  • La personne humaine
  • Un espace pour dormir, se tenir debout et bouger
  • De l’eau propre et de la nourriture en suffisance

2/ La dimension sociétaire :

  • La possibilité d’existence d’établissements humains viables dans la région
  • La mobilité de la population au sein de la région, pour le grand nombre et pas seulement pour quelques privilégiés
  • La possibilité de liaisons de transport avec les autres régions par eau, rail, route et air, avec des utilisations spécifiques pour chaque type de transport
  • La clarification et le perfectionnement de principes concertés de gouvernance planétaire
  • La promotion des initiatives, de la saine compétition et de l’aide mutuelle (solidarité)

3/ La dimension naturelle :

  • La conservation et/ou l’amélioration de la biodiversité
  • L’énergie : un maximum d’énergie renouvelable sur place
  • L’accès aux ressources globales en matières premières et à leur partage

La figure qui suit résume ces critères en un schéma bref:

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Figure 13‑8 : Les critères de la région conviviale

Tous ces critères sont réunis autour de la valeur de responsabilité pour la planète et de convivialité pour les régions qui composent la planète, en mettant l’homme comme le premier critère. 〈399〉 Quelques chiffres simples marquent leur importance : un milliard de personnes dans le monde sont mal logées, et cent millions sont sans-abris  [33], un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, deux milliards et demi n’ont aucun moyen d’assainissement (Camdessus, 2004). Ces critères de la dimension humaine sont bien souvent perdus de vue dans le calcul du PIB ou même de l’IDH. Ils n’apparaissent pas dans les critères de l’ADM (Aire Démographiquement métropolisée [34]) ou la définition d’une ville internationale par François Moriconi-Ebrard [35]. A la suite de Bernard Guesnier (2006), de Siméon Fongang (2000), et de Patrice Braconnier (2005), nous pouvons appeler de nos vœux de nouveaux critères qui doivent être pris en compte comme « indicateur de bien-être humain » à créer. Ce nouvel indicateur ne peut plus occulter les besoins de base et les processus d’apprentissage collectifs par la prise de décision collective. Les critères de la région conviviale ci-avant sont une esquisse de contribution à cette nécessité.

(…) 〈399〉

______________________________________________________
Notes :

[1] Institut d’Aménagement du Territoire et d’Environnement de l’Université de Reims. Voir son site nouvellement créé http://www.iateur.com/
[2] Alain Reynaud(responsable), Analyse régionale : application du modèle Centre et Périphérie, Travaux de l’Institut de géographie de Reims, n°75-76, 1988.
[3] Voir la présentation générale de cette politique sur le site Internet http://europe.eu/scadplus/leg/fr/lvb/g24401.htm.
[4] ERGAN Louis, LOEIZ Laurent, Vivre au pays, comment guérir le mal français de la concentration, des hommes, de l’argent, du pouvoir, éditions Le Cercle d’Or, Les Sables d’Olonne, 1977, 180 p.
[5] L’ouvrage de Stéphane Rosières (2003) en mentionne plusieurs.
[6] Ivan Illich La convivialité, Points Poche Essais n°65, 1ère édition 1973, réédition 2003, 160 pages
[7] Voir les explications détaillées au Chap.13.A. page 363.
[8] En référence à l’œuvre d’Emmanuel Mounier, le philosophe personnaliste.
[9] William Twitchett, « The convivial region : a fundamental entity within the world pattern of development ». Association Internationale des Urbanistes / ISoCaRP : Congrès 2003 Cairo (Planning in a more globalised and competetive world), 12 pages. Included in published book of congress proceedings, Planning in a more Globalized and Competitive Worl, Edited by Paolo La Greca, Proceedings of XXXIX International ISoCaRP Congress, Gangemi Editore, 2005, 351 p., pages 135 à 146
[10] William Twitchett, « Typology of urban regions », Association Internationale des Urbanistes / ISoCaRP : Congrès 2004 Genève (Management of urban regions).
[11] William Twitchett, « Regional spaces, creativity and sustainable cities », Association Internationale des Urbanistes / ISoCaRP : 2005 Bilbao. (Making spaces for the creative economy).. Translated in French by J & E Bonnefoy + TD.
[12] William Twitchett, Le site urbain : potentialités : réflexions sur le développement responsable et équilibré des établissements humains à partir de six exemples français, égyptiens et australiens, Éditions du Septentrion, Thèse, Directeur de recherche : Paul Claval, mai 1997, 420 p. Voir aussi Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot, La ville et l’urbain : l’état des savoirs, Ed. La Découverte, Textes à l’appui / série l’état des savoirs, 2000, 442 p.
[13] Idem, mai 1997, 420 p.
[14] Référence à la pensée organique, voir plus loin.
[15] Référence à la pensée empiriste de Hume.
[16] Whitehead, Procès et réalité, Gallimard 1995, page 17 de l’édition anglaise corrigée de 1978.
[17] William James, Essais d’empirisme radical, Agone, 2005. Voir le chapitre 6 : « L’expérience de l’activité », pages 129 à 148.
[18] Pierre Calame, La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance, 20 mars 2006, bip 2898, 14p. Le texte complet est en Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\FPH-Dossiers-Territoires\Debat_UE-Mars2006-Bip2988.pdf.
[19] Vision 2020 (2003), p.18
[20] Jean Brunhes, La géographie humaine, PUF, Paris, 1956 (1942), page 15a.
[21] Idib, p.269e
[22] Ibid, p.298a
[23] ibid, p.296c à 296e.
[24] Voir revue « Ingénieur Territorial, bulletin de l’AITF » n°24, janv-fév 2006, page 6 : les termes vivables et viables on été intervertis.
[25] Session du Groupe d’Etudes Humaines à La Sainte Baume en 1964.
[26] Le rappel de cette triple réconciliation à intervenir est émaillé dans l’ensemble des Fiches de notions clés, et des présentations des 4 axes stratégiques (géographique, méthodologique, socio-professionnelle, thématique) sur le site http://www.fph.ch/fr/strategie/strategie.html
[27] Accessible sur le site suivant : http://eedd.ac-aix-marseille.fr/outilped/grillrst.pdf ou sur
www.ac-grenoble.fr/ien.crest/IMG/Grille_RST01.doc
[28] William Twitchett (1995), page 289
[29] Voir le texte intégral fourni an annexe 07/AIU-Congrès-Textes. La citation est page 5 :
« Qu’en est-il dès lors de certains des critères fondamentaux pour une réflexion sur la région conviviale ? Il semble que les considérations suivantes soient de celles qui doivent être prises en compte :
La personne humaine
Un espace pour dormir, se tenir debout et bouger
De l’eau propre et de la nourriture en suffisance
La conservation et/ou l’amélioration de la biodiversité
L’énergie : un maximum d’énergie renouvelable sur place
La possibilité d’existence d’établissements humains viables dans la région
La mobilité de la population au sein de la région, pour le grand nombre et pas seulement pour quelques privilégiés.
La possibilité de liaisons de transport avec les autres régions par eau, rail, route et air, avec des utilisations spécifiques pour chaque type de transport.
L’accès aux ressources globales en matières premières et à leur partage.
La clarification et le perfectionnement de principes concertés de gouver­nance planétaire.
La promotion des initiatives, de la saine compétition et de l’aide mutuelle (solidarité). »
[30] Jean Brunhes, (1956/1942), pages 19 à 25.
[31] Eric Dardel, L’homme et la Terre, p.56.
[32] Thierry Paquot, Demeure terrestre, Les éditions de l’imprimeur, 2005, 189 p. Citation page 116.
[33] Voir les informations de l’ONU détaillées par la revue I.P.S. (Inter Press Service) sur Internet à l’adresse suivante : http://www.ipsnews.net/interna.asp?idnews=28086. « Homelessness is a growing problem around the globe, affecting both the industrialised and developing worlds, Special Rapporteur on Adequate Housing Miloon Kothari told the 61st session of the United Nations Commission on Human Rights, currently underway. Over one billion people on the planet lack adequate housing, he said, while around 100 million have no housing whatsoever ».
[34] Voir les Cahiers de la métropolisation « rapport final de synthèse », Observatoire de la Métropolisation, et la fiche n°9 du n°2 qui donne la définition technique de l’ADM (voir le texte complet en annexe à l’adresse. Cette fiche est mise en application dans le cahier n°2 fiche n°1 Annexes\Annexe00b-Textes-Citations\00_Moriconi-Ebrard\MoriconiA4_Fich1_synthese_du_rapport_de_recherche_pour_la_DATAR_de_Francois_Moriconi-Ebrard._cle7cf711.pdf)
[35] Voir la Synthèse sur « L’internationalisation des métropoles » (2003) de l’Observatoire des territoires et de la métropolisation dans l’espace méditerranéen à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe00b-Textes-Citations\00_Moriconi-Ebrard\L_internationalisation_des_metropoles_cle22ded3.pdf. Cette notion est mise en application pour les régions françaises dans le chapitre 2 du rapport « La métropolisation dans l’espace méditerranéen français » (2004) . Il est présenté en annexe à l’adresse suivante : Annexes\Annexe00b-Textes-Citations\00_Moriconi-Ebrard\Metropolisation_3_Novembre2004Chapitre2.pd_cle731151.pdf

Articles récents

Conclusion générale

Conclusion générale de la thèse :

Le travail présenté est celui d’un « passeur de frontières », dans l’esprit de la fondation de l’Université ARTEM à Nancy. Cette Université en cours de construction souhaite développer une culture transdisciplinaire conjuguant le management, le commerce et les Arts [1]. Il y a encore quelques années, la démarche transdisciplinaire était difficile, car « le passeur de frontière qui se consacre vraiment à des interfaces est vite un traître aux yeux de chacune des parties » [2]. Pour faire face aux défis du monde d’aujourd’hui, cette démarche est devenue nécessaire. La présente thèse souhaite y contribuer.

Le formalisme de la thèse est important. Il peut paraître excessif. Pourtant, il semble à la hauteur des enjeux, et des défis que posent ces enjeux. Dans un premier temps, les principaux enjeux sont énumérés. Dans un deuxième temps, il est récapitulé de quelle manière ce formalisme est fécond en révélant d’autres manières de penser, de proposer et d’agir pour les différents réseaux sur les territoires.

Poussé par l’exigence de l’analyse de l’expérience, il est apparu une convergence des approches des différents réseaux. Ils semblent avoir « une pensée organique qui s’ignore ». La pensée organique offre un vocabulaire commun à toutes les approches. Un formalisme transdisciplinaire du procès a été mis au point pour en donner une expression la plus pédagogique possible, pour répondre aux six principaux enjeux qui suivent.

Les enjeux :

Enjeux n°1: le procès organique, tout comme les « processus organiques de régulation » est le réel lui-même:

Ce formalisme est celui du réel lui-même. Les composantes du procès, nommées « processus organiques de régulation » par Pierre Calame [3] sont partout les mêmes: seule leur expression diffère suivant les cultures, les thèmes traités, les échelles considérées, … Cela explique que les questions posées soient universelles, et que seules les réponses soient particulières. Les liens entre les composantes permettent de les conjuguer, de faire l’unité dans la diversité, de comprendre comment « se réalisent les valeurs » et de prendre en compte les dimensions d’harmonie, d’intensité et de liberté à l’oeuvre que l’on constate (ce sont les « faits têtus ») dans les sociétés minérales, végétales, animales et humaines.

Le formalisme est une construction qui s’approche du réel. L’interprétation organique est non idéaliste: elle dévoile le réel. L’approche organique est réaliste, et même un réalisme radical. Elle tient compte des « faits têtus ». Elle offre une vision d’ensemble et donne une perspective. C’est une visée subjective qui finalise la diversité et la multiplicité du réel. Ce dernier n’est pas étalé devant nous comme un paysage sans explication, il n’est pas une représentation inerte, qui ne serait pas une visée de l’homme. Les représentations ne sont pas une paire de lunettes (Heideger, Kant). Elles sont une visée pour orienter vers une finalité humaine. Elles ne sont pas imposées de l’extérieur: il y a une correspondance avec le réel. Le réel est là, c’est le procès, et l’approche devient vraie et non illusoire à partir du moment où elle s’approche du réel. Nous ne sommes pas sur la berge du fleuve à regarder le fleuve, nous sommes DANS le fleuve. La vérité n’existe qu’en se vivant en harmonie dans le flux du réel, et nous sommes capable de réfléchir sur ce réel qui nous entraîne.

Le formalisme implicite de l’oeuvre des réseaux considérés correspond au formalisme explicite de Whitehead (le procès organique interne –concrescence– et externe –transition-). Nous bénéficions déjà de l’acquis de presque 80 ans de pensée organique (1929-2008). L’intérêt est d’ancrer le travail dans le champ scientifique et philosophique avec toute la richesse de l’approche humaniste.

Enjeux n°2: quatre composantes principales universelles:

Ce formalisme tourne décidément toujours autour de quatre composantes principales, qui se retrouvent déclinées dans toutes les dimensions. Le schéma étant toujours le même, il permet des « rapprochements inattendus », des « métissages de l’esprit », un dialogue entre spécialités, des « innovations frontales »[4], l’élaboration de contrastes entre opposés, …

Pierre Calame est parti dans Mission possible (1995) de l’exemple du lac suisse[5]. La thèse, elle, part de l’exemple de la réalisation d’un Château d’eau à Lunéville, puis d’autres exemples jusqu’à la Préfiguration de l’agglomération transfrontalière de Sarrebrück-Moselle-Est de 1 million d’habitants : les mêmes composantes sont à l’oeuvre.

Whitehead (tout comme les réseaux qui ont nourri la thèse) se méfie du « concret mal placé », c’est à dire des abstractions qui sont prises pour le réel. Cette erreur peut être aussi nommée cérébralisme, intellectualisme, raison instrumentale. En quoi le formalisme organique évite-t-il cette erreur ?

Formaliser, c’est clarifier, ce n’est pas faire un système: le réel est toujours plus riche que le formalisme qu’on en tire. Einstein disait : « le plus étonnant est que le réel soit intelligible ». Le critère est de rester collé au réel, d’interpréter le réel, en laissant au réel la première place. Tous les faits doivent être pris en compte, sans en omettre aucun.

Enjeux n°3: du macro au micro:

De la même façon que la FPH tire de l’exemple du Lac Léman des leçons pour toute la planète, passant du local au global, Whitehead a fait le chemin … dans le sens inverse: il est passé du macroscopique au microscopique. Ainsi, les critères de logique, cohérence, adéquation, applicabilité et nécessité l’obligent en scientifique/philosophe à reconnaître les quatre composantes (les « principes universels » de la FPH que l’on retrouve partout) dans les éléments ultimes de la matière. Il remplace ainsi l’atome sans spontanéité par « l’entité actuelle » qui est un quantum d’actualisation (au sens de la mécanique quantique). Même les détracteurs de Whitehead sont obligés de reconnaître la cohérence, la logique, l’adéquation (notamment aux « faits têtus »), l’applicabilité (avec 50 ans d’avance sur les expériences de Bernard Aspect de 1992 et 2002 au Polytechnicum de Zürich) et la nécessité. C’est sa méthode de travail. Il reste aux détracteurs à le déclarer « inintelligible », ce qui est fait par faute de temps de le lire. Le langage écrit semble inadéquat pour exprimer l’intuition organique. Le réel se laisse difficilement mettre en mots. C’est pourquoi les rencontres des Chroniques Whiteheadiennes tant à La Sorbonne qu’à Louvain la Neuve, ont été essentielles pour confronter l’expérience aux interprétation de la pensée organique, et en vérifier la pertinence (ou l’impertinence). Cette confrontation a aussi permis de découvrir le formidable humour de Whitehead. C’est au fil des rencontres que les articulations entre les quatre répertoires de la modernité émergent (Réalité, lien social, signification et spiritualité énoncés par Bruno Latour[6] (voir enjeux 4)).

Cette vision unifiante n’est pas une vision illusoire: elle semble valable pour tous. Ce n’est pas une subjectivité isolée. Le propre de l’expérience humaine est un donné universel. Tout le monde a un contact avec le cosmos. L’expérience la plus ordinaire de chaque homme le conduit à reconnaître une harmonie universelle, un cosmos. Il est lui-même une partie du tout.

Enjeux n°4: la simultanéité des quatre composantes principales :

Les travaux de la FPH sont émaillés du constat que les grands principes sont partout les mêmes, mais que les « conditions sont rarement réunies »[7]pour les mettre en oeuvre simultanément. D’où mon formalisme constitué par le même schéma décliné pour toutes les thématiques, à toutes les échelles, pour tous les réseaux

Ainsi, très paradoxalement, ce formalisme issu de l’analyse des « faits têtus » permet de simplifier, ouvrir le dialogue, créer des convergences, ne pas se limiter à des spécialités, articuler les spécialités, conjuguer simultanément les 4 répertoires de la modernité énoncés par Bruno Latour (les liens sociaux, les valeurs/la spiritualité, la signification, la réalité extérieure). Il permet d’observer la convergence des approches de différents réseaux qui ont des mots différents pour les même réalités. On veut nous faire croire que ces convergences n’existent pas. Elles existent. Ce sont les « faits têtus ». Elles ont même une valeur ontologique. Elles forment même une cosmologie.

Enjeux n°5: Vers un nouveau mode de pensée, organique, non dualiste, expression explicite des « processus organique de régulation »; les passages nécessaires :

Ce « nouveau mode de pensée » n’a de nouveau que l’explication de ce que les gens font de toute manière, naturellement. Ainsi, les termes d’appréhension, de processus, de dynamique, de proposition, de satisfaction,sont des termes courants. L’approche organique explique les liens, les relations entre les termes et le fonctionnement des notions entre elles. L’approche organique s’appuie sur les notions que tout le monde présuppose en pratique, même s’il le nie verbalement (ce que David R. Griffin, commentateur actuel de Whitehead appelle « le noyau dur du sens commun »[8]. C’est la « contradiction performative » d’Habermas, ou la rationalité imaginative de Luc Ferry. C’est le refus des abstractions non reliées au concret).

Le chemin d’acceptation du réel tel qu’il est (et non pas tel que nous voudrions qu’il soit) oblige à considérer le schème organique qui en est l’expression. Cela suppose un certain nombre de passages, pour « enlever nos lunettes » [9].

Parmi ces passages, le plus difficile sera probablement d’abandonner la théorie de la représentation, basée sur la dichotomie entre l’objet et le sujet, et le principe subjectiviste (Hume, Kant). La théorie de la représentation revient à ne voir dans les faits que ce qui arrange la théorie. Considérer le réel tel qu’il est revient à se laisser surprendre par celui-ci. Cela suppose de reconnaître l’appréhension directe du réel, dans une perception qui n’est pas limitée à la perception sensible. En effet, l’appréhension concerne également les valeurs, le passé, la mémoire, etc. ce qui est beaucoup plus large que les seuls sens. On doit se plier à certaines choses même si on ne sait pas encore l’expliquer. C’est ce que l’on peut appeler le noyau dur du sens commun. La démarche n’est pas de se démarquer mais au contraire de chercher les points de convergence.

Enjeu n°6 : l’application géographique à la région urbaine, ou région conviviale :.

Le chemin qui précède est indispensable pour définir la notion de potentialité, puis pour définir les objets géographiques à partir de la notion de potentialité. Il est alors possible de constituer les éléments d’une « boîte à outils territoriale » à partir de la pensée organique. L’ensemble de ces éléments trouvent leur expression de synthèse dans la notion de région conviviale. La démarche de synthèse proposée ici est de distinguer les différentes échelles de subsidiarité, pour qu’à chaque notion géographique soit associée une échelle indicative quantifiée (échelle indicative des 125 km2, 2000 km2, 32000 km2, etc.). La pertinence de cette échelle est testée sur la région « Entre Vosges et Ardennes ». Cette approche peut permettre de développer un nouveau regard sur une « Europe en grappe » (Kunzmann, Keating) et sur la planète composée d’une vingtaine de sous-continents.

La fécondité du formalisme organique :

Les éléments qui suivent sont une expression des principales invitations au changement de la présente thèse.

Fécondité n°1: Une « science généraliste » pour les ingénieurs territoriaux ; Recréer l’option « Généraliste » au Concours d’Ingénieurs territoriaux.

Pour le réseau de l’AITF (Association des Ingénieurs Territoriaux de France), ce formalisme est un outil pour une « science de la généralité » qui permet de sortir des seules spécialités. Cette science de la généralité peut devenir la nouvelle base de l’Option « Généraliste » au Concours d’Ingénieur Territorial. Cette option a été supprimée en 2001 par insuffisance de consistance de l’approche généraliste de l’ingénierie territoriale et institutionnelle. D’où l’idée d’inventer (à la suite de Sherburne en 1965 et de Franklin en 1990) un formalisme minimum et ouvert.

Il convient de rappeler ici que cette suppression en 2001 était motivée par la réussite au concours des titulaires de DESS, DEA ou MASTER qui n’avaient pas de parcours scientifiques « durs », en opposition à la figure du « vrai scientifique ». Cela avait soulevé un tollé des associations du CFDU (Conseil Français des Urbanistes) et de « Urbanistes des Territoires » (Bernard Lensel) qui voyaient disparaître la possibilité de recrutement des quelques milliers d’Agents de Développement Territoriaux déjà embauchés depuis 1 ou 2 contrats de trois ans, avec interdiction légale de renouveler. Le formalisme organique, ouvert aux valeurs est somme toute assez léger par rapport aux travaux des systématiciens. Une option généraliste est viable.

Il est proposé que le CNFPT reconsidère la réouverture de cette option. Il est rappelé que cela concerne en France directement plus de 1500 ingénieurs des villes moyennes et intercommunalités, et à titre d’outil commun les quelque 10 000 ingénieurs territoriaux.[10]

Cet outil peut permettre aussi de développer une base d’échange d’expérience, déjà initiée lors des Congrès AITF de Montbéliard (2001) et de Perpignan (2004); Il a permis de créer le Groupe de Travail national des ingénieurs généralistes dont j’ai été co-fondateur et animateur national en 2003-2004.

Fécondité n°2: Convergence des réseaux ; Liens entre les réseaux et l’Université :

Pour tous les réseaux cités dans la thèse (Personnalité et Relations Humaines, Hommes et Femmes dans la Cité, Terre & Cité, Association Internationale des Urbanistes, …), cette approche induit une ouverture vers les autres associations et fondations, sans rien perdre de son identité. Cette approche induit une meilleure compréhension des convergences, des complémentarités. Il n’y a plus de « petits réseaux », « grands réseaux » mais des hommes et des femmes en marche dans la même conscience de l’importance des « processus organiques de régulation » dans les sociétés à toutes les échelles. Il n’y a plus de coupure entre la recherche universitaire et la recherche dans les réseaux, d’où la place des réseaux dans ma thèse d’université. Université ne veut-il pas dire « Unité dans la diversité » ?

La convergence semble s’établir de la façon suivante: 

  • 1/ L’Université (Chroniques Whiteheadiennes/thèses) dispose avec le schème organique d’un outil d’analyse qui intégre les 4 « répertoires de la modernité » (Latour) ou les 4 composantes de la gouvernance (Calame)
  • 2/ Le CNFPT & l’AITF peuvent disposer avec l’approche organique d’une base de travail transdisciplinaire pour réouvrir l’option « ingénieur généraliste » pour une véritable intégration de toutes les spécialités,
  • 3/ PRH (260 formateurs dans le monde) peut bénéficier par cette approche d’une ouverture et d’une connexion à d’autres domaines que la seule psychologie
  • 4/ HFC (Groupe de 30 membres et environ 300 proches) a un outil d’analyse du vécu personnel ou du vécu de groupe jusque là auto-limité à une psychosociologie du passage vers une société de communion. La pensée organique fait apparaître une dynamique sous-jacente commune à tous les ateliers (Politique, Organisation, Citoyenneté, Réconciliation, Création, Éveil à la conscience sociale et politique, Croissance, Déploiement, …).La thèse montre d’autre part l’importance du territoire comme partie intégrante/constitutive de nos relations. Cela pourrait permettre de préciser ou créer un atelier Création/Territoire. La thèse permet surtout l’insertion de HFC (tout comme PRH, T&C) dans les réseaux d’humanisation de la société, avec sa propre identité (conjuguer unité et diversité).
  • 5/ Pour FPH, la thèse permet de rendre explicite une formulation organique implicite à toute l’oeuvre de Pierre Calame et les travaux de la FPH. La formalisation, somme toute fort simple, se veut un outil pédagogique de dialogue (« polyglotte ») entre tous les groupes qui s’inventent un vocabulaire (phénomène inéluctable et normal) autour des mêmes réalités d’expérience.
  • 6/ Pour CW (Chromatiques whiteheadiennes) la thèse explore une nouvelle application: la géographie.
  • 7/ Pour Terre&Cité, la thèse donne un fondement à la notion de potentialité pour oeuvrer dans le sens de l’intégration régionale, dans les mêmes termes semble-t-il que la FPH.Cette approche permet de communiquer les recherches des ateliers de Terre & Cité au niveau des sous-continents (21 régions) et des « régions conviviales » (environ 2000).
  • 8/ Pour l’AIU (env. 500 membres personnels ou institutionnels sur la planète), la thèse précise la notion de trialogue (thème du Congrès 2007) et propose les bases d’une démarche d’intégration régionale. La délégation française est en train de préparer une contribution dans ce sens pour le Congrès de Chine de 2008.

La thèse montre que sans le savoir, tous ces réseaux ont un type de pensée organique. C’est important pour faire les liens entre eux et permettre le dialogue, les complémentarités, les ouvertures, tout en gardant son identité. C’est, semble-t-il, une contribution pour permettre l’unité dans la diversité. Il y a à travers tous ces réseaux un « mode de pensée organique qui s’ignore ». Le schéma de questionnement utilisé pour la rencontre de chacun des réseaux est le même pour permettre les liens.

Fécondité n°3: la voie géographique, ou « géotique » (Mission possible, p.72d):

L’ approche organique permet de définir les « objets géographiques » en donnant un statut concret à la notion de potentialité (ou possibilités adaptées aux cas concrets; existence de possibles que l’on peut réaliser), comme composante à part entière du réel. Ainsi, la prospective n’est pas quelque chose « à part » du réel, mais partie intégrante du réel. Cela permet de sortir d’une approche géographique purement administrative et politique pour s’ouvrir à des notions intégrant l’expérience, et une approche régionale basée sur les relations, du local au global:

Au niveau local: l’échelle d’environ 32 000 km2 émerge comme échelle pertinente et cohérente des « villes et territoires » [11] A cette échelle peuvent se vivre un sentiment d’appartenance, une responsabilité écologique et une prise en compte concrète de la vie ordinaire de l’homme. C’est l’échelle d’articulation de la vie ordinaire aux échelles plus larges des nations, des sous-continents et du monde.

Au niveau global: L’échelle des sous-continents (d’environ 8 100 000 km2) émerge au niveau mondial pour une approche en une vingtaine de sous-continents pertinents et cohérents avec les données humaines et macro-écologiques.

Des pistes concrètes de potentialités régionales (Régions « Entre Vosges et Ardennes, France, Europe, Monde) sont présentées. Elles souhaitent être une contribution à la notion « d’intégration régionale » de la FPH.

Encore une fois, le formalisme organique est ici une tentative paradoxale de réintroduire dans la « science universitaire » les valeurs, la dimension spirituelle, la réflexion sur la gouvernance, la prospective, avec la pensée du mathématicien Whitehead dont personne ne conteste plus la pertinence; Cela entraîne son utilisation en secret et un silence officiel … et une reconnaissance progressive de sa pertinence, une sorte de réhabilitation depuis la publication en 1995 de Procès et réalité, l’inclusion de Whitehead dans les programmes de l’agrégation.

Fécondité n°4: Une base de travail pour l’association Terre & Cité:

Le travail présenté ci-dessus n’aurait pas été possible sans l’association Terre & Cité, et son espace de travail convivial avec des cartes sur l’ensemble du monde, des dossiers de monographies développés au fil des Congrès de l’AIU, des ateliers et expositions au Centre « Culture et Foi » (actuelle Maison Diocésaine)  depuis 25 ans.

L’association Terre & Cité (T&C) a été créée en 2001 pour travailler sur la notion de « région conviviale » (les « villes et territoires » de la FPH), dans toutes ses dimensions, et notamment la dimension spirituelle. Il est frappant de constater la convergence de vues avec la FPH.

Fécondité n°5: Développement de la capacité de rédiger des fiches d’expérience : déploiement de l’outil de l’association HFC (Hommes Femmes dans la Cité) :

Le formalisme, en définitive fort simple, employé a pour seul but d’apprendre à conjuguer les composantes du réel qui sont rarement « saisies ensemble », alors que c’est ensemble qu’elles sont efficaces pour l’explication, pour les propositions, pour l’action, et pour la transmission.

Une publication de présentation de cet outil, pour en faire un document pédagogique utile pour tous les réseaux confrontés à la difficile expression du vécu, serait utile.

Fécondité n°6 : approfondir notre propre ontologie et notre propre cosmologie :

S’approprier notre propre culture, notre ontologie, notre cosmologie, apparaît le seul vrai moyen de pouvoir dialoguer avec d’autres cultures, d’autres ontologies, d’autres cosmologies. « Aucune société ne peut dormir sur la natte des autres » [12]. Or notre cosmologie inclut les bases philosophiques de la science, et donc les oeuvres de Platon, Aristote, Descartes, Hume, Locke, Leibniz et Kant. A ma connaissance, seul Whitehead s’est confronté à la tache ardue de « réviser » (au sens de redonner une vision ajustée de ces auteurs avec pour critère de lecture les 5 critères de la logique, la cohérence, l’adéquation à interpréter l’expérience ordinaire (les « faits têtus » que beaucoup de scientifiques ignorent), l’applicabilité et la nécessité. N’est-ce pas louable ? Il s’agit de réactualiser toute la philosophie depuis l’apport de la relativité et la mécanique quantique: revoir l’apport des grands hommes à l’aune de la relativité généralisée et de la mécanique quantique. Comment faire autrement ? Le travail de Gilbert Rist est ici remarquable pour montrer comment nos croyances occidentales fonctionnent comme tous les systèmes de croyance traditionnels, mais  à ma connaissance seul  Whitehead intègre un formalisme scientifique réaliste non dualiste incluant les valeurs, la spiritualité, les acquis de la métaphysique, en laissant une place à Dieu. Que serait une cosmologie qui n’aurait pas de place pour Dieu? Michel Serres a dit « Il n’y a pas plus beau Mythe qu’une science sans mythe ». Ne peut-on pas dire aussi : « Il n’y a pas de plus beau Déisme qu’une science sans Dieu … » ? N’est-ce pas là la fécondité dérangeante du formalisme organique de ce mathématicien, paradoxalement basé sur le vocabulaire le plus ordinaire, celui de tous les jours, avec les termes appréhension, dynamique, processus, proposition, satisfaction, … ? Paradoxalement, l’intérêt de cette démarche apparaît au « fantassin de base de la fonction publique » [13] confronté chaque jour aux multiples tâches de relation entre les élus, ses collègues, les habitants et le territoire.

Si le travail devait être résumé en un mot, il est possible de dire qu’il est une tentative d’analyse des processus de régulation organique bio-socio-psycho-techniques. Les systèmes ne sont que des éléments d’un processus, de l’avis même du fondateur de la systémique, Ludwig Von Bertalanfy. L’oeuvre du systémicien Ervin Lazslo le confirme, puisque sa systémique est issue … du procès organique de Whitehead, comme il l’explique dans sa thèse de 1970. La pensée organique propose une explication, utile à la vie quotidienne. Les « processus organiques de régulation » [14], déchiffrés par Pierre Calame dans l’exemple du lac suisse ont été pour la FPH le « fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations socio-politiques pour la planète » [15]. La présente thèse est partie des exemples des territoires de Lunéville et de la Moselle-Est ainsi que de l’expérience du Groupe de Travail des ingénieurs généralistes du Grand-Est fançais pour une analyse en termes de processus organiques qui a des implications pour les territoires du local au global. La pensée organique a été exposée. Ainsi, comme dans l’exemple du « lac suisse », de la réalisation du château d’eau de Lunéville à l’émergence de la région conviviale « Vosges-Ardennes », l’expérience est de même nature ontologique, au sein de sociétés structurées. Un lien de subsidiarité active des territoires du voisinage à la planète a été mis en évidence. Il a été précisé de manière quantifiée l’échelle de ces territoires pour sortir des confusions d’un certain nombre de notions, comme la notion de région qui oscille entre l’échelle indicative de convivialité de 32 000 km2 (Hollande, Belgique, Rhône-Alpes, Suisse, …) et l’échelle indicative du sous-continent de 8,2 million de km2 (Europe, Chine, Australie, …). Ces éléments quantifiés peuvent apporter leur contribution à la clarté du « débat régional » sous-continental et relatif aux « villes & territoires ».

L’important apparaît de veiller aux convergences, de ne jamais opposer les notions entre elles, de veiller aux conjugaisons. En ingénieur-urbaniste praticien, la thèse a tenté une sorte de « travail en sous-oeuvre », pour trouver les bonnes fondations d’une culture transdisciplinaire, pour interpréter l’expérience et proposer des applications. Une approche critique et constructive de Descartes a été proposée, à la suite de A.N.Whitehead, pour débarrasser Descartes de ses incohérences, et réformer son principe subjectiviste. Il est ainsi possible de retrouver ses racines et d’être en accord avec les derniers prolongements scientifiques.

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Figure 16‑3 : Schéma de conclusion : les quatre intuitions qui s’alimentent aux quatre réalités ontologiques forte du schème organique. Les valeurs sont le ciment de ces réalités.

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Notes :

[1] http://www.grand-nancy.org/webv5/universites/artem.asp
Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artem (Texte de présentation fourni en annexe 02a à l’adresse suivante : 00_Annexes\Annexe02a_AITF_GT-EST-14rencontres-1998-2004-OutilFPH-OutilHFC\CNFPT-ARTEM\artem1.pdf).
Artem (acronyme de « art, technologie, management ») est un projet d’alliance pluridisciplinaire et interuniversitaire unissant trois grandes écoles nancéiennes afin de développer une pédagogie et des projets communs : l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy pour l’art, l’École des mines pour la technologie, et l’ICN Business School pour le management.
Ces trois écoles seront reconstruites à partir de 2009 sur un même campus. Celui-ci, qui n’existe pas encore, sera bâti spécialement pour l’occasion, en lieu et place de la caserne Molitor, à 15 mn en tramway de la place Stanislas (48°40′21″N 6°10′11″E / 48.6725, 6.16972). Un espace de 40 hectares sera mis à disposition des étudiants avec équipements sportifs, médiathèque, projection de films en plein air, serre tropicale…
L’alliance bénéficie du soutien officiel de plus de 30 entreprises nationales et internationales (BNP Paribas, L’Oréal, IBM, Capgemini, etc.).
Contrairement aux traditionnels accords entre écoles de commerce et écoles d’ingénieur, le partenariat mis en place au sein d’Artem ne se limite pas à un double-diplôme ingénieur/manager. Cette formation est bien sûr possible moyennant une année d’étude supplémentaire ; mais Artem vise aussi un métissage des cultures dès la première année de l’entrée dans les écoles. Ainsi, ingénieurs, managers et artistes partagent des cours en commun dans le but d’élargir le spectre des compétences et au-delà, de rencontrer des étudiants d’horizons très divers. D’autres enseignements seront mutualisés à l’avenir (langues, humanités, etc.).
L’ambition d’Artem n’est donc pas de former des ingénieurs dans un premier temps et des managers ensuite (ou réciproquement), mais de former en même temps des « ingénieurs-managers-innovateurs », des managers sensibilisés à l’ingénierie et à l’art, et des artistes conscients du monde technique et économique qui les entourent.
[2] Pierre Calame, Cahier de proposition « Refonder la gouvernance mondiale (…) », 2001, p.64
[3] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995, p.65b & suiv.
[4] Pierre Calame, Mission possible, DDB 1995,  p.60-61
[5] La FPH part de l’exemple du Lac, et de la banlieue française pour servir de  » fil directeur pour concevoir de nouvelles régulations pour la planète » (Mission Possible, p.64-65). Les quatre composantes sont explicitement décrites (p.65a: « 1°/ un acte délibéré; 2°/ visant à introduire une nouvelle régulation (…); 3°/ (…) consensus (…); 4°)/ (…) apprentissage (…) »). Ce sont celles du procès. L’ouvrage explique qu’on les retrouve tout le temps. Avec d’autres termes, c’est la démonstration du procès, c’est à dire le réel lui-même. Sans le savoir, l’oeuvre de la FPH semble être fondée sur le processus (nombreux exemples, notamment bip 2998)
[6] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes.
[7] www.fph.ch, document bip 2898, alinéa n°19, placé en annexe 02a / Outils FPH
[8] Voir en partie II le chapitre 7.1 p.185.
[9] Mot d’Heidegger que la FPH cite en bip 2898 al. n°8.
[10] Cette proposition rejoint le souhait de la FPH d’ un axe prioritaire de formation des fonctionnaires Voir l’action « Contribuer à l’émergence d’une pensée européenne sur les services publics » de l’axe géographique, travaillé en lien avec l’AITEC.
[11] (expression de la note FPH du Congrès de l’Association des Maires de Chine des 23-24 juin 2001, ref. ETA31 & ETA66).
[12] Publication de la FPH, Bip 2898 page 5/14 alinéa n°15 intitulé « La contribution de l’Union Européenne au débat international sur la gouvernance »).
[13] expression de Pierre Calame dans Mission Possible et L’État au cœur pour les fonctionnaire de base de l’administration.
[14] Pierre Calame, Mission possible. Penser l’avenir de la planète. Préface d’Edgar Pisani, Desclée de Brouwer, 1995, p.65b.
[15] Ibid, p.66b.

  1. 16.B. Les apports aux acteurs Laisser un commentaire
  2. Chapitre 16 : Acteurs du territoire Laisser un commentaire
  3. 15.D. Les R.C. dans le Monde Laisser un commentaire
  4. 15.C. Les R.C. en Europe Laisser un commentaire
  5. 15.B. Les R.C. en France Laisser un commentaire
  6. Chapitre 15 : R.C. en France, Europe et Monde Laisser un commentaire
  7. 14.C. Émergence « Vosges-Ardennes » Laisser un commentaire
  8. 14.B. Régions environnantes Laisser un commentaire
  9. 14.A. Contexte européen Laisser un commentaire